Les violences urbaines


Elles répondent à deux approches totalement opposées, complémentaires, mais contradictoires : l’approche sociologie et anthropologique. La violence urbaine suscite de nombreuses publications depuis plusieurs années parce qu’elle choque notre conception de la vie. Les sociétés occidentales ont pensé avoir éradiqué la violence de la vie publique et privée ; or cette violence refait son apparition dans le domaine public. Françoise Héritier a cherché à étudier le phénomène de violence sous ses différentes formes lors de plusieurs colloques.

La question de la violence est particulièrement complexe à étudier car ses formes ont varié selon le temps et les cultures. Dans certains groupes, la violence est tolérée, alors que dans d’autres, elle est totalement prohibée, bannie. La violence dérange et devient alors scandaleuse.

Dans la société occidentale, la violence a été évacuée selon un processus lent et long ; c’est ce qui est communément appelé civilisation. Norbert Elias s’est penché sur ce problème de la prohibition de la violence. Dans l’évolution de la société, la violence privée a été prise en charge par l’Etat. L’homme ne peut plus se venger et la violence légitime n’appartient plus qu’à l’Etat.

La violence privé a fait une résurgence dans l’espace public depuis une quinzaine d’années. Le sport est peut être caractérisé comme un déplacement de la violence vers un auto contrôle. Ted Gurr souligne le fait que la violence peut s’interpréter comme une réaction à une situation de frustration en raison du décalage entre une aspiration élevée et la possibilité d’une réalisation médiocre. C’est ce qu’il appelle l’anomie.

Définition de la violence urbaine.

Les formes de la violence collective des jeunes ont lieu autant dans l’espace public de la banlieue due du centre ville. Ces formes de violences sont faiblement organisées et doivent être distinguées de la délinquance des mineurs . La violence urbaine va du plus simple vandalisme à l’émeute et à la guérilla urbaine ; elle passe par une grande diversité de formes. Ces formes de violence sont :

La question des violences urbaines est ancienne : il y a eu des émeutes urbaines à Chicago (1919), Harlem (1935), dans diverses villes de USA ( 1943), à Watts et Détroit (1962), à Los Angles (1992) - pour cette dernière émeute, il faut noter que la communauté chinoise est intervenue violemment pour mettre fin aux pillages des bandes d’afro-américains.

En France, la première émeute date de 1981 aux Minguettes (banlieue de Lyon), puis à Vaulx en Velin (1990), Sartrouville et Mantes-la-Jolie (1991), Toulouse le Mirail et Montauban (1999) Quant à Strasbourg, les émeutes sont périodiques (quartier Cronembourg).

Perspective sociologique

En France, les cibles de la violence sont homogènes : les institutions publiques (police, EDF/GDF, poste, écoles, transports, commerçants). Il s’agit essentiellement d’institutions qui sont en rapport avec les moyens d’intégration et qui proposent quelque chose qui n’existe pas ou peu dans le pays d’émigration. L’attitude envers ces institutions est comme si la confiance avait été perdue.

D’autre part, les affrontements entre bandes existent comme aux Etats-Unis, mais à une moindre mesure. Les formes de la délinquance aux Etats-Unis ont baissé depuis les années 80. Le déclin de la criminalité est due à l’efficacité de la politique répressive (politique de tolérance zéro, ce qui permet à certains sociologues français de montrer le système américain comme un des plus répressifs.

La violence est toujours décrite comme gratuite, sans revendication. Elle prend pour cible les institutions constitutives du lieu de résidence. C’est une réaction des jeunes face à l’exclusion.

Sébastien Roche met en avant la notion d’incivilité, c’est-à-dire l’absence de civilité. Pour se faire entendre et respecter, la personne doit hausser le ton. L’espace public ne doit pas être approprié par quelqu’un. La civilité implique une certaine neutralité dans cet espace. Pour qu’il y ait civilité, il faut ne pas imposer à l’autre sa spécificité.

Les violences urbaines relèvent de l’incivililté. Elles remettent en cause le fonctionnement de la vie collective basée sur le respect mutuel, la communication et l’échange. Les incivilités produisent un sentiment d’inquiétude et se traduit par des dégradations : bris de vitres, de boites aux lettres, de graffitis, etc. La constitution de rassemblement équivaut à une appropriation de l’espace public...

Face à cette situation, les pouvoirs publics se sont efforcés à mettre en place des moyens en personnels et matériels pour lutter contre l’incivilité. Ce sont les professions de l’hospitalité : concierges, gardiens, contrôleurs... et création de nouveaux métiers : îlotiers, standard d’écoute, etc.

Perpective anthropologique.

Dans cette perspective, il n’y a pas de problème de violence. Ce qui est mis en avant c’est la dimension culturelle de la violence. C’est la thèse soutenue par David Lepoutre dans Cœur de banlieue.

Il a repris l’analyse de la violence dans une perspective contemporaine. La violence fait partie de la culture de rue. Il s’agit de restituer à la violence son cadre spécifique en dehors de la délinquance juvénile.

C’est la subculture de rue ou sous-culture des adolescents qu’il étudie dans une vision où la violence physique est « positivée ». La question qui se pose est de savoir comment, du côté des acteurs, cette violence est valorisée. Il s’agit donc de constituer en objet d’étude le comportement et les attitudes d’affrontement où le corps est profondément valorisé. Le corps est instrument, signe et enjeu de communication.

Ces comportements s’établissent selon un mode d’échange et de vengeance. Elle se manifeste par des rixes, des batailles, des combats sportifs. D. Lepoutre met en valeur le caractère apprécié par l’ensemble de la classe d’âge, le phénomène de fascination, d’ivresse collective. La bagarre est appréciée du groupe d’adolescent. Ces bagarres sont des rituels mettant en jeu trois types d’acteurs dont le rôle peut être interchangeable selon les circonstances :

La provocation permet de recréer la coordination, l’unité du groupe. La violence fait partie intégrante de l’espace public ; il y a un apprentissage de cette violence sous forme de spectacle qui se donnent au grand jour. Le jeune doit apprendre à se défendre. Ce qui est valorisé dans cette violence c’est la manière de dominer sa peur. Il faut donc faire l’expérience du courage et de la force. Il s’agit en final de se construire une réputation qui sera reconnue par les autres. Cette réputation intériorise des codes spécifique aux groupes de jeunes. Les aînés jouent à la fois le rôle d’incitateur à des actions violentes, de provocateur et de protecteur des plus jeunes.

Les parents interdisent l’usage de la violence dans la rue et à l’école, mais ils l’utilisent pour en interdire les pratiques ; il en résulte une ambiguïté de l’éducation ( ?).

La violence est un trait spécifique de cette culture de rue ; l’emploi de la force physique est légitimée dans cette culture ; elle devient un mode de relation et obéit à des codes. La force physique n’exclut pas la gentillesse, la relation à l’autre, l’amitié.

Dans la culture de rue, tout est mis en scène ; rien n’est intériorisé. Les valeurs de la culture dominante définissent la virilité comme modèle et possibilité de contrôle de soi. Dans les sociétés traditionnelles, la violence est introvertie.

Dans la culture de rue, le sport devient la discipline médiatrice entre la culture dominante et la culture de rue.

Bibliographie complémentaire :

Heritier F. : De la Violence - Ed. O. Jacob.


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