La première période intermédiaire
(VIIeme - X eme dynasties)

La chute de l'Ancien Empire, à la fin de la VIème dynastie, semble avoir été brutale ; elle est attribuée à un déclin progressif de l'autorité de pharaon en raison du caractère héréditaire des charges de gouverneur de nomes. D'autre part, les ressources du trésor du royaume étaient appauvries par les dons de terres, les dispenses d'impôt, l'aliénation des revenus de propriétés concédées à titre perpétuel. L'émergence d'un régime féodal se fit sentir après le long règne de Pépi II. L'autorité centrale était trop faible pour faire pièce à l'anarchie et l'Egypte se divisa en principautés rivales dont aucune ne fut suffisamment puissante pour impressionner les autres.

Cet effondrement coïncide avec un important changement climatique - fin de la phase humide du néolithique - et le spectre de la famine hanta la région. L'Egypte était jusqu'alors protégée du plus gros de ces calamités par son système unique de l'irrigation et son contrôle centralisé des ressources agricoles. Tout le système politique et économique reposait sur un dieu incarné contrôlant, par la magie, les crues du Nil. Ce système fut discrédité avec la sécheresse et la royauté subit une éclipse : le roi était incapable de faire couler le Nil.

Les gouverneurs locaux prenaient des mesures pour favoriser le bien être des habitants de leur région sans se préoccuper des autres. Ils protégeaient ceux qu'ils gouvernaient et chassaient les étrangers. La guerre intestine qui opposait les différents princes, réduisait encore les zones cultivables. Une fois la période de sécheresse terminée, le prince de Thèbes, Montouhotep II, restaura le titre de pharaon et réussit à s'imposer aux autres nomarques. Le culte essentiel se tourna vers Osiris, personnification de la royauté associée aux eaux montantes du Nil.

Les nomarques ne souhaitaient plus à être enterrés à Memphis ; ils avaient construits les tombes familiales à proximité de la capitale de leur province. Une demande importante pour les arts funéraires apparut ainsi et des centres artistiques provinciaux furent créés pour répondre aux besoins locaux. Néanmoins, les artistes restaient fortement influencés par les ateliers memphites.

Le manque de " qualité " de cet art est compensé par sa vitalité et son originalité. Le troupeau d'animaux laisse la place à des scènes réalistes - animal qui se roule dans la poussière - ou humoristique - pécheur plongeant sa tête dans l'eau devant un crocodile menaçant.

Tout au début de cette période, la grande misère réduisit le mécénat et donna peu de possibilité aux artistes d'exercer leur art. Très peu d'œuvres en pierre nous sont parvenues de cette période troublée. Là où les notables pouvaient se permettre de tailler des tombes rupestres, les scènes étaient peintes sur des murs recouverts de plâtre. Les textes gravés autrefois sur les murs étaient inscrits sur les parois des sarcophages. Pour accompagner le défunt et lui assurer la nourriture nécessaire, des groupes de personnages firent leur apparition dans des maquettes de brasseries, de boulangeries, d'abattoirs, de greniers à blé ; ils remplaçaient les représentations à deux dimensions des chapelles funéraires de l'Ancien Empire.


Statue de Nakhti
(Musée du Louvre)
La nécropole d'Assiout a livré les œuvres d'une école remarquable de sculpteurs sur bois avec la statue de Nakhti (musée du Louvre) dont l'attitude rappelle celles de Methethy de la VIème dynastie (musée de Brooklyn). On retire de ces statues une impression générale de force brute, typique de cette période difficile et troublée.

Statue de l'intendant Méthethy
Atkins Museum of fine Arts
Kansas City

Statue de Montouhotep II - Musée du Caire
Cette même expression brutale se retrouve dans les statues de grès sorties de l'école de Thèbes comme celle de Montouhotep II. Le roi est assis, vêtu de la tenue jubilaire et coiffé de la couronne rouge de Basse Egypte ; ses traits sont empreints d'une certaine force brute qui a pour effet de créer un nouvel archaïsme, point de départ de la statuaire du Moyen empire.
Ces éléments se retrouvent dans les reliefs décorant la tombe de la reine Nefrou, ainsi que dans les chapelles et sarcophages de Deir el-Bahari. Les reliefs en creux sont taillés dans un calcaire dur qui se prête à la gravure précise des détails. Les motifs sont clairs et les proportions élégantes.
Les scènes de Dendérah présentant Montouhotep II devant les divinités Hathor, Min, etc. sont en reliefs taillés en profondeur ; elles ont des proportions élégantes. Avec le règne et les réalisation du siècle de Montouhotep II, le Moyen Empire fait son apparition à la fois comme réalité politique et comme révélation artistique.

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