Après avoir étudié à Leipzig et à Gênes, Pufendorf (1632 - 1694) obtient une chaire d’enseignement du droit naturel et du droit des nations à Heidelberg, puis à l’université de Lund en Suède où il écrit Du droit de la nature et des gens. En 1688, il devient l’historiographe de l’Electeur de Brandebourg et propose dans De habitus religionis christianae ad vitam civilem (1687) sa conception des relations idéales entre l’Eglise et l’Etat. D’origine humble, il n’a été anobli que sur le tard au vu de ses travaux et de ses services. Il est connu pour avoir développé des conceptions originales de la société naturelle, de la loi naturelle, du pouvoir souverain et du double contrat. Pufendorf est un des grands maîtres de l’école du droit naturel et l’un des inspirateurs des principes de la Constitution américaine de 1787.
La sociabilité naturelle de l’homme.
Dans Du droit de la nature et des gens (1672), Pufendorf développe l’idée d’une sociabilité naturelle de l’homme. Il y a sociabilité lorsque l’homme prend conscience de l’identité de nature qui existe entre lui-même et autrui, sur la « conformité de même nature ». Il existe aussi une moindre forme de sociabilité : elle repose sur l’intérêt qui en dérive car « la nature en nous ordonnant d’être sociables ne prétend pas que nous nous oublions nous mêmes ». Pufendorf va à l’encontre de Hobbes et refuse l’opposition entre un « état de nature » et une « vie sociale ». Rousseau ira à son tour contre Pufendorf et exclura la notion de sociabilité du droit naturel.
La loi naturelle.
Pufendorf développe la conception d’une loi naturelle qu’il distingue des lois révélées et des lois positives. Les lois naturelles forment, avec les lois révélées, l’ensemble des lois divines. Sa théorie du droit naturel repose sur l’affirmation de l’existence d’un ordre moral universel, d’une règle de justice immuable, antérieure et indépendante et supérieure aux lois civiles. La loi naturelle a la force droite de la raison, l’universalité de la règle connaturelle aux hommes. « Les lois naturelles se trouvent proportionnées à la nature humaine que leur observation est toujours avantageuse ». Les lois positives prolongent les effets de la loi naturelle ; elles doivent s’en inspirer et ne peuvent la contredire/ La subordination établie entre les lois naturelles et les lois positives donne à la fois force aux règles positives établies par les législateurs et justification au citoyens qui exercent contre un pouvoir inique leur droit de résistance. Il unit d’emblée la loi naturelle à la nature humaine et ne saurait concevoir comme naturel un Etat où les hommes ne suivent pas les maximes de la raison.
Du pouvoir souverain.
Pufendorf rejette l’idée d’un pouvoir souverain absolu fondé sur une analogie avec l’exercice du pouvoir paternel. Il propose de distinguer la servitude volontaire de celle qui résulte de la guerre. Touchant la première, il considère que l’accroissement du genre humain conjugué avec l’augmentation des commodités de la vie et une quête effrénée des richesses superflues a fait que les gens un peu riches et qui avaient de l’esprit engagèrent ceux qui étaient grossiers et eu accommodés à travailler pour eux moyennant un certain salaire. Ainsi la servitude a été établie par un libre consentement des parties ; le louage de service est, pour Pufendorf, la première forme de servitude.
La théorie du double contrat.
Pour qu’il y ait société civile, il est nécessaire que ceux qui désirent être membres de l’Etat s’engagent à ne former qu’un seul corps et à régler d’un commun accord ce qui regarde leur sûreté mutuelle ; « l’assemblée des contractants doit ensuite opter, à la majorité des voix, pour une forme de gouvernement. Ceux qui sont revêtus de cette autorité s’engagent à veiller avec soin au bien public et les autres, en même temps, leur promettent obéissance ». Le pacte d’union et le pacte de soumission scellent en un double contrat l’Etat, ils fondent l’autorité souveraine sur un ciment d’obligations réciproques entre gouvernants et gouvernés.