La présence allemande sur la Côte des Escalves


La côte du Togo et du Dahomey (Côte des Esclaves) est le véritable centre du trafic négrier aux XVIIème et XVIIIème siècles ; à partir de la fin de la traite, les puissances européennes sont présentes par l'intermédiaire des missions chrétiennes et des maisons commerciales qui y installent des factoreries.
A partir de 1885, les Allemands, sous la pression des maisons commerciales hanséatiques s'installent sur les bords du lac Togo et vont profiter momentanément des verrous constitués par les royaumes Ashanti (à l'ouest) et d'Abomey (à l'est) pour pénétrer dans l'arrière pays et essayer de gagner les rives du Niger ; c'est la période coloniale de la " course au clocher ".
En même temps, les gouverneurs du protectorat du Togo vont s'efforcer de mettre en valeur le pays qui deviendra un modèle pour tous les autres pays. Le Togo devient une colonie modèle en atteignant l'équilibre financier dès 1904.
La guerre de 1914 arrachera, après une courte campagne franco-anglaise, le Togo à la domination allemande pour être partagé en deux zones d'occupation qui seront ensuite placées sous contrôle de la Société des Nations. La partie placée sous administration anglaise sera peu à peu intégrée à la Gold Coast alors que celle sous mandat de la France restera indépendante du Dahomey et deviendra en 1960 la République du Togo.

  1. Des négriers traitants et missionnaires à l'installation allemande.
  2. De la course au clocher à la pacification
  3. Le temps des Allemands
  4. Le Togo pendant la Grande Guerre 14-18

Des négriers traitants et missionnaires à l'installation allemande.

Reconnaissances côtières, négriers et comptoirs
L'ère des missionnaires
L'intervention européenne.

Reconnaissances côtières, négriers et comptoirs ; la période de la traite.

Premiers contacts portugais.


Vue de St Georges d'Elmina d'après les publications du hollandais Dapper

Il est vraisemblable que les Portugais Joao de Santarem et Pero de Escobar ont été les premiers à longer les 50 km. de côte de l'actuel Togo vers 1470-1475 ; deux localités proches, Elmina (actuel Ghana) et Ouidah (Bénin) connaissent alors un développement rapide selon la documentation abondante qui est parvenue en notre possession. Ces installations destinées au commerce ont donné lieu à certaines tentatives d'évangélisation des chefs africains autour des centres fortifiés.
A partir de 1530, la traite des nègres vers l'Amérique commence à exercer ses ravages. Cette zone, riche, peuplée, est alors appelée Côte des Esclaves en raison de la qualité et du bas prix relatif des cargaisons de " bois d'ébène " qui y sont enlevées. Les négriers traitent avec de véritables souverains : roi du Dahomey, roi des Ashantis…
L'empreinte portugaise reste sensible à travers les mots qui sont passés dans les langues locales, dans le vocabulaire colonial ainsi que dans les noms de certaines localités (Porto Séguro, Porto Novo, etc.).

Traitants et voyageurs .

Deux produits dominent le commerce, l'or puis le " bois d'ébène ". Les Portugais installés à Elmina pratiquent le commerce exclusif malgré les actions des corsaires français ou interlopes. Sous l'impulsion de François Ier, des commerçants rouennais arment les navires pour faire le commerce de l'or avec les souverains africains.
Sous Louis XIV, la compagnie française des Indes occidentales décide d'installer un comptoir dans le royaume d'Ardres (Allada) et y envoie le sieur d'Ebée. Au même moment, c'est la mainmise néerlandaise sur l'ensemble de la côte. En 1637, les Hollandais ont pris Elmina ; en 1658-1660, ils s'emparent des établissements danois de la Gold Coast et la paix de Bréda (1667) marque l'apogée de la puissance néerlandaise.
C'est la période des voyages de Dapper , médecin et géographe hollandais, du lieutenant de vaisseau du Casse qui indique que " l'on y traite 5 000 à 6 000 esclaves par an. Il s'y fait, depuis dix ans, plus de 25 000 mais cela continue ; ce sont les Anglais, les Hollandais et les Portugais qui les achètent ".
Si les Français ont longtemps eu une place prépondérante, les étrangers et notamment les Anglais n'en ont pas moins une influence notable. La proximité du Brésil permet une rotation des navires portugais beaucoup plus rapide, une " meilleure conservation " des cargaisons d'esclaves donc une position privilégiée sur le marché. Anglais et Portugais enlèvent chacun annuellement 6 à 7 000 noirs pendant que les Français en traitent 1 000 de moins.
Les Danois étendent, au début du XVIIIème siècle, leur influence vers l'est. Des bâtiments négriers font le trafic avec Ouidah et Petit-Popo.


Après Elmina en 1481, Christianborg est bâti par les Danois (1659), puis Jamestown (Accra) par les Anglais (1662), Lijdzaamheid (Apam) par les Hollandais (1697), Prindsensteen (Keta) et Kongensteen (Ada) par les Danois en 1784.

Un Brésilien d'Anécho : Francisco de Souza.

Francisco de Souza est originaire du Brésil ; il vient en 1788 à Ouidah comme commandant du fort portugais ; appréciant la richesse du pays, il fait venir son frère Ignace de Souza pour le remplacer à la tête du fort, monte un comptoir et se livre au trafic d'esclaves avant de retourner au Brésil. En 1800, il regagne l'Afrique et intervient alors dans la politique locale ; il se livre au trafic d'armes et d'esclaves avec les souverains d'Abomey.


La porte du non retour à Ouidah, symbole de la traite négrière

L'ère des misionnaires

Sur cette partie de la côte des esclaves, le travail missionnaire semble avoir été indépendant des objectifs politiques.

Missions protestantes

On doit aux Frères Moraves la première tentative sérieuse d'implanter une action missionnaire sur cette partie de la côte africaine ; cette tentative a pour origine un catéchiste mulâtre Jakob Protten dont la mère appartenait à la famille royale d'Anécho et le père était un soldat danois en garnison à Christianborg.
En 1735, le comte de Zinzendorf restaurateur de l'église des Frères Moraves rencontre un mulâtre de vingt ans, Jakob Protten, qui accepte l'invitation du comte à se rendre à Herrnhut pour y être formé. En mai 1737, Protten et le frère morave Hucuff débarquent à Elmina ; à peine arrivé, Huckuff est emporté par la maladie. Soucieux de commencer l'œuvre d'évangélisation, Protten se rend vers Popo pour rencontrer le gouverneur Hartog alors dans cette région et soumettre à son approbation le projet d'installer à Elmina une école de mulâtres. Le gouverneur accueille mal ce projet et le fait mettre en prison jusqu'en avril 1739. En 1840, il regagne l'Europe où il se marie avec Rebecca, une mulâtresse des Antilles. Protten fait ensuite deux autres voyages d'évangélisation en Gold Coast (1757-1761 et 1764-1769). A sa mort, une nouvelle mission des Frères Moraves tente de s'installer sur cette partie de la côte.
En 1827, la société des missions de Bâle commence un important travail d'évangélisation dans la région de Gold Coast, alors contrôlée par les Danois. Cette mission compte un grand nombre d'Allemands et du personnel suisse de langue allemande. La société décide d'installer un poste à Akropong dans les collines de l'Akwapim. Un certain nombre de mulâtres sont amenés des Antilles comme auxiliaires de la mission. En 1870, la mission de Bâle franchit la Volta et à partir de 1880, les missionnaires explorent la région située au nord-est de la Volta jusqu'à Kratchi. En 1891, la mission s'installe en pays Bouem.
En 1842, les missions méthodistes et anglicanes de Freetown envoient leurs premiers missionnaires à Badagry. Ils s'installent très rapidement à Abéokuta, Lagos, Ouidah et Petit Popo. Leur succès est dû à l'action du Révérend Thomas Birch Freeman, mulâtre de père africain et de mère anglaise qui exerce une action considérable sur toute la côte. Débarqué à Cape Coast en 1837, il fonde une station wesleyenne à Koumassi (1839). En mars 1843, le pasteur Thomas Birch Freeman de retour d'Abomey passe par Grand Popo où il promet de fournir un enseignant.
La Norddeutsche Missiongesellschaft (mission de l'Allemagne du Nord) décide d'ouvrir un nouveau champ de mission en Gold Coast où la mission de Bâle est déjà à l'œuvre depuis vingt ans. La mission de Brême s'installe en pays evhé et fonde en juillet 1853 les postes de Waya, Anyako, Wegbé. Plusieurs voyages d'exploration sont conduits dans l'Akposso, à Atakpamé et à Hohoé. La mission de Brême, grâce à l'appui de la maison de commerce Vietor se préoccupe aussi du développement commercial du pays ce qui entraîne un approvisionnement plus régulier de la contrée. La mission est en plein essor lorsque le déferlement des cohortes d'Ashanti menace gravement son œuvre. La paix revenue, les missionnaires reconstruisent et agrandissent Ho et s'installent à Péki.
Pendant les quarante années qui ont précédé l'installation allemande au Togo, plus de cent missionnaires ont été envoyés par les différentes missions réformées allemandes dans cette région d'Afrique. Le travail accompli par la mission de Brême a été extrêmement important pour la connaissance linguistique et ethnographique. Grâce à leur action le protectorat allemand a pu s'étendre vers le nord ouest et englober la plupart des stations de la mission de Brême.

Missions catholiques

Dès la fin du XVème siècle, les Portugais tentent d'évangéliser la région d'Elmina ; le 30 septembre 1554, le provincial des Jésuites au Portugal demande qu'on envoie deux frères jésuites à Elmina.
Le 14 juillet 1634, la mission de la Gold Coast est transférée aux Capucins de la province britannique. A Ouidah, ce sont des Capucins bretons qui, après une brève installation, sont chassés par un soulèvement de féticheurs.
En 1835, une brésilienne Venossa de Jésus fait construire une chapelle à Agoué, premier édifice chrétien sur la côte togolaise ; dès 1845, elle abrite les prêtres qui viennent régulièrement depuis San Thome administrer les sacrements.
En 1842, cette région de la côte ouest africaine est confiée aux missionnaires du Saint Cœur de Marie dépendant du vicariat apostolique des deux Guinées, dont l'évêque réside à Libreville. Le 28 août 1860, le vicariat apostolique du Dahomey est créé. Il s'étend de la Volta au Niger et de l'Atlantique au Soudan ; il est confié aux missions africaines de Lyon.
A partir de Ouidah, le R. P. Borghero entreprend plusieurs voyages à Agoué où se trouvent les grandes familles de la côte qui constituent la base de " l'intelligentsia " brésilienne. Les compagnons du R. P. Borghero entreprennent les premiers voyages de reconnaissance vers l'intérieur ; ils installent un poste à Keta, visitent Tado et nouent des relations avec Anécho et Porto Séguro.
Le 22 mars 1886, alors que les Allemands n'ont pas encore pénétré l'arrière-pays, quatre missionnaires, Lecron, Bauquis, Moran et Ménager font, depuis Agoué, plusieurs fois le voyage d'Atakpamé où ils installent la première mission catholique. Mais ils se heurtent à l'autorité des féticheurs qui tentent de les empoisonner. Le 6 août 1887, une nouvelle tentative d'empoisonnement réussit cette fois ; la mission d'Atakpamé, pillée part les féticheurs, est complètement abandonnée.
Les entreprises françaises ne subsisteront pas après l'occupation du terrain par les Allemands. Les Pères des missions de Lyon sont remplacés par une autre société missionnaire, celle du Verbe divin.

L'intervention européenne

Durant plusieurs décennies, des missionnaires, surtout français et allemands vivent sur ces côtes. Sciemment et volontairement, ces missions refusent d'être les sergents-fourriers des nations colonisatrices : si les missionnaires servent fréquemment d'interprètes entre chefs africains et officiers blancs, c'est qu'ils ont, beaucoup plus que les traitants mulâtres " brésiliens " la confiance des deux parties.
Les marins installent les premières bases et les commerçants, lassés des tracasseries des souverains locaux déclenchent les interventions armées des puissances européennes afin d'obtenir dans un premier temps des protectorats qui seront en fin de compte annexés pour constituer des colonies.
Vers 1860, l'industrie européenne, en pleine expansion, commence à chercher des débouchés ; les maisons de commerce marseillaises qui " n'ont pas trempé dans la traite " assurent des position que vont bientôt leur disputer les firmes bordelaises " reconverties ". La maison Régis et Fabre de Marseille installe, la première en 1868, des comptoirs à Petit Popo (Anécho), et Porto Séguro ; les commerçants allemands, en particulier la maison Vietor de Brême s'installent dans plusieurs gros villages de la côte, notamment à Petit Popo et Akousé.
Ce sont donc les commerçants qui vont exercer la pression la plus forte auprès des gouvernements européens pour l'établissement de comptoirs privilégiés.

La lutte des maisons de commerce françaises et allemandes

La maison de Brême, Vietor et Söhne, lié à la mission évangélique d'Allemagne du Nord, installe, dès 1865, une succursale à Anécho. D'autres comptoirs sont ouverts en particulier à Bè près de Lomé (1880). Lomé devient un entrepôt d'huile de palme pour la région productrice de l'Agotimé et une plaque tournante pour la contrebande d'alcool avec la Gold Coast voisine.
Cette activité allemande se trouve contrecarrée par l'action des commerçants français de la maison Régis. Celle-ci, très active au Dahomey, s'installe à Petit Popo (1864), Agoué et Porto Séguro (1868).
En 1874, les commerçants allemands, installés à Petit Popo, ont demandé la protection du tout jeune empire allemand, mais c'était alors prématuré : Bismarck préfère affermir la position européenne du nouvel empire allemand.
Le 1er janvier 1878, le chef des Mina signe un traité avec le représentant de la maison Cyprien Fabre. Les chefs de Grand Popo, Agoué, Petit Popo, Agbanaquin et Porto Séguro adressent les 4, 12 et 20 août 1881 des lettres au gouvernement français pour se placer sous sa protection. Un décret est pris le 19 juillet 1883 déclarant établir le protectorat français sur les territoires de Petit Popo, Grand Popo, Porto Séguro et Agoué. Notification est faite de ce décret au gouvernement allemand, mais le décret n'étant pas publié, ses dispositions sont nulles. Or la publication de ce décret aurait singulièrement limité les possibilités d'action de Nachtigal.


Factorerie de la maison Goedelt à Lomé (1900).
Le magasin et la maison d'habitation forment un bloc.
Sous la véranda, les futs servant au transport d'huile de palme.

Les grandes manœuvres à Anécho

Les commerçants allemands déclenchent l'occupation officielle de cette zone côtière. Cette action se trouve précipitée par trois séries d'événements : les maladresses de l'anglais Firminger à Keta, les activités pro anglaises de William Lawson à Anécho et les efforts français entrepris sur la côte à Porto Séguro.
A Kéta, les Britanniques installent un poste (1874) pour empêcher le trafic en direction de l'Achanti. Firminger semble considérer que le commerce allemand n'est pas que de la contrebande déguisée et s'appuie, dans son action, sur les milieux africains méthodistes qui ont reçu une formation anglaise.
Les commerçants allemands ont pris l'habitude de traiter avec Kouadjovi, le fondé de pouvoir du roi à Anécho. Un accord leur garantit une totale liberté de commerce.
En 1883, G. Lawson meurt et est remplacé par William Lawson, lequel estimant ses fonctions de collecteur d'impôts trop médiocres, s'appuie sur les Anglais installés à Lagos pour briguer la régence et éliminer l'influence de Kouadjovi.

L'intervention allemande.


Dessin de Lomé pris à partir de la "Sophia" en 1884

Les citoyens allemands se sentent menacés et font appel à la " Sophia " qui croise au large de Petit Popo ; son commandant oblige les notables, Kouadjovi, Pedro Kouadjo et le représentant du roi de Glidji à confirmer la validité du traité antérieurement conclu au 1er février 1884 avec les représentant des firmes allemandes. A peine la " Sophia " est-elle partie que l'émeute gronde. Le navire revient et débarque 100 matelots en armes pour appréhender William Lawson et d'autres notables qui sont emmenés comme otages à bord.
Une requête des chefs et notables est adressée à l'empereur d'Allemagne qui prie " Votre Majesté de nous protéger et d'empêcher l'annexion ".
Les rapports commerciaux parviennent en Allemagne au moment où Bismarck est encore foncièrement hostile à l'expansion coloniale, domaine dans lequel il espère voir la France oublier l'Alsace et la Lorraine. Ce sont les marins et les commerçants qui, grâce à un vaste mouvement d'opinion publique, finissent par décider le gouvernement allemand à un effort qui sera représenté, dans l'ouest africain par Gustav Nachtigal et, en Afrique orientale, par Karl Peters.
La canonnière " Möwe " ramène en Afrique les otages d'Anécho ; à l'escale de Lisbonne, elle embarque Gustav Nachtigal qui est chargé par le gouvernement impérial de prendre en mains les intérêts allemands sur la côte occidentale d'Afrique. Nachtigal débarque à Anécho le 2 juillet au moment où Firminger vient enjoindre aux chefs africains de chasser les commerçants allemands dans un délai de quatre semaines, délai que les chefs indigènes ont ramené à huit jours.
Arrivant sur ces entrefaites, les commerçants expliquent à Nachtigal que le pays est à la veille d'une annexion anglaise. Le 3 juillet au cours de la palabre d'Anécho, William Lawson refuse de confirmer les accords antérieurement passés avec les Allemands. Les otages sont remontés à bord ; le lendemain, le drapeau allemand est hissé à Bagida et le 5 à Lomé.
Une distribution de rhum, de gin et de tabac fait mettre une croix sur un document rédigé en anglais, seule langue européenne comprise localement qui précise que le roi Mlapa de Togo demande protection à S. M. l'empereur d'Allemagne. " Le roi Mlapa ne cèdera aucun droit de souveraineté sur aucune partie de son territoire à aucune puissance étrangère sans le consentement préalable de S. M. l'empereur d'Allemagne ".


Gustav Nachtigal (1834-1887)

Allemands hissant le pavillon impérial sur la côte afriaine

L'opposition française

Les Allemands s'efforcent d'agrandir la petite bande de terre qui relève du protectorat par une tentative sur Porto Séguro, mais elle échoue. En juillet 1885, le commissaire impérial Ernst von Falkensthal tente une opération contre les Français à Glidji, mais il est sèchement désavoué par Herbert von Bismarck.
La convention de Berlin conclue le 24 décembre 1885 entre l'ambassadeur de Courcel et le comte Bismarck met fin à cette lutte d'influence. La France reconnaît le protectorat allemand sur le territoire du Togo et renonce à ses droits sur Porto Séguro et Petit Popo. Le gouvernement allemand, de son côté, s'engage à s'abstenir de toute action politique à l'est de la ligne frontière qui sera située entre Petit Popo et Agoué ; il abandonne ses droits sur la Guinée.
Le 12 avril 1886, le capitaine de vaisseau Dornain prend possession de Grand Popo au nom de la France et hisse les couleurs françaises à Petit Popo. L'amiral Knorr commandant le " Bismarck ", vient rétablir les positions allemandes et échanger, avec le représentant français, des propos dépourvus d'aménité.
Un arrangement pour l'établissement d'un régime douanier unique est signé le 25 mai 1887 à Berlin où un autre arrangement est conclu le 26 décembre 1889 pour entrer en vigueur le 15 mars 1890.
Du côté britannique, la délimitation sur le rivage est effectuée les 14 et 28 juillet 1886 à 2 km. à l'ouest de Lomé. Très vite, les Allemands entreprennent des reconnaissances vers le nord ouest. Déjà, Falkenthal annexe au nouveau territoire les cantons de Tové Kévé et d'Agotimé.

De la course au clocher à la pacification

Les premières explorations vers l'intérieur
L'implantation des postes et l'encadrement du pays
Les grandes expéditions vers le Nord et le Nord-Est
Les frontières du Togo
La pacification

Les premières explorations vers l'intérieur

L'Allemagne a la chance d'avoir comme arrière pays, le " no man's land " situé entre les royaumes Achanti et du Dahomey. A l'ouest, les Anglais sont barrés dans leur progression vers le nord par le roi de Koumassi et à l'est les Français sont dans la même position par rapport au Dahomey. S'ils arrivent suffisamment tôt dans le nord, les Allemands peuvent atteindre le Niger et s'étendre vers le Gonja et le Mossi.
Dans cette course au clocher où les Allemands partent avec un évident avantage, ce seront finalement les Français, et dans une moindre mesure les Britanniques qui arriveront les premiers.

Krause
Krause part d'Accra le 12 mai 1886 pour gagner Tripoli en passant par Tombouctou ; il atteint Ouagadougou le 24 septembre puis se dirige sur Douentza par Séghéou où il est le 15 novembre. Il descend ensuite sur Bandiagara par Bandouli pour demander au cheikh Tidjani l'autorisation de continuer son voyage sur Tombouctou, mais il reçoit l'ordre de rétrograder.
Il retourne à Ouagadougou (7 janvier 1887) et repart pour Salaga où il s'arrête le 17 avril pour continuer par la piste commerciale du sel et des esclaves (Blitta, Kpessu, Atakpamé, Togodo) pour arriver à Porto Séguro le 30 août. Il est enfin de retour à Accra le 23 septembre. Cette exploration n'a rien apporté à la souveraineté allemande.
En 1888 arrivent deux officiers qui ont accompagné Wissmann dans l'expédition du Kassaï au profit du roi des Belges Léopold II : le capitaine von François et le médecin Ludwig Wolf. Leur mission est claire : apporter à l'Allemagne le maximum de surface territoriale pour rattraper le retard pris dans l'expansion coloniale au cours des décades précédentes. Von François se dirigera vers le nord-ouest pendant que le docteur Wolf ira reconnaître le pays Bariba et, si possible, arriver jusqu'au Niger. La difficulté pour ces chefs de mission consiste à trouver le véritable suzerain, pour ne pas traiter avec un quelconque vassal tout en gardant un important approvisionnement en bimbeloterie pour les cadeaux.

von François
Von François part le 3 février 1888 en direction du nord-ouest, franchit la montagne au nord de Palimé et poursuit sa route vers Salaga, Yendi et Gambaga. Il met les territoires qu'il traverse sous protection allemande. Mais les Anglais réussissent à passer avec l'Allemagne un traité (12 et 14 mars 1888) instituant une zone neutre laquelle couvre les deux tiers du pays que von François vient de " rattacher " à l'Allemagne, rendant tous ses efforts vains.

Wolf et de Kling.
Parti de Sébé le 29 mars 1888, Wolf passe à Vogan, Gamé, Nuatja, Atakpamé et fonde dans l'Akposso la station de Bismarcksburg qui devient un centre d'exploration scientifique (2 juin 1888). Au cours de plusieurs tournées, Wolf place les tribus Akposso, Akébou et Adélé sous protectorat allemand. Installé à Bismarcksburg, il ravitaille le poste grâce aux caravanes envoyées vers la côte sous les ordres du lieutenant Kling. Fin 1888, Wolf reconnaît l'Adjouti voisin et continue sa route vers Salaga dont il indique l'importance commerciale.
En avril 1889, il part vers le nord-est : le 7 mai, il conclut un traité avec le chef supérieur des Kotokoli, puis emprunte l'itinéraire Pasoua, Kjirkiri, Séméré, Djougou pour atteindre le pays Bariba ; à la suite d'une chute de cheval (7 juin) ; il décède à Dabari le 26. Son interprète Hardesty continue à se promener dans le Borgou et ne retourne à Bismarcksburg que le 21 novembre. Il est soupçonné d'être responsable du décès de Wolf et est emprisonné.
Le capitaine Kling reprend la mission de Wolf vers le pays Bariba, mais se trouve stoppé devant Kouandé par l'attitude hostile de son chef. Au retour, il passe par Bassari. En 1891, il entreprend une nouvelle expédition par Sansougou, Bimbila, Salaga et Kintampo. Atteint par la dysenterie, il regagne l'Allemagne mais meurt peu après son arrivée à Berlin (15 septembre 1892)
Ce double échec est d'une importance capitale ; les Allemands ne recommenceront leurs expéditions de façon sérieuse qu'en 1893. A ce moment, la France aura vaincu Béhanzin et envoyé des reconnaissances vers le nord. L'ouverture favorable pour atteindre les premiers le Niger à partir de la côte se referme.

Reconnaissances du Dr. Büttner et de von Doering.
Durant cette période de recueillement, les reconnaissances se poursuivent autour des postes de Misahöhe et de Bismarcksburg. Le Dr. Büttner établit la liaison entre Misahöhe et Bismarcksburg.
Le Lieutenant von Doering est à la tête du poste de Bismarcksburg, en 1893-1894 ; il effectue une série de tournée dans les environs ce qui lui permet de faire reconnaître l'autorité allemande aux diverses populations visitées. Entre le 26 mai et le 15 juin 1894, von Doering se rend à Bassari par le Fasao et fait accepter par le chef Atakpa des Bassari les cadeaux, un traité et le drapeau allemand.

L'implantation des postes et l'encadrement du pays

Les expéditions de Wolf et de von François ouvrent le pays vers l'intérieur ; les explorateurs ont reçu des instructions non seulement pour établir des relations cordiales avec les indigènes, mais surtout pour s'installer dans l'arrière-pays.
La connaissance des circuits commerciaux, des populations autochtones, des entreprises anglaises et françaises permettent de déterminer où installer des centres fixes servant à l'implantation de l'autorité politique. Trois catégories de postes correspondent aux trois phases de la pénétration :·

  1. Les bases d'exploration tournées vers l'ouest en raison de l'importance des circuits commerciaux de Salaga.·
  2. Les postes qui servent à affirmes la présence au point de vue international surtout à partir du moment où la période dite de l'occupation effective succède à la période des traités indigènes ;
  3. Les postes d'action politique et administrative qui accompagnent la période de pacification.
Les Allemands, devant l'énergique action des Français dans l'hinterland dahoméen, sont beaucoup trop éloignés de cette zone d'action. Pour se rapprocher de la zone, ils installent des postes à Paratao et Bassari. Une fois les frontières assurées et le pays pacifié, ne sont conservés que les postes ayant une réelle efficacité administrative ; l'emplacement de ces postes est toujours judicieusement choisi : centre politique ou gros marché, les postes administratifs sont implantés auprès des chefs les plus notables et dans des zones climatiques acceptables pour les Européens - dans les montagnes. Seuls les chefs-lieux des circonscriptions de Mango, Yendi et Nuatja, agglomérations indigènes très importantes, se trouvent dans une plaine au soleil implacable que les Allemands tenteront d'humaniser avec de plantations d'arbres fruitiers.

Les postes base des explorations.
Le 20 mai 1888, au cours d'une grande palabre à Dikpéléou, la colline Adadia est cédée à l'explorateur Wolf qui y construit immédiatement un poste et fait mettre en culture 8 600 m² de terres où sont cultivés des légumes d'Europe et des fruits exotiques. Le poste de Bismarcksburg permet de surveiller le trafic du caoutchouc et servir de base d'exploration aux officiers qui y sont mutés. Mais l'accès en est pénible et le pays traversé est pauvre. Très rapidement, les explorateurs préféreront passer par les plaines de l'ouest.
C'est dans ce but que le lieutenant Herold fonde, le 7 mais 1890, le poste de Misahöhe dans la montagne d'Agomé et c'est pour sa valeur politique et économique que le gouverneur von Puttkamer choisira Kété Kratchi comme poste administratif.

Postes de présence internationale
Le 31 décembre 1890, von Doering transfère les responsabilités du poste de Bismarcksburg à celui de Kété Kratchi sur la Volta. Pour compléter le disposition de contrôle de la région, des postes sont édifiés à Kpandou (1897) et à Ho (1899).
Au début de 1897, le chef de poste de Kete Kratchi, le comte Zech installe des petits postes tenus par des indigènes à Parato, Soudou et Bassari, matérialisant ainsi les accords passés par Wolf en 1889 et von Doering en 1894. En février 1896, le lieutenant Carnap Quernheimb installe un poste à Sansanné Mango.
Tous ces petits postes fixent ainsi les contours de la présence allemande.

Postes d'efficacité politique et administrative
Création d'Atakpamé (1898)
Misahöhe sert aussi de base d'exploration vers le plateau de Dayes, l'Akposso et l'Akébou. Ces expéditions ont dégagé les abords d'Atakpamé. Von Doering y installe le poste qui doit commander toute la zone du moyen Togo. Situé à la limite de l'Akposso et des groupements Ana-Yoruba, Atakpamé est en même temps qu'un très gros marché, le point central de ce cercle qui représente alors le cinquième du Schutzgebiet Togo.
Transfert de Paratao à Sokodé.
Le Dr. Kersting transfère le poste de Paratao à Sokodé, mieux situé sur une colline et nettement séparé de la ville indigène. Il restera plus de dix ans à Sokodé, station qui constituera la plaque tournante des explorations vers le nord.
Le poste de Yendi
La capitale du royaume Dagomba sert tout naturellement de siège à la circonscription administrative qui a sous sa coupe une fraction importante des Kokomba.

Atakpamé et Sokodé, placés sur l'axe nord-sud du territoire possèdent une importance capitale pour une connaissance approfondie des populations et le développement du territoire. Ils constituent l'épine dorsale sur laquelle repose l'ensemble du Togo et soutiennent les entreprises menées dans le nord.

Les grandes expéditions vers le Nord et le Nord-Est

Le colonel Dodds est vainqueur de Béhanzin en janvier 1893. Sous l'énergique impulsion de Victor Ballot, gouverneur du Dahomey, des missions d'exploration sont envoyées vers l'intérieur pour devancer les Allemands sur le Niger et confirmer le beau travail effectué par Monteil au cours de sa magistrale expédition de Saint-Louis à Tripoli par le Tchad. Victor Ballot reconnait lui-même Savalou (1894) et fonde Carnotville.
Les missions françaises et allemandes vont s'entrecroiser et les affaires se compliquer du fait que les divers chefs indigènes acceptent très volontiers de signer tout ce qu'on leur propose, d'autant qu'on leur donne en échange des cadeaux et que leurs interlocuteurs blancs sont appuyés sur des détachements fortement armés.
Pour lutter contre le manque d'initiative du gouvernement, le colonel Ernest Vohsen fonde le " Togo Hinterland expedition Komite " qui réunit les moyens nécessaires au financement d'une expédition vers le nord. Les expéditions allemandes qui se succèdent disposent d'atouts précieux dont les remarquables dispositions intellectuelles et les qualités de cœur des populations côtières. Ils n'ont qu'à se louer du dévouement de leurs auxiliaires africains.
La politique musulmane orchestrée depuis Berlin porte ses fruits, d'autant que les " marabouts ", grands voyageurs, se promènent beaucoup. Ces notables musulman,s rencontrés sur la route, seront favorables aux explorateurs allemands. A partir de 1896, les explorateurs allemands se font accompagner de lettrés musulmans qui leur servent d'interprètes et rédigent en écriture arabe les traités.
Les explorateurs allemands qui sont à l'œuvre durant cette période sont d'une rare qualité humaine : le comte Zech, von Massow, von Doering, le baron von Seefried, von Carnap-Quernhaimb. A lire leurs rapports, on les sent impatients d'agir, ayant toujours peur d'être distancés par des rivaux.
On peut distinguer dans ces diverses expéditions deux phases :

Période des traités indigènes
Expédition Gruner au Gourma et à Say (1894-1895)
Cette mission est confiée au lieutenant de réserve Gruner pour sa remarquable connaissance des coutumes evhé ; lui sont adjoints le lieutenant von Carnap-Quernheimb et le médecin hors cadre von Doering. Les buts de cette expédition sont de créer des droits sur l'Hinterland togolais, de reconnaître ce pays au point de vue scientifique et de conclure des traités avec les chefs indigènes.
La mission Gruner pousse jusqu'à Say sur le Niger et conclut des traités avec les chefs souverains du Niger. A l'aller, il passe par Kakantchari et Noungou, à son retour, par Kouandé, Mango, Yendi et Misahöhe.
Expédition du lieutenant von Carnap-Quernhaimb à Mango (1895-1896)
Le 18 décembre 1895, le lieutenant von Carnap-Quernheimb part de la côte vers Sansanné Mango où il installe un poste pour étendre l'influence allemande dans la plaine de l'Oti. Il explore en direction de Koupela (pays Mossi) ; il est attaqué le 14 mai 1896, par des guerriers Konkomba et intervient dans la zone neutre entre la Gold Coast et le Togoland ; cette action lui vaut d'être rappelé à Berlin.

Période de l'occupation effective
Celle-ci commence difficilement pour les Allemands ; leurs bases sont très loin des zones contestées alors que les Français sont déjà solidement installés dans l'arrière pays dahoméen et que Baud et Vermersch sont déjà passés par Bafilo et Kirikri
Première expédition du comte Zech à Djougou (1896)
Etant chef de poste à Kété Kratchi, le lieutenant Zech reçoit l'information qu'un détachement français s'est avancé jusqu'à Tchaudio et a installé des postes à Aledjo et Kirikri. Il décide alors de se rendre dans la région de Djougou pour reprendre les explorations entreprises par Wolf et Kling. Dans le Djougou, il conclut un traité de protectorat (10 février 1896), mais sur le chemin de retour, après être passé par Tashi, il doit s'ouvrir un passage de vive force pour rejoindre Kété Kratchi.
Les dernières expéditions vers l'Hinterland (1896-1897).
Parti de Bafilo le 6 janvier 1897 avec vingt-cinq tirailleurs sous les ordres du lieutenant Vermersch, le français Baud arrive le 1er février à Noungou. Adama, le protégé de von Carnap est battu à Kouantchangou (45 km. de Fada) et se réfugie à Mango. Les Allemands ne restent pas inactifs ; deux grandes opérations sont engagées : l'une partie de la côte avec Gruner, von Massow et Thierry s'installe à Mango après avoir vaincu les Dagomba, l'autre, entreprise par le comte Zech et von Seeefried occupe Bassari, Djougou et Séméré
LA COLONNE NORD : GRUNER, VON MASSOW.
Le chef des Dagomba, Adami, ayant refusé le passage au Dr Gruner, le lieutenant von Massow et son adjoint le lieutenant Thiery mettent sur pied un fort détachement et montent dans un premier temps vers Kété Kratchi. L'expédition se remet en marche le 23 novembre 1896, à la fin de la saison des pluies, avec une centaine de soldats et plus de 200 porteurs. Au cours de trois engagements, dans les environs de Bimbila, le détachement allemand défait complètement 7 000 guerriers Dagomba ; Yendi est enlevé et le 7 décembre, la colonne atteint la rivière Segberi. Le détachement est à Mango le 11 décembre où les Allemands construisent un poste pour y laisser un détachement à demeure.
Le 25 décembre, le français Molex arrive de Bafilo pour revendiquer Mango au nom de la France, mais voyant les Allemands installés, il retourne sur Kabou.
Les éléments de reconnaissance envoyés sur Gambaga annoncent que la ville est occupée par une importante troupe anglaise.
Laissant un poste de 10 hommes à Mango ; la colonne toute entière redescend vers le sud en cherchant un itinéraire qui permette de contourner la zone neutre. Parti le 19 janvier, la colonne arrive le 25 à Bassari. Là, elle se scinde en deux : Gruner rejoint Kété Kratchi pendant que von Massow apprenant les difficultés du comte Zech progresse à marche forcée vers l'est (Djougou) où il retrouve le comte Zech et le baron von Seefried.
LA DEUXIEME EXPEDITION DU COMTE ZECH A DJOUGOU
En novembre 1896, le comte Zech, apprenant l'importance de l'effort français, décide de retourner à Djougou qui avait déjà été visité par le Dr Wolf et le lieutenant Kling pour y réaffirmer les droits de l'Allemagne. Parti le 15 novembre de Kété Kratchi, il renouvelle le 29, avec le chef de Bassari le traité conclu par von Doering, puis von Seefried continue sur Séméré afin de s'installer à Djougou.
Après avoir fait une incursion en pays Kabré, Zech revient à Séméré (20-25 janvier), puis se rend à Baraï. Sur le chemin du retour, Zech installe le poste de Bassari pendant que von Massow regagne la côte à petites étapes par Bismarcksburg, Anié et Atakpamé.
Le raid du lieutenant Thierry vers le Gourma.
Arrivé à Mango le 12 mai, Gruner reçoit les chefs de Pama et Matchakouali venus demander la protection allemande. Le lieutenant Thierry se rend au Gourma, installe un poste à Pama et un petit détachement à Matchakouali. A son retour, Thierry doit faire face à une révolte du quartier du chef de Mango. Le chef de la révolte est tué et les insurgés font leur soumission. Le chef Adjanda remplace, à la tête du royaume Tchokosi, Na Biema, tué au combat par les Allemands.

Par les mouvements browniens des différents détachements et l'installation de postes administratifs fixes, les Allemands se sont rendus maîtres de nombreuses régions de l'arrière-pays. Les coloniaux allemands ont fourni aux diplomates les moyens nécessaires pour procéder à des échanges de souveraineté.

Les frontières du Togo

Autour des tapis verts des chancelleries

Le traité de Paris et les limites du nord et de l'est.
Pour mettre fin à ces allées et venues, les négociations commencent le 24 mai 1897. Elles aboutissent à la convention signée le 23 juillet à Paris par Gabriel Hanotaux pour la France et le comte Münster pour l'Allemagne. L'Allemagne abandonne ses prétentions sur le Gourma, le Borgou, Djougou et Séméré ; en contre partie, la France cède ses droits sur Kikri, Bafilo, Kabou, Mango, Gambaga et la région riche et peuplée du triangle du Mono. La nouvelle frontière suit le thalweg du fleuve jusqu'au 7° de latitude nord.
Frontière occidentale
Le traité anglo-allemands édictant une zone neutre reste en vigueur douze ans. Le traité de Zanzibar du 1er juillet 1890 fixe la frontière de façon précise depuis le confluent du Daye et de la Volta jusqu'à celui de la Daka.
La situation à l'intérieur de la zone neutre est extrêmement trouble, la guerre civile ravage le pays Gonja. L'importance du centre commercial de Salaga et la force naissante du royaume Dagomba rendent très difficile la non intervention dans cette zone neutre.
En 1893, Anglais et Allemands se mettent d'accord pour que les traités soient passés à l'intérieur de la " zone neutre " avec les chefs africains. Von Carnap pénètre dans la zone neutre pour étendre l'influence allemande à Yendi et Salaga où il rétablit l'ordre dans un pays divisé entre deux prétendants. Il est rappelé en Allemagne pour répondre de ses activités dans la zone neutre.
Le traité des Samoa (1899) supprime cette zone neutre et plonge les milieux coloniaux allemands dans la plus totale consternation. En effet, les Anglais prennent la meilleure part, les Allemands n'obtiennent avec Yendi qu'une partie du pays Dagomba. Ils doivent abandonner leurs anciens droits sur Salaga et sur le pays Gonja.

Les commissions mixtes de délimitation

Composées d'officiers français, anglais et allemands, elles sont chargées de matérialiser sur le terrain les limites élaborés dans les salons feutrés des chancelleries.

Frontière ouest.
La commission mixte comprend du coté allemand le comte Pfeil et le Dr Emil Kuster, du côté anglais un douanier d'Accra, C. Ribu Williams et H. Mitchell Hull. Du 11 janvier au 18 mai 1892, cette commission matérialise sur le terrain la frontière occidentale.
Après le partage de la zone neutre (14 novembre 1899) le Mamproussi avec Gambaga revient à l'Angleterre et le Dagomba avec Yendi à l'Allemagne. La commission de délimitation achève le travail en un an ; la frontière occidentale du Togo est définitivement marquée.
Frontière est
La délimitation est reprise en 1893 par une commission composée du côté français, outre le lieutenant Colson, par l'enseigne de vaisseau Labarre et du côté allemand par le gouverneur Puttkamer et le Dr Gruner. Cette délimitation ne tient pas compte des réalités géographiques : le Mono se trouve coupé en plusieurs endroits.
Une nouvelle commission est mise sur pied ; elle comprend les capitaines Plé et Brisson, du côté français, von Massow et le Dr Rigler du côté allemand. Le détachement franco-allemand doit livrer plusieurs combats, notamment le 16 septembre 1899 à Lama-Tessi contre les Kabré, le 21 à Sola contre les Sourouba, le 23 et le 24 à Koupa et sur la rivière Ma contre les Tamberma. Ces combats sont très durs. L'entente franco-allemande est complète et le lieutenant Preil en tire même un émouvant livre sur la fraternité d'armes franco-allemande dans l'arrière pays du Togo et du Dahomey .
Le 17 novembre 1899, le protocole commun est signé à Gando.

Pourparlers d'échanges Togo-Gabon

Une proposition est faite par von Kinderlen, le 13 juillet 1911, d'échanger le Togo contre le Gabon. Après avoir refusé le 20 juillet, les diplomates français, en août, réclament avec énergie ce pays. Mais des indiscrétions ont filtré et un violent mouvement d'opinion publique se déclenche en Allemagne.

Rectifications de détail.

La frontière franco-allemande présente de nombreuses irrégularités. Les travaux successifs des deux commissions de délimitation sont placés sous l'autorité du capitaine Fourn du côté français et du lieutenant von Seefried du côté allemand. Les problèmes sont réglés à la satisfaction générale.
Ces rectifications concernent les zones difficiles d'accès et n'ont qu'une incidence limitée sur la vie même du territoire.
Ainsi, malgré un départ tardif et à partir d'une base infime (52 kilomètres), le petit Togo allemand a joué des coudes pour se frayer un chemin parmi des voisins entreprenants et efficaces.
Les succès français dans le Nord Dahomey sont la légitime compensation des humiliations multiples endurées par les commerçants et missionnaires du fait des Dahoméens. L'expansion vers ce qui constituera les " Northern Territories " correspond à la détente consécutive à la pression ashanti.
Les officiers chargés de la délimitation représentent l'ordre et la paix des blancs. En luttant ensemble contre de petits soulèvements locaux, ils constituent l'un des premiers témoignages de l'Europe unie dans l'histoire coloniale. Ces officiers et ces administrateurs ont profondément marqué cette période.

La pacification

Les postes ayant été installés dans la fièvre de la " course au clocher ", les Allemands doivent " pacifier " le pays.

L'alliance des royaumes musulmans.
Les bonnes relations établies par Wolf et Kling auprès des Kotokoli leur donnent l'alliance d'un royaume déjà fortement islamisé qui fournira des contingents de guerriers qui n'hésiteront pas à s'engager comme mercenaires dans les auxiliaires de la force de police allemande.
L'Islam joue tout naturellement son rôle d'intermédiaire agréé entre les " paléonigritiques " et l'autorité occidentale. La multiplicité du commandement indigène joue contre une pacification immédiate et générale. Si dans le sud il reste à vaincre quelques réticences locales de la part de populations qui n'ont pas encore l'habitude de voir commander les Blancs, dans le nord, les populations, souvent frustres, ne se soumettent pas sans résistance. Deux groupes se signalent par leur acharnement et leur vaillance : les Konkomba et les Lamba.
La pacification du territoire nécessite de nombreuses expéditions. Le cloisonnement des races et des clans, les divisions intérieures leur rendent le plus souvent toute action concertée impossible. Ces rébellions locales sont matées après de durs combats, où l'organisation militaire, l'armée de métier, et l'armement moderne, le fusil et la mitrailleuse, triomphent du nombre, du courage et des retranchements solidement tenus.
Si les expéditions sont effectivement nombreuses, si les Allemands paraissent avoir multiplié les opérations de police et avoir bénéficié d'un grand nombre d'insurrections c'est parce que le seul historien de la conquête allemande est le lieutenant Trierenberg et qu'il raconte ce qui est important à ses yeux d'officier prussien : les campagnes militaires..

Paysans dans la plaine de l'Oti
Paysans dans la plaine de l'Oti

Les opérations de pacification dans le Sud
Région d'Anécho
Les premières actions concernent la région d'Anécho, c'est-à-dire celle qui se trouve à proximité de la capitale. Sous le commandement du Polizeimeister von Piotrowski, une section de 45 hommes châtie, le 19 avril 1891, le village de Dokbodewe ; cette opération constitue le baptême du feu de la jeune force de police.
En janvier 1900, le Dr Heim qui commande par intérim le cercle d'Anecho doit livrer combat à Akepe et Dedekpe. La région ne bougera plus.
Région de Palimé
En mars 1895, le canton de Tové s'insurge et coupe les communications entre Misahöhe et la côte ; plusieurs gardes-cercles sont tués. Le polizeimeister Gerlach, venu de Sébé, réprime le soulèvement. Les insurgés sont vaincus et les gens de Tové doivent payer une forte amende.
Le habitants de Ho qui refusent de livrer les assassins de cinq Achanti se soulèvent, mais la révolte est brisée dans l'œuf par une vigoureuse intervention du Dr Gruner.
En mai 1901, les Agotimé refusent d'effectuer les prestations imposées pour la construction de la route ; ils tirent sur la troupe envoyée contre eux. Le lieutenant Smend leur inflige des pertes sévères à Apegamé et les soumet complètement.

La grande campagne du Nord-Togo (1897-1898)
C'est au cours de la saison sèche 1897-1898 que les grandes opérations de police sont entreprises dans le nord du pays. L'insurrection Konkomba de 1897 provoque la venue à marches forcées d'une colonne de secours sous les ordres de von Massow. Dans les années qui suivent, les petits soulèvements locaux sont rapidement réprimés.
L'affaire de Binaparba et l'insurrection konkomba
En mars 1897, le lieutenant von Massow installe un poste à Bassari et le chef de poste éprouve immédiatement des difficultés. Le pays tout entier s'insurge et une armée de secours avec des auxiliaires Tchokossi est envoyée par Thierry depuis Mango ; elle est anéantie à Katchamba par les guerriers konkomba. Le chef de Bapuré passe à l'insurrection. Le 19 juillet le Dr Gruner doit battre en retraite sur Bangeli et Bassari où viennent fort opportunément le secourir le sergent Brutsch et le Bergassessor Hupfeld.
Une expédition de secours est organisée en toute hâte depuis Lomé. Le commandement en est confié au lieutenant von Massow. Partie le 8 août de la côte, elle n'est finalement à Bassari que le 26 septembre. Von Massow doit attendre le début de la saison sèche pour agir.
Le 24 novembre, il livre combat à Bapuré et le lieutenant Thierry qui part à sa rencontre anéantit le gros village konkomba de Nali. Le deux colonnes font leur jonction à Koutja, puis von Massow effectue une tournée rapide à travers le pays (3 mars-11 mars 1898). La grande insurrection konkomba est terminée.


Habitat Tamberma
Soumission du pays Kabré
Chef de poste à Bassari, le lieutenant Massow entreprend, avec le Dr Kersting de Bafilo et le lieutenant Thierry de Mango, une action concertée pour vaincre l'opposition de certains clans Kabrais.
Le Dr Kersting franchit de force la Kara le 19 janvier, prend d'assaut le village de Lama puis repousse les attaques des Lamba près de Tijédé après de durs combats. Chez les Kabré proprement dits, Kersting fait élire les chefs et remet cette région au dynamique chef de Dako.
Le lieutenant Massow part de Bassari le 21 janvier. Il est rejoint à Kabou par le Bergassessor Hupfeld. Après avoir franchi la Kara, il est attaqué près de Pessidé par plusieurs centaines de Losso qui sont décimés à la mitrailleuse. Le 28, le détachement retourne sur Bassari par Tenega, Siou, Paré et doit enlever de vive force la colline fétiche de Nou.
Le lieutenant Thierry part de Katjamba au milieu de janvier 1898. Il est attaqué au col d'Anima par les Lamba. Il continue sa route par Kouméa sur Bafilo. Puis après avoir rencontré à Dako le lieutenant von Massow, il revient par Koutja sur Sansanné Mango.
Très rapidement de nombreuses délégations viennent à Bassari faire leur soumission.

Le temps des Allemands

  1. L'administration allemande et la politique indigène
  2. L'essor économimque
  3. Le domaine social
L'administration allemande et la politique indigène

La politique coloniale de Berlin.

L'Allemagne, tard venue sur la côte d'Afrique, met du temps à former sa propre doctrine coloniale. Trop petit pour justifier une politique particulière, le " Schutzgebiet " Togo est dépendant des décisions qui concernent des territoires plus grands où de puissantes compagnies sont installées.
Au niveau gouvernemental, la politique coloniale est du ressort de la section coloniale du ministère des Affaires étrangères jusqu'à la création, en 1907, du Reichskolonialamt. Le chef de cette section prend, à partir de 1894, le titre de directeur des colonies et se trouve placé sous les ordres directs du chancelier. Un journal officiel, destiné aux textes intéressant l'outre-mer, le Kolonialblatt, est édité.
Le premier titulaire de ce poste est le Dr Kayser ; il donne à l'ensemble des teritoires allemands d'outre-mer leur armature administrative et applique le " système français " du gouverneur nommé par l'empereur et responsable devant lui. Le Dr Kayser est promu sous secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères (1897) tout en conservant son poste ; ses remplaçants, Schmidt, Leda, von Buscka (1898), le Dr Stubel (1900), puis le prince de Hohenlohe-Langenbrug (1905) n'ont pas sa classe.
La personnalité de Dernburg domine la période de 1906-1914 ; en tant que banquier, il a étudié les méthodes anglaises, visité l'Afrique occidentale et orientale. Ses idées sont claires et il s'est forgé une doctrine coloniale. Le ministère des Colonies (Reichskolonialamt) est créé en 1907 ; son ministère correspond à une période de paix et d'essor économique ; son successeur, Lindequist (1910-1911) crée une commission économique où siègent les délégués des principales chambres de commerce .
Le Togo dans le cadre colonial allemand
Le Togo va bénéficier d'une remarquable série de gouverneurs, aidés par des fonctionnaires et les missionnaires connaissant le pays et ses habitants, ; ce sont pour la plupart des personnalités ayant une haute idée de la mission civilisatrice des nations européennes, notamment de l'Allemagne.
Le Togo, dans l'ensemble africain allemand, est le pays de l'équilibre, de la prospérité et de la bonne gestion. Au début, la répression des mouvements insurrectionnels est rude, mais elle est sans comparaison possible avec ce qui se pratique dans le Sud-Ouest africain ou en Afrique orientale allemande.
Les commandants de cercle sont séduits par le caractère sympathique des populations. Le sud est méthodiquement développé sur le plan économique alors que le nord, considéré un peu comme une " réserve humaine ", est " fermé " aux voyageurs, aux commerçants et aux missionnaires européens.
La gestion allemande du Togo peut, à juste titre, être considérée comme une réussite exemplaire, ce qui lui vaut la dénomination de colonie modèle (Musterkolonie).
Commissaires impériaux, gouverneurs et référents
Dans l'œuvre allemande au Togo, la continuité et la permanence du personnel sont d'incontestables facteurs de succès. En trente ans, on compte sept gouverneurs dont trois, Puttkamer, Köhler et Zech assureront vingt ans d'administration.
Jusko von Puttkamer (1899-1895) assure le démarrage des explorations. August Köhler (1895-1902) est l'homme de Lomé dont il tracera les grandes lignes d'urbanisme (1897). Avec Julius, comte Zech auf Neuhofen, on trouve le grand législateur du Togo, l'officier qui a fait toute sa carrière sur les pistes du pays et s'est passionné pour ses populations. Il sera remplacé par Emil Brückner (1911-1912), puis par le prestigieux explorateur de l'Afrique centrale, Adolf Friedrich de Mecklembourg (1912-1914).


Le chef du territoire, nommé par l'empereur, dépend, administrativement, depuis sa création, du Reichskolonialamt (ministère des colonies). Il détient tous les pouvoirs civils et militaires, a la haute direction de l'ensemble des services techniques et la charge de l'ordre public sur l'ensemble du territoire.
Le haut fonctionnaire qui lui est adjoint et le remplace porte le titre de " erster Referent ". Le plus notable est von Doering qui, après avoir exploté le territoire dès 1893, commandera brillamment le cercle d'Atakpamé (1898-1908) avant de devenir " erster Referent " de 1908 à 1914, manifestant ainsi la permanence des hommes dans les fonctions de commandement.
Les officiers qui sont chargés de la force de police (Polizeitruppe) sont le plus souvent des individus d'élite : on y relève les noms de von Doering, von Massow, du baron von Seefried, de Mellin, Preil, Smend, Rierck, Freude, Trierenberg, Heilingbrunner, von Rentzell, Mans et Pfähler
Par décret du 24 décembre 1903 un conseil de gouvernement est institué ; il comprend, outre le gouverneur, un certain nombre de fonctionnaires et au moins trois membres européens non fonctionnaires. Ce conseil donne son avis sur le projet de budget et les projets d'ordonnance ; il assiste le gouverneur dans l'administration du pays.
Pays relativement prospère malgré son peu de ressources naturelles, le Togo est la première colonie allemande à équilibrer son budget et à posséder une balance commerciale favorable.

Administration locale

Le territoire est divisé en Berzirksämtern (cercles administratifs). Les attributions des chefs de ces circonscriptions territoriales sont le maintien de l'ordre public, la construction et l'entretien des routes, le recouvrement des impôts, l'entretien des jardins d'essai, l'exercice de la justice indigène. Pour remplir ces différentes fonctions, les commandants de cercle disposent d'un certain nombre de fonctionnairess.
Les Bezirksamtsmänner sont recrutés parmi les officiers, les médecins et les ingénieurs qui sont momentanément détachés de leur administration pour servir dans l'administration coloniale territoriale. Le choix est généralement bon. Le gouvernement allemand a l'habileté de laisser assez longtemps, dans le même poste, ses chefs de circonscription (Dr Gruner à Palime, Doering à Atakpamé, Dr Kersting à Sokodé, Lt Mellin à Mango…)
Ces premiers administrateurs ont laissé, dans le souvenir des Togolais, une marque profonde.
Politique indigène
La politique indigène au Togo est basée sur le respect des coutumes et la valeur économique et humaine de l'indigène africain.
Un travail considérable de recueil des informations locales est demandé à tous les fonctionnaires ; ces données sont ensuite regroupées auprès des services du gouverneur et retransmis aux sociétés commerciales afin qu'elles adaptent leurs produits aux besoins de la population.
Il n'est pas question pour les Allemands de faire de l'administration directe, mais au contraire de s'appuyer sur les chefs en limitant, autant que faire se peut, leurs exactions.
Fermeture des cercles du nord et politique missionnaire
L'accès des cercles du nord est interdit aux Européens, y compris aux missionnaires. Les tribus qui y vivent sont encore remuantes et les Allemands estiment nécessaires de leur laisser le temps de s'habituer aux intermédiaires de la civilisation européenne. Pour pénétrer dans les cercles de Sokodé-Bassari et de Mango-Yendi il faut une autorisation spéciale du gouverneur.
Le problème des terres
Les administrateurs et les géographes ont eu le souci de définir avec précision les limites ethniques et celles de chefferies. Ils s'efforcent, dans la mesure du possible, de faire coïncider ces limites avec celles des circonscriptions administratives.
Les terres sont protégées par la réglementation allemande : les terres indigènes ne peuvent faire l'objet de trafic avec les étrangers sans l'autorisation du gouverneur.

La justice

Les coutumes
Les coutumes varient dans l'ensemble du territoire ; elles sont soigneusement étudiées par les fonctionnaires allemands comme Rudolf Asmis qui passe plusieurs années à recueillir les coutumes des principales tribus.
La circulaire du gouverneur Zech en date du 11 février 1907 précise les conditions dans lesquelles les pratiques fétichistes doivent être sanctionnées.
Le système judiciaire allemand
L'ensemble de la législation pénale est condensée dans l'ordonnance du chancelier d'empire du 22 avril 1896 destinée à l'ensemble des territoires allemands outre-mer.
La justice des chefs traditionnels y occupe une place privilégiée. Les chefs peuvent infliger des amendes pour entorse à l'ordre public jusqu'à un maximum de 50 marks. Les affaires civiles sont également de leur ressort, avec appel possible devant le tribunal du cercle.
Les commandants de cercle, qui ont auprès d'eux des assesseurs avec voix consultative, connaissent en effet des affaires civiles en appel, mais sont surtout compétents en matière pénale. Les peines infligées par le chef de la circonscription sont transcrites sur un cahier disciplinaire (Strafbuch) envoyé trimestriellement au visa du gouverneur. Les commandants de cercle peuvent infliger des amendes jusqu'à 300 marks, de la prison jusqu'à 6 mois. Au-delà, il faut une décision spéciale du gouverneur.
Les peines que la loi permet d'infliger sont des punitions corporelles, des amendes, de la prison, de la prison avec chaînes, des condamnations à mort, mais celles-ci ne peuvent être exécutées qu'après accord du gouverneur.

Les finances

Le Togo est probablement le mieux géré de tous les territoires africains allemands. A partir de 1906, il ne coûte plus rien à la métropole. Le système financier est relativement simple, l'ensemble des recettes et des dépenses passe par une caisse centrale (Hauptkasse).
Les recettes.
Elles sont essentiellement constituées par les recettes douanières, mais leur proportion, au sein du budget, diminue de 88% au début du siècle à 52% à la veille de la guerre.
L'ordonnance du 24 mars 1910 établit le principe d'un droit de douane de 10% " ad valorem " sauf sur certains articles jouissant d'une franchise d'entrée. D'autre part, une autre ordonnance interdit tout débarquement ailleurs que sur le Warf, ce qui rend le contrôle des importations assez facile.
L'impôt de prestation est de douze journée de travail par an. Cet impôt constitue la principale ressource dont dispose l'administration pour réaliser les grands travaux (routes, voies ferrées, etc.) qui sont à la base de la réussite économique du Togo.
Les dépenses.
Les dépenses de souveraineté et de personnel sont lourdes (29% du budget), les dépenses de matériel pour l'administration le sont également (14%). Le chapitre le plus élevé est celui du développement économique avec 40% du budget dont 19% pour amortir les divers emprunts d'équipement.

L'essor économimque

Les préoccupations de Bismarck, la présence des maisons de commerce, le soutien apporté aux ligues politiques par les magnats de l'industrie et du négoce hanséatique, orientent très vite l'administration allemande sur le développement économique.
Pays peuplé de races paysannes aux pratiques culturales très efficaces, le Togo connaît très vite une prospérité économique certaine.

Production

Le sous-sol
Le sous-sol est étudié avec beaucoup de soins par les géologues allemands, dont les " Bergassessor " Hupfeld et Koert qui parcourent le pays. Le premier inventaire minéralogique est tracé dèsn 1908. L'objectif allemand est d'exploiter le gisement de Bangeli (cercle de Bassari) pour exporter le minerai vers l'Allemagne. La prolongation du chemin de fer en direction de Bangeli et Tchopowa était prévue pour 1915.

L'effort allemand dans le domaine agricole et forestier.
Les Allemands font un travail extrêmement sérieux de recensement des besoins de l'industrie allemande et des débouchés alimentaires possibles pour les produits togolais. Des jardins d'essais sont entretenus de façon remarquable dans divers centres comme à Sokodé par le Dr Kersting, un botaniste de renommée.
LE DOMAINE FORESTIER.
Les Allemands s'intéressent aux problèmes posés par la savane et la dégradation des sols, par l'érosion et la mise en place d'essences facilement utilisables. Les Tecks sont introduits au Togo ; cette essence extrêmement précieuse connaît un développement rapide.
Le gouverneur comte Zech prévoit, pour l'année 1906, les crédits nécessaires pour embaucher un spécialiste européen de façon à entreprendre la reforestation de certaines zones de savanes inhabitées. Metzger commence, en 1907, son travail dans la région de Nuatja. La reforestation de cette zone de 28 000 hectares doit régulariser le cours des rivières et permettre d'approvisionner la ligne Lomé-Nuatja-Atahpamé en bois de chauffe. En 1909, un deuxième centre de reboisement est entrepris dans le cercle de Sokodé-Bassari au confluent du Mo et de la Kama ; un troisième périmètre de reboisement est aménagé à Galangashi au nord de Sansanné Mango. Metzger met au point une véritable doctrine de l'aménagement forestier du territoire.
L'AGRICULTURE
En ce qui concerne l'agriculture, les quelques plantations privées existant dans le protectorat jouent leur rôle de pilote pour la formation des Africains.
La Deutsche Togo Gesellschaft (D. T. G.), créée en 1901, contrôle les plantations principales d'Agou et la plantation de Kpeme. La plus importante plantation du Togo, la Togo Pflanzunggesellschaft (T. P. G.) est créée en 1911 ; elle repose sur le sisal et le caoutchouc. En 1914, la superficie de ces plantations ne dépassait pas 12 000 hectares, mais ces plantations étaient si bien gérées que les résultats obtenus étaient très encourageants et pouvaient servir de modèle. Le seul point délicat était celui des expropriations : les bonnes terres avaient été enlevées aux collectivités utilisatrices dans la région d'Agou ; elles avaient été faites au détriment des indigènes.
Dans les produits de cueillette, seul le caoutchouc de liane donne lieu à une récolte régulière. Le karité n'était pas exporté et ne servait que localement à la fabrication du beurre.


Image publicitaire de la Société Palmin présentant MisahoHe et la région du mont Agou


Région du mont Agou près de Misahohe; la hauteur et l'humidité rendent le climat acceptable.

Les plantations de cacaoyers ont été développées dans les riches terres de Palimé, Ho et Kpandou. Le cocotier, introduit par les Portugais, voit son exploitation entreprise méthodiquement par l'aménagement de cocoteraies à Kpémé (Anécho) ; l'aménagement de ces cocoteraies est poursuivi en liaison avec l'élevage des bœufs de lagune, chaque bœuf " fumant " son cocotier. La palmeraie est soignée de façon plus active en raison des possibilités d'exportation d'huile de palme et de palmiste.
Les cultures indigènes (igname, manioc, patate douce, tarot, mil, riz, haricots, arachides) ne sont cultivées que pour l'alimentation interne du pays. Le maïs fait l'objet d'importantes exportations atteignant 30 000 tonnes en 1908 ; il est surtout cultivé dans la région d'Anécho et de Nuatja.
La culture du coton requiert un soin particulier de la part de l'administration allemande : le gouvernement prend l'initiative d'un vaste programme de production de coton. L'opération est menée en collaboration avec la Tuskege Normal and Industrial Institute (Alabama - USA). Devant les difficultés rencontrées pour acclimater un bon coton, le gouverneur Horn convoque une conférence du coton. Elle se décide pour le T. S. I. (Gossypium Barbadense) qui est cultivé sur l'ensemble du territoire. En 1911, un service de moniteurs agricoles itinérants spécialisés dans le coton est mis sur pied, et 45 tonnes de semences sélectionnées sont distribuées aux cultivateurs des environs des stations agricoles. Des usines d'égrenage, d'importance variable, fonctionnent en 1905 à Nuatja, à Atakpamé, Sokodé, Palimé, Kété Kratchi (1906), Sagada et Ho (1908).

Tisserand traditionnel - carte postale allemande; timbre français de l'AOF

Un effort notable a été accompli par les Allemands dans le domaine agricole.
L'industrie n'est que faiblement développée. Deux usines assurent le traitement des palmistes (Agou et Lomé) ; deux usines de sisal fonctionnent, l'une à Agou l'autre à Kpémé. L'industrie n'est alors qu'un échelon dans le circuit commercial des produits agricoles ; son but est d'améliorer les conditions de fret ; il s'agit de livrer sur le marché allemand les matières premières sous la forme la moins onéreuse et la plus adaptée.

Récolte de coprah, puis transport à l'usine.

L'élevage est envisagé comme un complément de l'agriculture ; l'administration allemande exerce une action particulière dans trois domaines : Les vaccinations ne sont pas encore entreprises et seules les mesures de discipline imposées aux chefs permettent d'éviter les trop grands ravages des épidémies.
Le goût profond des Africains pour la chasse entraîne une diminution sensible de la quantité de gibier. Plusieurs zones sont classées en réserve de chasse : L'œuvre de protection de la nature était correctement amorcée sans léser les intérêts des indigènes.

Transports et voies de communication

Lorsque l'autorité allemande s'installe au Togo, les transports ont lieu en pirogue sur les fleuves et lagunes, à tête d'homme sur les pistes.

Navigation fluviale et lagunaire.
La navigation fluviale et lagunaire est limité à la région d'Anecho. Ce trafic est important à la frontière du Dahomey où la région opulente des bords du Mono apporte un fret constant aux pirogues qui vont sur les divers marchés.
Dans la partie occidentale (Volta, Oti, Daka), une partie importante du trafic local se fait en pirogue dont certaines sont assez longues pour transporter près d'une tonne.

Réseau routier
L'ensemble du territoire est si fortement trypanosomé qu'il est difficile de disposer de chevaux et d'ânes. Le portage se fait donc à tête d'homme le long des pistes. Ces pistes de brousse font l'objet des premiers relevés d'itinéraires des explorateurs allemands.
Les facilités de transport sont la condition élémentaire de développement des pays neufs. Aussi, les Allemands vont-ils très vite développer un réseau routier valable pour l'époque.
En 1914, il n'existait au Togo que deux voitures à quatre roues, celle du gouverneur et celle de la société Boedeker et Meyer. Pour les transports, on se sert de charrettes tirées et poussées à bras d'homme. Pour le personnel européen, un réseau de campement tous les 20 ou 30 km.s permet à la fois de se reposer et de changer d'équipe.
Il n'y a de programme routier digne de ce nom qu'à partir de 1907, lorsque Lomé est devenue la capitale du Togo. Les routes sont le plus souvent à 3 - 5 mètres et sont construites grâce au système des prestations.


Travail forcé pour la construction des routes et de la voie ferrée.
En 1913, le Togo compte 1 215 kilomètres de routes carrossables ; on distingue parmi ces routes, celles en latérites, carrossables toute l'année, et celles, en argile damée, qui ne sont praticables qu'en saison sèche. Ces routes obéissent à un double souci : pénétration vers l'intérieur et desserte de postes administratifs d'abord, évacuation des produits ensuite. Les Allemands lancent deux tracés de plaine :
C'est seulement dans les toutes dernières années de l'occupation allemande que l'on s'attaque aux barrières montagneuses : route Sokodé-Aledjo, route Atakpamé-Gamé vers l'Akébou et l'Adélé ; route de pénétration de l'Akposso.

Le Wharf
La prospérité des pays neufs repose sur le trafic avec l'extérieur. A Lomé, comme sur la côte voisine, la difficulté essentielle consiste à franchir une barre extrêmement forte. En voyant l'exemple de Cotonou, les Allemands décident d'aménager un wharf qui pourra se raccorder aux voies ferrées alors en projet.



Le Wharf de Lomé (Photographie et image)

En 1900, ils mettent en service une jetée entièrement en bois qui est détruite en 1902 par un incendie. Un wharf, métallique cette fois, est mis en chantier en 1903 et ouvert au trafic en 1904.

Chemins de fer
LA LIGNE DES COCOTIERS
Dès l'achèvement du wharf, le gouvernement allemand décide la construction d'une première ligne Lomé-Anecho (44 km.) qui est inaugurée en 1905. Elle permet d'évacuer la production d'huile.
LA LIGNE DU CACAO
Les riches terres à cacao et palmiste de Palimé commencent à produire ; le Reichstag accorde un prêt pour la construction de la ligne de Lomé à Agomé-Palimé (119 km.) qui est inaugurée en 1907.
LA LIGNE DU COTON
Les travaux pour la ligne vers Atakpamé nécessitent de nombreux ouvrages d'art sur le Sio et le Haho. Agbonou (168 km.) est atteint en 1911 et Atakpamé deux années plus tard.
LA LIGNE DU FER


Gare de Lomé au début du XXème siècle

Les projets allemands prévoyaient la prolongation de la ligne jusqu'aux mines de fer de Bassari suivant un tracé sud-nord rectiligne jusqu'à Djabatauré. Puis le tracé remonte la vallée de l'Anié, franchit le Mo au confluent de la Kama, passe par Bassari pour atteindre Bangeli et Tchopowa.
Transmissions - P.T.T. et radio.
Dès 1896, un réseau télégraphique relie le Dahomey au Togo par le rivage. Des bureaux d'échange sont installés à Agoué (Dahomey) et Anecho (Togo). Le Dahomey sert alors d'intermédiaire pour le câble télégraphique entre le Togo et les réseaux internationaux conformément aux conventions de Paris et au règlement de Lisbonne. A partir de 1913, un câble allemand relie Lomé à Monrovia (Libéria) si bien que le Togo n'est plus tributaire du câble français.
Des communications télégraphiques intérieures sont établies entre Lomé et les différentes circonscriptions.

La station d'émission et de réception Grandes Ondes de Kamina.
Cette station constituera l'objectif stratégique de l'offensive franco-anglaise au Togo

Peu avant la guerre est inaugurée à Kamina une station radio qui est une véritable performance pour l'époque des grandes ondes puisqu'elle permet de communiquer directement avec Berlin et avec les navires en croisière dans l'Atlantique Sud. Une autre station d'émission était en construction à Togblékové à 18 km. de Lomé ; elle devait servir aux communications avec les bâtiments en mer ainsi qu'avec Douala.

Commerce

Commerce local
L'organisation commerciale allemande comporte à tous les échelons d'excellentes liaisons avec l'administration. Plusieurs importantes sociétés allemands assurent une part massive du trafic commercial. Des Syriens s'installent déjà en parasite sur le commerce de détail.

Commerce extérieur
Il montre l'essor économique de la colonie. Le volume des échanges s'accroît sensiblement à partir de 1906. Le Togo fait avec l'Allemagne plus de la moitié de son commerce et avec les territoires africains voisins plus de la moitié du reste.
Les importations accroissent leur volume avec le développement du territoire ; elles atteignent leur maximum en 1912 avec 11 420 000 marks. L'essentiel des importations est effectué par voie maritime.
Par une organisation toujours plus rationnelle des circuits commerciaux, l'Allemagne accroît régulièrement ses échanges. Toujours plus d'argent est donné aux indigènes en échange de leurs produits et toujours plus d'objets manufacturés leurs sont offerts en contrepartie de cet argent. Grâce à cette politique commerciale suivie et efficace, le mark, en 1914, avait acquis véritablement droit de cité.

Le domaine social

Les Allemands laissèrent aux chefs traditionnels des droits étendus en matière de justice ; ils se contentèrent de sanctionner sévèrement les meurtres rituels dont ils avaient connaissance. Ils étudièrent très soigneusement les coutumes des diverses ethnies et favorisèrent le travail des missions, notamment dans les domaines de l'enseignements et de la santé.

Les missions chrétiennes à l'époque allemande.

La politique missionnaire allemande.

La période de paix européenne qui caractérise le XIXème siècle finissant permet aux missions de bénéficier d'une nouvelle impulsion. Trois missions protestantes (méthodiste, Bâle, Brême) et une mission catholique (société des missions de Lyon) sont au travail.
L'administration allemande veut éviter que les sociétés missionnaires ne se disputent les futurs chrétiens au cours de surenchères qui montreraient les divisions des Blancs. C'est pourquoi un système de zones est institué, interdisant par exemple aux missionnaires catholiques de s'établir à Anécho du fait que les Wesleyens y sont déjà.
Le 12 avril 1892, la S. C. de la Propagande érige le Togo en préfecture apostolique et confie ce nouveau champ à ne société allemande installée au Pays-Bas, la société du " Verbe divin ". Le nord du territoire reste interdit aux missions jusqu'en juin 1912 ce qui n'empêche pas les missions catholiques et protestantes d'avoir une influence considérable sur le développement du pays.
Les missions s'établissent avec méthode dans les zones riches. Elles pratiquent une politique qui vise à leur autonomie financière ; il faut que les paroisses vivent sur leurs propres ressources pour alléger le fardeau des comités missionnaires européens.

La mission catholique
Les pères du " Verbe divin " sont reçus par le chef Adjalé de Lomé et s'installent définitivement dans ce qui est, à partir de 1897, la capitale du territoire. Une cathédrale est édifiée ainsi que des bâtiments d'habitation pour les religieuses et des écoles.
En mai 1900, le R.P. Franz Müller ouvre la mission d'Atakpamé ; à partir de 1902 ce sont celles de Palimé puis de Kpandou (1904) qui abrite une école normale d'instituteurs et de catéchistes.
Lorsqu'en 1912, les missionnaires reçoivent la permission de s'installer dans le cercle de Sokodé, la ville de Sokodé, considérée comme islamisée leur reste interdite. Le gouvernement entend préserver l'entente avec les autorités musulmanes dans le nord du pays.
Les missionnaires ont à leur actif une importante œuvre scolaire, base de la conquête spirituelle. Les sœurs du saint Esprit ouvrent des écoles ménagères à Lomé (1897), Anécho (1901), Palimé (1905), Atakpamé (1905). Des écoles sont ouvertes en grand nombre au point qu'en 1914, 197 d'entre elles regroupent 8 463 enfants.
Le 16 mars, la préfecture apostolique du Togo qui est en plein essor, est élevée au rang de vicariat apostolique et Franz Wolf reçoit la dignité épiscopale. Au départ des Allemands, il y a au Togo 21 300 catholiques.

La mission de Brême

La mission de Brême était présente avant l'arrivée des Allemands ; elle avait envoyé plus de cent missionnaires depuis 1847 ; ceux-ci se considéraient au service des Evhé et non à celui de l'impérialisme germanique. Cela explique le peu de hâte mis par les missionnaires allemands à se mettre au service de l'Empire allemand. Les grands pasteurs allemands qui ont étudié le peuple Evhé sur le plan historique et linguistique ont pour la plupart eut leur résidence à Ho.
Parmi les sociétés missionnaires qui ont travaillé en Afrique, la Norddeutsche Missiongesellschaft est sans doute la seule qui se soit consacrée exclusivement à la seule ethnie évhé. En final, les missionnaires allemands avaient mis sur pied Eglise évhé.
En 1890, Zahn, inspecteur de la mission de Brême, fonde à Westheim, en Allemagne, une école spéciale destinée aux futurs cadres évhé. Une vingtaine de jeunes indigènes sont ainsi instruits entre 1890 et 1914. C'est la solidité de ce pastorat indigène qui permet à la jeune Eglise de tenir pendant la guerre. Livrée à elle-même, elle saura valablement continuer l'œuvre entreprise.

La mission méthodiste.
La mission méthodiste limite son action au cercle d'Anecho ; puis devant les difficultés rencontrées auprès de l'administration allemande, le chef de la mission est un allemand, le pasteur Müllider

Enseignement
Les Allemands arrivent sans idées préconçues mais avec un atout remarquable : les cinquante ans d'expérience de la mission de Brême. Les missionnaires sont absolument convaincus qu'il faut d'abord instruire les indigènes dans leur langue et, ensuite seulement, passer à la langue européenne. De leur côté les chefs de l'administration allemande sont persuadés que l'éducation européenne convient mal à la " race noire " ; aussi l'enseignement est d'abord dispensé en langue évhé.
A partir de 1904, le gouvernement octroie une prime aux missions pour chaque élève ayant une bonne connaissance de l'allemand. Les écoles officielles (Régierungschulen) se multiplient à partir de 1905 ; cet effort est presque exclusivement appliqué à la zone sud.
L'administration allemande avait monté à Nuatja une école d'agriculture. Des élèves de toutes les provinces y étaient reçus. A Lomé, une école professionnelles est dirigée par les pères de la mission catholique. La formation technique est excellente et permet la création de cadres techniques subalternes qui peu à peu doivent couvrir l'ensemble du pays.


Enseignement professionnel donné par les pères catholiques à Lomé; atelier de menuiserie

Cet enseignement correspondait aux possibilités de promotion sociale, mais ne concernait essentiellement que les enfants des familles aisées capables de payer les écolages.
La progression scolaire suit la courbe de la progression économique ; les deux courbes sont remarquablement parallèles. La scolarisation progresses conjointement avec le développement économique du pays.

Santé
Les Allemands ont la difficile charge d'amener les indigènes à la pratique médicale des Blancs.


Hopital Nachtigal d'Anécho;
cet hopital était réservé aux Européens

Hopital d'Anécho ; bâtiment réservé aux indigènes.
Un équipement hospitalier valable est mis en place à Anécho, Palimé, Atakpamé et Lomé. Trois hôpitaux sont réservés aux Européens et cinq aux indigènes. Le personnel est composé de médecins militaires hors-cadre et de médecins civils travaillant sous contrat administratif. Le personnel médical allemand fut dans l'ensemble de qualité. Le Dr Rodenwaldt fonda la première école de sage-femmes africaines. Les Allemands sont aidés dans leurs services par des infirmiers et des agents sanitaires indigènes.

Maternité indigène de Lomé.

Les soins sont gratuits pour tous les agents de l'administration, leur famille, les élèves des écoles officielles, les prestataires, les prisonniers ainsi que ceux que l'autorité locale reconnaît pour indigents.
Un service d'hygiène fonctionne dans certaines villes deux fois par semaine. L'équipement du sud du territoire est remarquable pour l'époque. Des essais sont effectués pour lutter contre la maladie du sommeil et la lèpre.

Régime du travail
La réglementation est basée sur la coutume locale. Un fonctionnaire allemand commissaire du travail s'occupe spécialement de la défense des intérêts des travailleurs.
Le recrutement forcé (Pflichtarbeit) est notamment utilisé pour la construction des routes et du chemin de fer du centre en raison du manque de main d'œuvre.


Recrutement forcé pour la construction de la route - région d'Atakpamé
Un système ingénieux de pécule du travailleur est réglementé par ordonnance. Des retenues mensuelles de 5 marks sur le salaire des ouvriers indigènes sont prélevées par les chefs d'exploitation et déposées à la banque impériale qui décompte les intérêts de ces dépôts. L'ouvrier a le droit de retirer le dépôt et les intérêts à l'expiration de son contrat.

En ce qui concerne les affaires sociales, les Allemands s'en tiennent à un paternalisme éclairé. Quels que soient les abus constatés dans les châtiments corporels, on doit reconnaître que les indigènes étaient dans l'ensemble justement traités et qu'un effort sensible avait été entrepris sur le plan scolaire et sanitaire, particulièrement dans le Sud.

Le Togo pendant la Grande Guerre 14-18

La campagne de 1914

Les forces en présence
Aucun des territoires n'a envisagé la guerre comme étant possible dans cette partie de l'Afrique.
La force de police allemande est destinée au maintien de l'ordre et de la sécurité intérieure. Une réserve existe depuis 1910. La troupe est très valable. Quelques dizaines d'Européens constituent un corps de réserve peu nombreux mais excellent. Les Allemands mettent finalement sur pied une force qui n'a jamais réellement aligné un effectif supérieur à 500.
Du coté anglais, le régiment colonial de la Gold Coast assure l'ordre intérieur de la colonie. Troupe de valeur militaire moyenne, son encadrement était excellent.
Au Dahomey français, un bataillon, sous les ordres du chef de bataillon Maroix, a été envoyé de Dakar pour soumettre les Hollis révoltés. C'est à cette circonstance que la France doit de participer à la conquête du Togo.
Les 4 et 5 août, von Doering propose aux gouverneurs de la Gold Coast et de l'A.O.F. de neutraliser son territoire pour ne pas donner aux Africains le spectacle de guerres entre Européens; sur le refus des deux puissances, il se prépare à défendre la station radio de Kamina, véritable chef d'oeuvre, qui permet de communiquer directement avec Berlin et les navires croisant dans l'Atlantique sud.
En Gold Coast, M. Robertson prend de rapides et énergiques mesures pour mettre en oeuvre les forces qui sont à sa disposition; ces forces sont réunies à Sécondi, Accra, Koumassi, Adda, Gambaga et en face de Kété-Kratschi. Il nomme le capitaine Bryant lieutenant-colonel à titre temporaire de façon à obtenir le commandement interallié. Le seul avantage retiré par les Britanniques de cette "promotion" fut de recevoir la reddition allemande.
Le 7 août, les Français du Dahomey ont achevé leur mobilisation.

Les opérations militaires.
La campagne du sud.
Le chef de bataillon Maroix donne l'ordre au capitaine Marchand de marcher sur Petit-Popo, Porto-Séguro et Togo-ville. Le 10 août, l'administrateur d'Athiémé, Laribière, occupe Tabligbo.
Le 7 août, le Bezirkleiter de Lomé a remis au capitaine Barker la ville de Lomé annonçant que le pays était évacué jusqu'à une ligne située à 100 km de la côte. Le lcl Bryant décide de transporter par mer ses troupes (57 Européens, 535 indigènes, 2.000 porteurs) de Sékondi à Lomé.
Les troupes françaises et britanniques agissent en parfaite liaison. La brigade Castaing est mise à la disposition du lcl Bryant, et le reste des troupes disponibles, sous les ordres directs du CB Maroix, est acheminé sur Tchetti d'où la colonne pourra prendre les forces allemandes à revers.
Le 16 août un engagement a lieu à Agbélouvé. Les Allemands montent une action de retardement, mais le train blindé aux ordres du capitaine Pfähler (25 Européens et 200 indigènes) tombe dans une embuscade tendue par le capitaine anglais Potter. Les Allemands ont 7 Européens de tué dont le capitaine Pfähler et perdent une mitrailleuse.
Le 22 août, les troupes franco-britanniques se heurtent à Chra à un ennemi fortement retranché. Les assauts, mal soutenus par l'artillerie qui dispose de peu de munitions et ne peut observer les coups, sont brisés par un feu nourri de mitrailleuses. Le coup d'arrêt est sévère et le lcl Bryant réclame d'urgence des renforts au Sierra Léone. Mais dans la nuit, l'ennemi a évacué ses positions. Les Allemands se retirent vers Kamina que menace directement le détachement Maroix. Celui-ci est, avec le gros de ses forces sur le Mono, à 25 km à l'est de la station radio. Il convient de souligner la rapidité de la marche de la colonne Maroix : le 21, le capitaine Durif franchit la frontière et le 23, le gros de la colonne a franchi le Mono après avoir parcouru plus de 50 km à travers la brousse et en frayant un chemin à la section d'artillerie. Le 24, la colonne Friry avance jusqu'à Olobé, à 15 km de Kamina.
Dans la nuit du 24 au 25, von Doering fait sauter les installations et sa reddition est effective le 26.
L'occupation du nord
Le nord du territoire est rapidement occupé par de pittoresques détachements entraînés par les administrateurs, chefs des circonscriptions frontalières.
Le 15 août, Duranthon, commandant du cercle de Fada N'Gourma entre à Sansané-Mango évacué par le capitaine Hirschfeld et sa compagnie. Deux jours plus tard Henri d'Arboussier arrive du cercle de Tenkodogo, et, le 19 août, le lieutenant anglais Bellon à la tête de sa compagnie de Gambaga.
Le 16 août, l'administrateur Sarran de Djougou, avec 40 gardes-cercles occupe la région de Bafilo et Sokodé alors que Pieussergues, du cercle de l'Atacora, prend Bassari sans coup férir le 20 août. Le 13 août, le détachement du brigadier des douanes Ponchon se porte de Djougou sur Bafilo; dans cette localité, il échange quelques coups de feu avec la troupe du vétérinaire Sommerfeld, arrivé la veille en escorte de la mitrailleuse de Sansané-Mango (2).
L'administrateur Bouchez, placé à la tête de la brigade indigène de Ouagadougou, mène les opérations en tant que capitaine de réserve. Il arrive à Sansané-Mango le 26 et organise le retour vers le Haut-Sénégal et Niger de la plupart des partisans. Il poursuit sa route sur Bassari et Sokodé, ce qui lui permet de renvoyer dans leurs cercles du Dahomey les administrateurs qui ont occupé ces deux villes.

Considérations sur la campagne Cette campagne du Togo est une guerre courtoise menée par des hommes de grande tradition militaire et de haute valeur morale, des officiers qui ont une notion très sûre de la mission civilisatrice européenne sur la côte d'Afrique.
Il faut considérer que les troupes ont accompli de véritables performances sportives, car les déplacements ont eu lieu en pleine saison des pluies. Il est certain aussi que si le commandement allemand avait été plus manoeuvrier, il aurait pu tenir en échec les forces alliées sur le Chra et interdire aux Français le franchissement du Mono alors en pleine crue. Mais l'excellence des troupes engagées, notamment nos tirailleurs sénégalais, a pu faire réfléchir un adversaire qui eut la sagesse de ne pas prolonger un combat sans espoir.
La reddition des troupes allemandes du Togo vient à point pour remonter le moral des troupes sur le front occidental qui retraitent depuis Morhange et Charleroi.

Les partages et l'administration du togo jusqu'en 1919

Le premier partage franco-britannique du Togo.
Le 27 août, à la conférence d'Atakpamé, le chef de bataillon Maroix et le lcl Bryant établissent un premier partage du Togo suivant le terrain alors occupé par leurs troupes respectives, sauf Atakpamé qui est finalement laissée à l'autorité française.
Les Français, qui ont des difficultés sur la Marne, ne discutent pas un partage où les Anglais prennent les riches terres à cacao et à café du cercle de Klouto, la capitale Lomé, son wharf et le point d'aboutissement des trois lignes de chemin de fer. Aux Français, les vastes zones peuplées et aux productions pauvres, sans possibilité d'évacuation!
Le 30 août, une convention provisoire intervient à Lomé entre les gouverneurs de la Gold Coast et du Dahomey. La condition juridique du territoire est celle prévue par le règlement annexé à la convention de La Haye de 1907; celle-ci dispose que "l'autorité du pouvoir légal ayant passé de fait entre les mains de l'occupant, celui-ci prendra toutes les mesures qui dépendront de lui en vue de rétablir et d'assurer autant qu'il est possible l'ordre et la vie publics, en respectant, sauf empêchement absolu, les lois en vigueur dans le pays." La législation applicable est donc la législation allemande.

L'administration pendant la guerre
L'autorité militaire agit dans le cadre des décrets du 2 mars 1912 sur l'occupation des territoires ennemis et du 8 décembre 1913 sur le service de l'arrière.
Le 2 février 1915, un arrêté du gouvernement général de l'A.O.F. crée au Togo un commandement territorial dont le siège est fixé à Petit-Popo (Anécho). Il rappelle que l'autorité française doit s'exercer dans le cadre du décret du 2 décembre 1910 (promulguant l'article 55 de la convention IV de La Haye) et celui du 8 décembre 1913. Des agences spéciales à Anécho, Sokodé, Atakpamé et Sansané-Mango, chargées du recouvrement des impôts et revenus, du paiement des dépenses civiles et des opérations de trésorerie, sont créées. Le même jour, le chef de bataillon Maroix est désigné pour prendre le commandement de la zone française de l'ancien Togo allemand.
Un décret du 4 septembre 1916 place un commissaire de la République à la tête des territoires occupés par les troupes françaises. Il est chargé de l'administration et relève directement du ministre des Colonies. Le 27 avril 1917, le lcl Fourn, administrateur en chef dans le civil est nommé commissaire de la République au Togo. L'administration locale est assurée, dans le nord, par des militaires, dans le sud, par des administrateurs mobilisés.
Vis à vis des Africains, il n'y a aucun problème, l'administration française fait preuve d'une fermeté bienveillante.
En ce qui concerne les biens allemands, l'administration anglaise prescrit, le 26 janvier 1916, la clôture et la liquidation des firmes étrangères; le commandant militaire français applique la même mesure le 4 février.

Le deuxième partage.
Le 7 mai 1919, le Conseil suprême allié prévoit que "pour tout ce qui concerne le Togo et le Cameroun, la Grande-Bretagne et la France déterminent elles-mêmes le régime futur de ces colonies et le recommanderont à l'adoption de la Société des Nations."
La déclaration franco-britannique de Londres du 10 juillet 1919 fixe les limites territoriales. La France reçoit en plus de ce qu'elle administre déjà, le cercle de Lomé et la subdivision centrale de Klouto. Le ministre des Colonies, M. Henry Simon peut déclarer à la Chambre : "nous obtenons la partie principale du Togo, son entier front de mer, le port de Lomé et les voies ferrées qui en partent." Les Britanniques conservent la zone de production du Cacao. Il est certain que dans le partage des anciennes colonies allemandes, la Grande-Bretagne se taille la part du lion avec le Sud-ouest africain, le Tanganyka et la partie riche du Cameroun en mines et plantations. La valeur économique du Togo britannique a toujours été supérieure à celle des territoires français.
Il faut noter que la frontière entre les deux Togo est probablement en Afrique celle qui suit avec la plus grande exactitude les limites ethniques. Cela est du tout d'abord à ce que les circonscriptions administratives allemandes ont été utilisées. Celles-ci sont le fruit de la colonisation et correspondent donc aux traités signés avec les chefs traditionnels qui se superposent à des zones d'implantation ethniques. D'autre part cela est dû aussi à une meilleure connaissance de l'Afrique, notamment aux travaux des premiers explorateurs qui, à travers leurs relations de voyages, ont su donner le précieuses indications sur les gens et leurs moeurs. Enfin, dans tout cela n'oublions pas le travail des administrateurs civils et militaires qui, par leurs travaux, leurs rapports ont permis d'approfondir les connaissances sur les régions. On est loin des cartes vierges qui avaient servi de base au partage de l'Afrique au congrès de Berlin.

P.S. : Je recherche toute illustration d'époque pouvant compléter le texte (personnages, situations, lieux, etc.).
Je suis preneur de toutes les informations concernant cette période de l'histoire du Togo, notamment tout ce qui concerne la Polizeitruppe (force de police).
Pour me contacter : e-mail

Liens

en allemand

en français