Auteur du Droit de la guerre et de la paix (De jure pacis et belli), il se situe au tout premier rang des penseurs de la science juridique et de la philosophie de l’Etat. Avocat protestant hollandais, il a été conseiller de la compagnie néerlandaise des Indes orientales. Il a forgé une théorie de l’Etat et de la puissance civile dont il a présenté avec minutie et beaucoup de vigueur intellectuelle les articulations internes et internationales.
Une vie tourmentée.
Né en 1583, Hugo de Groot, dit Grotius est un enfant prodige : à onze ans il étudie à l’université de Leyde et effectue sa première mission diplomatique en France en 1598. Un an plus tard, il est avocat à La Haye et rédige une histoire de la rébellion des Pays-Bas contre l’Espagne (Annales et historiae de rebus belgicis). A la requête de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, désireuse d’établir juridiquement son droit de capture sur les navires ennemis. Grotius compose le De jure praedae - le droit de prise (1606).
Grotius prend une part déterminante au conflit politico-religieux opposant les partisans d’Oldenbarnevelt aux partisans de Maurice de Nassau. Oldenbarnvelt entraîne dans sa chute ses collaborateurs dont Grotius. Il est arrêté à La Haye en août 1618, emprisonné, condamné à la prison à vie et à la confiscation de ses biens. Il s’évade en mars 1621 et gagne Paris où il séjournera jusqu’en 1644 comme résident de Suède. Il fait naufrage au retour d’une mission en Suède et meurt à Rostock le 28 août 1645.
Le citoyen-type de la « République des lettres et de la Chrétienté ».
Le trait dominant de ce grand humaniste fut une volonté oecuménique d’enquête qui ne lui laissa aucun répit. Le De jure pacis et belli marque la date de naissance du droit internationale public. Il n’a pas cessé de militer pour un ordre authentiquement humain et pour une chrétienté ouverte, purifiée par un retour à ses sources.
Un Etat juste et souveraineté limitée.
« Un corps parfait de personnes libres qui se sont jointes ensembles pour jouir paisiblement de leurs droits et pour leur utilité commune » est la définition de l’Etat selon Grotius. Il fonde sa thèse sur l’existence d’un contrat initial par lequel les hommes ont renoncé à l’état de nature. Il affirme que les lois sont à l’Etat ce que l’âme est au corps humain. L’Etat rassemble une multitude de créatures raisonnables unies pour les choses qu’elles aiment ; il a pour fonction d’assurer le respect des lois et d’organiser les tribunaux chargés de rendre ce qui est dû aux étrangers comme aux particuliers du pays.
Le territoire ne constitue pas un élément de l’Etat, mais le contrat fondamental qui lie les individus à l’Etat interdit la cession d’une province sans le consentement des populations intéressées.
Droit naturel et droit volontaire
Le droit naturel est formé de principes de la droite raison qui nous font connaître qu’ « une action est moralement honnête ou déshonnête selon la convenance ou la disconvenance nécessaire qu’elle a avec la nature raisonnable et sociable de l’homme ». La volonté de Dieu n’est pour lui qu’une manifestation indirecte dans la production normative, celle-ci émanant avant tout de la nature humaine et de son caractère sociable. Le droit naturel est immuable, commun à toutes les époques et à toutes les régions. Il régit la conduite des individus et celle des Etats, ces derniers étant liés par des obligations internes, dont la violation entraîne un droit de résistance à l’oppression en faveur de ses sujets et par des obligations internationales - celles du droit des gens.
L’exercice des droits souverains de l’Etat sur le plan international comprend le droit de guerre encadré par des normes qui n’autorisent que les guerres justes :