Histoire des modèles urbains.


Frise
Le phénomène urbain est intervenu dans le « croissant fertile méditerranéen », en Mésopotamie, en Israël. Cette région était une zone agricole particulièrement fertile, à la conjonction du Tigre et de l’Euphrate. Les récoltes sont bi-annuelles et procurent des surplus, ce qui induit des échanges avec d’autres groupes. Pour Gordon Childe, il faut qu’il y ait émergence de surplus pour qu’il y ait ville ; il parle de révolution urbaine.

La révolution néolithique a eu lieu vers 8 500 av. J.-C. ; la révolution urbaine vers 3 500 av. J.-C. Le décalage est de 5 000 ans environ entre ces deux révolutions qui constituent des étapes capitales dans l’histoire de l’humanité

Les villes sont à populations artisanales et agricoles ; les géographes parlent d’agroville pour le bassin méditerranéen. Braudel précise dans la Méditerranée que ces « villes primitives » sont des centres organisateurs autour desquels s’instaure une circulation à large action. Le citadin cultive sa terre le jour et va, la nuit, dormir dans la ville.

Les villes sont particulièrement importantes : leur population avoisine 15 000 hab. Leur structure est celle d’une cité-état qui gouverne la région ; à la tête un souverain qui dispose de pouvoirs politico-religieux (Ensag ou Patesi). Cette structure a duré en Europe jusqu’au XIXème siècle avec les principautés allemandes et italiennes.

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Babylone fait exception ; c’est une cité qui se trouve à la tête d’un empire. Sa population est particulièrement importante : 300 000 hab. Vers 1 700 av. J.-C. La ville est composite, la population fort diverses d’où le nom de tour de Babel donné à la multiplicité des langues. Centre commercial, marché d’échange entre l’Orient méditerranéen et les plaines d’Asie centrale, Babylone draine une foule cosmopolite. C’est le rôle essentiel de la ville, le lieu d’échange.

Le point de départ des Hébreux est Ur. Mais avec les Hébreux, on assiste à une expansion parallèle de la ville et de la religion. La poussée vers l’ouest, à partir de la région summérienne se concrétise par la présence phénicienne sur les bords de la Méditerranée.

La Phénicie, avec Tyr , Sidon, Byblos, c’est l’installation du phénomène urbain sur les bords des la Méditerranée (IIème millénaire). L’essor phénicien se produit entre les XIème et VIIIème siècles, après la fin des grands impérialismes (égyptien, babylonien). Les Phéniciens seront pendant trois siècles, les maîtres de la Méditerranée ; ils jalonneront leur route de comptoirs exigus à Chypre, en Crête, en Sicile, en Afrique du Nord (Carthage IXème siècle) et en Espagne méridionale.

La Méditerranée joue un rôle particulier dans cette propagation de la cité. La Méditerranée est, selon l’expression de Braudel « la plaine de la mer » ; elle est entourée de populations très diverses c qui provoque une effervescence des échanges économiques. Ces échanges ont besoin de lieux, de places, ce qui a pour effet de créer des villes.

Aux XII-XIème siècles av. J.-C., des invasions submergent la Grèce : invasion dorienne et des peuples de la mer dont les Tyrrhéniens. Cette invasion a pour effet de bouleverser toute l’organisation achéenne et conduit à une colonisation de la cote d’Asie mineure. La mythologie sert en partie de révélateur de la filiation entre Tyr et la Grèce, notamment la Béotie par le mythe d’Europe.

Europe était la fille du roi de Phénicie Agénor, lui-même fils de Posseidon. Elle était la sœur de Cadmos, le futur fondateur de Thèbes en Béotie.

Elle était si belle qu’on l’accusait d’user du fard d’Héra que la déesse Hécate aurait dérobé à son intention. Un jour, comme elle cueillait des fleurs avec ses amies sur la plage de Tyr, non loin du pâturage où s’ébattait le troupeau de son père, voici que parmi les bêtes Europe avisa un taureau à la robe étincelante de blancheur, au port à la fois noble et doux qu’elle n’avait jamais remarqué auparavant. Elle approcha pour le flatter de la main ; l’haleine de l’animal répandait une odeur de safran. Il se coucha à ses pieds, de sorte qu’elle put s’asseoir sur son échine, ce qu’elle fit et elle orna ses cornes avec ses bouquets.

Or, à peine le taureau se redressa-t-il qu’il entra dans la mer, la jeune fille en croupe et s’en alla nager au milieu d’un cortège de tritons et de Néréides juqu’à l’île de Crête. Il aborda à Gortyne, au sud de l’île ; la, recouvrant sa forme ordinaire, Zeus se fit reconnaître d’Europe et, auprès d’une source, il s’unit à elle.

Europe devint mère de Minos, de Rhadamante et de Sarpédon. Puis, Zeus donna Europe en mariage au roi de l’île, Astérios. Celui-ci adopta ses fils et à sa mort, le trône de Crète fut occupé par l’un d’eux, Minos. Quant à Europe, que son père avait fait rechercher en vain, une fois morte, elle fut mise par Zeus au rang des divinités et changée en constellation.

Cette légende d’Europe est l’expression poétique de la pénétration des civilisations d’Asie occidentale dans la mer Egée, et c’est en souvenir de la princesse phénicienne que les Anciens auraient donné à la partie du monde qu’elle avait abordée le nom d’Europe. L’image du Zeus-taureau rappelle la nature du dieu des crétois, mi-taureau, mi-homme ; le taureau jouait d’autre part un rôle important dans la vie quotidienne et la religion égéenne.

La cité grecque.

L’étude concerne Athènes, cité d’exception. Or Athènes est plus qu’une ville, c’est une cité qui dispose aussi d’une campagne. Athènes, ville principale de l’Attique, met en place , au VIème siècle av. J.-C., une organisation politique originale qui repose sur la représentation des citoyens dans la cité. C’est l’émergence de la démocratie. Le but de cette nouvelle organisation est d’enlever à l’aristocratie terrienne sa suprématie et de permettre une représentativité équivalente de tous les citoyens, y compris ceux qui vivent dans la ville.

L’organisation de la polis concerne l’ensemble de la cité, c’est-à-dire la ville et sa campagne environnante. Il ne faut jamais oublier qu’une cité c’est aussi, et surtout, la campagne qui fait vivre, au sens propre, la cité. Cette révolution démocratique est effectuée sous le contrôle et l’autorité de Clisthène à la suite d’une révolte et de la prise de pouvoir par les classes urbaines. Cette réforme est particulièrement originale.

Clisthène met en place un nouvel espace civique de manière à pouvoir contrôler le pouvoir des anciennes tribus aristocratiques : tribus ioniennes qui avaient en charge la tyrannie (système de gouvernement mis en place par Solon au profit de l’oligarchie représentant l’aristocratie terrienne où le peuple n’est pas représenté).

La constitution de Clistene 

Clisthène réorganise le territoire politique et administratif de l’Attique de manière à ce que tout contrôle échappe à l’aristocratie terrienne (voir carte en annexe). Les classes urbaines (commerçants, artisans, négociants, affranchis, métèques) sont dorénavant représentées. Clisthène découpe l’Attique en 100 dèmes, unité administrative de base ; ces dèmes sont regroupés au sein de 30 trittyes. Ces trittyes sont réparties en trois groupes de 10, représentant respectivement la paralie (zone côtière), l’intérieur et la ville. Il décrète qu’une tribu est la résultante de trois trittyes :

  1. une de paralie
  2. une de l’intérieur
  3. une de la ville.

 
De cette manière, la ville est représentée au sein de chaque tribu. Ceci a pour effet une centralisation plus importante et la disparition de tout régionalisme. Il ne peut plus y avoir d’identité tribale, le système unitaire devient la citoyenneté : appartenir à Athènes. Cette situation peut se résumer par la formule suivante : « Le Pyrré fait partie de la cité d’Athènes, mais non de l’asty».

L’organisation politique se modifie : le conseil (Boulé) est de 500 membres, 50 par tribus. Les classes urbaines sont donc représentées au sein de la Boulé où elles représentent 1/3 des personnes. Il instaure un tour de rôle de la prytanie (présidence). Boulé et Ecclesia se réunissent dans l’asty (la ville). Le pouvoir réalise des édifices strictement civils comme le Bouleutérion sur l’agora. C’est le premier édifice à caractère purement civil. Les édifices religieux ne sont pas éloignés, mais pour la première fois, pouvoir civil et administratifs sont distincts du pouvoir religieux.

Le calendrier prytanique désigne les tours de présidence Ce calendrier est décimal et s’oppose au caractère religieux du calendrier lunaire. La démocratie est la victoire du nombre rationnel qui permet le décompte. Il y a laïcisation de l’espace.

Ce pouvoir met en place une règle isonomique d’égalité entre les citoyens. Cette réforme a provoqué des réactions particulièrement violentes de la part de certains grecs, notamment Platon qui critique la dissociation du politique et du religieux. Pour Platon, la cité est l’expression de la volonté des dieux (Zeus et Athéna en l’occurrence pour Athènes). Il demande le retour au calendrier duodécimal et la correspondance 1 tribu, 1 mois religieux. Enfin, pour Platon, Athènes devient une ville maudite car elle n’est plus tournée vers la terre mais vers la mer ; elle offense les dieux.

Un impérialisme urbain : Rome.

Le centre de gravité s’est déplacé vers l’ouest. Rome traduit un phénomène de colonisation urbaine d’une longévité inégalée. Les structures urbaines demeurent encore d’actualité. Quant à la romanisation, elle est la généralisation de la cité à l’espace connu de l’époque :le monde circum méditerranéen.

L’organisation romaine repose sur des structures urbaines antérieures (grecque et carthaginoises) ainsi que sur des sites fortifiés qui portent pour la Gaule, le nom d’oppida. Ces sites fortifiés se trouvent en Gaule, en Espagne et en Bretagne - Britany)

Quelles sont, dans ce cadre les caractéristiques respectives de la civitas et de l’urbs. La civitas est une cité-état, une unité de gestion administrative présentant une certaine autonomie. Cette unité de gestion correspond à un caractère tribal : le territoire des Parisii est organisé autour de Lutèce. L’empire romain s’est toujours reposé sur les division tribales. Benvesiste explique que la différence entre la polis grecque et la civitas romaine par la philologie : Polis est un terme primaire qui désigne un principe d’organisation d’où dérivent les termes de politikos, politesse, en tant que citoyen membre d’une polis. En latin, le terme primaire n’est pas civitas mais civis, le citoyen ou concitoyen. C’est donc un terme de relation mutuelle qui est privilégié. Le terme de civis désigne le membre de la civitas en raison de la relation spécifique qu’il possède avec les autres individus. La civitas est constituée par l’ensemble des concitoyens qui possèdent des relations entre eux.

Le droit romain amis en place des statuts différents pour les individus, les agglomérations, les provinces. Les villes se différencient selon leurs origines. La ville créée ex-nihilo est la colonie dont le type est Cologne (Colonia Aggripa) alors que les ville qui proviennent d’une fondation antérieure sont des municipes (Marseille, Narbonne sont des municipes). La colonisation romaine se caractérise par son caractère urbain, par l’existence d’une ville autour d’un plan (en damier, en équerre, orthogonal, etc.). Ce type de plan a été conceptualisé par Hippodamos de Millet dès le Vème siècle av. J.-C. Le plan s’efforce de préserver le caractère d’isonomie des citoyens. C’est le plan exporté par Alexandre lors de ses conquêtes.

Pour les Romains, population pragmatique, la ville s’articule autour de deux axes, le cardo (axe nord-sud) et de decumanus (axe est-ouest) de manière à créer une centralité au point de rencontre de ces deux axes. C’est aussi le plan de la légion romaine en campagne. Le forum, place centrale de l’urbs, se situe la plupart du temps à proximité de l’intersection du cardo et du decumanus. Ce forum est habillé avec des bâtiments ayant des fonctions politiques (basilique), religieuses (temple de Jupiter capitolin, du divin César, des divinités locales - les Romains assimilaient les divinités des populations conquises qui étaient converties au Panthéon romain), judiciaire (prétoire) et économiques avec les galeries marchandes. Le Forum devient la place centrale de la cité.

Selon leur statut, les villes possèdent des édifices complémentaires :

Le plan orthogonal des villes coloniales romaines a perduré à travers les siècles. Lorsque Napoléon crée Napoléonville en Vendée (La Roche sur Yon) et Napoléonville en Bretagne (Pontivy), ces deux agglomérations sont construites autour du plan orthogonal. Cet espace public qui fait référence à l’époque romaine traduit sur le plan politique la volonté de « coloniser » les départements ayant très largement participé à la révolte vendéenne (chouannerie).

Dans la majeure partie des cas, l’empire romain puise dans les sociétés son infrastructure. Les villes sont faites pou le rassemblement des hommes ; les écoles, moyen d’intégration des populations allogènes par l’apprentissage du latin, sont situées dans chaque ville romaine. La magistrature est ouverte à tous les citoyens ; les statuts sont différents, selon que les personnes soient de droit romain, latin.

Le vocabulaire fait la différence entre les incolae (indigènes),les émigrants italiens (coloni) et les militaires qui se sont installés sur les terres nouvelles (vétérans). Les vétérans sont de droit romain, les colons de droit latin. Toute les villes sont situées en deçà du limes qui constitue la frontière fortifiée avec les Barbares (ceux qui ne sont pas Romains). La protection se faisant sur les frontières, les villes, lors de la pax romana, ne sont pas fortifiées. La fortification n’apparaîtra de nouveau qu’avec les invasions barbares (fin IIIème siècle).

Les invasions barbares.

Le Vème siècle a vu des assauts répétés des Barbares venus du Nord et de l’Est. Cette époque est celle d’une longue période d’adaptation à de nouveaux équilibres ethniques, à de nouvelles structures politiques et sociales. Ces invasions ne sont en fait que la suite de innombrables assauts qui se sont brisés sur le limes. Toute de l’histoire de l’Europe reste marquée par cette période de troubles où des peuples se suivent en vagues successives, pénétrant de plus en plus à l’intérieur de l’Empire. Au Sud, les Musulmans empruntent, en sens inverse, la route prise par les Vandales de Genséric et se redent maître des rives sud de la Méditerranée ; ils franchissent le détroit de Gibraltar en 711 pour s’installer en Espagne où ils resteront jusqu’en 1492. Le mot barbare vient de barbarus nom donné à ceux qui ne sont pas civilisé. C’est l’étranger. Il désigne d’abord celui qui occupe la campagne et qui ne peut s’assimiler à la civilisation gréco-romaine urbaine, puis les populations qui se trouvent au-delà du limes. Les « barbares » du Nord

Les barbares se divisent en trois grands groupes : les peuples iraniens, les peuples asiatiques et les peuples germaniques. Ces barbares ont envahi l’Europe de l’Ouest. Ce sont des paysans itinérants dont l’agriculture est basée sur l’assolement triennal ; leur société est très hiérarchisée et militarisée. Ils sont regroupés en clans et tribus qui obéissent à une aristocratie guerrière. Leur religion est de type animiste : ils vouent un culte aux arbres, aux sources, aux bois sacrés, etc. Le culte des ancêtres est particulièrement développé et le système divin reprend la division indo-européenne des dieux de la magie (Wotan), de la guerre (Donner) et de la fécondité (Freia). La religion est complexe et composite, mais où les dieux magique et guerrier dominent. Forêts et bois sont des lieux de régénérescence (forêt de Brocéliante, Teutoburgerwald, etc.). La culture matérielle qu’ils apporte est importante. Elle repose essentiellement sur le travail du fer qui leur a donné un avantage particulier avec des épées à lames dures (cf. légende de Siegfried). Enfin, ils possèdent une forme d’écriture, les runes.

Ces barbares connaissent pas la civilisation urbaine ; ils lui sont imperméables, leur mode de vie principal étant le nomadisme itinérant. Il est ressort que l’éloquence n’est pas le fort de ces populations ; il n’y a pas l’art du discours en public selon un argumentaire strict - la rhétorique -(Démosthène, Cicéron, etc.) en relation avec l’écrit. L’éloquence s’applique à la gestion de la cité. La notion d’Etat et de bien commun leur est étranger. L’antagonisme entre le monde romain et le monde barbare est profond.

Les causes des invasions sont nombreuses :

Ces invasions barbares conduisent à une ruralisation de l’Occident, ce qui entraîne une disparition des villes, un repli des échanges à longue distance. Sur le plan politique, des royaumes indépendants (Wisigoths d’Espagne, Francs de Gaule, Lombards d’Italie, Vandales d’Afrique du Nord, etc.) se créent à la tête desquels des dynasties se mettent n place. Les cours royales sont itinérantes et se déplacent de domaines en domaines pour subvenir à leurs besoins. En Gaule, les Mérovingiens se déplacent entre les villes de Laon, Soissons, Reims et Paris. Il y a confusion totale entre le droit public et privé et les biens du royaume sont considérés comme des biens privés. Le domaine de l’Etat est distribué aux serviteurs afin de se les attacher (système féodal).

Les invasions barbares sont restées comme un cauchemar dans la mémoire collective de l’histoire européenne. Il y eu un choc au sein de l’univers romain. Mais en même temps, les Barbares ont réalisé une acculturation rapide au contact de l’Empire romain : 486, défaite de Syagrius, dernier roi romain de Gaule ; 496, conversion de Clovis et sacre à Reims. En dix ans, la Gaule est passé d’un souverain romain à un souverain chrétien franc.

Les barbares ont régénéré l’Empire romain :

Ce traumatisme provoqué par les invasions barbares se retrouve dans l’expression de nombreuses fêtes populaires de l’Europe du Nord comme la légende d’Allowyn de Dunkerque : Allowyn est le chef de farouches barbares qui a ravagé le pays plat autour de Dunkerque. Il est craint pour sa cruauté. Un jours, lors d’une expédition, il se blesse en débarquant et les habitants s’en saisissent et veulent le tuer. Intervient l’évêque Eloi qui le prend en charge. Il lui fait faire une retraite et le convertit à la religion chrétienne. A partir de ce jour, Allowyn se transforme en protecteur de la cité de Dunkerque. Il est, depuis, le géant bienfaisant qui est fêté lors du carnaval de Dunkerque.

Une lecture anthropologique de l’histoire permet de comprendre que les populations, par carnaval interposé, veulent exorciser une peur rétrospective : celle des invasions. D’autre part, la conversion d’Allowyn est effectuée sur un mode initiatique avec une retraite qui est une séparation d’avec le monde pour une re-naissance. Cette crainte des invasion se retrouve dans maintes légendes. Pour la précision historique, il semble plus probable qu’Allowyn soit un envahisseur Viking de la fin du VIIIème, début IXème siècle.

Les « barbares » du Sud

L’Islam est une civilisation urbaine et lettrée ; ce n’est donc pas la même dynamique que précédemment. Il s’agit plus d’une colonisation islamique avec l’imposition de normes et d’une religion dont les modèles se répètent d’un bout à l’autre de l’Europe musulmane.

La colonisation est prosélyte parce qu’elle est portée par une religion du livre, le Coran, qui peut se diffuser. Le livre permet l’émergence d’un acteur sociologiquement indifférencié, ; le fidèle, celui qui a la foi. L’Islam est enfin l’hériter d’une longue tradition lettrée qui a assimilé l’héritage hellénistique dans les domaines de la philosophe, de la médecine, des mathématiques et de l’astronomie. Aristote est connu dans l’Occident médiéval grâce aux travaux d’Averoes. Quant à la civilisation urbaine, elle a assimilé les traditions de la haute antiquité des cités du croissant fertile et ont repris les principales formes architecturales.

Longtemps les sociologues ont débattu sur la nature du Coran : traduit-il une religion des Nomades ou une religion urbaine. Le Coran a pris naissance dans les cités de l’Arabie heureuse, La Mecque, Médine. Il s’est propagé le long des routes caravanières, qui seules permettent le échanges (commerciaux et intellectuels) ce qui a laissé l’impression d’une religion de nomades.

La civilisation islamique s’est répandue dans deux zones en Europe : l’Espagne et la Sicile.

La civilisation musulmane réactive les anciens centres urbains et crée des villes : réhabilitation de Damas qui a été une ville perse, grecque, romaine et byzantine. Elle est enfin devenue islamique. D’autres villes sont créées comme Bagdad, à 100 km de l’ancienne Babylone. Cette ville nouvelle s’efforce de dépasser en grande sa lointaine devancière. Bagdad est la ville du khalife, la ville du pouvoir religieux et politique. Reprenant les théories de Platon, elle a un plan circulaire qui est la marque de l’excellence, de la souveraineté et de la perfection. Bagdad est fondée en 762. Autour de 800, la ville compte près de 2 millions d’habitants ; c’est une ville phénoménale qui a déjà débordé de l’enceinte circulaire initiale. Kairouan est une ville arabe fondé en Afrique du Nord vers 670.

En Espagne, la réactivation des centres urbains touche des villes fondées par les Phéniciens et Carthaginois (Cadix, Cordoue), des Romains (Malaga, Tolède, Lisbonne, Saragosse) ; elle crée aussi deux ports : Alméria en Méditerranée et Alcacer do Sol sur l’Atlantique. Selon les récits légendaires, Grenade aurait été fondée par les Juifs de la diaspora qui aurait suivi la première destruction du Temple de Jérusalem. Cela signifie que la présence de communautés juives est fort ancienne à Grenade. La ville de Grenade est entièrement remodelée en 756 ; le métissage religieux sera particulièrement important. Cordoue compte, ; au Xème siècle, plus de 500 000 habitants. La ville se développe par adjonction de faubourgs ; l’accroissement spatial est particulièrement important ?

Les villes possèdent une vocation essentiellement commerciale. La conquête arabe a mis en place des routes commerciales sûres ; les échanges économiques ont un grand rayon d’action : de l’Espagne musulmane jusqu’aux rives de L’Indus et Samarcande. Les premiers voyageurs musulmans entrent en contact avec les empires d’Afrique noire (Ghana). Cette prolifération des échanges à grande distances crée un afflux monétaire important au détriment de l’Europe chrétienne. Des échanges existent entre monde chrétien et musulman (Thèse de Pirenne)

Michel Lombard insiste sur l’existence d’une classe marchande de grands négociants, sur la composition hétérogène des villes au plan religieux où commerçants juifs, musulmans et chrétiens travaillent ensemble. L’Espagne se caractéise par la présence de deux communautés religieuses à fort pouvoir économique. Ces commerçants jouent un rôle important dans le développement urbain .

Il y a mise en place d’un modèle urbain, celui de la Médina (ville arabe). Ce modèle ne possède aucune unité apparente. Elle se présente comme anarchique, mais il y a une hiérarchie spatiale interne rigoureuse : le repère central est la Mosquée qui est inspirée de la basilique chrétienne byzantine. La centralité de la cité est religieuse : tout s’ordonne autour du lieu de culte.

La notion de pur et d’impur précise à cette répartition spatiale. La pureté est au centre du dispositif, le plus près de la mosquée ; les zones impures sont le plus éloignées. Ainsi s’inscrivent sur le sol, à travers les commerces et leur répartition autour de la mosquée, des zones concentriques de métiers selon une lecture religieuse. Le souk, le bazar qui sont regroupés autour de la mosquée sont composés de métiers nobles :orfèvres qui travaillent le métal pur, l’or ; puis des marchands de textiles, des parfumeurs, des tapissiers. Viennent ensuite des professions moins pures : celliers, ébénistes, étameurs, etc. pour aboutir finalement aux métiers de bouche qui constituent les métiers les plus impurs; Ils sont d’ailleurs tenus très souvent par des étrangers ou des non musulmans. A l’extérieur de la ville se trouve le caravansérail,(foundouk) qui sont des hôtels-entrepôts qui permettent d’héberger les marchands étrangers à la ville avec leurs marchandises.

Les quartiers résidentiels regroupes les lignages et les ethnies. Il y a constitution de quartiers juifs, chrétiens, musulmans. Mais les quartiers des adeptes des religions du livre sont situés à proximité de la mosquée ; ils sont considérés comme plus purs que les païens car ils ont eu connaissance du Dieu unique. Le statut des minorité (dhimmi) concerne exclusivement les juifs et les chrétiens. Leurs membres sont à la fois protégés tout en subissant des formes discriminatoires ; tout dépend des circonstances. Il n’y a pas eu de conversion forcées.

Le plan de la maison rappelle la maison romaine ; elle est articulée autour d’une cour centrale tournée entièrement vers l’espace intérieur. Les édifices publics n’existent pas. Si la civilisation romaine a privilégié les thermes comme espace public, il n’en est pas de même pour les bains maures. Ces établissements sont considérés comme des lieux privés. L’espace musulman ne connaît pas d’espace public. Il n’y a aucune symbiose entre la fonction politique, la fonction culturelle. Le domaine public n’est pas pris en charge car il n’existe pas.

La citadelle, la partie militaire de la ville est la casbah. Le mur d’enceinte qui protège la cité est percé de portes multiples et les voies qui les empruntent convergent vers la mosquée centrale.

Il y a une analogie entre le modèle urbain arabe et le modèle urbain médiéval. Braudel a souligné cette convergence : « Deux civilisations seulement ont fabriqué en grand la ville enchevêtrée et irrégulière : l’Islam et l’Occident médiéval ». Ces villes sont gigantesques et peuvent compter jusqu'à 500 000 habitants ?. Ce sont, en apparence, des villes sans plan.

M. Lombard a relevé des convergences entre l’Islam et la civilisation médiévale dans le domaine des corporations. Le vocabulaire émerge dans les villes islamiques dans un contexte de dénomination des grands négociants ? Artisans, petits commerçants vont s’opposer de manière autonome au pouvoir des grands commerçants. Dans l’Empire romain, l’organisation du travail dépendait des collegium ; mais ces organismes étaient sous la tutelle de l’Etat. Entre le VIIème et le Xème siècle, des confréries indépendantes se constituent arvec des rites d’initiation, des serments, des chefs élu, un conseil de maître, le tout soudé par une doctrine mystique et sociale rassemblant Juifs, Musulmans et Chrétiens. Ces corporations ont développé leur propre doctrine ; on assiste à un univers particulier dissident dans un ensemble souvent décrit comme fortement homogène.

Le prototype de l’acculturation en Espagne est le Mozarabe ?. C’est le chrétien de culture arabe. Toutes les populations sont acculturées à d’autres civilisations. Le Mujedar est le musulman converti au christianisme et de culture chrétienne. Alphonse X le sage est le modèle des souverains d’Espagne qui a permis la cohabitation entre les trois types de population. Rodrigue de Bivar en est un autre exemple. Son titre le Cid, vient de l’arabe sidi qui signifie seigneur. Il y a en permanence acculturation entre les trois civilisations ce qui a créé un ensemble particulier dans l’Espagne médiévale.

L’identité chrétienne s’est constituée en fonction des liaisons qu’elle avait entretenue dans l’Espagne médiévale. Cette idée trouve son point culminant avec St Jacques de Compostelle et ses pèlerinages. St Jacques est souvent surnommé le matamores (tueur des Maures) par les Espagnols. Ce pèlerinage s’effectue en fait vers la pointe la plus occidentale d’Espagne, le Finistère espagnol. Dans ce pèlerinage, il y a tout à la fois brassage des cultures (cultures païennes et antiques) et définition identitaire : l’enjeu est de se démarquer de l’Islam

L’Europe urbaine médiévale.

Le Moyen-Age s’ouvre lorsque l’Islam commence son déclin en Espagne (Xème siècle) et que commence l’idée de croisade (1096). La Chrétienté occidentale se tourne vers le Proche Orient afin de délivrer le tombeau du Christ menacé par les Turcs seldjoucides. L’hégémonie de l’Islam est remise en question dans le bassins méditerranéen. Le commerce à longue distance reprend, notamment à partir de Venise. La cité des doges devient la plaque tournante des échanges entre Europe et Occident.

Venise appartient à l’Empire byzantin, mais elle devient peu à peu rivale de la capitale Constantinople. Elle financera d’ailleurs la ruine de cette cité en détournant la IVème croisade de son objectif (1203 - prise de Constantinople par les Croisés). Constantinople est un centre commercial qui entretient des relations avec les villes d’Asie Mineure, l’Asie centrale, de Mer noire et des pays de l’Adriatique. La ville est aussi un important centre manufacturier, de production de biens. Venise dispose de comptoirs à Alep, Damas, Alexendrie, Kairouan et Palerme.

Le dynamisme commercial de Venise entraîne celui de Pise, Gènes, Bergame, Crémone, Lodi, Vérone. Les villes du sud de la France (Marseille, Montpellier, Toulouse) et d’Espagne du Nord (Barcelone) se développent. La Méditerranée joue un rôle moteur pour les échanges.

En même temps se développent des échanges dans l’Europe du Nord autour de la Mer du Nord et de la Baltique (conséquence des invasions Viking et des campagnes de Charlemagne contre les Frisons et les Saxons). De nouveaux centres urbains se créent autour de l’industrie textile ; le drap de Flandre provoque le développement des places marchandes de Bruges, Gand, Ypres, Lille, Douai, Cambrai, Liège...

Entre le Nord de l’Europe et le Sud méditerranéen se constituent des villes de foire : Troyes, Provins, Bar/Aube. On assiste à un développement urbain à fonction économique, en liaison avec une activité industrielle. Sous l’Antiquité, les villes étaient des centres politiques, religieux et commerciaux (marchés). L’activité industrielle couvre l’Italie du Nord, l’Allemagne de l’Ouest, l’ensemble Pays-Bas/Belgique. Cet ensemble qui ressemble fort à la Lotharingie du IXème siècle devient l’épine dorsale d l’activité économique européenne. Cet axe restera l’épine dorsale de l’économie industrielle de l’Europe de l’Ouest jusqu’au XXème siècle.

Les conditions du développement urbain.

Les villes sont de trois types :

Ce type de villes se retrouve aussi en Angleterre sur les marches : Pays de Galles, Irlande (Londonderry) ; en Allemagne vers l’Est. Ces villes sont toutes à fonction offensives : elles sont constituées de garnisons chargées de mettre au pas, au profit du gouvernement central, la région dans laquelle elles sont édifiées. Ce type de ville persistera jusqu'à la Révolution : En France, Napoléon crée Pontivy en Bretagne (Napoléonville) et La Roche sur Yon en Vendée (Napoléon-Vendée), deux villes pour mettre au pas les mouvements insurrectionnels chouans (Cadoudal).

Le modèle urbain médiéval.

La ville médiévale est polycentrée . Elle présente un centre à la fois religieux et politique ; elle se développe par l’adjonction de faubourgs : les murailles se déplacent au fur et à mesure de l’extension de la ville.

Paris possède un centre religieux : Notre-Dame et un centre politique : le Palais, tous deux dans l’ile de la cité. Autour de ce noyau, se développent des faubourgs. Sur la rive gauche, des faubourgs monastiques : Ste Geneviève, St Germain, St Sulpice, etc. Sur la rive droite des faubourgs commerciaux et marchands : St Méri, Beaubour et St Denis ; plus tard St Antoine... Les halles sont toujours à proximité du port de grève parce que Paris est approvisionné par la voie fluviale.

La ville médiévale est une vile anarchique car en dehors des halles (marchés) des pônts publics et de la maison communale, il y a fort peu d’espaces publics, d’habillage monumental. Pour Paris, toute la construction de la ville va être de mettre en harmonie la symbolique d’un pouvoir royal centralisé et un espace public. La perspective va s’étendre le long de la voie royale à partir de la Renaissance : Le Louvre, puis les jardins royaux vers l’ouest ; les Tuileries et son prolongement vers les Champs Elysées, pour s’achever au XXème siècle à la Défense.

Henri IV a mis en place une zone de prestige : la place royale, devenue place des Vosges à partir de laquelle devaient rayonner des avenues portant les noms des provinces françaises. Louis XV déplacera le centre monumental vers l’ouest, au-delà des Tuileries, avec la place royale (Place de la Concorde). Peu à peu, la logique économique, celles de l’espace public et étatique prennent forme. Ces logiques sont souvent en concurrence et structurent l’espace urbain.

Les causes de l’opposition entre ville médiévale occidentale et islamique

Quelles sont les divergences qui ont conduit à un déclin urbain en orient et un développement urbain en occident pendant le Moyen-Age alors que ces villes ont le fond gréco-romain pour héritage ? La pensée de Max Weber.

Max Weber dans son ouvrage posthume « La ville » fournit les caractéristiques de la ville occidentale. Il part d’un constat concernant certaines similitudes : elles sont des lieux de marchés, des centres industriels et commerciaux, des forteresses organisées autour d’un système défensif (enceinte). Elles possèdent aussi des associations de marchands (guildes) et des corporations d’artisans. Il existe donc de nombreuses similitudes dans la fonction économique de la ville médiévale. Les différences sont importantes dans :

La ville médiévale a permis la disparition des organisations lignagères et la remise en question des différentes formes du culte des ancêtres. Le Christianisme serait à l’origine de la disparition des organisations lignagère. Le Christianisme est une association confessionnelle d’individus et non une association rituelle de la famille. Le Christianisme s’oppose ainsi à l’Islam, où la population reste organisée en tribus, en lignages. « Dans les nouvelles villes de l’Europe, c’est en tant qu’individu que le citoyen entrait dans la bourgeoisie, c’est en tant qu’individu qu’il prêtait le serment de bourgeois ». Le Christianisme est la religion de populations profondément troublées dans leurs traditions en raison des invasions barbares ; celles ci ont remis en question les appartenances tribales et ont créé une rupture dans la chaîne des solidarités. Le Christianisme apporte une nouvelle dimension dans les relations.

Critique de la pensée de Max Weber par les historiens.

Robert Ledrut affirme que l’Etat médiéval ne se caractérise pas par l’avènement de l’individu, mais par celui de la corporation : « La cité n’est pas une association d’individus ». Ce sont les corporations qui fondent la réalité communale. Henri Pirenne croit aux acteurs collectifs et c’est la raison pour laquelle la ville bénéficie de franchises, ce qui n’est pas le cas des individus. Les privilèges vont à l’entité ville, ce qui place la ville au même rang que l’Eglise, la noblesse ou l’Etat comme acteurs social de la société médiévale. Les rapports entre ces différentes entités sont complexes.

Jacques Heers, dans le clan familial au Moyen-Age, montre qu’il y a, en Europe du Sud, pérénité du pouvoir des clans familiaux, un maintien des lignages (lignages maternels au Nord, lignages paternels au Sud). La distinction dans l’Europe méditerranéenne entre civilisation islamique et chrétienne est formelle, telle que l’a définie Max Weber.

Dans le domaine urbain, on assiste au même type de regroupement : les quartiers sont organisés autour d’appartenances claniques, tribales. Les familles patriciennes organisent l’espace urbain et le privatisent, d’où l’effet apparent de fragmentation de la ville médiévale avec ses nombreuses petites places, ses églises de quartiers qui sont souvent des églises de lignages (où du moins que les lignages entretiennent et donc s’approprient à la longue). Les lignages prennent possessions de l’espace public en pratiquant des ouvertures, à partir de leurs demeures, sur la place principale du quartier. Ils préfigurent en cela la cité de la Renaissance italienne.

L’infrastructure urbaine s’organise autour des maisons patriciennes. Tous les dépendants sont regroupes autour de ces familles. Après le sang et le nom, le voisinage cimente le clan. Les princes doivent contrôler les clans nobles d’où des lois somptuaires pour réduire les manifestations des clans dans l’espace public. Les communes prennent des dispositions identiques car les clans entretiennent des rivalités internes (cf. Roméo et Juliette dont l’histoire se déroule à Vérone). L’Eglise participe à ces mouvements d’apaisement des rivalités et les podestats s’efforcent de jouer un rôle au dessus des factions et des clans.

Les communes populaires urbaines sont composées à partir des « arts » ; le regroupement des artisans en groupes professionnels constituent les cadres institutionnels de la vie politique. Ils vont s’efforcer de faire disparaître la référence au clan familial comme entité de la vie politique. Leur disparition au sein des instances ne signifie pas perte d’influence sur les institutions sociales. Le pouvoir du clan se maintient à travers le système des alliances et de la clientèle (constitution de grandes propriétés indivises).

L’explication anthropologique de Jack Goody.

Jack Goody s’interroge sur les facteurs de la divergence entre Occident et Orient. Il mène son enquête sur les différents systèmes de parenté. Pourquoi les modèles européens de parenté et de mariage diffèrent-ils à partir du IVème siècle en Occident de ceux de l’Antiquité grecque, romaine, du Proche Orient et d’Afrique du Nord ? Comment émerge cette dimension occidentale de la primauté de l’individu ?

Il fait intervenir les questions religieuses dans son analyse, notamment le rôle de l’Eglise chrétienne dans la destinée familiale. Il oppose les modèles antiques et orientaux, caractérisés par un ensemble de prescriptions (ce qu’il faut faire) au modèle occidental basé sur la prescription (ce qu’il ne faut pas faire ; les interdits).

Le modèle antique et oriental préconise :

Les interdits chrétiens sont :

Ces interdits constituent pour l’Eglise « une façon de se constituer comme famille concurrentielle des lignages ancestraux ». L’Eglise peut hériter et devient un lignage à elle-même. Par ses proscriptions, elle favorise la fragilisation des clans (absence d’héritier et transfert des biens privés à l’Eglise qui devient le plus grand propriétaire foncier d’Europe). Les femmes trouvent dans l’Eglise une façon de ne pas se soumettre à la loi familiale (mariage) et de mener une vie hors du mariage (couvent) ce qui était impensable dans la société antique.

Pour Jack Goody, le tournant a été pris au IVème siècle avec la mise en place du célibat des prêtres, la généralisation du monachisme qui se généralise en Occident (règle de St Benoît). Une politique de renonciation et d’oubli du monde terrestre se met en place.

Dans son essai sur l’individualisme, Louis Dumont reprend la thèse de Goody et précise que c’est la manière de se mettre hors de la loi mondaine qui met l’individu face à lui-même pour atteindre la « perfection ». La renonciation au monde apparaît comme une dynamique qui donne de la valeur à l’individu (cf. ascèse des Pères du désert et de St Augustin). Cette renonciation amène à la quête de Dieu en soi.

Chaque auteur cherche à rendre sa période responsable de la spécificité européenne. Jacques Vernant souligne le fait que l’Eglise possède toutes les conditions pour que se réalise cette dynamique dans son essai, l’individu, la mort, l’amour, sous même et l’autre en Grèce ancienne. Selon lui, trois types caractérisent la personne :

Pour Jacques Vernant, dès le Vème siècle, les Grecs connaissaient deux niveaux d’individualisation : le héros, les liens affectifs, le testament individuel d’une part, correspondant à l’individu ; la poésie lyrique sur le ton de la confidence de l’autre qui est faite par le sujet. Mais les Grecs ne connaissaient pas le niveau du Moi, du « cogito ergo sum ». La conscience de soi ne fonde pas l’individu Cette partie est introduite avec le Christianisme et l’œuvre de Saint Augustin (Confessions).

A chaque période de développement correspond une place de l’individu dans la société. Saint Augustin la précise au Vème siècle dans la Cité de Dieu pour le monde chrétien. C’est à partir de cette période que les grands courants vont diverger. C’est aussi le moment où l’acculturation entre le christianisme et les Barbares d’Occident trouve un aboutissement.

Bibliographie complémentaire :

Aristote : La constitution d’Athènes
Bairoch P. : De Jericho à Mexico
Dumont L. Essai sur l’individualisme
Ewig : Résidence et capitale pendant le haut Moyen-Age (Revue Historique 1963)
Goody J. : L’évolution de la famille et du mariage en Europe.
Guichard P. : Structures sociales « orientales » et « occidentales » dans l’Espagne musulmane - Paris 1977
Heers J. : Le clan familial au Moyen-Age
Herodote : Histoire
Lestocquoy : Le paysage urbain en Gaule du Vème au IXème siècle (Annales 1953) Levi-Provençal : La civilisation arabe en Espagne, vue générale - Paris 1948
Lombard J. : L’Islam dans sa première grandeur. (Champs - Flammarion - 1971).
Marçais : L’Islamisme et la vie urbaine (CR Académie des inscriptions et belles lettres 1928)
Marçais : Comment l’Afrique du Nord a été arabisée ; l’arabisation des villes - Tome I - A.I.E.O. Annales de l’institut d’Etudes Orientales d’Alger - Alger - 1938
Marçais : La conception des villes dans l’Islam (Revue d’Alger - 1954)
Pirenne : Mahomet et Charlemagne
Pirenne : La ville au Moyen-Age
Torres-Balbas : Les villes musulmanes d’Espagne (A.I.E.O. Alger IV - 1947) Vernat J. : L’individu, la mort , l’amour soi-même et l’autre en Grèce ancienne.
Weber Max : La ville


Principales dates de l’histoire romaine

Vers 750 av. J.-C. : Fondation de Rome par Romulus et Rémulus
509 : Fin de la royauté étrusque - Proclamation de la République Conquête du Latium, puis de l’ensemble de l’Italie
202 : Victoire de Zama sur les Carthaginois. Conquête de l’Espagne, de la Gaule et des provinces orientales (Grèce, Asie Mineure.
32 av. J.-C. : Victoire d’Octave sur Marc Antoine à Actium. Les Rome prend le pas sur la partie orientale de l’Empire.
27 av. J.-C. : Octave devient César Auguste Imperator. L’Empire romain connaît sa plus grande expansion sous le règne des Sévères.
312 : Conversion de Constantin
324 : Fondation de Constantinople qui deviendra Byzance.
410 : Mise à sac de Rome par Alaric
Pendant que l’Occident se ruralise, l’Orient poursuit son urbanisation.
455 : Sac de Rome par Genséric , chef des Vandales.
476 : Fin de l’Empire romain d’Occident. Constantinople poursuit l’œuvre romaine mais s’héllénise pour devenir Byzance.
1453 : Prise de Constantinople par les Turcs.


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