Introduction au cours sur les Amériques noires et la Caraïbe.

M. Denys Cuche, spécialiste des populations noires du Pérou (sa thèse, publiée chez le Harmattan s’intitule Pérou nègre. Les descendants des esclaves africains du Pérou) a donné les raisons de ses choix de recherche. En Amérique latine en général et au Pérou en particulier - Brésil excepté - il n’y a aucune étude sur les populations noires.
Les premiers noirs sont arrivés avec les conquistadores (Pizzare), puis la population africaine s’est rapidement développée en Amérique latine avec la culture du sucre et du coton. Les populations noires des pays andins sont regroupées dans la zone côtière du Pacifique, les Hautes Terres des Andes restant très largement indiennes. Le système économique des Basses Terres est celui de l’exploitation coloniale.
L’esclavage a duré jusqu'à l’accession du Pérou à l’Indépendance (1821). Les colons avaient promis aux Noirs leur liberté s’ils les aidaient à combattre la couronne espagnole. Une fois arrivés au pouvoir, ils n’ont pas tenu leur engagement et ce n’est qu’en 1854 que l’esclavage sera aboli au Pérou. Cette abolition est due à plusieurs facteurs :

Les autres sujets d’intérêts de M. Denys Cuche sont les Antilles françaises et l’émigration antillaise en France (voir cours sur les relations ethniques et les migrations internationales en Europe). Il a aussi orienté son travail sur une autre population allogène du Pérou, les « Turcos » ou Levantins. Leur dénomination « Turcos » vient du fait qu’au XIXème siècle, ces populations étaient originaires de l’Empire ottoman : les papiers d’identité étaient turcs. Ces « Turcos » sont essentiellement des chrétiens maronites ou orthodoxes, donc une minorité qui était fortement contrôlée par le pouvoir d’Istanbul. Les Péruviens font appel à la main d’œuvre étrangère, car après l’abolition de l’esclavage, il y a pénurie de main d’œuvre, bien que les anciens esclaves soient restés travailler sur les plantations comme salariés. Ces « Turcos » s’établissent sur la côte et deviennent des petits commerçants dans les villages ou pratiquant le colportage. Peu à peu, ils contrôlent tout le commerce de détail, puis de gros. Ils intègrent la société péruvienne et font actuellement partie de la classe aisée.
Parallèlement à l’arrivée des « Turcos », des coolies chinois arrivent au Pérou ; ce sont des engagés pour dix ans, selon le système des engagé trente-six mois des compagnies coloniales de l’Ancien régime. C’est cette situation qui a permis de palier au manque de main d’œuvre.
Le champ d’étude des Amériques noires sera constitué par la totalité du continent américain avec son avancée caraïbe. On assiste à la création d’une culture spécifique c’est-à-dire une langue et des codes communs différents de ceux en usage chez les Blancs ou les Indiens. Les matériaux constituant cette nouvelle culture sont empruntés aux populations voisines et retravaillées, voire parfaitement recréées. Ces mouvements d’innovation culturelle peuvent être observés sur de courtes durées.
L’invention de l’Amérique par Colomb a eu des répercussions énormes, tant sur le plan économique que social, philosophique et politique. Suite au besoin de main d’œuvre pour la mise en exploitation des vastes terres, il faut justifier la mise en place d’une main d’œuvre. Il y a création d’un monde noir qui est différent des autres mondes. Notons que dans la littérature de l’époque, le « Bon sauvage » n’est pas l’Africain, mais l’Amérindien. On crée donc une population noire, différente des autres populations en s’appuyant sur une exégèse biblique, notamment la malédiction de Chaam. Ce qui est important dans cette affaire c’est que la couleur de la peau qui devient le discriminant de la position sociale.
Qu’est-ce qu’un Noir ? A quoi reconnaît-on un Noir ? Aux USA, le mot « negroes » est banni et transformé en Afro-Américain. La discrimination ne porte plus sur la couleur, mais sur l’origine géographique. Pour de nombreuses autres sociétés américaines, le terme de « negroes » est encore employé. Or, cet ensemble negroes comprend des populations à ascendance noires, fortement métissées. Il peut y avoir plusieurs degrés de couleur (passage du blanc au noir). Quels sont donc les critères qui définissent que quelqu’un est noir ? A Pérou, celui qui n’est pas classé comme un noir, n’est pas reconnu noir. Un métis qui a réussi a grimper dans l’échelle sociale, n’est pas reconnu comme noir, alors que son frère (de couleur) qui est resté au bas de l’échelle fait automatiquement partie du monde noir.
En fait, il y a deux modèles :

Dans l’étude des Amérique noires, les Etats-Unis ne feront délibérément pas partie de l’étude ; les problèmes posés par et à la société afro-américaine sera abordée incidemment. L'étude sera essentiellement centrée sur les Noirs d’Amérique du Sud.
La couleur invente une catégorie sociale. Cette différence due à la couleur qui ne repose sur aucune base scientifique, produit des effets sociaux.


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