Le système de plantation.

Les Amériques noires sont nées du système de plantation ; ce système est un système à la fois social, économique et culturel. L’anthropologue américain Charles Wagley a cherché à définir ce concept de système de plantation. Il a été suivi dans cette voie par Mintz puis par Eric Wolf, connu pour ses travaux sur Port-Rico, Haïti et la paysannerie traditionnelle. Il a inspiré les études de Mendras sur les sociétés paysannes

Ces Amériques noires possèdent des caractéristiques qui font qu’elles définissent le système des plantations. Wagley l’oppose à l’aire Euro-américaine et à l’aire Indo-américaine. Wagley a publié, vers la fin des années soixante une aire culturelle de l’Amérique des plantations dans Carribean studies. Il part d’un constat simple : les Amériques sont plurielle, diverses. Trois zones aires culturelles peuvent ainsi être déterminées pour servir de référence à la compréhension de l’Amérique actuelle.

Les facteurs de distinction sont :

C’est la combinaison de ces différents facteurs qui produit des sociétés différentes. Ces aires ne sont ni des unités politiques, géographiques ou linguistiques. Certains pays sont divisés en plusieurs aires culturelles (Brésil, Pérou, USA, etc.).

Ces aires ne sont pas monolithiques. Le modèle culturel et social est lié à différents facteurs et permet d’agir contre une vision trop européocentriste de l’Amérique. Les effets divergent en outre selon les cas de colonisation.

L'aire Euro-américaine.

Cette aire se situe aux deux extrémités du continent (Canada/Amérique du Nord et Chili/Argentine/Uruguay/Sud-Brésil).

Ces régions sont devenues principalement européennes par leur population et leur culture. L’économie marchande y est très développée. Ce sont les zones les plus riches.

L'aire Indo-américaine

Cette zone se situe du Mexique au nord du Chili et prend en écharpe toutes les hautes terres d’Amérique du Sud. C’est la région qui a été colonisée en premier par les Espagnols et où se trouvaient les grands empires aztèques et incas.
La société coloniale a été modelée pour administrer la masse de la population indigène et contrôler son travail. La colonisation a recherché une « intégration » de certains indigènes. Les Indiens font partie de la société coloniale et de la vie nationale. Cette aire est marquée par le métissage à la fois physique et culturel. Certains auteurs parlent d’Amérique métisse.

L'aire des plantations.

Le système de plantation marque la vie sociale et culturelle des populations. La plantation est basée sur la culture d’exportation.

Cette zone s’étend de la moitié nord de la côte du Brésil jusqu’au sud des Etats-Unis ; elle comprend l’ensemble des Guyanes, l’archipel caraïbe et les régions côtières du Pacifique (Equateur, Pérou et Venezuela). Jusqu’au XIXème siècle la plantation est restée un système spécifiquement côtier. Le système économique fondé sur les cultures d’exportations nécessite des voies de commercialisation. Sans ces voies, les cultures d’exportations sont inutiles.

Mintz a écrit Sucre blanc, misère noire (Nathan 1991) qui est une histoire et une anthropologie de la production sucrière. C’est un produit recherché par les Européens et qui est arrivé en Occident par les voies arabes. La culture du sucre vient du Proche Orient ; il nécessite une abondante force de travail et est à l’origine de l’esclavage. Les Francs de Jérusalem ont observé les méthodes de culture de canne à sucre qu’ils ont ensuite exporté vers la Sicile, puis vers le sud de l’Espagne et dans les îles de l’Atlantique à partir du XIVème siècle (Açores). Le modèle arabe, puis européen a été transposé tel quel en Amérique. Un proverbe dit « le sucre a toujours suivi le Coran ».
L’Amérique des plantations est donc initialement sucrière, mais elle va s’adapter à d’autres plantes d’exportation comme le coton, le cacao, le café, le tabac. C’est une aire culturelle homogène.
La plantation n’est pas seulement un type d’exploitation, mais surtout une micro-société. Elle est un univers qui se suffit à lui-même ; c’est un lien qui répond à un modèle de vie aristocratique.
« Dans l’ancienne plantation, les maîtres ne se limitaient pas à utiliser le travail dans l’exploitation de la terre ; ils utilisaient le système pour leurs loisirs » (Wolf 1959). Il y a une utilisation ostentatoire des moyens de production.
L’esclavage est d’abord mis en place au Brésil à partir de M’Bahia pour s’étendre ensuite à toutes les grandes Antilles et au Sud des Etats-Unis. Il faut comparer les populations d’esclaves avec les autres de la zone. «Tout chercheur qui s’intéresse au système esclavagiste brésilien doit s’intéresser à la société du Sud des Etats-Unis » (Freyre : Maîtres et esclaves). Smith fait les mêmes remarques. Il faut étudier l’aire antillaise dans son contexte qui est celui de l’économie de plantation.

Les Amériques noires constituent un ensemble sociologique propre. Mais comprendre ce système de plantation permet d’effectuer des comparaison et de comprendre les enjeux qui s’y déroulent.


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