La statuaire (Veme - VIeme dynasties)

La statuaire royale.

Les sculpteurs de la IVeme dynastie ont reussi a transformer les lourdes formes du style archaique en proportions plus legeres. La simplification des formes trouve son canon dans les tetes de reserve, mais cet ideal s'avere trop severe. Au cours du regne de Mykerinos, la statuaire se caracterise par un modele plus libre et plus plastique des personnages. Le passage a la Veme dynastie n'apporte pas de grands changements au style de la statuaire royale, bien que les innovations ne manquent pas :

Le Grand sphinx de Guizeh

Tete d'Ouserkaf (musee du Caire)
La plupart de ces sculptures de l'Ancien Empire etaient taillees dans un calcaire friable qui n'a pas resiste a la degradation du temps.

Quatre petites statuettes temoignent de la maitrise des artistes dans l'execution ; trois sont en albatre translucide. Ces statues donnent un apercu de l'etendue et de la variete de la statuaire royale :


Pepi Ier en costume jubilaire Brooklyn museum (New-York)

Pepi Ier, a genoux, un vase de libation a chaque mainBrooklyn museum (New-York)
Cette statue en albatre temoigne d'une tradition qui remonte a la IIeme dynastie. Les membres sont representes en ronde bosse ; le faucon perche sur le trone fait partie du nom d'Horus, mais rappelle le faucon de la statue de Khephren. Cette statue en schiste est le premier exemple de representation du roi en position d'offrande. La realisation a ete particulierement soignee et des details tels que les ongles des mains et les doigts de pied legerement deployes ont ete fidelement reproduits.

Statue de Pepi II accroupi enfant. Musee du Caire

Pepi II sur les genoux de sa mere Brooklyn museum (New-York)
La reine Ankhnesmeryre tient son fils Pepi II sur les genoux. Les deux personnages ont ete concus de maniere independante, sur des axes se coupant a angle droit, assembles par juxtaposition.

La statuaire privee.

A l'inverse de la statuaire royale, un nombre important d'©«uvres privees a resiste au temps. La diminution du nombre et la simplification des monuments royaux ont libere une reserve d'artisans accomplis. Ceux-ci ont donc pu travailler pour les chapelles funeraires des courtisans et des dignitaires que le roi honorait du don d'une tombe ou d'une statue.


Statue de scribe accroupi (musee du Caire)
Les modeles royaux constituent la principale source d'inspiration. Les statues de couple montrant le maitre du tombeau avec son epouse, a ses cotes, s'inspirent de celle de Mykerinos et de Djedefre. Souvent le maitre du tombeau est represente dans l'attitude du scribe accroupi. Ce type de statue se repand au cours de la Veme dynastie.
Les deux statues peintes de Ranefer constituent l'apogee de la statuaire privee sous l'Ancien Empire. Lorsque plusieurs statues funeraires etaient realisees, il etait courant de representer le maitre du tombeau coiffe differemment.
De nombreuses statues en bois, recouvertes de platre avec des yeux incrustes dans une orbite en cuivre, sont parvenues jusqu'a nous. Ces effigies montrent le maitre du tombeau debout, en train de marcher, ou assis. Vandier a recense, pour l'Ancien Empire, plus de cent vingt attitudes differentes dans la statuaire en pierre ; cela prouve que cette statuaire ne se limite pas a quelques stereotypes. Les regles generales comportent de nombreuses exceptions.
Musee du Caire
Le genie de l'artiste pouvait insuffler la vie et donner une certain sensibilite a l'oeuvre conventionnelle comme le montre la statue du medecin Nianthre en position accroupie. La statue est un apax (statue unique) en raison de la position des jambes. Le mouvement de la jambe droite et la position de la main droite sur le pagne suggerent que le sujet installe ses membres pour prendre la position accroupie. La statue possede une dynamique propre

Musee du Caire
Dans le groupe de Meni-Sabou, la femme est plus petite que son mari ; les deux personnages ont les pieds joints, sur la meme ligne. L'homme enlace son epouse et les deux personnages sont places contre un pilier.
Le groupe d'Iroukaptah montre un mari debout dans la position de la marche apparente avec sa femme, plus petite, agenouillee a ses pieds, assise sur les talons. De l'autre cote, le fils nu, dans l'attitude traditionnelle de l'enfant : meche sur le cote, doigt a la bouche. Il equilibre l'ensemble du groupe. Ce n'est pas le realisme de la scene qui est recherche , mais la representation de la famille ideale egyptienne. Quant au fils, il est charge des rites funeraires de son pereˇ¦
L'intendant Meni-Sabou et son epouse Metropolitan museum of Arts- New York
Statue d'Iroukaptah et sa famille Brooklyn museum
La statuaire nous legue la vision d'une elite satisfaite d'elle-meme, contemplant paisiblement l'eternite. Une autre classe de la societe est souvent represente : celle des serviteurs dont les statues apparaissent a la fin de la IVeme dynastie. Ces personnages etaient concus pour travailler dans l'au-dela au profit du maitre du tombeau. Leur attitude est souvent dynamique, celles d'hommes et de femmes au travail : boulangers, brasseurs, bouchers, potiers, musiciens. Il est probable que ces commandes en nombre important aient ete confiees a des apprentis qui ne connaissent pas encore toutes les ficeles de leur metier


Brasseur passant la pate sur un tamis
Musee du Caire
La statuette d'un serviteur passant la pate sur un tamis pour la preparation de la biere offre l'exemple d'un style expression-niste. L'impression de l'effort accompli provient de la reduction des differents volumes du corps et de leur disposition en zigzag. Les artisans sont representes dans des attitudes identiques, mais avec quelques differences dans les accessoires ou la position du corps.

Femme petrissant le pain
Musee du Caire
Parmi les chefs d'oeuvres de la statuaire de l'Ancien Empire : la statuette de pretre funeraire Kaemked de la tombe d'Ousiren. Le pretre est agenouille, les mains croisees sur sa poitrine, dans une attitude de priere. Les yeux incrustes donnent un expression vive et intelligente au visage.

Kaemked (musee du Caire)
Apres le regne de Pepi II arrive une ere de tension qui se traduit par une deterioration de la representation des differents types humains. Selon les Pharaons de l'Ancien Empire, l'Egypte avait acquis une culture vigoureuse et pleine d'assurance. Son ideal de juste milieu se retrouvait autant dans l'art paisible et discipline que dans les ouvrages litteraires (sentences, enseignements, etc.)

La civilisation egyptienne etait avant tout aristocratique. Au debut, seul le roi importait, mais a mesure sa divinite que etait partage a un moindre degre par ses descendants, ses pouvoirs ont ete delegues a une classe privilegiee qui se vantait de ses relations avec le roi et qui partageait meme son immortalite. Leurs espoirs de vie eternelle etaient satisfaits par les tombes qui se trouvaient a proximite du roi qu'ils avaient servi ou dans les provinces qu'ils avaient gouvernees pour son compte.

L'aristocratie qui dirigea la prosperite agricole de l'Egypte, utilisait une paysannerie laborieuse ; elle etait composee d'architectes, d'ingenieurs, de mathematiciens, de penseurs : ce n'etait pas une aristocratie oisive.

Plus tard, les Egyptiens consideraient l'Ancien Empire comme un age d'or pendant lequel des exploits surhumains avaient ete accomplis. Ils reconnaissaient que l'art de ces monuments constituait l'expression veritable de la psyche egyptienne. Cet art devenait leur source d'inspiration en des temps ou les circonstances etaient moins favorables.

Liens

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