Son œuvre ne se rattache à aucune école précise. Sa préoccupation a été d’unir étroitement l’usage de la théorie économique à celui de la statistique, de l’histoire et de la sociologie pour traiter les problèmes économiques de son temps. Schumpeter demeure l’un des plus grands économistes du XXème siècle par la subtilité, la vigueur et la nouveauté de ses analyses et la hauteur de ses vues.
L’homme et son œuvre.
Schumpeter est né en 1883 à Triesch en Moravie. Il reçoit à Vienne une éducation aristocratique. Il fait des études de droit et d’économie dans la capitale autrichienne de 1901 à 1906. En 1909 il est titulaire d’une chaire à l’université de Czernowitz, puis de Graz (1911).
En 1912, il publie son premier ouvrage, la Théorie de l’évolution économique. Après la guerre, il est tenté par la vie politique et pendant un an, il est ministre des finances d’un gouvernement socialiste.
En 1932, il accepte la chaire de l’université d’Havard où il restera jusqu'à sa mort (1950). Ses principales oeuvres sont Capitalisme, socialisme et démocratie (1942) et l’Histoire de l’analyse économique (ouvrage posthume).
Il est un des derniers économiste à maîtriser le champ entier d’une discipline dont le domaine est aujourd’hui partagé entre plusieurs spécialistes.
Naissance d’une dynamique économique
Le circuit stationnaire.
Walras avait élaboré une théorie de l’équilibre économique général qui ne peut guère produire qu’un circuit stationnaire c’est-à-dire un processus économique dont les niveaux d’activité se reproduisent immuablement de période en période. Il fournit ainsi une explication des interdépendances économiques. C’est une dynamique qui est nécessaire pour expliquer les lois du changement.
L’entrepreneur capitaliste et l’innovation.
Cette dynamique, Schumpeter en voit le principe dans l’action de l’entrepreneur capitalisme. L’apparition de l’entrepreneur est liée à la volonté de réaliser un profit, or le profit est impossible en circuit stationnaire. Ce n’est que grâce à la modification volontaire, par l’entrepreneur, des conditions technologiques de la production et de la distribution que se dégage ce surplus qu’est le profit. Cette modification consiste en l’innovation ; pour financer l’innovation, l’entrepreneur emprunte, suscitant de la part des banques une création monétaire. Du capital se forme qui doit être rémunéré par l’intérêt qui sera payé grâce aux profits dégagés par l’innovation.
L’histoire du capitalisme.
Cycles et croissance
A partir de l’innovation, Schumpeter explique l’alternance cyclique des phases de prospérité et de dépression. Les innovations en suscitent d’autres qui déclenchent l’expansion économique. Cette expansion ayant épuisé ses effets et rencontré un certain nombre d’obstacles, une remise en ordre monétaire aura lieu qui se traduira par une crise suivie d’une dépression. C’est ainsi qu’il distingue des cycles de différente longueur.
Ce que les économistes appellent la croissance correspond à la phase d’expansion des cycles longs ; Schumpeter insiste sur le fait qu’il n’est de croissance que cyclique. Chaque cycle observable présente une individualité historique qui oblige l’analyste à rechercher ses causes spécifiques. Le déroulement du cycle se confond avec l’histoire du capitalisme.
L’avenir du capitalisme
Il n’y a pas de raisons qui empêchent ce système d’être viable. Mais il secrète d’autres contradictions : la concentration croissante va engendrer un climat d’hostilité aux grandes entreprises à la suite d’un double mouvement sociologique et idéologique : affaiblissement de l’agressivité politique d’une bourgeoisie qui a perdu sa mainmise familiale sur les entreprises, développement d’une classe d’intellectuels nombreuse et de plus en plus insatisfaite.
L’œuvre de Schumpeter nous aide à comprendre quelques unes des principales difficultés de notre temps.