Durkheim est, de tous les sociologues classiques, celui qui reste le plus présent dans la sociologie contemporaine. Il est convaincu que l’homme ne peut être heureux que dans une société qui lui impose normes et contraintes.
Les antécédents
Durkheim est né à Epinal en 1858 d’une famille de rabbins ; il prépare l’Ecole Normale Supérieure au Lycée Louis-le-Grand où il entre en 1879. Ses maîtres à penser sont Spencer, Auguste Comte. Il retient de leur œuvre, le modèle d’une recherche sur les lois guidant l’évolution des sociétés.
Ce qu’il lui importe avant tout est de constituer une science capable d’éclairer les sociétés sur leurs maux, capable d’indiquer les lignes d’action à partir desquelles il serait possible d’améliorer les rapports entre l’individu et la société.
Chronologie de l’œuvre.
Rien de bon pour la société ne lui paraît devoir sortir de l’opposition des classes. Il voit dans les doctrines socialistes la conséquence des dérèglements sociaux entraînés par l’évolution des sociétés industrielles. C’est le thème de son doctorat, De la division du travail social.
En 1895, il publie les Règles de la méthode sociologique et fonde l’année suivante l’Année sociologique. En 1897, il publie, Le suicide, étude de sociologie. Enfin, ses réflexions sur les phénomènes religieux culmineront en 1912 avec les Formes élémentaires de la vie religieuse.
En 1913, la chaire de Durkheim prend le titre de « chaire de sociologie de la Sorbonne ».
Les chefs d’oeuvre
De la division du travail social.
Dans la Division du travail, Durkheim tente d’établir une loi évolutive : celle du passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique.
La solidarité mécanique caractérise les sociétés archaïques : les individus sont semblables les uns aux autres ; ils partagent les mêmes sentiments, obéissent aux mêmes croyances, aux mêmes valeurs. C’est la similitude qui crée la solidarité.
La solidarité organique, caractéristique de nos sociétés, résulte au contraire de la différenciation des individus. Les individus sont liés les uns aux autres parce qu’ils exercent des rôles et des fonctions complémentaires à l’intérieur du système social.
Ces deux types de solidarité constituent les deux pôles entre lesquels évolue la société. Pour que les individus éprouvent le besoin de se répartir des tâches ;, il faut qu’il existe une conscience de l’individualité qui ne peut résulter que de la division du travail.
L’hypothèse de Durkheim est que la solidarité mécanique est socialement renforcée par un droit de nature surtout répressive, tandis que la solidarité organique implique un droit de nature restitutive. Lorsque la solidarité est organique, toutes sortes d’actes empêchant le fonctionnement de cette solidarité peuvent être sanctionnés par les règles du droit restitutif.
Les règles de la méthode sociologique
Dans les règles, Durkheim s’est fixé deux objectifs :
Le Suicide
Durkheim veut démontrer la spécificité du social à propos d’un phénomène relevant apparemment surtout de la psychologie individuelle. Le suicide est incontestablement un phénomène social puisque les taux de suicide varient considérablement et régulièrement en fonction des milieux.
La préoccupation centrale de Durkhiem est celle de l’insertion de l’individu dans la société, l’analyse des désordres sociaux et leur influence sur l’individu.
Les formes élémentaires de la vie religieuse.
L’intérêt de Durkheim pour les phénomènes religieux est ancien : il publie en 1899 une étude sur la Définition des phénomènes religieux. Il est convaincu que le rôle de la religion traditionnelle devait s’affaiblir avec le progrès scientifique et il est persuadé de l’importance des croyances collectives pour la vie des sociétés.
La religion est conçue comme un phénomène d’essence universelle ; il n’hésite donc pas à étudier le totémisme australien pour démontrer sa thèse. Il insiste sur l’opposition entre sacré et profane. « Une religion est un système solidaire de croyance et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites ».
Pour Durkheim, la seule force réelle qui dépasse les individus et prend pour eux la forme d’une force anonyme et diffuse est la société elle-même. Toute société implique donc une autorité morale de la collectivité sur l’individu, autorité qui s’exerce non par la contrainte, mais par le respect. Ce respect est la source du sacré, il explique par conséquent le phénomène de la religion.