Les théories de la colonisation.
Lorsque Colomb quitte Palos en 1492, c'est à la fois pour trouver la route des Indes par l'Ouest et pour convertir les sujets du Grand Khan. Cette volonté d'évangéliser les populations indigènes est constamment présente dans la conquête coloniale et sert de fil conducteur pour comprendre l'évolution de la situation coloniale. L'homme d'Eglise fait partie de toutes les expéditions.
Il n'est donc pas étonnant que les souverains espagnols, des rois catholiques à Philippe III, concevaient la colonisation sous forme d'une assimilation. Les Espagnols ne devaient former qu'un seul peuple avec les Indiens ; le devoir des Espagnols est donc d'évangéliser les Indiens, de leur apprendre le castillan et de leur communiquer les bonnes moeurs.
Cette conception idéaliste ne résiste pas à l'épreuve des faits d'autant que la conquête est le fait d'entreprises individuelles et non d'une action politique royale. Toute la difficulté de comprendre la colonisation de l'Amérique repose sur cette distorsion entre une idéologie humaniste et une réalisation pragmatique où le pouvoir local l'emporte sur les bonnes intentions.
La question du droit de coloniser est posée dès le début : les rois d'Espagne vont solliciter sur ce problème l'avis de leurs vassaux et de la papauté. L'entourage des souverains catholiques fait l'exégèse de la bulle Inter Coetera (3 mai 1493) du pape Alexandre VI Borgia par laquelle il nomme Ferdinand et Isabelle « seigneur des terres et continents découverts et à découvrir avec pleine, libre et absolue autorité et juridiction ». C'est de ce titre de seigneur que l'entourage des rois d'Espagne tire la conclusion qu'ils sont propriétaires du Nouveau monde ; ils estiment donc avoir le droit, chez eux, de soumettre les Indiens.
Droit de conquérir, mais droit d'asservir ? Les colons et de nombreux théologiens n'en doutaient pas. Oviedo est le principal défenseur de cette théorie. Il s'appuie sur Aristote qui différenciait les races, les unes étant par nature inférieures aux autres et destinées à être esclaves. Les Indiens sont de cette catégorie.
D'autres, à l'inverse, soutiennent que les Indiens sont des êtres raisonnables, à traiter avec ménagement puisqu'ils sont dans un état de civilisation moins avancée. C'est la théorie des dominicains représentés par Franscico de Vittoria. Sa théorie est que le droit naturel des gens est le même pour tous les êtres raisonnables, chrétiens ou non. Comme les Indiens sont des êtres raisonnables, ils sont compris dans le droit naturel et peuvent ainsi disposer des mêmes droits que les Espagnols : liberté, propriété et se gouverner par soi-même.
Les idées de Vittoria sont prêchées par Montesinos (Noël 1511). Sur plainte des colons et ordre du roi, le supérieur des dominicains en Espagne interdit de prêcher la doctrine de Vittoria. L'action de Montesinos est relayée localement par Bartholomé Las Cacas, ancien encomiendero à Hispañola et à Cuba. Vers 1514, convaincu que le traitement des Indiens est injuste et tyrannique, il abandonne ses propriétés, libère ses Indiens et se fait leur champion dans un mémoire qu'il adresse au jeune roi (1516).
Pour Las Casas, l'autorité du roi sur les Indiens est illégitime car tous les homes sont libres, de droit naturel, puisque créés à l'image de dieu. Le pape n'a pu confier que l'administration des territoires pour empêcher les Indiens de chasser ou de tuer les missionnaires. Nul n'a le droit d'aller au-delà. Il préconise la conversion par la douceur, la « persuasion par l'entendement » (De l'unique moyen d'attirer tous les peuples à la vraie religion - 1537). Dans sa Brève relation de la destruction des Indes adressée en 1548 à Charles Quint, il montre que le Espagnols sont entrés chez ces « bons sauvages » comme des animaux féroces qui n'ont fait que tuer, tourmenter, détruire les Indiens par amour pour l'or. C'est ce livre qui est à l'origine de la légende noire de l'ogre espagnol.
Le pape Paul III, par la bulle Veritas Ipsa (2 juillet 1537), proclame que les Indiens sont des hommes véritables, avec une âme, et qu'ils devaient être traités comme tels. Le 3ème concile de Lima (1583) estime que les Indiens qui sont restés à l'état d'enfants, doivent bénéficier d'une protection perpétuelle, comme celle exercée sur les mineurs.
La question de la main d'œuvre.
Le système social des Arawaks et des Caraïbes que Pierre Clastres désigne sous le terme de société sans Etat se caractérise par un système économique qui refuse toute accumulation de richesse. Les Indiens ne travaillaient que pour produire ce qui devait être consommé. Les Espagnols ne peuvent pas comprendre que l'absence de travail est délibérée car au fondement de leur système social.
Les premiers conquistadores ont contraint les Arawaks au travail et Colomb accorde des 1493 les premières encomiendas au grand scandale de la reine Isabelle de Castille. L'encomiendero doit veiller à l'obéissance des Indiens qui lui sont confiés, lever le tribut et leur inculquer la civilisation chrétienne. Mais en réalité, les encomienderos emploient cette main d'œuvre gratuite et docile pour mettre en valeur leur plantation.
Dans ces encomiendas, les Indiens ont affaire à des majordomes qui veulent rentabiliser leur situation : les Indiens doivent produire une certaine quantité pour le maître, le surplus est dévolu au majordome. Celui-ci a donc tout intérêt à ce que le surplus soit important. Cette situation conduit les majordomes à faire travailler les Indiens du matin au soir, sans leur laisser le temps de produire les vivres dont ils ont besoin pour se nourrir. D'autre part, les Espagnols ont amené du bétail qui prolifère et endommage les cultures des Indiens.
La fatigue, conjuguée à la famine, a exterminé la population. Ceux qui ont survécu n'offrent plus aucune résistance aux maladies microbiennes. A Hispañola, les Indiens n'étaient plus que 46 000 en 1510, 16 000 en 1520 et moins de 10 000 en 1530 ; à la fin du XVIème siècle, il n'y a plus d'Indiens dans les Grandes Antilles. Dès 1501, les premiers esclaves noirs apparaissent à Hispañola et le manque de main d'œuvre est à l'origine de la conquête de Cuba, de Porto-Rico et de la terre ferme.
Ce système, détourné de son but initial, devient un des abus les plus criants de la colonisation. Les lois de Burgos de 1512 prescrivent que les Indiens, instruits au contact des Espagnols, sont déclarés libres. Colons et Las Casas dénoncent ces lois pour des motifs différents. En 1516,le cardinal Cisneros décide de mener une enquête sur les Indiens et le travail ; elle est menée par trois frères hiéronymites et Las Casas. La conclusion est défavorable aux Indiens, contrairement au souhait de Las Casas. De nombreuses expériences concernant la liberté des Indiens sont conduites sans succès.
Ce système de l'encomienda est dénoncé par Las Casas jusqu'à ce qu'il soit aboli par les Lois nouvelles de 1542. Ces lois se maintiendront encore pendant un siècle du fait de la résistance des intéressés - la révolte de Gonzalo Pizarro en est un exemple - et de la complicité de l'administration locale.
La création du Conseil des Indes en 1524 correspond à la mise sur la touche du premier personnel administratif qui s'occupait des colonies et qui était dirigé par Juan Rodriguez de Fonseca. Auprès du souverain, le Conseil des Indes qui siège à Séville :
Les territoires contrôle par les Espagnols ne cessent de se dilater à partir des noyaux de colonisation ; l'avance est irrégulière, coupée d'arrêts, voire de reculs. Elle prend la forme du front pionnier qui, au fur et à mesure de son avance, organise progressivement le territoire selon le modèle européen et demande aux administrateurs royaux de prendre possession d'un espace vaste et mal dominé.
Localement, les rois créent des audiences semblables à celles qui ont cours dans les provinces espagnoles ; ces tribunaux tiennent le rôle de conseil du pouvoir exécutif et des organes administratifs ; ce cumul fait d'elles les instruments de l'autorité monarchique aux Indes. Ils se composent d'un président et de quatre auditeurs. La première audiencia est créée à Hispañola en 1511, la seconde à Mexico (1522), puis Panama (1536), Lima (1544), Guadalajara (1547) et Bogota (1542).
A côté de l'audiencia, un capitaine général, commandant des troupes, assure la défense du territoire, fait exécuter les lois promulguées par le Conseil des Indes, les décisions judiciaires et administratives des audiencias.
Le territoire de l'audiencia est divisé en gouvernements, le gouvernement en corregimiento et ce dernier en alcadia ou châtellenie.Des vice-rois sont institués pour couronner le tout et tenir en, respect les velléités d'indépendance des conquistadores.Antonio de Mendoza est le premier vice-roi des Amériques ; il est nommé en 1529 vice roi de Mexico et rejoint son poste en 1535. La seconde vice-royauté est installée à Lima en 1542.Les vice-rois sont soumis au contrôle des inspections et aux missions des visitadores envoyés par le Conseil des Indes ; à leur sortie de charge, ils sont justiciables de plaintes et le Conseil des Indiens est chargé d'instruire le procès.La bureaucratie supplante définitivement les conquistadores dans le gouvernement des Indes et à la moitié du XVIème siècle, l'administration royale tient en son pouvoir les terres conquises ; elle prend aussi immédiatement possession de nouvelles conquête.
De grandes enquêtes donnent à l'administration une connaissance précise des réalités américaines. Partout il y a une reprise en main avec l'avènement de Philippe d'Espagne : elle est localement l'œuvre des vice-rois du Mexique (don Martin Enriquez) et du Pérou (don Franscisco de Toledo). C'est sous leur mandat que sont prises les décisions qui engagent, pour plus d'un siècle, la politique indigène, la politique économique, les questions fiscales et l'évangélisation.
Les besoins d'argent du souverain espagnol le conduisent à introduire les impopulaires alcabalas (taxe de 2% sur toutes les transactions commerciales). La fiscalité pèsera de plus en plus lourd au XVIIème siècle, alors que l'économie coloniale est en pleine récession.
Enfin, la centralisation n'a jamais été bien sévère : les officiers royaux sont en même temps les grands propriétaires. Le système de clientèle et des lignages accroît la force et l'indépendance des officiers et des propriétaires. A partir de 1573 on assiste à une décentralisation progressive. Le Roi se décharge des frais de la colonisation sur les notables en leur abandonnant une partie de son autorité.
L'or a été une obsession permanente des découvreurs de l'Amérique. Dès le second jour de son arrivée aux Amériques, Christophe Colomb parle déjà d'or : « J'étais attentif et m'employai à savoir s'il y avait de l'or » (Journal de bord de Colomb - Samedi 13 octobre 1492).
Des filons sont exploités dans les Grandes Antilles (Hispañola et Cuba), mais ces filons seront épuisés avant 1450. La légende de l'Eldorado a trouvé une base concrète avec les mines de Buritica qui ont fait la fortune de Carthagène.
Les mines d'argent du Potosi (Pérou) sont découvertes en 1545 et celles du Zacatecas (Mexique) en 1546.Le procédé indien de production de métal précieux est fort coûteux écologiquement : le minerai est broyé au moyen de pierres dures, placé sur du charbon de bois dans des fourneaux de réduction percé de trous. On éliminait le plomb par son oxydation au contact de l'air. La dépense en combustible était énorme. Il fallait beaucoup de temps pour obtenir le métal précieux et seuls des minerais à haute teneur étaient rentables.
Les mines d'argent du Potosi sont à l'origine de la création de la plus grande ville d'Amérique latine ; cette ville nouvelle fait plus de 120 000 habitants en 1580. La production de ces mines augmente à partir du moment où un mineur allemand a trouvé un nouveau système de séparation du minerai de plomb, l'amalgame (1556). Le minerai d'argent est désormais mélangé au mercure avant d'être réduit. L'argent est soluble dans le mercure ; il suffit alors de volatiliser le mercure pour recueillir l'argent. Le procédé est rapide, l'économie de combustible considérable et l'emploi de minerai à faible teneur possible. Des mines de mercure sont découvertes en 1570 à Huancavelica (Pérou). A partir de ce moment, la production d'argent s'accroît considérablement : en 1560, 260 tonnes d'argent sont acheminées vers l'Espagne soit quatre fois la production annuelle de l'Europe. L'argent va représenter 97% des exportations de métaux précieux vers l'Espagne.
Les apports de l'Ancien monde au Nouveau
Les Espagnols ont introduit les animaux domestiques d'Europe pour la nourriture et le travail : le porc, le boeuf, le mouton, le cheval et le mulet, animal de transport sans lequel la colonisation n'aurait pas été possible. L'espace étant sans limite, l'élevage prospère et il suffit de quelques gardiens pour surveiller des troupeaux de plus de mille têtes.
En deux décades, une mer de bétail déferle sur le Nouveau monde : les pâturages étaient vierges et de grande valeur nutritive. Le troupeau double en vingt mois et le prix de la viande s'effondre pour le grand bien de la colonisation. Seul le cuir, très demandé par les mines et les armées d'Europe constitue un produit rémunérateur et d'exportation. L'élevage n'est avantageux que pour les propriétaires de grands troupeaux et conduit à la grande propriété.
Les Indiens ne possèdent pas de troupeaux, mais le bétail dévastait leurs cultures ; des communautés entières s'enfuient dans la montagne où les troupeaux ne peuvent trouver de nourriture suffisante. Les vice-rois se sont efforcés à protéger les Indiens en délimitant une zone de protection autour des villages, en réduisant la durée annuelle de la vaine pâture et en traçant des routes de transhumance.
A côté du bœuf, d'immenses troupeaux de moutons fournissent la viande, leur laine tissée, les étoffes vendues dans tout le Nouveau monde.
Pour disposer des fruits et des céréales cultivés dans leur pays, les Espagnols ont introduit la culture du blé le long de la route Mexico Vera Cruz et ,dans la vallée de Puebla, l'oranger, le citronnier et le mûrier pour l'élevage du ver à soi. Les terres sont devenues propriétés des Blancs, la main d'oeuvre est indigène. La moyenne propriété (caballeria) est fréquente au début de la colonisation.
Dans les vallées profondes et sur la plaine côtière prospère la canne à sucre, le cacao et l'indigo. Peu à peu le cacao devient un produit de grand commerce et d'exportation. Le sucre, produit de première nécessité, supplée, à partir du XVIIème siècle, à la moindre rentabilité des mines. Ces produits proviennent des grandes plantations, les haciendas, qui deviennent de véritables entreprises capitalistes.
Comme les communautés indiennes n'avaient mis en valeur qu'une faible partie des terres arables mexicaines, les Espagnols ont pu s'installer et se constituer de vastes domaines sans toucher aux biens des communautés indiennes. D'autre part, devant payer un tribut annuel trop élevé pour la production de leur terre, les communautés indiennes ont été réduites à vendre leurs terres, ce qui les contraint, soit à quitter le pays, soit à entrer au service des Espagnols. Les terres indiennes sont progressivement entamées au cours du XVIIème siècle. Mais en 1856, lorsque la loi autorise l'aliénation des biens communautaires, les ventes ont été importantes, ce qui prouve que ces communautés avaient réussi à conserver d'importantes étendues jusqu'au milieu du XIXème siècle.
Les apports du Nouveau monde à l'Ancien.
Ces apports concernent exclusivement l'agriculture. De nombreux légumes que nous consommons proviennent du Nouveau monde. Les Indiens ont été des agriculteurs hors pair qui ont su domestiquer de nombreuses espèces végétales : maïs, pomme de terre, tomate, haricot...
Au XVIIème siècle, devant les difficultés économiques (raréfaction de l'argent, guerre de course, moindre rentabilité des élevages), les Espagnols renoncent à la spécialisation ; les domaines s'agrandissent et se transforment en hacienda où l'autarcie constitue la base du système économique et politique. Les grands domaines se suffisent à eux-mêmes : le maître assure la sécurité, l'ordre, la justice, la police intérieure, la guerre contre les nomades.
Les transports et le commerce.
Entre les ports du complexe andalou-canarien et la mer des Caraïbes, les navires décrivent une boucle immuable. Cette route est soumise aux vents. C'est entre le 40° et le 33° parallèle que les ports de l'Ancien monde bénéficient de l'alizé à l'aller et du contreflux au retour. D'autre part, la navigation est une navigation en convoi en raison de considérations techniques : meilleure protection contre les pirates, sécurité en cas de naufrage, difficulté de navigation en raison de l'estime, faibles marges saisonnières ...
Une rotation prend quatorze à seize mois dans les meilleures conditions. D'où la nécessité de posséder au moins deux convois pour assurer le rythme annuel. Le parcours Europe-Amérique demande en moyenne quatre vingt jours ; le retour exige entre cent vingt et cent cinquante jours. Les chemins ne sont pas les mêmes et les temps de parcours sont donc différents. Pour le Pérou, en raison de la rupture de charge entre Panama et Nombre de Dios, la rotation prend trois ans.
Que le mauvais temps, la guerre ou la conjoncture s'en mêlent et le temps de rotation peut être doublé. Il y a donc une imprévisibilité de la durée de ces circuits ce qui occasionne des coûts particulièrement élevés.
| Navires | Tonnage | |
| Aller (tissus, quincaillerie, biens de consommation) | 10 635 | 2 116 700 |
| Retour (métaux précieux - 90%-, cuirs, sucre à partir du XVIIIème siècle) | 7 332 | 1 613 400 |
| Total | 17 967 | 3 730 100 |
La couronne de Castille a transposé dans le Nouveau Monde des institutions de type féodal parce que les premiers conquistadores sont des nobles, souvent sans grande fortune, mais attachés à leurs privilèges.
Tous les Espagnols se considéraient comme des hidalgo ; ils ne concevaient leurs relations avec les Indiens qu'à travers le prisme médiéval : ils étaient le seigneur, les Indiens des serfs.
En raison de leur faible effectif ce qui les mettait toujours à la merci d'un soulèvement, les Espagnols n'eurent de cesse à persuader les Indiens de leur supériorité. A vouloir persuader les autres, ils se persuadaient eux-mêmes.
Les Espagnols ont de nombreuses concubines indiennes, mais leurs enfants, les métis, ne peuvent espérer aucune fonction importante (cf. Garcilaso de la Véga, fils d'une princesse péruvienne et d'un conquistador espagnol).
L'intégration des Indiens à la nouvelle société.
A la différence des Indiens de l 'Amazonie, les chasseurs-cueilleurs, les Indiens agriculteurs et sédentaires, ont été intégrés à la civilisation européenne sous la forme de communautés et de villages indiens, distincts des Européens, mais participant au nouveau système économique et social, formant une classe inférieure de travailleurs agricoles, les peones. Ils étaient déjà accoutumé à un travail de paysans, régulier, monotone et ont de ce fait pu s'adapter au travail sur les hacienda et dans les mines. Ce sont les sociétés de chasseurs-cueilleurs qui ont été détruites par le travail dans les mines.
L'organisation ecclésiastique
Les missionnaires suivent la pénétration du pays ; ils constituent les plus fermes soutiens du pouvoir monarchique. Les Rois d'Espagne considéraient l'évangélisation des Indiens comme leur premier devoir. Dès 1512 trois évêchés sont constitués dans le Nouveau Monde et, dès 1528, Mexico deviendra le siège d'un évêché qui sera transformé en 1546 en archevêché. Deux archevêchés sont créés dans les capitales des vice-royautés : Mexico et Lima.
Charles Quint confie l'Eglise du Nouveau monde aux ordres mendiants ; cette décision est confirmée en 1522 par la bulle exponi nobis fecisti ; le premier évêque de Mexico est le franciscain Juan de Zumanaga. En 1559, la situation dans le Nouveau monde est la suivante :
| Maisons (couvents) | Nombre de religieux | |
| Franciscains | ||
| Dominicains | ||
| Augustins |
Les reductiones.
Dans le cadre de la bulle pontificale Veritas ipsa et des conclusions du 3ème concile de Lima, les Jésuites tentent une expérience de communisme paternaliste avec les Tupi, dans l'Etat du Paraguay : les Réductions. Les Indiens Tupi christianisés sont regroupés dans des réductions ; la première réduction a été fondée au Paraguay le 29 décembre 1609 à St Ignaco Guazo. Jusqu'au milieu du XVIIIème siècle - expulsion des Jésuites - il y a plus de trente réductions où affluent les caciques et leurs tribus.
Chaque réduction possède sa municipalité indienne, et à l'exception du corregidor, nommé à vie par les pères, les autres magistrats étaient élus. Chaque réduction possédait son Jésuite. Cette réduction devait vivre en autarcie et subvenir par ses propre moyens. Le sol appartient à la communauté indienne ; tous les hommes doivent deux jours de travail d'intérêt général par semaine. Les autres journées sont consacrées à la mise en valeur de la parcelle familiale et dont les produits sont réservés au chef de famille. D'autre part, la réduction dispose d'ateliers communs pour la fabrication des biens de consommation..
Les habitants de ces réductions font l'objet, jusqu'en 1641, de raids esclavagistes de la part des brésiliens de St Paul. En définitive, ce système est un échec, car jamais l'esprit de prévoyance n'a effleuré l'Indien.
Elle constitue le principal problème de la mise en valeur des terres. La population indienne diminue très rapidement : épidémie, mauvais traitement dans les encommienda, travail harassant dans les mines et sur les lieux d'orpaillage. Soumis au travail forcé, les Indiens perdent le goût de vivre. L'hémorragie démographie est inouïe, sans précédent : 9/10 de la population indienne disparaît : il n'y a plus d'indigènes dans les Grandes Antilles à la fin du XVIème siècle.
Cette main d'œuvre est remplacée par les Africains qui vont venir travailler sur les plantations et mettre en valeur les plantations. La traite des Noirs commence déjà au XVIème siècle - à la fin du siècle, ils sont déjà 100 000 à avoir fait le grand voyage -, mais elle prendra son essor au XVIIème siècle avant de culminer au XVIIIème dans l'économie de plantation.
La classe possédante est installée aux commandes à la fin du XVIème siècle ; les colonies échappent de plus en plus à l'action de la métropole qui va devoir lutter contre les volontés d'autonomie des grands seigneurs coloniaux. Ceux-ci disposent de vastes espaces, des domaines où ils règnent en seigneur et maître.
Ils constituent des groupes de pression en métropole afin de défendre leur position, mais chaque fois que le pouvoir métropolitain voudra intervenir dans les affaires coloniales, ils se heurtera à la résistance des grands colons, comme il s'est heurté à Gonzalo Pizarro. Ce sont les colons qui auront les premiers des volontés d'autonomie et d'indépendance, notamment lorsque les liaisons avec la métropole sont menacés par les puissances belligérantes.
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