Les échelles d'observation.

| Macroculturel. | L'individu, le sujet est absent. On traite des grandes aires culturelles ;Todd, Hungtington |
| Microsocial. | L'individu social est au centre des préoccupations. On traite de l'interaction et jeux entre les acteurs ; c'est le domaine de la sociologie et de l'ethnologie Bourdieu |
| Microindividuel. | Domaine de la psychologie et de la psychosociologie. La grande question est celle de l'identité du sujet. Camilleri |
| Biologique. | Echelle des cellules.Changeux |
Chaque échelle possède son autonomie d'explication et sa pertinence. Les explications sont horizontales et concernent chacune leur niveau. L'individu symbolise le continuum de la réalité, mais en tant qu'observateur, il ne peut regarder qu'une seule échelle à la fois. Afin de saisir la complexité de la situation, il est indispensable de regarder l'ensemble des échelles successivement, car suivant l'échelle choisie, le phénomène est perçu différemment et ce qui est visible pour une échelle ne l'est plus pour les autres.
Le grand problème réside dans le fait que très souvent les différentes échelles sont observées avec des outils identiques, alors que chaque échelle possède des outils spécifiques. Le cours des relations interculturelles se situe au niveau microsocial
L'approche système. Elle est différente de l'approche systémique qui vient de la biologie et qui conçoit la vie sociale comme une mécanique, un système fait d'éléments avec des entrées et des sorties. Le système tourne et procure des effets de rétro-action. Mais cette analyse est trop mécanique pour le comportement humain où tout groupe social est composé d'éléments qui sont en interaction les uns avec les autres. Lorsqu'on change quelque chose à un élément du système, l'ensemble du système est touché que ce soit dans sa forme ou son fonctionnement.
Cette méthode a été employée pour comprendre la construction européenne. Elle cherche à comprendre la logique du fonctionnement interne de la culture. Il est indispensable de déterminer les logiques internes qui se cachent derrière une volonté dite culturelle. Dans le cas danois, les voitures, le tabac et l'alcool, qui procurent des plaisirs sont fortement taxés (TVA de 150% pour les voitures). Entrer dans l'Union européenne signifie une harmonisation de la TVA. Or si l'on touche à cette TVA, c'est tout un système social qui s'effondre car la TVA permet à l'Etat de récolter des recettes (impôts indirects) qu'il utilise à financer des écoles et une protection sociale. L'abandon de cette forte TVA va donc modifier la protection sociale ; elle modifiera aussi les comportements et l'écosystème. Actuellement, le moyen de déplacement privilégié est le vélo ; avec la baisse de la TVA, il y aura donc plus de voitures, ce qui signifie une modification des conditions de circulation et il faudra faire plus de place pour les voitures dans le domaine de la circulation. Ce qui ne manquera pas d'entraîner une augmentation de la pollution. En fait, ce n'est pas au nom d'une certaine culture que les Danois ont refusé l'intégration européenne, mais pour des raisons de protection sociale (assurance maladie, scolarisation, etc.).
Les approches systèmes permettent d'expliquer en profondeur les résistances au changement. Ces résistances ne reposent pas sur la mentalité, la tradition, mais souvent sur des réalités économiques comme le montre l'exemple malgache. A Madagascar, en 1971, une amélioration des conditions techniques de culture était prévue, à la fois par le gouvernement et par des institutions chargées de promouvoir la coopération. Il s'agissait d'utiliser la charrue pour planter le riz dans des sillons droits et d'utiliser ensuite ce même système pour enlever les mauvaises herbes. Le projet a échoué parce que les femmes étaient opposées à cette nouvelle technique ; en effet, avec les techniques ancestrales, les femmes participaient à la culture du riz ; elles étaient notamment chargées d'enlever les mauvaises herbes dans les rizières. Or la charrue allait leur enlever ce travail, elles perdaient donc une partie des revenues produits par la vente du riz. Cet exemple montre que les lignes de résistance sont moins culturelles comme on pourrait le laisser croire à prime abord, mais reposent en fait sur un système social où la modification se heurte à des lignes de forces qui proviennent avant tout de rapports sociaux internes à la société.
L'analyse stratégique. L'analyse stratégique interactionniste concerne une approche qui met en relation les acteurs d'un même système d'action. Les acteurs sont en interaction et ces interactions s'organisent autour de rapports de pouvoir ou de coopération ; le pouvoir n'est pas un avoir mais il est lié à une position de l'acteur. Le pouvoir est une relation qui se construit autour du contrôle des zones d'incertitudes. C'est cette zone d'incertitude qui doit être déterminée avec précision parce que c'est là où se trouve le pouvoir réel. C'est le cas de la secrétaire de direction qui verrouille l'accès au patron ; en fait elle est aussi importante, si ce n'est plus, qu'un des subordonnés direct du patron.
Avec ce système d'analyse on sort des schémas classiques d'autorité, car il permet de déterminer quels sont les véritables décideurs, ceux qui permettent de les approcher ou de les influencer.
Exemple de relations sociales autour de la mort au Congo Brazaville.
Dans tous les groupes, il y a interaction et jeu de pouvoir ;même les groupes dominés possèdent du pouvoir. Dans le livre des Macchabés, les juifs se posent la question de savoir s'il y a une vie après la mort. Cette question ne se pose pas pour les Chrétiens, mais la zone d'incertitude se modifie et se place dans le cadre de la destination : paradis ou enfer ?

Le clergé contrôle cette zone d'incertitude par la pratique de la confession. Il contrôle le péché et détermine ceux qui doivent aller au Paradis ou en Enfer. Notons les nombreux tympans des églises romanes qui présentent des scènes du jugement dernier, donc de cette séparation des bons qui vont au Paradis et des méchants qui finissent en enfer. Vers le XIIème siècle, apparaît la notion de purgatoire. En introduisant cette notion qui est une salle d'attente pour le paradis ou l'enfer, le pouvoir spirituel du clergé diminue. Il y a possibilité d'aller au purgatoire si l'on a commis trop de péchés et il est même possible, par l'intermédiaire des indulgences, de racheter un certains nombre de fautes. Affaiblissement du pouvoir spirituel du clergé, mais constitution d'une importante richesse.

Au XXème siècle, la religion est devenue incertaine, la question qui se pose est de savoir s'il y a une vie après la mort. C'est devenu une incertitude secondaire. Mais ce qui demeure incertain c'est le moment de la mort. L'Eglise ne contrôle plus de zone d'incertitude ; elle perd donc son pouvoir. Par contre, c'est le médecin qui prend le relais, car il fait tout pour retarder le moment de la mort, donc il intervient dans cette zone d'incertitude.

Au Congo, la zone d'incertitude c'est le moment de la mort. Dans les sociétés africaines, et plus particulièrement au Congo, la mort n'est pas naturelle ; elle ne peut être que l'effet d'un sorcier ou le résultat d'un maléfice. En un mot, la mort est attribuée à une agression en sorcellerie. L'incertitude est à la disposition du sorcier c'est-à-dire celui qui peut provoquer ou défendre de la mort. Cette zone est contrôlées par les aînés sociaux, les chefs de lignage. D'ou une grande crainte et une vénération pour les anciens, mais elle est aussi tempérée par les connaissances en sorcellerie des jeunes initiés.
Approche réseau. Elle renvoie aux interactions entre les acteurs sociaux à partir d'une base sociale (famille, école, région).
Le fait d'avoir eu une expérience commune crée un sentiment d'appartenance et d'identité. Le réseau est un mécanisme social qui varie selon les cultures.
Approche culturelle. Elle permet de traiter la résolution de problème. La culture ne doit pas être traitée comme une essence, quelque chose de fixe ; une culture est dynamique, en perpétuelle évolution. Chaque culture possède des modèles particuliers qui constituent autant de répertoires.
Lorsque EDF a du construire des centrales électriques en Chine, ils se sont heurté au fait que les centrales chinoises ne possèdent qu'un système de secours électrique, alors que les centrales françaises comprennent deux systèmes de secours éloignés l'un de l'autre. Dans une première approche, les ingénieurs français ont cru que le choix était dicté essentiellement par des considérations financières. En fait, le choix français est dicté par des considérations de sécurité, sécurité essentiellement basée sur une crainte des incendies. Le choix chinois est basé sur une crainte des inondations. L'unique système de secours doit se trouver sur des hauteurs afin d'être hors d'eau. Le modèle de la résolution du problème prend en compte l'histoire, les apprentissages du passé.
La culture doit être conçue comme un modèle de résolution de problèmes.