L'époque couchite (XXVème dynastie)

Les causes de l'intervention des souverains couchites sont assez obscures : appel d'une des factions au pouvoir ? Volonté d'expansion vers le Nord ? En tout état de cause, ils ont été très bien accueillis en Haute Egypte et se sont assurés par les armes la loyauté des princes de Basse Egypte. Ils ont apporté l'ordre et la stabilité à un royaume divisé. Un profond respect des traditions religieuses fait partie intégrante de leur conception religieuse : sous leur protection, les artistes sont revenus aux grands exemples du passé, notamment du Moyen Empire thébain.

Thèbes, sanctuaire d'Amon, a reçu la principale part des donations faites par les Couchites. Une nouvelle forme de gouvernement s'est mis en place : le pouvoir séculier et politique du grand prêtre d'Amon a été restreint par le mariage du démiurge et d'une princesse dotée de biens considérables. Cette Divine Adoratrice a établi un gouvernement théocratique ; elle adopte son héritière parmi les filles de la Maison royale. Le pouvoir politique reste ainsi entre les mains de la famille régnante.

Les arts connaissent un grand essor, notamment la statuaire, seul témoignage parvenu jusqu'à nous. Deux styles dominent :


Tête du roi Taharqa - Musée du Caire

Statue acéphale de Tanoutamon
Toledo museum of Arts

Statue de la divine
adoratrice d'Amon, Aménirdis
Musée du Caire
On ne connaît pas de statues de reines ; il faut rechercher leur équivalent parmi les statues des Divines Adoratrices d'Amon, comme celle d'Amenirdis Ier debout. Le visage large et les rondeurs de la femme nubienne sont rendues avec la plus grande discrétion. Le pli couchite au nez est visibles ; les détails de la robe, des bijoux et de la coiffure ont été exécutés avec minutie. Le portrait posthume d'Amenirdis est plus réaliste. L'excellent modelé du corps en fait une œuvre attachante. La sphinge à l'effigie de Chépénoupet présentant un vase d'Amon (Berlin) porte la perruque bouffante de la déesse Hathor comme au Moyen Empire
Sphinge à l'effigie de la Divine Adoratrice Chépénoupet II, présentant un vase à tête de bélier. Musée égyptien de Berlin

Il existe des statuettes en bronze, pierre, ivoire, faïence des Divines Adoratrices, comme celle où Amenirdis est assise sur les genoux d'Amon trônant. Ils s'enlacent avec ferveur dans une mutuelle étreinte.

La statuaire privée provient presque exclusivement de la grande cachette de Karnak (cour nord du 7ème pylône). Par son exécution soignée et sa belle finition, elle montre une évolution du style officiel thébain avec un choix des formes plus audacieux. Pour les ex-voto, elle donne la préférence aux statues de personnages debout ou à genoux. Lorsqu'elle adopte la statue cube, c'est pour choisir un modèle inspiré de la XVIIIème dynastie. Une des statues les plus connues est celle du scribe Pedimahes, bras croisés sur les genoux, corps enveloppé dans un vêtement qui laisse les pieds et les mains libres. L'attention se concentre sur les traits vivants et l'expression d'une sérénité contemplative
Statue du scribe Pedimahes accroupi - Brooklyn museum

Les statues en pied des notables thébains font référence aux statues royales de la XIIème dynastie : torse aux larges épaules, tailles étroites, jambes à tension musculaire visible, l'ensemble reprenant l'idéal de beauté masculine du Moyen Empire. L'influence des modèles royaux est perceptible dans le choix du shendyt, plissé au pan retombant et à la gravure du nom du personnage sur la ceinture. Les têtes de ces statues sont rasées ou tonsurées, mais les traits sont représentés de manière réaliste : joues pleines, lèvres épaisses, narines creusées.

La statue en granit gris d'Ariketekana est très éloignée de l'idéal héroïque : corps corpulent a demi dissimulé sous une longue robe. Moutouemhat, intendant des Divines Adoratrices, a commandé de nombreuses œuvres de tous les styles ; une douzaine de statues en différents matériaux le représentent dans des attitudes et des costumes variés. La statue en granit de Karnak le représente vêtu du shendyt et de la ceinture gravée. Le visage aux traits individualisé est dépeint avec réalisme : les sillons des rides lui donnent une expression résolue. La statue où il est assis, enveloppé d'un long manteau (Berlin) reprend le style officiel du début de l'époque thoutmoside. Ce portrait évoque consciemment une œuvre précise.
Statue d'Ariketekana - Musée du Caire
Statue de Moutouemhat - Musée du Caire

Les reliefs des vastes tombes thébaines traduisent le goût du passé ; il s'agit, non seulement de le faire revivre, mais de le surpasser. Les grands dignitaires de Thèbes font revivre le concept de grandes hypogées aux murs couverts de bas-reliefs. Des bas-reliefs en grès décorent les chapelles des Divines Adoratrices à Médinet-Habou. La plupart des tombes couchites et saïtes sont dans un état de délabrement avancé ; la plus grande partie de la décoration traite de thèmes funéraires et religieux. Les scènes d'offrandes sont inspirées du temple d'Hatshepsout à Deir el Bahari. Les détails des monuments du passé étaient étudiés avec soin par ces passionnés de l'Antiquité. Les artistes ne les copiaient pas servilement, mais leur donnaient une nouvelle interprétation.

Le fragment en calcaire de la tombe de Moutouemhat imite des vignettes de la tombe de Menna. Mais contrairement au dessin fluide de la peinture originale, le relief possède des contours précis, des détails bien nets à la manière des reliefs de la XIème dynastie. Le mobilier est extravagant, imaginaire et original. Ces fantaisies sont importantes dans les endroits où le dessin est devenu accessoire.

La tombe du vizir Nespakachouti a été usurpée à un dignitaire de la XIème dynastie. Elle a été recouverte d'un beau calcaire pour son nouvel usage, mais la décoration n'a jamais été achevée. L'artiste a été influencé par le temple voisin d'Hatshepsout.

Toutes les compositions cherchent à rappeler celles d'un passé glorieux, sans engagement quant à leur signification. Les pleureuses sont réduites à des stéréotypes de têtes, de coiffure, de poitrine, de ceinture. Toute expression de chagrin est absente. Le spectateur est désormais témoin d'un art où le maniérisme commence à dominer la représentation des formes et à dénaturer leur signification.

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