L’armée romaine sous l’Empire

L’armée républicaine de Marius

Marius a créé une armée de métier en ouvrant l’armée romaine aux pauvres. Cette modification dans le système de recrutement a pour effet d’attacher les soldats à leur chef. L’armée, même si elle n’est pas composée de mercenaires, devient extrêmement liée à ses chefs : les soldats suivront leur chef, ce qui a pour conséquence les nombreuses guerres civiles qui dureront pendant tout le Ier siècle avant J.-C. Les conflits opposant Marius et Sylla, puis Pompée et césar et enfin Octave à Antoine sont à inscrire dans cette perspective.
L’armée est professionnelle puisque les soldats s’engagent pour 16 ans, ce qui assure une armée nombreuse et permanente. Seuls les citoyens portent les armes selon l’idéal civis et miles.

Chaque soldat dispose de deux javelots à hampe de bois (pilum), une épée courte (gladium) à deux tranchants, un bouclier de bois (scutum) et une cuirasse

La composition de l’armée

La garnison de Rome

Les armées provinciales.

La grande majorité des effectifs disponibles sont massés dans les provinces frontalières de l’Empire.

Sur le plan tactique, les auxillia n’ont qu’un rôle secondaire : ailes et cohortes sont jointes à une légion pour éclairer sa marche, protéger ses flancs et ses arrières formant ainsi une armée dont le légat de légion assume le commandement.

La marine

Auguste crée une marine de guerre forte de huit escadres et de trois flottilles : La flotte a pour mission de garantir la sécurité des mers lorsque l’on assiste à une recrudescence de la piraterie. Les transports par mer sont vitaux pour l’Empire, notamment le blé d’Egypte pour l’approvisionnement de Rome.
Les commandants de flotte portent le titre de praefectii (amiraux) ; ce sont le plus souvent des membres de l’ordre équestre. Le service dans la marine dure 26 ans au bout desquels les non-citoyens obtiennent le droit de cité.

La hiérarchie et le commandement.

Le recrutement de la troupe

Le principe de la conscription n’a jamais été aboli, mais les empereurs ont fait appel au volontariat. Pour maintenir les effectifs, il fallait recruter annuellement 20 000 hommes. Seuls les hommes libres sont enrôlés. Le service est long : 12, puis 16 ans pour les prétoriens ; 16 puis 20 ans pour les légionnaires ; 26 ans dans la marine.
Les soldats perçoivent une solde dont une partie (annone militaire) est versée en nature. Chaque soldat, selon son grade, touche une part de butin et les populations des pays traversés sont soumises au logement des gens de guerre (hospitium). En fin de service, le soldat accède au statut de vétéran ; il perçoit alors une prime de démobilisation d’un montant équivalent à une dizaine d’années de solde. Quant aux pérégrins, ils reçoivent la pleine citoyenneté romaine (la civitas).

La carrière des simples soldats

Un simple soldat peut devenir centurion au terme d’un lent avancement. Le poste de primipile (premier centurion de la légion) est l’aboutissement de sa carrière. Les centurions sont en majorité issus de la troupe

La carrière des officiers supérieurs.

Les officiers supérieurs et les généraux sont issus des ordres privilégiés de la société (classe sénatoriale et ordre équestre). Le commandement d’une légion ne peut être assumé que par un magistrat ou un ancien magistrat ; le légat de légion est nommé par l’empereur parmi les anciens préteurs, donc un membre de la classe sénatoriale.
Le cursus des chevaliers commence toujours par des fonction militaires (préfet de cohorte, tribun militaire) avant d’accéder à des fonctions civiles.

La défense de l’Empire

Le limes

Les empereurs des deux premiers siècles mènent une série de guerre pour améliorer le tracé des frontières. Les trois grandes frontières terrestres sont le Rhin, le Danube et l’Orient auxquelles s’ajoutent la Bretagne et l’Afrique.
Le limes est l’ensemble de la zone frontière qui sépare Rome du monde barbare ; il s’agit à la fois d’une ligne de surveillance et d’un dispositif d’alerte qui possède un double but : Le limes tient compte à la fois du terrain et de l’ennemi. Pour une longueur totale de 9 000 km, le limes romain compte cinq secteurs principaux :

Les armées

Le principe défensif adopté est celui de la couverture : l’armée est disposée linéairement le long de la frontière ; à chaque armée correspond un secteur déterminé. Derrière ce cordon sont placées des armées de réserve qui sont destinées à renforcer les forces du limes et à assurer la sécurité intérieure.
En fait, chaque armée pourvoit, sous la forme de détachements, à l’occupation permanente des ouvrages de première ligne du limes. Le gros des troupes se tient en réserve, à l’arrière, dans une série de camps permanents.

Les menaces sur le limes au début du IIIème siècle.

Les premiers signes de poussée germanique apparaissent vers 213.
L’Orient constitue la grande affaire du IIIème siècle : Septime Sévère, Caracalla, Macrin et Alexandre Sévère y font campagne.
La frontière africaine est consolidée par les Sévères.

L’évolution des armées sous le Haut-Empire.

Le rôle précis dévolu à chaque armée leur donne un caractère régional renforcé par La conséquence de cet état de fait est que de forts particularismes régionaux apparaissent.

Conséquences économiques et sociales.

Près des camps s’installent les canabae, huttes où habitent les marchands et les indigènes qui vivent dans la mouvance de la société militaires. Du camp naît parfois une véritable cité (Cologne, Trèves, Argentoratum, etc.).
Les marchands s’installent le long des voies romaines qui sont avant tout des voies stratégiques permettant aux légions de rejoindre rapidement les secteurs menacés. Ces routes constituent donc des axes particuliers favorisant les échanges à la fois économiques, culturels et cultuels.
L’armée est aussi créatrice d’activités économiques : elle favorise l’arrière-pays immédiat par le développement d’une importante activité agricole nécessaire pour nourrir la troupe. Elle est à l’origine du colonat.

Les causes de l’impuissance face aux invasions.

A partir du IIIème siècle, Rome n’est plus en mesure de mener des opérations d’envergure sur deux fronts à la fois. Cette impuissance est dûe à plusieurs causes :

L’armée et le pouvoir

Les usurpations sous le Haut Empire

Septime Sévère

En 192, les prétoriens, mécontents des réformes de Pertinax touchant l’armée l’assassinent et mettent l’Empire eux enchères entre le préfet de la Ville et un richissime homme d’affaire. L’armée du Danube proclame empereur son chef Septime-Sévère et l’armée d’Orient fait de même avec Pescennius Niger. L’armée du Rhin se rallie à Septime-Sévère.
Après sa victoire sur le préfet de la Ville, Septime-Sévère désarme les prétoriens, reconstitue une nouvelle garde et double les effectifs : la cohorte passe de 500 à 1 000 hommes. Le recrutement d’italique devient provincial. En temps de guerre, les prétoriens suivent l’empereur en campagne.
Septime-Sévère vainc Pescenniu Niger dans une expédition en Orient ; il en profite pour expulser les Parthes de Mésopotamie. Enfin, par une expédition en Gaule, il s’assure la maîtrise complète du pouvoir.
« Enrichir les soldats et ne pas s’occuper du reste » aurait été la pensée de Septime-Sévère. L’armée est partout présente dans le régime et la solde et le bien-être matériel des soldats sont pris en compte :

L’armée et le pouvoir au cours du IIIème siècle.

La lutte pour le pouvoir est celle de deux grandes armées provinciales : l’armée d’Orient et l’armée du Danube. L’armée d’Orient triomphe avec Elagabal et Philippe ; la victoire de l’armée du Danube est définitive avec les empereurs illyriens qui sont des soldats de carrière.

Les réformes de Gallien

L’édit de Gallien (262)

L’édit de 262 interdit aux sénateurs l’exercice des charges militaires ; leur carrière devient purement civile. Les sénateur ne peuvent plus être légats propréteurs des provinces impériales : l’armée se professionnalise jusque dans son commandement ; tous les tribuns sont issus de l’ordre équestre.

Création d’une armée mobile et protectores.

Gallien s’efforce d’accroître l’efficacité de l’armée sur le plan tactique. Il constitue une armée mobile et une réserve de cavalerie.

Les réformes de la fin du IIIème siècle

Dioclétien

Les réformes de Gallien ont eu pour effet de créer une armée de manoeuvre, mobile et souple, commandée par des professionnels. C’est devenu un outil efficace.
En 305, il devait y avoir une cinquantaine de légions de deux types : Le commandement est exercé par un préfet équestre.
Les légions sont toujours réparties le long du limes à raison d’une ou deux par province frontalière. Dioclétien s’efforce à renforcer le limes dans la profondeur en créant des forts en arrière du limes. Le commandement de la troupe et l’entretien des fortifications revient au gouverneur (praeses) lorsque ce dernier cumule les pouvoirs civils et militaires, soit à un dux provincial, indépendant du gouverneur. Les duces sont des chefs de circonscriptions territoriales fixes de défense ; ils sont recrutés parmi les officiers de carrière.
Autour de chaque tétrarque est constituée une armée de manoeuvre permanente, le comitatus, dont les membre portent le titre de comites. Ces troupes d’élite comprennent une garde rapprochée et un corps de lancier.

Constantin

C’est à Constantin que l’on doit la création de l’armée du Bas-Empire. La réforme de 312 et 325 consiste à replier loin des frontières l’essentiel des troupes. L’armée comprend deux parties : L’ensemble de ces forces est placée sous l’autorité du dux provincial. Il y a séparation absolue entre les pouvoirs civils et militaires.

L’évolution du recrutement

Le recrutement pèse sur trois catégories :

La fortification des cités.

Les cités qui étaient sous le Haut Empire des villes ouvertes se fortifient au cours du IIIème siècle sous la poussée des circonstances. Au IVème siècle, le limes est soutenu par un réseau de villes fortifiées. Ces enceintes ont des dimensions généralement restreintes (en moyenne 2 000 m dans les Gaules). Ces villes fortifiées jouent bien leur rôle de pôle de fixation : en 298, Constance Chlore, menacé par les Alamans, trouve refuge derrière les remparts de Langres.

Ces notes ont été tirée d'un excellent travail effectué par une étudiante de l'Ecole normale supérieure de Paris que vous pouvez retrouver sur son site