L'époque ramesside (XIXème - XXème dynasties)

La dynastie des ramessides vient du Delta, ce qui n'empêche pas ses rois d'embellir Thèbes et d'ériger de grands temples sur la rive gauche du Nil. En politique étrangère, ils reprennent la politique hégémonique des Thoutmosides sur le Liban et la Syrie. Les Hittites relèvent le défi et la succession de conflits conduit à un affaiblissement réciproque. Enfin, les mouvement de population, consécutifs à des modifications climatiques, menacent l'équilibre des grandes puissances du Proche Orient. La période de la XXème et de la XXIème dynasties correspond à un déclin, irrégulier certes mais décisif, du pouvoir et du prestige de pharaon. La disparition de l'Etat unitaire survient même avant la mort du dernier ramesside dans sa résidence du Nord.

Le règne de Séthi Ier fait naître de grands espoirs. La nouvelle vigueur de l'Egypte se manifeste à la fois par les campagnes menées en Syrie, par l'exploitation des mines d'or dans le désert oriental et par les grands travaux de construction (Thèbes, Abydos). Les monuments érigés par Séthi Ier montrent que les artisans cherchent à perpétuer les meilleures traditions de leur art.

A Abydos, il construit un imposant cénotaphe souterrain à la gloire d'Osiris ; il assimile le dieu des morts à tous les pharaons d'Egypte qu'il reconnaissait comme ses précurseurs légitimes. La perfection des bas-reliefs du temple suscite l'admiration. On y retrouve la même qualité artistique que sur les reliefs de la salle hypostyle de Karnak construite entre le deuxième et le troisième pylône. Les scènes de bataille contre les Asiatiques et les Libyens sont parmi les premières du genre. Leur style doit beaucoup aux reliefs de chasse des temples d'Amarna. L'organisation de l'espace en registres stricts est nouvelle : l'ancienne représentation de pharaon sur son char affrontant ses ennemis laisse place à la description des péripéties survenues pendant la campagne. Ces scènes révèlent des détails originaux comme le roi frappant un chef libyen.


Osiris dans son temple à Abydos.

Les listes royales d'Abydos.
Séthi Ier a fait de ce temple dédié à Osiris,
le mémorial de l'histoire de son pays.

Le roi Sethi Ier faisant offrande dans son temple à Abydos
Bas relief représentant Sethi Ier luttant contre les ennemis - Salle hypostyle de Karnak La scène est divisée en registres ; seul Pharaon et son char sont représentés sur plusieurs registres.

La grande statuaire de Séthi Ier a disparu à l'exception de quelques fragments. Son règne est le dernier où l'écho des peintures des tombes thébaines privées de la dynastie précédente se fait encore sentir. Les anciens thèmes ont été abandonnés pendant l'épisode amarnien, mais le retour à l'orthodoxie ne parvient pas à faire revivre l'ancien amour du monde matériel. Les tombes ramessides contiennent surtout des scènes représentant l'inhumation dans la nécropole, le jugement dernier devant les dieux des ténèbres. Une ou deux chapelles représentent les plaisirs de la vie terrestre.


Tombe de Senedjem : la psychostasie ou pesée de l'âme

Ramsès II réalise, au cours de son long règne de soixante sept ans, un grand nombre de monuments de toutes dimensions, de tous matériaux, de qualités et de styles variés. Il se montre le bâtisseur le plus actif de l'histoire égyptienne, érigeant de grands monuments à Thèbes, Memphis, Hermopolis, en Nubie, à Pi-Ramsès…, et il fait reconstruire de nombreux temples profanés par Akhenaton. Ses gigantesques travaux réquisitionnent les ateliers des grands centres artistiques

Les statues colossales, sculptées in situ en Nubie (Abou Simbel) demandent un traitement grossier et des proportions ramassées pour obtenir une statue stable. Les ambitions du roi dépassaient certainement ses ressources, notamment vers la fin de son règne. Ceci explique la profusion des œuvres de style et de qualité diverses.
Statues colossales du temple de Ramsès II à Abou Simbel

La série de statues réalisées pour son couronnement reste dans la tradition de qualité qui prévalait sous Séthi Ier. Ramsès II est assis sur le trône, tenant un sceptre heka ; Néfertari et son fils sont sculptés à petite échelle près de ses jambes.

Parmi les œuvres soignées du début de son règne, on trouve plusieurs statues de Néfertari ; elle joue également un rôle à Abou Simbel où elle apparaît à la même échelle gigantesque que son époux sur la façade du petit temple qui lui est consacré. Sur un buste grandeur nature trouvé près du Ramesseum, elle tient l'emblème de grande prêtresse de la déesse Hathor. Ce fragment exprime l'idéal de la grâce royale sous le Nouvel Empire.
Temple de Hathor à Abou Simbel dédié à la reine Nefertari

Les colosses sculptés en grande quantité au cours du règne de Ramsès II exigent un traitement sommaire et hardi pour capter la lumière et produire l'effet désiré lorsqu'ils sont vus de loin. Une stylisation et un mépris des détails sont inévitables. Avec la statue du British Museum, les sculpteurs sont parvenus au sommet de la représentation du dieu bienveillant et du champion de l'Egypte.

La plupart des statues colossales ou élégantes ont été trouvées en Haute Egypte ; les statues provenant des ateliers de Basse Egypte possèdent un style plus réaliste : elles présentent le roi debout, vêtu d'une longue robe et tenant une enseigne dans chaque main. Le modelé cubique du corps fait ressortir la rondeur du visage.
Ramses II assis sur son trône tient le sceptre heka dans sa main ; à ses pieds, les effigies miniatures de la reine Nefertari et de leur fils, le prince Amenhirkopshef - Musée du Caire

La sculpture en relief et les peintures murales traduisent le même appauvrissement des ressources. Les premiers reliefs en creux de Ramsès II réalisés à Héliopolis et dans les autres sites du Delta sont exécutés dans le style de Thoutmosis III. Les reliefs en calcaire peint de son temple à Abydos sont à peine inférieurs à ceux de son père.

La statuaire privée de la XIXème dynastie provient de la région de Thèbes ; elle montre un déclin régulier dans le choix et l'exécution des modèles. Au début de la XIXème dynastie, les statues funéraires de couple sont toujours produites dans la tradition de celles de la XVIIIème dynastie en dépit d'une diminution de taille et de qualité. Il existe quelques exceptions comme la statue d'Iouni et de son épouse, vêtus de robe de cérémonie plissées et de perruques d'apparat. La majorité des statues sont des statues individuelles d'hommes et de femmes.


Iouni et sa femme Renoutet
Metropolitan Museum of Arts

L'intendant Iouni à genoux, présentant un naos
Metropolitan Museum of Arts

Le goût de l'époque va vers une sculpture plus stylisée. La statue cube regagne la faveur acquise à l'époque des Thoutmosides, mais les artistes représentent le manteau gaufré et non plus uni ; ils ajoutent un naos que le sujet tient devant lui et qui contient l'effigie d'un dieu.

Pendant les trois premiers règnes des Ramessides, les sculpteurs continuent à fabriquer des figurines en bois d'hommes et de femmes en costume de leur époque. Les statuettes de femmes sont vêtues élégamment de robes plissées. Les hommes ont soit la tête rasée (prêtres), soit portent la perruque.

Le renouveau des normes artistiques se poursuit sous Ramsès III. Les statues colossales sont toujours influencés par celles de Ramsès II, mais elles abandonnent le sourire qui pince les lèvres ; l'expression est même sévère comme chez les caryatides de Médinet- Habou. Les statues plus petites de Médinet-Habou témoignent d'un style plus maîtrisé. Elles montrent le roi assis ou debout à côté d'une divinité.
Piliers de la salle hypostyle du temple de Médinet-Habou
La triade représentant Ramsès III couronné par Horus et Seth est remarquable par sa composition. Les personnages sont complètement dégagés de la pierre ; ces qualités se retrouvent dans plusieurs statues de la XXème dynastie et rendent hommage à l'esprit inventif et à l'habileté des sculpteurs égyptien à une période où l'histoire de Thèbes entre dans une ère de décadence.
Le couronnement de Ramsès III par Horus et Seth - Musée du Caire
Sous Ramsès IV, on assiste à un net changement d'orientation. Le roi qui s'intéresse à l'étude du passé, a envoyé une expédition dans le ouadi Hammamat pour rapporter des pierres d'excellente qualité. La statuaire reprend les caractéristiques de l'époque de Thoutmosis III considérée comme classique. Il est probable que les nombreuses statues laissées inachevées à la fin de son règne aient été reprises par ses successeurs. Le visage plein et rond de Ramsès VI notamment dans celle où le roi, accompagné par son lion familier, tient par les cheveux un Libyen ligoté. Le sculpteur a traité la pierre dure avec une totale maîtrise et la composition repose sur des diagonales, contrastant avec la fierté du roi victorieux.
Le roi Ramsès VI tenant dans sa main une tête de Libyen - Musée du Caire

Les reliefs des temples de la XXème dynastie témoignent d'une approche mécanique des problèmes posés par le dessin. Les scènes de bataille de Ramsès III à Médinet-Habou ne possèdent ni l'originalité, ni l'intensité dramatique des œuvres de ses prédécesseurs bien qu'il ait pris exemple sur le siège de Dapour conduit par Ramsès II et ses fils (Ramesseum). La composition de la chasse aux taureaux dans les marais est conforme à la tradition des thèmes sportifs de la XVIIIème dynastie, mais il manque le dessin magistral et l'intensité de la chasse aux lions du coffret de Toutankhamon. Il s'agit plus d'un travail d'assemblage que d'une composition d'ensemble. Les scènes de bataille (navale, contre les Libyens, les Soudanais ou les Nubiens) font plus partie d'un décor conventionnel que d'une relation historique. La silhouette de pharaon qui combat contre une foule désordonnée d'ennemis humains et d'animaux procède d'un rôle de protection contre les forces du mal.

La représentation de l'investiture du grand prêtre d'Amon, Amenhotep, sous le règne de Ramsès IX, montre les deux protagonistes à la même taille ; cela signifie que tous deux possèdent les mêmes pouvoirs et qu'ils sont placés sur le même plan. Le système de l'unité pharaonique a vécu.

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