Locke, né à Wrington dans le Sommershire en 1632, a vécu de près les révolutions et tentatives de révolution contre les Stuart. Son souci principal est d’être utile à l’existence sociale des hommes. Il s’exprime essentiellement contre Descartes et Filmer.
Son ouvrages Deux traités de gouvernement civil paraît en 1690. Il s’agit d’une apologie de la révolution de 1688 et d’une critique vigoureuse de la monarchie absolue. L’idée développée est la nécessaire subordination de l’activité des gouvernants au consentement populaire. Locke est le théoricien du libéralisme politique ; ses thèmes fondamentaux sont :
Théorie de la connaissance et du droit naturel.
Locke fait reposer sa théorie sur la connaissance telle qu’elle a été définie par Hobbes. La science ne porte que sur des choses qui ont des causes et dont nous sommes nous-mêmes des causes. La politique et la morale (le juste et l’éthique) se trouvent affectés d’une certitude qui est refusée aux sciences de la nature. Pour Locke, il y a prééminence de la science morale et politique sur les sciences de la nature ; les idées morales et politiques peuvent donc s’enchaîner dans des démonstrations rigoureuses.
La conception lockienne de la science politique repose sur trois aspects :
Les fonctions du gouvernement civil sont déduites des conditions de sa formation, c’est-à-dire de la structure de l’Etat de nature et des raisons qui conduisent les hommes à se constituer en corps politique.
Locke rejette toute idée de subordination, et avec elle le lien qu’elle maintient entre les relations entre les hommes et les relations entre les hommes et les créatures inférieures. Une coupure entre les deux catégories, est établie, institutionnalisée. Quant aux hommes, il n’y a pas entre eux de différence inhérente, pas de hiérarchie : ils sont tous libres et égaux aux yeux de Dieu. La problématique de Locke est antihiérarchique : la liberté naturelle suppose à la fois l’indépendance et l’égalité ; elle subordonne l’autorité politique au consentement. Il défend l’idée que les hommes sont originellement libres et égaux et que l’origine des gouvernements réside dans une libre association. Il s’oppose donc à la théorie de la monarchie de droit divin.
On trouve chez Locke une apologie de la tradition anglaise de la Common law contre la « maladie française de l’absolutisme ». Dans le deuxième traité, Locke reprend la doctrine du contrat social.
L’état de nature est présenté comme une période heureuse de communisme primitif, comme un état de liberté, mais non de licence pour s’achever sur une théorie de l’origine du gouvernement civil, proche de celle de Hobbes, même si elle fonde une conception plus libérale de l’autorité politique. Pour Locke, comme pour Hobbes, l’origine du gouvernement et de la société civile réside dans la nécessité de sortir de l’incessant conflit qui naît de la loi de nature elle-même, c’est-à-dire du droit de chacun à faire ce qui lui semble convenable pour assurer sa conservation.
Limites que les conditions du contrat social imposent à la souveraineté.
Pour Hobbes, la science politique est normative : elle détermine les raisons que nous pouvons avoir d’agir et de décider. « Le jour où les hommes ont quitté l’état de nature pour entrer en société, ils avaient convenu que tous seraient soumis à la contrainte des lois, sauf un seul qui garderait intacte la liberté de l’état de nature, en y ajoutant la force du pouvoir et la licence de l’impunité » (Locke). L’Etat absolutiste représente un état de guerre entre les princes et le peuple ; le peuple peut donc exercer un droit légitime de résistance à l’oppression.
«Le peuple est le juge suprême de la façon dont les gouvernants remplissent leur mission puisqu’il est « la personne qui leur a donné le pouvoir et qui garde à ce titre, la faculté de les révoquer » (Locke). Le contrat est spécifique : « Bien qu’ils soient liés entre eux par une relation contractuelle, les membres du peuple n’ont pas d’obligation contractuelle envers le gouvernement, et les gouvernants bénéficient du gouvernement seulement comme membre du corps politique » (Locke) Ils ne sont donc que des représentants, des députés du peuple.
Le problème des sources du droit.
De Hobbes à Locke, on perçoit un changement dans la conception du rapport entre le droit et l’Etat. Pour Locke, il semble qu’il y ait l’idée d’un ordre spontané dont les pouvoirs publics ont à garantir la non-perturbation : « ce n’est pas toute convention qui met fin à l’état de nature entre les hommes, mais exclusivement celle par laquelle tous s’obligent ensemble et mutuellement à former une société unique et à constituer un seul corps politique ». Il y a donc une formation spontanée du droit antérieur à l’apparition de l’Etat dont la fonction est plus de garantir que de créer le droit. L’Etat a pour mission de préserver les acquis, sans pouvoir y attenter, et les hommes ne se dessaisiront que du minimum : le droit de punir. Le gain qu’apporte la société politique, c’est de permettre aux hommes de sauvegarder leur propriété ; la préservation apparaît comme étant la finalité du contrat social.
Propriété et subjectivité.
Pour Locke, la propriété concerne « la vie, la liberté et les biens », c’est-à-dire tout ce qui appartient en propre à un individu et qu’on ne saurait lui ôter sans son consentement. Dans chaque propriété existe un noyau inaliénable qui ne dépend que de la loi naturelle instituée par Dieu. Les richesses naturelles ont été données à tous les hommes et non au seuls descendants mâles d’Adam.
Locke a joué un rôle important dans la pensée politique de son époque ; il aborde la notion des droits de l’homme et du contrat social. Sa conception de la monarchie libérale et du Contrat social influeront Rousseau et les théoriciens de la révolution américaine.