A la fin de la XIIème dynastie, des conditions climatiques fluctuantes réapparaissent en Egypte, entraînant un comportement capricieux du Nil. L'impuissance du roi à contrôler le Nil constitue la raison principale de l'effondrement de son prestige. La bureaucratie mise en place par les souverains de la XIIème dynastie était à même de gouverner le pays sous la direction du vizir et des hauts fonctionnaires.
Pendant cette même période, des populations sémitiques, poussés par la faim, ont infiltré le Delta ; ces nouveaux venus s'étaient vendus comme esclaves, ce faisant ils échangeaient une existence misérable et incertaine contre une vie modeste. La plupart d'entre eux furent affranchis et s'égyptianisèrent. Les princes étrangers, chef de ces tribus, étaient nommés Hikan Khasut que Manéthon transforma en Hyksos. Ce nom a été appliqué par erreur à tous les peuples immigrants. L'un de ces chefs réussit à fédérer les différentes tribus et à s'emparer du pouvoir en Basse Egypte. Les Hyksos formèrent les XVème et XVIème dynasties.
Ces rois hyksos adoptèrent les manières et les coutumes égyptiennes, prirent les noms du pays et embrassèrent le culte des dieux locaux qu'ils assimilèrent à leurs divinités. Une lignée de princes vassaux, originaires de Thèbes, se sentit suffisamment puissante pour défier les souverains hyksos et réunifier l'Egypte à leur profit. Ahmosis, premier roi de la XVIIème dynastie, inaugura l'ère du Nouvel Empire, période qui vit l'expansion impériale de l'Egypte en Asie, jusqu'à l'Euphrate.
L' invasion des Hyksos a détruit la croyance des Egyptiens en leur unicité et leur supériorité. Des contacts réguliers existent avec les civilisations de l'Asie occidentale et les Egyptiens s'aperçoivent que leur pharaon, incarnation traditionnelle de la divinité, partage en fait sa souveraineté avec d'autres monarques. Un nouveau système est mis en place : le pharaon est un héros national, personnification de l'Egypte. Il est considéré comme un dieu guerrier, Moutou, régnant sur une caste militaire. Il détient son pouvoir du respect de la Maât.
Le second héritage des Hyksos est le legs d'un domaine s'étendant au-delà de l'Egypte, en direction de l'Asie (nord du Sinaï, Palestine). Les successeurs d'Ahmosis consolidèrent et étendirent leur suprématie sur leurs vassaux asiatiques, ce qui entra^na dans le domaine artistique, la présence d'une composante asiatique (finesse des traits, luxe des parures).
Le concept de pharaon en tant que champion héroïque s'exprime par les représentations, à grande échelle, de la figure royale sur les bas-reliefs ou à travers les statues colossales. Les ambitions de ces grands souverains conduisirent à la construction de grands temples à la gloire des dieux. Ces temples devaient être richement meublés : Aménophis III installa plus de 500 statues de Sekhmet dans le temple de Mout. Tous les souverains édifièrent des monuments colossaux.
La réorganisation du gouvernement en autocratie militaire signifie qu'une grande armée permanente et disciplinée sert de main d'œuvre dans le pays pendant les périodes de paix. Renforcée par les criminels et les prisonniers de guerre, elle fournit les moyens d'exploiter les mines ; cette main d'œuvre affectée aux grands projets travaille sans freiner les activités agricoles.
L'ouverture d'une carrière de granit au Gebel Silsileh rendit possible l'édification de monuments immenses dans un temps relativement court. L'érection de statues de grande taille nécessitait l'emploi de matériaux durs : granit, basalte, quartzite… Les statues supérieures à la taille humaine étaient réservées aux rois et à leur grande épouse.
Le nombre croissant de statues privées admises dans l'enceinte des temples, par faveur du roi, constitue une caractéristique de cette époque. Ces statues étaient, à l'évidence, fabriquées dans les ateliers royaux et offerts par le roi à ses favoris. Elles avaient une vocation funéraire et bénéficiaient du reversement d'offrandes. Elles étaient accessibles et exposées dans les lieux où elles recevaient les requêtes des suppliants. Les grands temples du Nouvel Empire révèlent l'étendue de la richesse et de la puissance de l'Etat, que ce soit par les ajouts faits aux temples existants ou pour les temples construits sur de nouveaux sites (Tell el-Amarna, Abou Simbel, temples de millions d'années sur la rive gauche du Nil à Thèbes).
| Le temple égyptien trouve son origine dans la cabane préhistorique en roseau commémorant la cosmogonie de la création du monde. Au commencement, le dieu s'est élevé sur le monticule primordial au dessus des eaux du Chaos. Un morceau de tissus avait été accroché à un mât pour montrer que l'endroit était tabou. | ![]() |
Elévation du pylône de Médinet Habou (Thèbes) |
Tandis que la création se poursuivait, la lumière apparut à la surface de l'eau. La forme du temple, domaine de la divinité, reprend les principales phases de cette cosmogonie. Le sanctuaire abritant l'image du dieu est construit sur le point le plus haut et représente la butte initiale. Excepté lorsque les portes du sanctuaire sont ouvertes, la divinité vit dans l'obscurité la plus totale. La salle hypostyle voisine est la demeure des dieux secondaires qui poursuivent le travail de création. Elle symbolise le marais primordial et les colonnes qui soutiennent le plafond séparent le sol du ciel. Cette salle est dans la pénombre ; elle est éclairée par des ouvertures faites sur le haut des côtés de murs.

Sous l'influence des théologiens thébains, la plupart des divinités étaient devenues solaires. Le dieu soleil était adoré sur un autel placé au centre d'une cour à ciel ouvert. Cette structure était reliée à la salle hypostyle par un grand pylône. Enfin, le temple dans sa forme définitive, est entouré d'un mur d'enceinte fait de briques crues. Des lions ou des sphinx ^protecteurs encadrent la voie d'accès. Le mât, avec son morceau d'étoffe, s'est transformé en quatre grandes enseignes avec de longues flammes.
Les ressources consacrées à la construction des complexes pyramidaux allaient désormais aux temples funéraires, temples de millions d'années, édifiés à Thèbes sur la rive occidentale du Nil. Ils étaient distincts des sépultures qui, à partir de Thoutmosis Ier, étaient creusées dans les parois rocheuses de la " Vallée des Rois ".