L'évolution de l'art du Moyen Empire peut être étudiée à travers les statues. Les premiers rois de la XIIème dynastie se sont assurés l'aide de propagandistes pour justifier leur usurpation et pour appuyer leurs prétentions par rapport à leurs rivaux féodaux. Le thème qui a été décliné est celui du " bon pasteur qui dirige son troupeau d'une main ferme et juste ; il ne tolère pas d'insurrection et ne se fie à personne ".
![]() Statue d'Amenemhat Ier Musée du Caire |
L'adresse des sculpteurs a été mise à contribution pour relayer cette propagande. Dans le sanctuaire local, la statue du pharaon, médiateur entre l'homme et la divinité, exprime une force latente et une puissance menaçante. Les immenses statues en granit d'Amenemhat Ier et de Sésostris Ier frappent par leur aspect menaçant et leurs dimensions. Tout exprime l'idée d'un roi considéré comme un souverain impitoyable. La statuaire royale du Moyen Empire possède un aspect intimidant. Sésostris III a fait ériger à Semna, sur la frontière sud, près de la deuxième cataracte, une statue colossale pour impressionner ses sujets nubiens. La plus grande partie de cette statuaire officielle est destinée aux temples élevés en l'honneur des divinités locales. |
![]() Sésostris Ier British muséum Londres |
| Pendant le règne d'Amenemhat III, une légère modification dans le réalisme des statues apparaît : le traitement à tendance à atteindre un certain formalisme. Cette stylisation est le reflet des changements politiques : le pharaon est parvenu à la prééminence solitaire et le gouvernement se trouve sous son contrôle absolu. Au cours du long règne d'Amenemhat III, deux générations d'artistes ont travaillé ensemble pour le roi et ainsi introduire des modifications dans l'iconographie. | ![]() |
| Sphinx à l'effigie du roi Sésostris III Metropolitan Muséum of Arts New-York |
![]() |
Les sphinx d'Amenemhat III provenant de Tanis sont des lions couchés abordant le masque du roi, et certains détails comme les pattes et l'arrière-train témoignent d'une stylisation sur le point de devenir un canon. Le puissant modelé des visages s'harmonise avec le corps du lion et parvient à une assimilation des caractères de l'homme et de l'animal. > |
| Sphinx à l'effigie du roi Amenemhat III -Musée du Caire |
| Dans la statuaire destinée aux sépultures funéraires des pharaons, les portraits sont plus sereins et idéalisés. Cette statuaire est généralement taillée dans une roche calcaire tendre qui permet un excellent modelé. Le roi défunt est représenté comme un dieu immortel et l'influence des modèles de la VIème dynastie se fait sentir. Sous Sésostris II, l'attitude des mains rappelle les statues de Khephren : la main droite est verticale et n'est plus posée sur la cuisse. La statue funéraire d'Amenemhat III montre une idéalisation semblable ; dorénavant, les paumes des deux mains reposent à plat sur la cuisse et cette attitude est adoptée pour tous les pharaons représentés sur leur trône. | ![]() |
| Amenemhat III - Pharaon assis sur son trône, les mains posées à plat sur ses cuissesMusée de l'Hermitage - Saint Petersbourg. |
![]() |
Les statues de couple du Moyen Empire sont rares en raison de la modestie des sépultures et de la disparition du serdab abritant les statues funéraires. La statue de groupe du nomarque Oukhhotep constitue une exception ; il est représenté debout, avec ses deux épouses et une de ses filles, contre un support dorsal en forme de stèle. Tous les personnages sont figés dans une attitude conventionnelle. |
Groupe de Oukhotep avec ses épouses et sa fille - Musée du Caire |
![]() Statue de la dame Sennouy Muséum of fine Arts de Boston |
Les statues individuelles de reines ou de femmes sont plus courantes que sous l'Ancien Empire. La statue en granit de la dame Sennouy surprend par sa qualité ; elle est représentée assise, la main droite sur la cuisse serrant une étoffe plissée. En supprimant le support dorsal, le sculpteur a donné plus de grâce à la silhouette féminine et l'a libérée de la matrice de pierre. Les statues en granit de la reine Nofret reflètent le style sévère et classique du milieu de la XIIème dynastie. | ![]() |
| La reine Nofret - Musée du Caire |
![]() Statue-cube du trésorier Si-Hathor - British Muséum |
Certaines commandes privées ont été réalisée par des artistes habiles comme les statues assises de Sikohika, de Rehemouankh ou de Khertihotep. Le corps est réduit à sa pluls simple expression par l'emploi d'un manteau enveloppant. | ![]() |
Le chancelier Kertihotep - Staatliche Museum - Berlin |
![]() Statue du ka de Hor Aoubrê - Musée du Caire |
Au cours de la XIIIème dynastie, la statuaire royale évolue. On assiste à un nouveau déclin du prestige du pharaon et les rois ne disposent plus des ressources nécessaires à la construction de pyramides. Les tombes royales des dynasties précédentes sont réutilisées : la statue ka d'Aouibé Hor a été trouvée à l'intérieur d'une chapelle en bois dans l'enceinte du complexe funéraire d'Amenemhat III à Dahshour.A la fin de cette période, la statuaire perd en taille et en qualité (Meryankhrê et Neferhotep). Dans la statuaire privée, le corps athlétique et presque nu de l'Ancien Empire est dissimulé sous de longs pagnes, des manteaux ou de lourdes perruques. Les piliers dorsaux, les parties non évidées, les attitudes, tout semble conçu pour accentuer l'immobilité méditative du sujet. Ce changement de style correspond au clivage social entre deux cultures : sous l'Ancien Empire, les statues privées étaient produites pour les parents et les dignitaires de pharaon, dont la présence aux côtés d'eux, constituait un espoir d'immortalité. La première période intermédiaire a eu pour conséquence de douter de la puissance de pharaon. Les esprits se sont tournés vers la promesse d'une vie éternelle auprès d'un dieu ressuscité. Le pèlerinage à Abydos et l'érection d'une stèle ou d'une statue votive à Osiris devinrent plus importants qu'une sculpture auprès de leur seigneur nomarque. A la fin de l'époque, la prière accompagnant les offrandes n'était plus récitée au bénéfice du défunt, mais pour son ka. |