Le principe de coupure chez Roger Bastide.

Bastide a remarqué que malgré leur situation marginale, les Noirs arrivaient à se reconstruire une vie sociale et culturelle originale et cohérente. Très rapidement, Bastide a mis au point ce qu’il nomme « le principe de coupure ». Il publie en 1954 un texte, le principe de coupure et le comportement afro-brésilien.
Dès qu’il prend connaissance de l’univers afro-brésilien à travers le candomblé de Bahia, Bastide s’oppose à la thèse dominante sur les rapports Noirs/Blancs, qui est la thèse du dualisme et qui préconise une opposition duale : développement/archaïsme, ville/campagne, Noir/Blanc, etc. Il pense que ce type de raisonnement compromet toute évolution possible des rapports.

Pour Bastide, l’univers est composé d’interactions complexes où la complémentarité des rôles est primordiale car elle permet une interpénétration des cultures. Il pense que le métissage culturel n’aboutit pas à un mélange hybride parce que ce métissage se fait de façon incohérente, mais que le métissage répond à des principes. Les Noirs sont amenés à particper à la société des Blancs.

Bastide met à jour le principe de participation. Les cultes afro-brésiliens amènent les Noirs à établir des correspondances entre l’univers catholique et l’univers Vaudou. Il n’y a pas identification complète entre les deux religions ; la pensée traditionnelle est une pensée qui utilise des systèmes de classification. « L’Afro-brésilien pense par catégorie ou concept comme nous et les participations mystiques jouent simplement dans une de ces catégories ».

Dans les comportements, il peut y avoir des coupures ; celles-ci s’opèrent selon que l’Afro-brésilien est dans le monde des Noirs ou dans celui des Blancs. Ceci se vérifie quotidiennement. Dans le travail, il est dans le monde des Blancs et pour la vie à domicile dans celui des Noirs. Selon la position dans laquelle il se trouve, le mode de fonctionnement de l’Afro-brésilien est différent. Mais cette double référence n’entraîne pas un dédoublement de la personnalité.

Bastide veut montrer qu’il peut y avoir syncrétisme et que ce syncrétisme est source de création culturelle. Mais qu’est ce que le syncrétisme ? Les syncrétismes les plus communément admis sont :

Comment le syncrétisme est-il vécu ? Ce sont des individus qui entrent en contact. Mais on ne peut pas rester à une simple analyse psychologique sans voir que les individus appartiennent aussi à des groupes (sexe, âge, rang, etc.) Il est donc indispensable de s’intéresser aux situations sociales.

Le principe de coupure est une réponse à) la thèse de l’homme marginal de Stone Quist. L’homme marginal est pris dans une situation de rencontre culturelle et il vit cette situation sous une forme dominée. Quiste fait une analyse pessimiste en raison de la crise d’identité que les Noirs font très souvent. Bastide s’oppose à cette analyse parce que les observatins sur les Noirs de Bahia ne l’amènent pas aux mêmes conclusions.

A tout syncrétisme culturel doit répondre un syncrétisme psychique. Bastide reproche aux théories de confondre la marginalité culturelle et la marginalité psychologique (état de doute, incertitudes, etc.) La marginalité culturelle n’aboutit pas nécessairement, selon Bastide, à la marginalité psychologique. Si cela est le cas, il s’agit d’un cas extrême. Bastide observe la plupart du temps que les gens vivent correctement leur vie. L’état de crise ne se produit qu’au moment où le degré d’acculturation le conduit à quelque chose, à franchir un pas. Il y a crise à ce moment là en raison de la double appartenance à une culture et occidentale et à celle d’une classe minoritaire.

Il ne faut pas confondre les problèmes propres à l’homme avec ceux de la société marginale qui n’est pas composée d’hommes marginaux.. Le syncrétisme est constitué par la rencontre de deux civilisations. La société marginale fournit en fait la transition avec une société nationale.

Ce n’est pas l’individu qui est divisé en deux, qui est déchiré. C’est l’homme qui découpe la réalité entre plusieurs compartiments étanches dans lesquels il a des participations différentes. S’il joue sur deux tableaux, c’est qu’il y a bien deux niveaux, deux tableaux. Bastide défend donc une théorie de la marginalité culturelle qui est opposée à celle de Stone Quist. Or il sait que les individus savent jouer de la contradiction des univers culturels. En jouant de cette contradiction, ils dégagent une marge de manoeuvre qui constitue un espace de liberté dans lequel ils peuvent agir.

Les coupures peuvent agir à différents niveaux et permettent ainsi de fonctionner alternativement dans un monde ou l’autre. Cela leur permet aussi d’intervenir sur des aspects différents de leur culture. Bastide propose une différence entre

Il peut même y avoir des coupures au niveau des formes psychiques. L’intelligence peut être de type occidental alors que l’affectivité reste indigène ou inversement.

Bastide a donc déconstruit l’idée de continuité mentale d’Herskovits. Mais si l’on peut jouer sur plusieurs registres, la difficulté réside dans la saisie du registre dans lequel se trouve l’interlocuteur.

Le principe de coupure peut donc être défini comme un mécanisme de défense de groupes minoritaires.

Bibliographie complémentaire:

Bastide R. : Le principe de coupure et le comportement afro-brésilien - Bastidiana.
Bonte et Izard : Dictionnaire d’anthropologie.
Cuche D. : Le concept de « principe de coupure » et son évolution dans la pensée de Roger Baside in Ph Laburthe-Tolra (dir), Roger Bastide ou le réjouissement de l’abîme - Paris - L’Harmattan - 1994


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