La notion d'intégration
Définition.
Etymologiquement le mot intégration vient du verbe intégrer qui signifie rendre complet, achever ; au cours du XXème siècle prend le sens complémentaire de faire entrer dans un ensemble en tant que partie intégrante. Le terme d’intégration possède trois sens :
L’intégration constitue un des concepts centraux de la sociologie de Durkheim. Or dans le domaine des relations interethniques, l’intégration est devenu un enjeu politique dans les années 1980. Les sociologues lui ont alors préféré le terme d’insertion. Les deux termes ne sont pas équivalent car il peut y avoir insertion sans qu’il y ait intégration. Le concept d’intégration renvoie à quelque chose de complet, d’achevé. L’insertion n’est qu’un ajout, sans qu’il y ait automatiquement achèvement d’un processus.
Trop souvent l’intégration a été confondu avec l’assimilation ; l’assimilation renvoie au stade ultime de l’acculturation. L’intégration désigne un phénomène social et non exclusivement culturel.
L’intégration est un processus et non un état. Cela signifie qu’il y a évolution, mouvement et transformation. Ce processus peut ne pas être linéaire mais suivre un rythme saccadé.
D’autre part, ce n’est pas l’individu qui décide de son intégration, mais la société dans laquelle il vit qui décide ou non de l’intégrer. L’intégration est avant tout un phénomène social qui s’exerce dans un cadre particulier.
Le point de vue de Durkheim.
Durkheim a mené sa réflexion sur l’intégration dans un contexte politico-social agité : la fin du XIXème siècle est traversé par des mouvements xénophobes (essentiellement contre les Allemands) et racistes (contre les juifs). Des projets de lois particulièrement hostiles aux étrangers ont été votés pendant cette période, afin de se prémunir contre l’immigration étrangère (polonaise, mais surtout méditerranéenne - Espagne, Italie). La question qui se posait était de savoir s’il est possible d’assimiler des étrangers en France ; la réponse habituelle était qu’ils sont trop différents pour être assimilés. Les théories développaient celles de Darwin. Taine développe celle de l’enracinement et Barrès lui emboîte le pas avec ses Déracinés.
Tout l’effort de réflexion de Durkheim réside dans le fait qu’il ne veut rien emprunter aux théories biologiques . Il veut montrer que les réalités sociales sont construites socialement. Son effort consiste dans une explication sociale de la société.
L’intégration ne concerne pas exclusivement les étrangers ; cette question des étrangers ne diffère en fait pas de groupes autochtones. L’intégration est un processus qui varie selon les sociétés. Aucun groupe n’est intégré en soi ; mais un déficit d’intégration conduit parfois les membres de ce groupe au suicide. C’est en étudiant la question de l’intégration que Durkheim s’est penché sur le suicide.
Durkheim fait une différence entre la solidarité mécanique et la solidarité organique. Il explique dans la Division du travail social que tous deux sont des modèles d’intégration.
· la solidarité mécanique a pour base l’intégration communautaire ; cette solidarité est renforcée par les modes de transmissions culturelles. Elle est essentiellement le fait des sociétés primitives. Ces sociétés sont peu intégrées et l’intégration y est très fragile car les individus possèdent une grande autonomie.
· la solidarité organique repose sur une division très poussée du travail ; les individus sont interdépendants les uns des autres. L’intégration y est assez poussée. Les individus ont besoin les uns des autres. La solidarité n’est plus fondée sur des liens originels, mais sur une sorte de contrat de service réciproque. Dans ces sociétés, la transmissions culturelle est le fait d’institutions spécialisées comme l’école.
Durkheim voyait dans l’école républicaine le lieu d’une culture nouvelle. La chaire qu’il avait obtenue était une chaire de sciences de l’éducation. Ce n’est que plus tard que sa chaire sera transformée en chaire de sociologie. L’école devait transcender les solidarités mécaniques. Elle devait permettre de construire un être nouveau : le citoyen.
Il est possible de déduire des recherches de Durkheim, que plus la solidarité est développée, plus l’intégration sociale est forte. L’intégration ne peut se faire que si la société et fortement intégrée. C’est une des raisons du combat de l’école laïque et obligatoire pour l’enseignement du français au détriment des langues régionales. Régionalisme et intégration sont, dans le droit fil de la pensée de Durkheim, incompatibles.
La crise de la nation
Il y a une crise du modèle d’intégration parce que l’intégration est fondée sur le principe de la nation. La solidarité organique se joue au-delà de l’Etat-nation. L’intégration est un compromis entre plusieurs modèles. Ces modèles sont différents et traversés par des conflits. Pour qu’il y ait intégration, il faut qu’il y ait consensus.
La nation sociologique.
La nation n’a pas fait l’objet d’études purement sociologiques. La nation est une forme relativement récente, une construction volontaire des habitants. Elle repose sur la langue, le territoire, la religion les modes de vie.
Toutes les nations sont pluri-ethniques. Les frontières nationales incluent des groupes divers. L’idée d’une nation, un groupe ethnique est une utopie, car il n’a jamais eu cette adéquation. Le procès des frontières artificielles de l’Afrique est un faux procès et les pères fondateurs de l’O.U.A. ne s’y sont pas trompés pour voir fait inscrire dans la charte de l’organisation l’intangibilité des frontières.
D. Schnapper, dans Sociologie de la nation donne la définition suivante de la nation : « La nation historique [...] est une forme politique qui a transcendé les différences entres les populations[...] et les a intégrées en une entité organisée autour d’un projet politique commun ».
Le projet s’oppose aux origines. La nation s’oppose aux liens ethniques comme la communauté s’oppose à la société. La nation regroupe ses citoyens autour d’un même projet quelque que soient les origines.
L’intégration est bien un processus social ? La Nation est un processus historique créé par la société. Elle est fragile car elle est constituée comme une réalité pluri-ethnique qui doit transcender les particularismes.
Bibliographie complémentaire
Mauss M. : La nation in l’Année sociologique 1956.
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