Rousseau élève une véhémente protestation contre le progrès des sciences et l’accumulation des richesses, contre une société oppressive et des institutions arbitraires. Il stigmatise la dénaturation croissante de l’homme.
Une misérable question d’académie.
Dans ses Confessions, il indique que c’est à la suite de la proposition de l’Académie de Dijon qu’il s’est mis à écrire ; celle-ci avait proposé pour sujet : « Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les moeurs ». Il axe tout son développement sur l’idée que l’homme est bon naturellement et que c’est par les institutions seules que les hommes deviennent méchants.
Il reprend ce thème dans son Discours sur l’origine de l’inégalité. Né pour le bonheur et la vertu, l’homme s’est laissé détourné de son chemin par le développement des connaissances et par les séductions du luxe et de la puissance. L’état primitif de l’homme, cet état de nature où l’être humain connaissait l’innocence et la bonté est une hypothèse qui doit faire regretter un passé qui n’est plus et qui ne reviendra jamais, car l’histoire ne rétrograde pas.
Les grandes oeuvres.
Dans chacun de ses ouvrages Rousse va proposer un remède à la corruption des sociétés. Dans l’Emile, il repense l’éducation d’un enfant destiné à devenir citoyen ; dans la Nouvelle Héloïse, il imagine la vie idéale d’une microsociété ; dans le Contrat social, il pose les fondements d’un Etat juste et légitime où chacun écoute la voix de sa conscience.
L’Emile de l’enfant au citoyen
L’Emile repose sur l’intuition de la perfectibilité humaine. A sa naissance, l’homme n’est rien ; il devient tout. Pour Rousseau, il suit le cheminement suivant :

La Nouvelle Héloïse, vertu et bonheur
Rousseau imagine l’organisation d’une famille qui vivrait selon les enseignements de la nature. Les passions, les élans du cœur doivent être équilibrés, purifiés par la raison.
Le Contrat social : loi et contrat.
Fonder le droit politique est l’ambition de Rousseau. Il se propose de rechercher ce qu’il devrait être et pour cela décide d’établir des conditions de possibilité d’une société légitime. Il veut trouver un type d’association qui assurerait à chaque individu la sécurité tout en lui permettant de conserver sa liberté.
Rousseau rejette toute autorité reposant sur les privilèges de nature ou sur le droit du plus fort. La seule autorité légitime naît d’un accord réciproque des parties contractantes, d’une convention. Pacte d’association qui n’est suivi d’aucun pacte de sujétion. Le peuple est la source de la souveraineté et apparaît comme celui qui exerce cette souveraineté.
« L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ». La volonté générale correspond à la conscience dont la voix se fait entendre en chacun. Rousseau montre que le sort de l’humanité dépend de la nature des institutions politiques et que seuls quelques peuples qui n’ont point encore porté le vrai joug des lois, qui vivent en paix et se suffisent à eux-mêmes, peuvent échapper à la dégénérescence et à la ruine.
Les idées de Rousseau ont eu une influence décisive sur la manière de penser des hommes du XIXème siècle : l’Emile est devenu le bréviaire des éducateurs et le Contrat social le guide des réformateurs politiques.
Le grand problème de Rousseau réside dans le fait qu’il cache le passage du naturel au civilisé ; à partir de quand passe-t-on du naturel au civilisé. L’homme en société n’est-il pas déjà civilisé ? Son véritable problème n’est pas l’Etat, mais la citoyenneté, la position de l’homme dans la société. Il ne démontre en rien que l’homme est bon par nature. Il part d’un postulat qui est repris comme tel par de nombreux philosophes.