Thomas Hobbes s’intéresse de manière privilégiée à la morale et à la politique auxquelles il veut donner un véritable statut scientifique. L’analyse les forces en présence dans l’état de nature il en déduit un modèle mécanique qui le conduit à poser la nécessité de la toute-puissance du souverain et de celle d’un Etat conçu comme une machine parfaitement organisée. Au mécanisme naturel, il substitue par le contrat, un mécanisme artificiel dont le souverain est l’ingénieur et le maître.
La vie de Hobbes.
Il effectue ses études à Oxford et entre au service des Cavendish, famille à laquelle il restera attaché toute sa vie. Intéressé par les problèmes politiques, il écrit Eléments de loi (1640), Léviathan (1651), Eléments philosophiques (1658). Dans Léviathan, Hobbes présente dans une fresque grandiose ses idées politiques.
Le mécanisme strict.
Il conçoit le monde dans les termes d’un mécanisme strict, en termes de mouvement caractérisant des corps définis par leur nature et par leur forme. Il décrit le comportement humain dans les termes mécanistes.
De l’état de nature à l’omniprésence du souverain.
Hobbes élabore une véritable science de la morale et de la politique. Dans un système nominaliste, il part des individus qui disposent tous de forces, tant physiques que spirituelles, pratiquement égales. Or chacun, mû par son propre mouvement vital qui tend à se conserver indéfiniment par inertie naturelle tend à s’emparer de tout ce qui peut lui permettre de survivre. Né du désir et de la crainte, de la défiance rationnelle de chacun à l’égard de chacun, cet état est un état de guerre strictement conforme à un calcul correct de la raison. Une égale menace réciproque pèse dur tous. Etat d’équilibre, l’état de nature est un état d’instabilité, d’insécurité et de misère. Il ne comporte ni société, ni agriculture, ni industrie, ni justice, ni injustice, ni lettres, ni arts, ni sciences d’aucune sorte. Dans l’état de nature, « l’homme est un loup pour l’homme ».
La crainte de la mort suffit à déterminer chacun à s’imposer n’importe quel sacrifice, pourvu que sa vie soit sauve et sûre. Le seul moyen de la paix est d’ériger un pouvoir commun tout-puissant qui imposera sa loi à tous dans la communauté politique et qui assurera un ordre et une paix. Pour y parvenir, il faut que chacun s’accorde avec chacun pour renoncer au droit de se gouverner lui-même et pour remettre tout son pouvoir aux mains d’un seul homme, en lui reconnaissant un pouvoir souverain constitué de la somme des pouvoirs de tous.
Ainsi se trouve institué le souverain qui dispose d’un pouvoir absolu, unique, indivisible. Les citoyens demeurent liés par le contrat, lui seul ne l’est pas car il n’a contracté avec personne. Sa légitimité ne tient qu’à sa toute puissance ; il est au-dessus de tous les pouvoirs : il n’a pas de devoirs, il n’a que des fonctions.
Le peuple lui-même ne peut s’opposer à lui. Seule l’omnipotence du souverain, le caractère absolu de son pouvoir rend possible l’accomplissement rationnel de sa fonction, c’est-à-dire le maintien d’un ordre pacifique et sûr dans l’Etat.
Etat rationnel et pouvoir absolu.
Hobbes accorde à tout citoyen menacé dans sa vie par le fonctionnement de l’Etat, le droit de se défendre et de résister par tous les moyens. Il reconnaît que dans l’Etat, l’homme en tant qu’homme disposait, sous peine d’absurdité, d’un droit inaliénable et imprescriptible.
La toute puissance du souverain délivre l’homme de ses passions, de leurs excès, de leurs abus. Le souverain n’a plus d’intérêts particuliers, son intérêt se confond avec l’intérêt général : « Le roi est ce que je nomme le peuple ». Il est la raison en acte. Dans ce cadre, il n’y a pas d’autre justice que celle du souverain ; c’est lui qui définit le juste et l’injuste, le bien et le mal.