L’espace urbain est la scène de la vie quotidienne qui définit la communauté des citadins ; l’espace urbain est un territoire de vie et d’identité.
Les idées de Kevin Lynch.
Lynch est un architecte ; il s’intéresse aux villes nord-américaines et au plan orthogonal qui structure les villes américaines. Ce sont en général des villes sans centre et sans limites. Il se pose la question de savoir si l’on peut définir un plan urbain optimum présentant une image structure qui permette au citoyen la meilleure adaptation possible. Il cherche à créer un modèle pour les citoyens qui se trouvent en manque de repérage.
Lynch travaille sur Boston, Jeseycity et Los Angeles. L’intérêt de son approche réside l’étude qu’il a menée sur la manière dont les citadins se représentent leur ville. Boston posède un centre historique, Jerseycity fait partie de la communauté urbaine de New-York et Los Angeles est une ville pavillonnaire très étendue.
Son but st d’apprécier la lisibilité du paysage urbain. Il s’aperçoit que la perception de la ville est en constante évolution. Elle s’actualise en fonction des lieux d’habitation, de travail, des événements qui s’y déroulent et des relations sociales qui s’y nouent. Cette situation se traduit par une représentation fragmentaire de la ville. A Los Angeles, les habitants éprouvent une sensation de désorientation qui conduit à une perte de bien être et un sentiment d’insécurité émotionnelle.
Trois composants structurent l’image :
Les objets sont classés selon cinq types :
Le monument n’est pas considéré comme constitutif de la ville.
Par son approche, Lynch, élabore des systèmes descriptifs qui permettent d’obtenir une ville lisible, bien formée, distincte, remarquable. La ville a pour objet d’inciter l’œil et l’oreille à augmenter leur participation. Pour Lynch, il ne faut en aucun cas arriver à la constitution d’une image trop évidente, car elle deviendrait trop ennuyeuse. La ville doit présenter de la stimulation, du rythme et une certaine ambiguïté. Trouver cet équilibre constitue le rôle de l’architecte urbain (donc le sien CQFD)
La théorie de Raymond Ledrut.
Ledrut ne s’inscrit pas dans cette perspective, bien qu’il reprenne l’approche d Lynch. Il travaille sur deux villes du Sud-Ouest de la France : Toulouse et Pau. Il travaille à partir de photographies. Son propos est de remettre en question le citadin en indiquant qu’une expérience n’est pas réductible à l’autre, que la perception de la ville est fonction du genre (sexe), de la classe sociale et du lieu de résidence.
La relation à la ville s’effectue sous la forme d’une personnification de la ville ; elle est définie comme une personne aayant ses humeurs. La relation à la ville est perçue comme la relation avec la mère. Il montre la dualité entre bonne et mauvaise ville. La ville est ambiguë et ambivalente.
Julien Gracq fait, dans la forme d’une ville, l’apologie d’une bonne ville : Nantes ; la mauvaise ville est Angers, c’est une ville de l’intérieur des terres, repliée sur elle-même.
La personnalité de la ville est définie par ses monuments anciens ; ce sont eux qui en font le cachet, l’esprit. Cette perception du centre historique est indéterminée ; il n’y a aucune connaissance spécifique des monuments. Ce qui est valorisé, c’est le caractère d’ancienneté ; il est sécurisant, donne une pérennité qui permet d’avoir une perception éternelle de la ville. La relation n’est pas de connaissance, intellectuelle, mais affective.
Le centre historique permet un pèlerinage fondamental. Il y aune méconnaissance de l’histoire des monuments. L’appréhension de la ville se fait à travers la ville musée : « le séjour des hommes y est figuré comme nécropole ». Il estime qu’il y a là une manière de formuler une aliénation du citadin. Il y a identification à la mort et non à la vie.
Or dans les années soixante, lorsque Ledrut fait cette étude, le thèse de l’aliénation est récurent dans la pensée (aliénation dans le travail, la consommation, etc.). Ledrut est prisonnier des concepts marxistes de son époque ; il n’a pas su se dégager de leur empreinte. Je puis donc me poser la question de la pertinence de son étude qui sacrifie à une mode intellectuelle. Son discours est top idéologique pour coller à la réalité.
La relation à l’espace urbain est physique, affective, non aliénée. Mais elle ne dépend pas non plus de la connaissance. Les centres urbains sont les cadres privilégiés de l’expression urbaine.
Le temps dans l’espace urbain : mémoire et histoire.
Le temps s’inscrit-il dans l’espace par le biais de la mémoire et de l’histoire. Ces deux dimensions du temps s’inscrivent de manière physique dans l’espace urbain.
En Europe la ville est un objet historique ; elle est fondamentalement un lieu de mémoire.
La mémoire collective selon Halbwachs.
La mémoire collective est la mémoire distinctive d’un groupe social ; c’est une mémoire que le groupe ne partage avec aucun autre groupe. Cette mémoire ne connaît pas de rupture ; elle entretient avec le passé un rapport continu. Le passé est transmis par une mémoire vivante et non savante.
La mémoire collective c’est l’album de photo de famille ; c’est une collection d’images non légendées qui n’a de signification que pour le groupe qui a entretenu des relations et qui en est le possesseur.
Pour Halbwachs, la mémoire collective se repère dans l’espace : « L’espace est une réalité qui dure [...], qui se conserve par le milieu matériel qui nous entoure ». C’est l’appartement familial. L’espace urbain est le support privilégié de la mémoire collective. Les chemins de la mémoire partent de l’espace concret pour y retourner. Le groupe reste identique et la mémoire fixe l’attentions sur le groupe. La mémoire alimente l’imaginaire de la nostalgie.
Cette mémoire collective est inscrite à travers les noms de rue quis e réfèrent au passé local de la ville ; rues qui désignent :
La mémoire collective permet la reconstitution du passé in situ.
La mémoire historique
Elle enregistre les changements perçus à l’échelle régionale, nationale. L’histoire se veut conscience universelle d’événements permettant une chronologie, une périodisation, une rupture dans la linéarité. Elle propose la reconstitution d’un sens des événements par rapport aux autres groupes.
La mémoire historique se met en place au moment de la révolution. Elle se met en place par l’utilisation de nécronymes (noms de familles illustres parce qu’ayant un sens par rapport à la destinée de la Nation). Les premiers nécronymes sont des noms d’écrivains (rue Racine, etc.) et par la création de monuments symbolisant l’unité nationale.
Le Panthéon est une église construite par Soufflot au XVIIIème siècle. Elle devient Panthéon sous la Révolution. Le monument est dédié à la consécration posthume des Français qui se sont illustrés par leur talent, leur vertu et leur service à la Patrie. Le fronton du Panthéon, sculpté par David d’Angers représente la Patrie qui distribue des couronnes que lui tend la Liberté tandis que l’Histoire prend note. Cette personnification de l’histoire donne un sens au monde, dans le contexte d’un etat laïque. Il y a rupture avec la mémoire collective, le culte des ancêtres. La mémoire historique transforme les ancêtres en morts individuellements significatifs. Ils font sens pour l’ensemble des membres de la nation.
L’espace urbain est balilsé par des monuments permettant de connaître les destinées nationales. Des cérémonies célèbrentla Nation. Sous la IIIème République, c’est le rôle de l’enterrement de Victor Hugo. Il y a dans ces funérailles une mise en scène de la Nation par elle-même pour elle-même. La Nation est à la fois acteur et spectateur. La mobilisation nationale à été pour cette occasion extraordinaire.
La personnalité littéraire de Hugo y est pour beaucoup. Hugo, poète des salons de la Monarchie de Juillet, poète opposant à l’Empire, poète vantant les vertus de la nation. Mais aussi Hugo membre du Cops législatif de la monarchie de Juillet, le député de l’Assemblée de 1848, le proscrit de 1852, le député qui a démissionné en 1871 puis qui a été élu sénateur à vie. C’est toute l’histoire de France qui est représentée dans sa personne, une France monarchiste (monarchie de Juillet), une France républicaine (opposition à l’Empire et favorable à la IIIème République). Sa personnalité va au-delà des clivages politiques. Ses funérailles peuvent donc faire l’objet d’une mise en scène de la Nation.
Après la Première guerre mondiale, le Cartel des Gauche voudra réitérer le même cérémonial lors du transfert des cendre de Jaurès au Panthéon. Ce sera un échec car la France entière n’est pas favorable à Jaurès, et au sein même de la Gauche, des oppositions et des inimitiés très fortes prennent le pas sur la volonté unitaire.
Le théâtre urbain
De nombreux auteurs considèrent que la ville est le synonyme de fin de folklore, de la mise en place d’une industrialisation de la culture. Kirshenblatt6Gimblette réhabilite le terme de folklore pour l’étude des cultures urbaines. Elle souligne que le contexte urbain engendre une culture, avec des expressions spécifiques. Le folklore urbain fait passer un espace abstrait à un lieu habile, significatif et signifiant pour ses habitants. Le folklore désigne une formation locale, autochtone, vernaculaire d’une culture.
La culture vernaculaire urbaine traduit un mode d’expression des habitants ; elle repose sur la manière dont l’environnement est personnalisé, humanisé. Cette culture vernaculaire est engendrée à des niveaux divers (personnel, familial, etc.). Aux USA, le block, constitué par l’ensemble de bâtiment enserré par quatre rues, possède une identité et génère sa propre festivité : le block party rassemble les habitants du block ; de la même manière dans les villes ou villages, les fêtes paroissiales est porteuse d’une culture folklorique vernaculaire.
La culture de la ville repose aussi sur un détournement de la culture de masse : lors des événements de 1986, les étudiants, opposés à la politique du ministre des Universités A. Devaquet, on inscrits sur les murs de Paris « Devaquet, retourner maison » s’inspirant du film de Spillberg « E.T. rentrer maison ». D’autres formules identiques ont fleuri sur les murs de Paris.
Cette culture de ville s’organise en dehors des institutions. Les rapports ne sont jamais légitimés ; il y a toujours une transgression par irruption dans l’espace public. L’espace public est détourné à des usages particuliers : les défilé de roller empruntent la chaussé réservée aux véhicules à moteur.
Cette culture urbaine possède un caractère artisanal unique. Elle est faite par des acteurs qui se sentent concernés. Ils veulent montrer que cette culture est authentique, personnalisée, qu’elle crée du sens dans l’espace urbain et devient en définitive un objet de consommation pour les autres (touristes). Le folklore n’est pas artificiel mais constitue une re-création culturelle.
Ces cultures possèdent un fort pouvoir d’attraction touristique :
L’approche sociologique de l’aménagement du temps urbain.
Sorokin a mis en avant la notion de budget-temps, notion qui a été reprise par M. Halbwachs qui a dans un premier temps étudié les budgets temps familiaux. Le temps libre devient un élément d’action :
Cette étude du budget-temps a permis de déterminer les différences sexuelles dans le travail (travaux de Madeleine Guilbert) ; de nouvelles pistes ont été suivies dans ce domaine à partir de 1975.
Le temps des loisirs constitue une rupture dans le temps annuel. Les économistes se sont aperçus que la productivité du pays chutait d’1/4 en août. En créant un ministère de la qualité de la Vie, le gouvernement Barre veut mettre en place un plan d’aménagement du temps en étalant les vacances sur sept semaines réparties tout au long de l’année. Le calendrier scolaire est pensée en terme de rentabilité économique (décalage des vacances en fonction des zones scolaires). Les transports mettent au point les trois périodes d’utilisation des trains (périodes bleue, blanche et rouge). Le but est double : rentabiliser économiquement la période de vacances et limiter les risques d’accident.
L’étude sur le bugdget-temps a montré qu’il existe trios types de temps : le temps de travail, le temps de loisir et le temps contraint qui n’est aucun des deux précédents : c’est le temps pris par les transports, les démarches administratives, etc.
Pour une anthropologie du temps urbain.
Jacques Le Goff a essayé de comprendre comment a émergé une nouvelle temporalité au XIIème siècle. Il s’est aperçu de la naissance d’un temps des marchands, temps différent du temps de l’Eglise. Tompson s’est interrogé su le temps industriel, le temps personnel qui est régi par la montre.
Pour le Goff, il existe différents temps :
Au XVème siècle, l’Eglise crée le mont de piété pour permettre des emprunts sans taux usuraires. Les marchand s vont inscrire le temps dans la ville avec la mise en place des horloges (Villes de Flandre, du Nord de la France, d’Italie du Nord) ; ces horloges permettent de réguler le temps de travail. A Paris, on peut voir l’horloge du Palais (boulevard du Palais), à Rouen la Grande horloge...
Les horloges rythment le temps du travail, le temps urbain, le temps de la prière et celui des exécutions. Les horloges instaurent un comptage arithmétique du temps. Elle ont liées à un carillon et à des cloches (cf. villes hanséatiques, notamment Brême). Pour cela, il y a création d’édifices spéciaux : les beffrois.
La Réforme résout la question du travail en faisant de celui-ci quelque chose de sacré. Le travail possède une dimension nouvelle, mystique. C’est une façon de réaliser le salut sur terre. Le travail est rédempteur. « Le temps est précieux car chaque heure perdue est soustraite au travail qui concourt à la gloire divine » (M. Weber).
La question des beffrois.
Les beffrois ont été construits à travers les âges, mais leur signification a changé de sens :
Bibliographie complémentaire.
Albert-Lorca M. : Maures et chrétiens à Villajoyosa : une ville, sa fête, son saint in Archives des sciences sociales des Religions - Juillet-Septembre 1995
Ben Amos : Le transfert des centres de Jaurès au Panthéon in Terrain N°15
Ben Amos : Les funérailles de Victor Hugo in Les lieux de Mémoire ; La République. sous la direction de P. Norra
Gracq Julien : Les formes d’une ville.
Ledrut R. : Les images de la ville (1973 - Anthropos)
Lindenfeld J. : Les cris de Paris, étude des marchés de rue.
Lynch K. : L’image de la cité (1960)
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