La conquête ne peut être comprise si l'on ne saisit pas la personnalité des conquistadores qui ont fourni au roi d'Espagne son premier empire colonial. En un quart de siècles, ils ont conquis des territoires immenses avec des moyens limités ; en même temps ces aventuriers ont détruit des empires parvenus à un degré d'organisation et de puissance élevé. Leur soif d'exploits les a ensuite conduit à s'opposer entre eux, avant que le pouvoir central ne reprenne ses droits et ses prérogatives.
Les conquistadores sont en majorité originaires des régions pauvres d'Espagne, régions qui ont toujours fourni un excédent d'hommes sous forme d'émigrants ou de soldats : Estramadure (Cortès, Pizarro, Balboa, de Soto), de Castille (Coronado, Bernal Diaz, Almagro, Guzman), d'Andalousie (Cabeza de Vaca, Ponce de Leon), du pays basque (Elcano, Garay, Ibarra). Des étrangers de toutes provenances se mêlent aux Espagnols : Portugais, Juifs convertis (en 1492, la couronne de Castille et d'Aragon chasse les Juifs d'Espagne), Italiens, Flamands et Allemands (Federman et Schmidel).
Les origines sociales des conquistadores sont variées. Si la grande aristocratie ne participe pas aux premières expéditions, bon nombre de cadets de petite noblesse partent chercher fortune aux Indes. Ce sont avant tout des aventuriers, dans l'âme, des personnes qui n'ont plus d'avenir dans l'Europe qui se construit. Leurs origines sont souvent modestes ; quelques cadets de famille côtoient des gens de basse extraction : Almagro est un enfant trouvé. Leur expérience est très diverse ; Cortès a dix-neuf ans lorsqu'il part pour Cuba ; il en a vingt-et-un lors de sa première expédition au Mexique. Pizarre a combattu les Maures en Espagne, en Afrique et les Français en Italie.
Quant aux simples combattants, ce sont souvent des anciens paysans qui ont fui leur terre et sont allés à Séville dans l'espoir de partir pou l'Amérique afin d'y faire fortune. Peu fortunés, ils vont vendre leur vie à un chef qu'ils suivront jusqu'au bout du monde dans l'espoir de ramasser toujours plus.
Les conquistadores forment donc un ensemble hétérogène composé essentiellement de déracinés et de marginaux qui trouvent dans la conquête un exutoire comme leurs parents l'avaient trouvé dans la Reconquista. La conquête de l'empire espagnol aux Amériques s'inscrit dans le droit fil de la Reconquista.
Tous attendent de faire fortune grâce à la conquête. Mais cette fortune n'est pas exclusivement matérielle. Certes, la richesse attisait les convoitises, mais les conquistadores recherchaient surtout la possibilité d'accéder à une « vie aristocratique », à obtenir du roi des armoiries rappelant leurs services et égaler les exploits des héros de l'Antiquité ou des chevaliers de la Reconquête. Les romans de chevalerie avaient baigné leur enfance, dont celui de l'Amadis de Gaule de Garcia Rodriguez où l'aventure engendre l'aventure et où les chevaliers partaient pour des mondes nouveaux peuplés de géants, d'amazones et autres monstres. Del Castillo illustre la mentalité qui les animait : « Nous fûmes saisis d'admiration et nous disions que cela ressemblait aux villes d'enchantement dont on parle dans le livre d'Amadis ».
A travers les mythes de la chevalerie, certains sont partis pour trouver la fontaine de Jouvence située en Floride, les Amazones que l'on croyait en Californie ou encore le Paradis Terrestre. Lors de son troisième voyage, lorsque Colomb découvre les sources de l'Orénoque, il est certain qu'en remontant ce fleuve le paradis terrestre sera atteint tellement le fleuve est majestueux. L'illusion a été un des mobiles de cette quête permanente.
Enfin, l'idéal religieux joue un grand rôle. Colomb a l'autorisation d'effectuer son voyage car il voulait aussi convertir le grand Kahn. L'esprit de croisade qui a soufflé sur l'Espagne pendant toute la reconquista n'est pas étrangère à cette volonté de partir pour les terres nouvelles. Et même si l'évangélisation des nouveaux gentils n'a pas été le principal motif des expéditions, chacune d'entre elles était accompagnée de religieux afin de pouvoir assurer le paradis aux mourants et évangéliser les Indiens. La victoire des conquistadores a rendu possible la conquête spirituelle de l'Amérique. Le problème est que le monothéisme chrétien ne peut se satisfaire d'un accommodement avec les religions indigènes ; à l'inverse, les panthéons amérindiens trouvaient toujours une place pour amalgamer une nouvelle divinité. Ce malentendu pèsera lourd dans les relations entre les Espagnols et les indigènes.
Ce qui caractérise cette conquête c'est l'obstination que les conquistadores ont à relancer leur chance. Almagro prend part à la conquête du Mexique puis va conquérir pour son compte le Guatemala ; il dispute ensuite à Pizarre la conquête de Quito (Equateur). Cabeza de Vaca part à la conquête de la Floride ; il est un des quatre survivants de cette expédition et après avoir erré pendant huit ans parmi les tribus indiennes, atteint une ville espagnole sur le Pacifique et repart pour le Rio de la Plata. Et si l'attrait réel de ces expéditions lointaine était simplement la soif d'aventure, une soif que l'Europe ne pouvait plus étancher ? L'art de la guerre change en Europe avec les armes à feu et des effectifs militaires de plus en plus importants. Ici, dans le nouveau monde, la guerre se pratique encore à l'ancienne avec de faibles effectifs.
L'action des conquérants est le fait de multiples initiatives particulières. Elle est avant tout le fait d'initiatives privées : une bande d'aventuriers met en commun ses maigres ressources. L'ambitieux qui en prend l'initiative est titulaire d'une capitulacion royale qui lui en assure l'exclusivité. Mais c'est à lui de financer son entreprise. Pour cela, il doit trouver un bailleur de fonds. Nombreux étaient ceux qui s'endettaient pour partir dans l'espoir de participer au butin. Ceux qui partaient brûlaient souvent leurs liens avec l'Europe. C'étaient des départs sans espoir de retour.
Bien des épisodes de la conquête trouvent leur origine dans le caractère d'entreprise privée. Associés plus que subordonnés à leur chef au sein de la bande (ost ou hueste), les hommes d'armes font preuve d'un redoutable esprit d'indiscipline. Chaque lieutenant est tenté de se rendre indépendant. Les incertitudes géographiques des capitulationes se conjuguent avec les rivalités individuelles pour provoquer de sanglants conflits. L'éloignement et la lenteur des communications leur permettent de faire bon marché des ordres qui lèsent leurs intérêts.
L'individualisme caractérise les conquistadores : ambitieux, altiers, matamores, plus enclins à la démesure qu'à la discipline. La cohésion du groupe et son efficacité son tributaires des liens existant entre le chef et ses hommes. Les liens sont encore de type féodal : ce sont des liens d'homme à homme. La personnalité du chef (caudillo) est fondamentale pour la constitution du groupe. La confiance réciproque entre le chef et ses compagnons est indispensable ; c'est cette confiance qui a permis à Cortes de quitter Mexico pour combattre les troupes espagnoles envoyées à son encontre.
Le chef est un meneur d'hommes dont le courage personnel est reconnu de tous. Il a le sens de la justice, l'esprit de décision et possède une autorité charismatique source de la confiance qu'il inspire. Les relations qu'il entretien avec la troupe s'appuient sur un usage militaire et tiennent compte des situations locales et de la qualité de chacun.
Tous les faits et gestes sont enregistrés par des scribes ce qui a pour conséquence une connaissance détaillée des événements. Chaque décision des conquistadores prend en compte la double allégeance à Dieu et à Sa Majesté. Cette ambiguïté permet de justifier des prises de positions antagoniques ; Ni Dieu, ni le Roi ne furent de vains mots ; ils ne cessèrent jamais d'inspirer un respect indéfectible.
Les encomiendas constituent le seul véritable bénéfice qu'ils aient tiré de la conquête. Leur part de butin a toujours été au-dessous de leurs espérances.
L'obligation de résidence faite aux encomendieros et le contrôle de plus en plus étroit de l'administration royale sur les expéditions contribuèrent à fixer peu à peu les conquistadores dans les nouvelles villes d'Amérique. Ils se transforment progressivement en colons, perdent leur primauté politique initiale au profit de la bureaucratie royale.
Mais s'étant définitivement enracinés, ils sont considérés, à juste titre, comme les fondateurs des nouvelles sociétés créoles et métisses des Indes occidentales.
De l'expérience antillaise à la reconnaissance du continent américain.
La seconde expédition de Colomb qui lève l'ancre de Séville le 25 septembre 1493 emporte avec elle tout l'héritage de l'ancien monde ; c'est avec elle que commence la colonisation de terres dont on ignore encore ce qu'elles sont.
Les Antilles ont été le terrain d'essai de l'action castillane. Colomb ne s'intéressait pas à une colonisation de peuplement : l'essentiel était d'installer des factoreries commerciales dans les terres nouvelles à l'exemple des Génois au Levant. Il fonde en 1494, dans l'île d'Hispañola (Haïti) un établissement permanent, forteresse et comptoir de traite, Isabela, puis en 1496 Saint-Domingue pour mieux exploiter les gisements d'or du sud de l'île. Le comptoir se procurait de l'or et du coton par la pratique du troc ou par l'imposition d'un tribut.
Le système d'exploitation imaginé par Colomb aboutit très vite à un échec : il surestimait trop largement les capacités de production et d'échange des populations indigènes. Il se heurte aussi aux colons espagnols qui veulent coloniser par eux-mêmes et pour eux-mêmes. A partir de 1502, la couronne s'engage dan une politique de colonisation et de peuplement sous l'action de Nicolas de Ovando. L'occupation s'étend à Port Rico (1508), à Cuba et à la Jamaïque (1511). Dès 1509 ont lieu les premières tentatives d'établissement sur le continent.
Les colons (pobladores) se voient reconnaître les droits dont ne cesseront pas de jouir les habitants des Indes :
La monarchie castillane renforce son contrôle administratif sur les Indes. Les Rois Catholiques confient à Juan Rodriguez de Fonseca et à Lope de Conchillos la supervision de l'administration des Indes ; en 1503, ils créent la Casa de Contratacioñ qui organise et surveille depuis Séville l'ensemble du commerce avec l'Amérique.
A l'échelon local, le gouverneur est dépositaire de tous les pouvoirs politiques et militaires ; l'autorité judiciaire est représentée par un tribunal (audiencia) qui s'installe à St Domingue (1511). Les finances dépendent de trois officiers royaux chargés de percevoir les impôts et d'administrer les monopoles de la couronne.
On crée en même temps les premières plantations de canne à sucre et les premiers moulins. Le problème crucial est celui de la main d'œuvre car les colons entendent ne pas travailler de leurs mains les terres et les mines. Les Indiens fuient les entreprises espagnoles ; le gouverneur organise le travail forcé en concédant aux colons les services d'un certain nombre d'indigènes : le système des
aboutit à une sorte de servage des Indiens dans le cadre médiéval de l'encomienda.
La conséquence en est la décadence catastrophique de la population indigène, exploitée sans le moindre engagement et frappée par les épidémies qui lui vaut la rupture de son isolement. La pénurie de main d'œuvre entraîne le recours aux esclaves : Caraïbes insoumis ou importation de nègres d'Afrique à prix d'or.
Vers 1520, le système ne fonctionne pas et il ne reste plus aux colons que la fuite en avant, la conquête des richesses entrevues du continent.
Hispañola et Cuba sont les plates-formes d'où s'élancent les conquistadores. L'aventure prend son départ à Saint-Domingue. Comme une tâche d'huile, la pénétration espagnole va s'élargir vers le centre, le nord et le sud du continent. C'est la période où les conquistadores vont faire leur apprentissage, leurs classes.
Du Yucatan au Darien.
En 1499, Alonso Hojeda et Diego de Nicuesa s'associent pour la reconnaissance et l'exploitation des côtes de la mer Caraïbe, de part et d'autre du golfe de Darien ; à Hojeda la Nouvelle Andalousie, à Nicuesa la Castille d'or.
L'expédition d'Hojeda débarque près de Carthagène en 1501. Le pays est occupé par les redoutables Caraïbes ; la petite troupe débarquée est rapidement attaquée et laisse de nombreux morts sur le terrain dont Juan de la Cosa, le pilote de la Santa Maria. Hojeda pille de nombreux villages côtiers avant de rejoindre le golfe de Uraba où il fonde la colonie de San Sébastian. Malade, il passe le commandement de l'expédition à son second, François Pizarre et retourne à Saint-Domingue où il meurt dans l'oubli.
Pendant ce temps, Nicuesa fonde Nombre de Dios (Colon) sur la côte de Panama, mais après mille avatars - la faim a contraint ses hommes à dévorer des cadavres d'indiens à demi putréfiés - il met le cap sur le Darien et arrive à Santa Maria la Antigua fondée par Fernandez de Encisco. La ville est désormais sous le contrôle de Balboa. Bien que cette ville soit de son ressort, Nicuesa est embarqué de force avec ses hommes sur un navire vermoulu qui n'atteindra pas Hispañola.
Balboa découvre la mer du sud.
En 1502, Balboa, âgé de vingt-six ans, s'embarque pour Saint Domingue où il s'installe comme planteur. Il fait faillite et monte comme passager clandestin sur le navire d'Encisco dont il se débarrasse. A Santa Maria la Antigua, un fils de cacique, Panciaca, lui signale qu'il connaît le pays où pousse l'or et lui parle aussi d'un mer que sillonnent des navires aussi gros que les caravelles.
Encisco s'est rendu à la cour d'Espagne où il a plaidé sa cause et celle de Nicuesa. Balboa doit fuir ou réaliser un exploit. Il monte donc une expédition avec 200 Espagnols et débarque à Acla, là où l'isthme est le plus étroit. La route doit être taillée dans une végétation très denses ; il doit, à la fois combattre la nature et les Indiens. Il couvre 150 km en vingt jours. Il découvre une mer nouvelle, fait dresser par le notaire procès verbal de la découverte et contresigner l'acte par les Espagnols présents dont François Pizarre (25 septembre 1513). Trois jours plus tard, dans l'océan, il prend possession de la mer au nom des rois d'Aragon, de Castille et de Léon. En récompense de son équipée, Balboa obtient le titre d'adelantado de la mer du sud.
Pendant ce temps, Encisco obtient réparation de l'évêque Fonseca qui nomme Pedro Arias de Avila - Pedrarias d'Avila - gouverneur de Panama. Balboa les accueille humblement, fait soumission et Pedrarias lui donne sa fille en mariage.
Balboa monte une nouvelle expédition ; des centaines d'indiens l'accompagnent et portent les pièces démontées de quatre vaisseaux. Parvenu sur les rives du Pacifique, il fait monter les navire et cingle vers le sud ; malheureusement, il ne peut pas sortir du golfe de Panama. Il n'a pas réussi à atteindre le pays de l'or.
Il rentre à Acla et arrêté par Pizarre sur ordre de son beau-père. Accusé de trahison, il est condamné et exécuté le soir même (1517). « Arrêté par son plus cher ami, condamné par son beau-père, exécuté par ses soldats... Fin presque normale pour un conquistadores » (J. Descola).
L'or toujours plus proche...
Ponce de Léon gouverne Porto-Rico et fonde Caparra (1509). Ses excès et sa rigueur inquiètent le pouvoir royal qui lui donne l'ordre de quitter l'île et d'explorer le nord-ouest des Antilles. Il dépasse les Bahamas et rencontre une terre fleurie, la Florida (1513). La région est occupée par des indiens aussi féroces que les Caraïbes. Ponce de Leon retourne à Hispañola pour mettre sur pied une expédition plus importante. En 1521, il retourne en Floride, mais est mortellement blessé par les Indiens.
A Cuba, le gouverneur Vélasquez achève la conquête de l'île et fonde La Havane. Il est entouré de gentilshommes : Fernand de Cordoba, Juan de Grijalva, Parfilo de Narvaez, Pedro de Alvarado et a pour secrétaire un jeune étudiant de Salamanque : Fernand Cortès. L'île devient une base de départ pour les expéditions et tend à suppléer Hispañola comme relais entre l'Ancien et le Nouveau monde.
Cordoba quitte Cuba et cingle vers l'ouest. Au bout de neuf jours, il atteint le Yucatan. Les Indiens qu'il rencontre portent des vêtements de coton et les Espagnols distinguent au loin des monuments en pierres. Ils voient aussi des champs cultivés, autant de témoignages de l'existence d'une population civilisée. Mais l'expédition est partout accueillie par une volée de flèches. Cordoba retourne à Cuba pour faire son rapport à Vélasquez. Celui-ci est convaincu de la proximité de cet empire qui se dérobe à l'étreinte des conquistadores.
Quelques mois plus tard, Juan de Grijalva ; neveu de Vélasquez, part, accompagné de Pedro de Almagro et de Bernal Diaz del Castillo, pour le Yucatan. Il touche l'île de Cozumel (1518), double le cap Catoche et longe la côte du Mexique (Campèche, Tabasco, Tampico). Les Espagnols entrent en contact avec les indigènes. L'abondance de l'or (nombreux bijoux), la majesté des monuments, l'indication de l'existence d'un roi tut proche sont autant de signes qui annoncent le voisinage des terres fabuleuses promises par Colomb. Seule ombre au tableau, les idoles couvertes de sang et les têtes tranchées rassemblées dans certains lieux. Les Espagnols reviendront avec des prêtres pour convertir ces païens ; la croix et l'épée comme pour la Reconquista.
Pendant toutes ces années intermédiaires, les Espagnols ont affiné leurs connaissances de la région dans laquelle ils se trouvaient. Les expéditions se sont continuellement succédées et toutes les informations remontent d'abord à Hispañola et à Cuba avant d'atteindre Séville. L'impulsion est donnée par les gouverneurs locaux qui recherchent l'or promis par Colomb. Les principaux acteurs sont en place dès le début du siècle : Pizarre est le second de l'expédition d'Hojeda, Cortès le secrétaire du gouverneur de Cuba, Vélasquez. Les autres participent à l'une où l'autre des expéditions. La succession des expéditions devait nécessairement conduire au contact avec les hautes civilisations précolombiennes. Le premier contact sera celui avec l'empire aztèque. Mais déjà Pizarre sait qu'au sud de Panama se trouve un autre royaume où l'or afflue... Aucun plan ne préside à cette exploration ; elle est le fait des individus. L'effort individuel, même lorsqu'il se solde par un échec, n'est pas perdu ; il en suscite un autre qu'un autre prolonge et complète.
La conquête de la Nouvelle Espagne
Cortès naît en 1485 à Medellin (Estramadure) d'une famille noble mais sans fortune. A quatorze ans ; il est envoyé à l'Université de Salamanque où il passe deux années puis il se perfectionne chez un notaire de Villadolid.
Il s'embarque en 1504 pour les Indes. Il prend part, sous les ordres de Vélasquez aux campagnes contre les Indiens insoumis et reçoit une encomienda. Il est éleveur et à l'occasion notaire. Les « intellectuels » sont rares dans les rangs espagnols. Vélasquez qui est nommé gouverneur de Cuba prend le jeune Cortès comme secrétaire et le nomme alcade -offoicier municipal - de Santiago del Puerto.
Cortès est auprès de Vélasquez lorsque ce dernier reçoit les rapports desexpéditions de Grijalva et de Cordoba. Le premiers voyages sur la côte mexicaine n'ont pas encore donné de résultats tangibles. Vélasquez prépare une nouvelle expédition qu'il confie à Cortès, et sur laquelle il entend garder la haute main : il s'agit de prendre officiellement possession des terres reconnues et de se procurer de l'or par voie de troc, mais nullement de fonder des villes nouvelles.
Cortès prépare cette expédition dans laquelle il investit ses ressources. Il n'a aucune difficulté pour recruter des associés : les difficultés économiques des Antilles, provoquées par la disparition de la population indigène stimulait l'esprit d'aventure des colons espagnols. Ils ont nom Pedro de Alvarado, Cristobald de Olid,Alonso Hernandez de Puertocarrero, Diego de Ordaz tous vétérants de la conquête d'Hispaniola et de Cuba. Le Père Bartolomeo de Olmedo est chargé des intérêts spirituels de l'expédition et Bernal Diaz del Castillo en assurera la chronique.
Le 18 février 1519 Cortès quitte La Havanne avec onze navires 580 soldats, 16 chevaux et 14 canons. Sa bannière porte la devise In hoc signo vinces (si nous avons foi en ce signe - la Croix - nous vaincrons) marquant le caractère évangélique de sa mission. Le gouverneur Vélasquez, alarmé par l'ambition de son protégé, veut le relever de son commandement et s'est en fuyard que Cortès aborde le Nouveau Monde.
Les premiers contacts ont lieu dans l'île de Cozumel, au nord-est du Yucatan. Des échanges sont effectués avec les Indiens, mais une surprise attend Cortès : Jeronimo de Aguilar qui avait fait partie de l'expédition de Nicuesa était devenu l'esclave d'un cacique. Aguilar servira donc d'interprète et de diplomate.
La seconde étape c'est Tobasco. Les indigènes refusent de se laisser annexer ; ils combattent les forces de Cortès. La bataille sera rude jusqu'à l'intervention de la cavalerie. Les Indiens s'enfuient devant ces « monstres caparaçonnés de fer ». Les caciques de Tobasco font leur soumission et offrent des présents à Cortès : poudre d'or, diadèmes mais surtout vingt femmes. L'une d'elle, dona Marina, retient son attention ; elle et la fille d'un notable aztèque qui a été vendue par sa belle-mère. La Malintzin ou Malinche devient l'interprète et la conseillère de Cortès.
Le 21 avril 1919, la flotte espagnole jette l'ancre à San Juan de Ulu a ; les troupes débarquent avec armes et bagages. Le gouverneur de la région, Tendile, se présente à Cortès porteur de présents. Quelques semaines plus tard Tendile revient accompagné d'un plénipotentiaire, Quintalbor. Les présents de Montezuma regorgent d'or et de pierres précieuses. L'empereur dissuadait les Espagnols d'entreprendre le voyage jusqu'à la capitale, mais Cortès précisa qu'il irait saluer l'empereur chez lui au nom de Charles Quint.
Les relations entre Cortès et Vélasquez allaient en s'empirant. Les partisans de ce dernier critiquaient ouvertement la conduite du capitaine-général. Tant que Cortès restait sous la dépendance de Vélasquez, il devait lui rendre des comptes. Il était donc indispensable que Cortès s'affranchisse des liens avec le gouverneur de Cuba. Les Espagnols transportèrent leur camp à Quihuitzlan sur le territoire des Totonaques.
En même temps que les Espagnols, les collecteurs d'impôt de Montezuma étaient arrivés à Quihuitzlan. Cortès s'allia aux Totonaques, leur promit aide et assistance s'ils renonçaient à leur culte sanguinaire. Il fit édifier une ville dans la plaine de Quihuitzlan et lui donna le nom de Villa Rica de la Vera Cruz et nomma Puertocarrero et Montejo alcades de la nouvelle cité. Il créa un conseil municipal devant lequel il remit les pouvoirs qu'il détenait de Vélasquez. Le conseil déclarant que ces pouvoirs n'étaient plus valables, Cortès donna sa démission. Le conseil le nomma alors Capitaine général et juge suprême de la nouvelle colonie au nom de Sa Majesté. Les colons avaient fondé une ville qui était dorénavant du ressort du pouvoir royal. Cortès n'était plus un capitaine rebelle mais un citoyen de Vera Cruz. Il envoya Montejo et Pontecarrero porter au souverain espagnol l'acte d'allégeance et un important trésor, témoignage matériel de la conquête et pour déjouer toute tentative de départ de la part des partisans de Vélasquez, il fit échouer les navires.
Le 16 août 1519, Cortès s'engage sur la route de Mexico. Il n'a pas perdu de temps : en six mois,
La conquête de l'empire aztèque.
Cortès s'engagea sur la route de Jalapa pour gagner le plateau mexicain. Les troupe pendant toute sa progression est soumise à une alternance de chaleur et de froid. Arrivée à Xocotlan, Cortès dépêcha une ambassade de Totonaques à Tlaxcala, ennemie séculaire de Tenochtitlan. Cette mission se solda par un échec : la volonté d'indépendance des Tlaxcaltèques l'emporta sur leur haine traditionnelle des Aztèques. L'engagement entre Espagnols et Tlaxcaltèques eut lieu près d'Atalaga où six mille Indiens combattirent les cinq cents Espagnols. Les Indiens attirèrent les Espagnols dans un ravin, mais Cortès ramena ses hommes dans la plaine où cavalerie et artillerie purent donner leur mesure. L'ennemi fut bousculé et prit la fuite. Les pertes espagnoles restèrent minimes : un cheval et quelques blessés. La légende d'invulnérabilité des Espagnols se répandit parmi les Indiens.
Cortès fit des offres de paix aux Tlaxcaltèques et leur proposa une alliance contre Montezuma. Pendant quinze jours, les Espagnols refirent leurs forces à Tlaxcala, permettant à Cortès de se renseigner sur les Aztèques. Diégo de Ordaz en profite pour faire l'ascension du Popocaltepec, volcan qui culmine à 5452 m. Après cet exploit, les Indiens ne doutèrent plus de la puissance espagnole : même la divinité de la montagne avait capitulé.
Pendant son séjour à Tlaxcala, Cortès reçut deux ambassades de mntezuma. L'empereur aztèque n'ignorait rien des activités espagnoles. Lors de la première ambassade, Montezuma proposa de payer un tribut à condition que les Espagnols rentrent chez eux ; mais devant la ferme résolution de Cortès de poursuivre sa marche, il l'invite finalement à venir le rencontrer à Mexico.
Cortès reprit donc a route pour la capitale aztèque. L'itinéraire passait par Cholula, ville sainte des Aztèques. Les Tlaxcaltèques étaient ennemis des Cholultèques, ceux-ci étant alliés de Montezuma. Deux mille Tlaxcaltèques renforcèrent les forces espagnoles. L'accueil de la population de Choluba était digne et presque cordial. La Malinche, grâce à sa connaissance de la psychologie indienne et aux relations qu'elle possédait dans le pays - elle avait été la fille d'un important notable aztèque - apprit qu'une embuscade était dressée contre les Espagnols par les habitants de Cholula. Cortès rassembla la population dans le temple après avoir fait disposer ses canons. Il fit donner l'artillerie sur la population lorsqu'elle fut rassemblée ; ceux qui cherchaient à s'échapper furent tués par les Tlaxcaltèques qui prirent ainsi leur revanche sur une tutelle abhorrée. Cortès obtint la neutralité des Cholultèques, puis partit pour Mexico à la rencontre de Montezuma (8 novembre 15919).
En trois mois Cortès était arrivé à Mexico. La supériorité des Espagnols est à la fois tactique et matérielle. Cortès amène ses adversaire à combattre sur le terrain qu'il a choisi et où il peut utiliser les armes nouvelles : canons et chevaux avec lesquels il joue de l'effet de surprise et de terreur. Cortès a pour lui la science militaire, mais aussi la science politique. Il cherche toujours à obtenir soit des alliés (Tlaxcala), soit au minimum la neutralité des populations vaincues (Cholula). Avant de faire la guerre, Cotès offre toujours la paix, sa paix. Il est non seulement un capitaine, un condottiere, mais surtout un homme d'Etat, un prince de la Renaissance.
Dès qu'il arrive à Mexico, Cortès fait tirer le canon pour confirmer aux yeux des Indiens sa réputation de dieu blanc qui le précède depuis son débarquement. Il espère ainsi éviter de se battre pour épargner ses effectifs. Cortès apprend que les Totonaques ont attaqué la garnison de Villa Rica de Vera Cruz, faisant six morts dont Juan de Escalante le commandant de la garnison et Juan de Arguello dont la tête est envoyée à Montezuma. La mort de leurs compagnons démontre la vulnérabilité des Espagnols et porte un rude coup au prestige de Cortès. Pour garder l'avantage, celui-ci s'empare de la personne de Montezuma.
La mise en résidence surveillée de l'empereur coupe court aux velléités de résistance de la cité aztèque. En même temps Cortès fait arrêter les rois alliés de Texcoco et d'Itzapalapa, décapitant ainsi l'empire aztèque. Afin de maintenir le moral de sa troupe Cortès est contraint de procéder au partage du butin, réservant un cinquième pour l'empereur et un autre cinquième pour lui.
Pendant ce temps, Cuhautemoc, cousin de Montezuma, organise la résistance à partir de Tlatelolco et Vélasquez envoie une troupe, sous les ordres de Panfilo de Narvaez, arrêter Cortès. Au moment où le capitaine-général reçoit la soumission du Mexique de Montezuma, un autre Mexique et une autre Espagne se lèvent pour contester ses droits et le briser. L'expédition de Narvaez comprend dix-huit navires, 900 soldats, 80 cavaliers et 20 canons. Cortès apprenant la nouvelle rassemble une partie de ses forces et confie le commandement de la place de Mexico à Alvarado.
Fidèle à sa tactique de n'engager le combat qu'en dernier recours, Cortès propose le partage du pouvoir à Narvaez qui refuse. A la suite d'un coup de main, Cortès s'empare de l'artillerie de Narvaez et réussit à pénétrer les lignes ennemies. Il reçoit la soumission des Espagnols et les incorpore à ses forces. Il quitte Sempaolla avec 1 300 hommes, plus fort que jamais.
Pendant ce temps, les 80 Espagnols d'Alvarado et les 400 Tlaxcaltèques sont enfermés dans Mexico. Lors de la fête annuelle de Toxcutl, pour le commencement de la saison des pluies, les cérémonies regroupent dans la capitale aztèque une foule importante qui se fait de plus en plus menaçante pour les Espagnols et leurs alliés. Alvarado est contraint de faire tirer sur la foule. Montezuma intervient pour ramener le calme, mais l'alerte a été chaude. Ce n'est que partie remise d'autant qu'Huitzilopochtli a demandé, par l'entremise de ses prêtre le cœur des hommes blancs.
Cortès retourne à Mexico à marche forcée. Les Aztèques le laissent entrer dans la ville le 24 juin afin de mieux pouvoir les anéantir. Pris au piège, les Espagnols essaient de se dégager en effectuant des sorties (Diego et Ordez et Cortès) qui échouent. La situation est de plus en plus critique d'autant que vivres et eau commencent à manquer. Quant aux Aztèques, ils se sont donnés un nouveau chef, Cuitlahuac, le frère de Montezuma.
Cortès pour essayer de calmer la foule presse Montezuma d'haranguer la foule, mais il est lapidé par ses sujets. La mort de Montezuma aggrave encore la situation des Espagnols : ils n'ont plus d'otages. En désespoir de cause et après une semaine de blocus, Cortès donne l'ordre de la retraite. Le 30 juin 1520, profitant de la nuit noire et pluvieuse, les Espagnols s'enfuient par la chaussée ouest, la seule encore libre. Mais alourdi par leur butin, de nombreux soldats périssent ou sont fait prisonniers. La troupe a réussi à quitter Mexico au prix de lourdes pertes. Quant aux prisonniers, ils sont sacrifiés à Huitzilopochtli, le dieu de la guerre qui a donné la victoire aux chevaliers aigles et serpents.
Après cette nuit triste, Cortès ne peut plus compter que sur les Tlaxcaltèque pour lesquels la haine des Aztèques l'emportait sur tout sentiment racial. Pendant plusieurs semaines Cortès refait ses forces et travaille à la réalisation de la conquête de l'empire aztèque. Cortès sait que pour tenir Mexico, il faut posséder la maîtriser des eaux, donc du lac de Texcoco. Pour réaliser son dessein, Cortès a donc besoin d'une flotte et d'une armée. Dans un premier temps, il fait construire treize brigantin armés chacun d'un canon ; ces bâtiments, construits à Tlaxcalca sont amenés sur les bords de la lagune où ils sont montés et mis à l'eau. Cortès reconstitue son armé en rassemblant les débris épars de ses forces ; entre temps, le gouverneur Vélasquez, ignorant tout des événements mexicains, envoie une expédition complémentaire à Villa Rica de Santa Cruz. Cortès n'a aucun mal à enrôler les nouveaux venus. Les forces espagnoles comprennent 550 soldats, 80 arquebusiers, 40 cavaliers. D'autre part 25 000 Indiens se placent sous la bannière espagnole. En quelques mois Cortès a redressé une situation fort compromise.
De leur côté, les Aztèques se sont organisés. Cuitlahuac meurt des suites de la petite vérole et le Conseil des Tribus désigne Cuauhtemoc (l'aigle qui descend), cousin de Montezuma, pour le remplacer. Le conseil ne fait que légaliser un état de fait puisque c'était Cuauhtenoc qui avait déjà organisé la résistance aux Espagnols et la Noche triste était son œuvre. Il met en état de défense la cité de Mexico, fait évacuer les inutiles (femmes, enfants, vieillards) et s'efforce de gagner à sa cause le plus grand nombre de tribus possibles. Il invoque l'union sacrée, mais c'était méconnaître la rancune et la haine. Les populations soumises se souviennent du tribut et des victimes immolées sur les autels mexicains.
Le 28 décembre 1520,l'armée espagnole est devant Texcoco. Cortès veut s'assurer une victoire complète et définitive. Il divise son armée en trois corps et place chacune face à une chaussée. La progression des Espagnols est appuyée par les brigantins qui détruisent les embarcations aztèques et assurent la maîtrise des eaux. Pendant cinq mois Cortès va harceler l'adversaire et mettre en place son dispositif pour le siège de la capitale. Celui-ci commence en mai 1521 ; les Espagnols avancent très lentement : le terrain conquis après d'après luttes est conservé la nuit par les alliés indiens. Le siège dure soixante quinze jours ; réduite par la famine, exsangue, la ville capitule le 13 août 1521. Cuauhtemoc est fait prisonnier et Diaz del Castillo écrit : « Il n'y eut jamais dans le monde un peuple qui ait tant souffert ».
L'organisation d'un empire.
Cortès organise aussitôt ses conquêtes : il fait rebâtir Mexico et s'appuie pour gouverner le pays sur les autorités indiennes traditionnelle. Il distribue des encomiendas à ses compagnons déçus par la modicité de leur part de butin est se préoccupe de l'évangélisation des Indiens.
Il se fait confirmer par Charles-Quint dans ses fonctions de gouverneur de la Nouvelle-Espagne. Pendant sa campagne au Honduras où il est parti châtier un de ses lieutenants révoltés, il fait exécuter Cuauhtemoc et laisse le champ libre à ses ennemis. Il part se justifier auprès de Charles-Quint qui lui confère le marquisat de la vallée de Oaxaca et des droits seigneuriaux sur les plus riches provinces du Mexique ; mais il ne lui laisse pas le gouvernement de la Nouvelle-Espagne.
Cortès se consacre, en homme d'affaires entreprenant et avisé, à l'organisation et à l'exploitation de ses domaines. Il finance des opérations d'exploration vers le Pacifique et vers l'Amérique du Nord. On lui doit la découverte de la péninsule de Californie (1534-1535).
Les mauvaises relations qu'il entretient avec le vice-roi et l'audiencia, les multiples procès dans lesquels il se trouve engagé le décident à retourner en Espagne (1540) Il y vit en grand seigneur, mais ne peut jouer aucun rôle politique.
Il meurt en 1547à Casilleja de la Cuesta près de Séville ; ses restes sont transportés à l'hôpital de l'Immaculée Conception d Notre-Dame qu'il avait fondé à Mexico en 1525. La conquête du Mexique est bien l'œuvre d'un homme, c'est la volonté de Cortès, alliée à un sens tactique et politique extrêmement développé qui lui a permis à chaque fois de rebondir. Les échecs n'ont été que passagers. Mais l'expédition n'aurait pu aboutir s'il n'avait pas existé une profonde animosité entre les tribus soumises et les Aztèques. La victoire de Cortès revient autant à ses alliés indiens qu'a ses propres forces.
C'est la conjonction entre une personne et d'une situation de domination qui a permis d'abattre la puissance aztèque, puissance fragile et minée par le doute du retour de Quetzalcoatl. Dans la destruction de l'empire inca, c'est aussi conjonction entre plusieurs éléments qui a permis la conquête de l'empire du Soleil.
La création de la Nouvelle Castille
Pizarro est né vers 1475 à Trujillo en Estramadure ; il est un des fils naturels d'un hidalgo sans fortune qui a fait la campagne d'Italie. Elevé comme un paysan, Francisco Pizarro restera toute sa vie un illettré. D'abord soldat en Italie, il embarque pour les Indes en 1502. Pendant vingt ans il est de toute les entreprises du Darien et de la Castille d'Or : lieutenant d'Ojeda (1509), de Balboa qu'il accompagne dans sa traversée de l'isthme (1513), puis de Pedrarias. Etabli à Panama, il bénéficie d'une encomienda, élève du bétail et fait fortune. Il est un des plus riche colon de la terre ferme.
La conquête du Mexique par Cortès et les informations recueillies sur l'existence d'un empire situé plus au sud, notamment grâce aux expéditions de Pascual de Andagoga ravivent la volonté de Pizarro et d'autres conquistadores d'aller chercher fortune au sud. A cinquante ans, Pizarro fonde avec son ami et compagnon d'armes, Diego de Almagro, ainsi que le prêtre Fernand Luque une société par action pour la conquête et l'exploitation des terres nouvelles. Pizarro en est le chef militaire, Almagro le recruteur et l'organisateur des ravitaillement, Luque l'administrateur. L'objectif est précis : faire fortune, mais , appartenant à leur siècle, le réflexe religieux est aussi naturel que l'instinct de la conquête.
Muni de l'autorisation de Pedrarias Davilla, Pizarro quitte Panama en décembre 1424. L'expédition est modeste : deux navires, cent quatorze soldats et matelots pour une reconnaissance jusqu'à l'embouchure de l'actuel rio San Juan. Mais la conquête va s'avérer plus délicate que prévue.
Les déboires dans la Mar del Sud
Après plusieurs semaines de navigation, Pizarro débarque sur une côte sinistres, balayées par les vents. Les Indeins refusent tout contact. En attendant des renforts et des vivres, la famine s'installe dans le camp espagnol. L'endroit reçoit le nom de Puerto de Hambra - le port de la faim. Après l'arrivée de renforts, Pizarro prospecte la côte jusqu'à un promontoire, Pueblo Quemado - le village brûlé - où il est attaqué par les Indiens ; les pertes sont élevées. La troupe rembarque pour Panama ; l'expédition est un échec et le gouverneur Pedrarias qui avait investi des fonds dans l'expédition ordonne à Pizarro de ne pas paraître à Panama avant d'avoir soumis de nouvelles tribus.
Pendant ce temps Almagro n'est pas resté inactif ; Il débarque à Pueblo Quemada où il doit affronter les Indiens ; il perd un œil dans l'engagement. Finalement, il gagne le roi San Juan d'où il rapporte quelques poudre d'or permettant de rembourser les fonds empruntés pour financer l'expédition.
La confrontation de leurs informations est concordante : il existe au sud de Panama un vaste empire dont la richesse repose sur des mines d'or et d'argent. L'affaire s'annonce donc rentable. Pizarro obtient de Pedrarias, moyennant le versement immédiat d'une somme importante, qu'il renonce à tous droits sur les terres à conquérir.
En 1526, Pizarro et Almagro reprennent la mer accompagnés de cent soixante Espagnols et quelques chevaux. L'expédition débarque dans la baie du rio San Juan ; la côte est sinistre. Almagro qui a ramassé quelques perles retourne à Panama pour lever de nouvelles recrues. Ruiz poursuit vers le sud ;découvre l'île du Coq, double le cap de Parado et rencontre une balza - un rameau avec deux voiles et un gouvernail. Les marchands provenant de Tumbez sont à bord de cette embarcation qui contient des étoffes fines, des colliers de perle, des bijoux et de la poudre d'or. Ils parlent de cités opulentes.Ruiz revient vers le campement de Pizarro qu'il trouve dans un triste état ; les Espagnols ont continuellement été harcelés par les Indiens. Almagro rejoint l'expédition avec quatre vingt nouvelles recrues. Toutes forces réunies, les Espagnols repartent vers le sud, atteignent Tacamez, mais les Indiens refusent l'entrée de la ville aux Espagnols. L'expédition s'installe sur l'île du coq et Almagro retourne une nouvelle fois à Panama pour quérir des renforts.
A Panama, Pedrarias est relevé par Pedro de los Rios ; il entend mettre un terme aux voyages qui n'ont apporté aucun résultat tangible et qui dépeuplent la colonie. Il envoie deux navires ramener les survivants de l'expédition. Nombreux sont ceux qui veulent rentrer. Treize choisissent « le coté de la mort, de la faim et du désespoir [...], le Pérou est ses richesses ». Dans l'île du Coq, il ne reste donc plus que Pizarro et ses douze compagnons. Pizarro transporte le camp dans l'île de la Gorgone où il y a des fontaines. Pendant sept mois, Pizarro et ses compagnons attendent le retour de Bartholome Ruiz. Dès son arrivée, l'expédition reprend vers le sud, franchit l'équateur et atteint le golfe de Guayaquil où ils découvrent Tumbez, la plus septentrionale des cités de l'Empire inca. Espagnols et Indiens échangent des cadeaux.
Pizarro rapporte à Panama plus que des trésors, une moisson de renseignement. Il a été en contact avec l'Empire inca ; il sait qu'une guerre civile divise les Incas. Il va pouvoir, comme Cortès au Mexique, exploiter la rivalité des deux princes. Pour une telle expédition, Pizarro manque de ressources. Il part pour l'Espagne, obtient de Charles Quint des capitulations qui l'autorisent à tenter l'entreprise, lui accordant le gouvernement des pays conquis, Almagro ne recevant qu'un poste secondaire (Tolède 26 juillet 1529).
En janvier 1531, Pizarro et ses compagnons quittent Panama ; ils sont cent quatre vingt trois hommes et vingt-sept chevaux. Le premier objectif est Tumbez, mais une tempête les force à jeter l'ancre dans la baie de San Mateo. Pizarro poursuit son itinéraire par voie terrestre. Il est successivement rejoint par Belalcazar (trente hommes) et Hernando de Sotto (cent hommes). Pizarro installe son campement dans l'île de Puna, en face de Tumbez.
En 1532, il fonde la ville de San Miguel de Piura pour assurer ses communications avec Panama, sa base arrière. Puis, avec cent fantassins et soixante sept cavaliers, il met plus de deux mois pour franchir les cinq cents kilomètres qui séparent San Miguel de Cajamarca où réside momentanément Atahualpa, le souverain inca. Par un coup d'audace extraordinaire, à un contre deux cents, Pizarro s'empare de l'Inca suprême (16 novembre 1532). Le destin du Tihuanantsuyu est scellé.
Pizarro demande un important tribut aux Incas ; celui-ci lui est livré et il se trouve à la tête d'une fortune que personne ne possédait dans ses coffres avant lui ; il en donne les 9/10 à l'empereur Charles Quint. Atahualpa a payé, il n'est plus d'aucune utilité et meurt étranglé le 29 août 1533.
L'allié principal de Pizarro a été le régime inca lui-même. Le Tihuanantsuyu se prenait pour le monde ; sa faiblesse résidait dans le fait que tout partait de la tête et qu'en la frappant, l'organisation s'écroulait. Tout procédait de l'Inca ; sans directive, le fonctionnaire ne avait plus administrer. Il restait le peuple, mais on ne lui avait appris qu'une chose : obéir... et il allait obéir. Dix millions d'Indiens tendent leurs poignets aux fers espagnols.
S'il a fallu huit ans pour parvenir jusqu'à l'Empire inca, celui-ci s'est écroulé en moins d'une année. Cette victoire facile va diviser les Conquistadores
La guerre entre conquistadores.
Débarrassé d'Atahualpa, Pizarro lui choisit un successeur symbolique, Manco, fils de Huascar. Les Espagnols se rendent à Cuzco, où il pénètrent le 15 novembre 1533, un an après le guet-apens de Cajamarca. La ville st pillée, mise à sac et jamais soldat en campagne ne se vit attribuer solde plus fantastique. Cuzco l'impériale n'est plus.
Pendant que Pizarro fait le point de la situation, Pedro de Alvarado, le second de Cortès au Mexique débarque à Puerto Vigo à la tête de cinq cents soldats, deux cents chevaux et d'un important contingent de mercenaires indiens. D'autre part, les débris de l'armée impériale inca, se regroupe à Quito sous la direction de Ruminagui. Pour parer à cette double menace, Pizarro désigne Almagro et Belalacazar pour aller à leur rencontre.
L'armement moderne (artillerie et cavalerie) donne la victoire à Belalcazar sur Rumanigui, malgré son infériorité numérique. Quant à Alvarado, lorsqu'il débouche dans la vallée du Riobamba il doit affronter des amazones. Il poursuit sur Quito et rencontre Almagro et Belalcazar. Les différents corps espagnols sont trop fatigués pour s'affronter et Almagro propose à Alvadrado une somme de cent mille pesos pour son départ (1534) ; celui-ci accepte la transaction et rentre au Guatemala dont il est le gouverneur.
Pizarro fonde un port sur la côte pacifique afin d'assurer ses liaisons avec Panama et à quelques kilomètres d là, dans les terres, à l'entrée de la vallée du Rimac, la capitale de son empire, La cividad de los reyes, la future Lima. L'endroit désigné par Pizarro est sain, et il est excellent au point de vue économique et politique. Il en commence la construction alors que son pouvoir n'est toujours pas assuré. Pizarro le conquérant se transforme en bâtisseur.
Son frère Fernand revient d'Espagne. Charles Quint attribue le nord du Pérou, la Nouvelle Castille à Pizarro sans en donner les limites méridionales ; Almagro reçoit le sud du Pérou, la Nouvelle Tolède. Cette décision impériale contient le germe des discordes à venir : où finit le Sud ? où commence le Nord ? A qui échoit Cuzco ?
Almagro revendique la possession de Cuzco qui lui est contestée par Jean et Gonzalo Pizarro. François Pizarro intervient ; un accord est conclu entre les deux associés. Almagro cherchera plus au sud que Cuzco sa Nouvelle Tolède. Il entreprend donc la conquête du Chili qui s'avère être un désastre. (1536-1537).
Pendant ce temps, Manco Capac trompe la surveillance des frères Pizarro à Cuzco et lève l'étendard de la révolte. Il donne l'assaut à Cuzco qui est incendiée, mais peu à peu, les combats tournent à l'avantage des frères Pizarro bien que Juan soit tué par un jet de pierre. Almagro revient vers Cuzco, prend à revers les forces de Manco Capac qu'il contrait à la fuite. Mais ce n'est pas pour aider le frères Pizarro qu'Almagro est revenu. Pour prix de son aide, Almagro exige la remise de Cuzco et s'empare des frères Pizarro. Il remporte une victoire à Abancay sur les secours envoyés par François Pizarro. Diverses tentatives de conciliation aboutissent à la libération de Fernando (Gonzalo s'est enfui),mais la guerre reprend. A la bataille de Las Salmas (avril 1538), les almagristes sont défaits ; Fernando Pizarro fait juger et exécuter Almagro (juillet 1538).
Lors d'un voyage effectué en Espagne, Fernando Pizarro est retenu prisonnier pour avoir exécuter Almagro. Gonzalo mène une expédition vers les basses terres, mais elle tourne au désastre (1541-1542). Quant à François Pizarro, il n'a pas su désarmer l'hostilité des almagristes rassemblés autour de Diego de Almagro le Jeune. Le 26 juin 1541 il est assassiné dans sa demeure.
Son assassinat ne met pas fin à la lutte entre conquistadores. Vaca de Castro, le délégué de Charles Quint, bat les forces d'Almagro le Jeune à Las Chupas (septembre 1542). La dissension des almagristes est définitivement mise au pas. Quant à Gonzalo Pizarro il prend en 1544 la tête de la révolte des encomienderos contre l'application des lois nouvelles (suppression de l'esclavage et des encomienda). Il l'emporte d'abord sur le vice-roi Nunez Vela qui est défait et exécuté à Quito (1546). Mais à la bataille de Jaquijuguana, Gonzalo Pizarro est défait (1548), jugé et décapité comme rebelle. Après dix années d'anarchie, la couronne est enfin maîtresse du Pérou.
Le trait marquant du destin de François Pizarro est la continuité dans l'ascension. A chaque moment, un nouveau Pizarro apparaît : porcher, soldat, planteur, conquistadores, vainqueur des Incas, bâtisseur de ville. Mais à travers toutes ces images, c'est la solitude qui domine : solitude de l'enfant abandonné, solitude du chef, solitude du vieillard qui lutte seul contre ses assassins. Il n'a eu d'autre compagnon que lui-même...
L'achèvement de la conquête de la Terre ferme
Ces différentes conquêtes ont lieu simultanément et s'effectuent dans la foulée des conquêtes précédentes. Chaque échec relance une nouvelle expédition dans l'espoir de trouver l'Eldorado. Au milieu du XVIème siècle, si le continent n'est pas reconnu dans sa totalité, les principaux axes de communication sont établis. C'est à partir de ces axes que se poursuivra la pénétration du continent américain.
La conquête du Chili s'effectue dans le prolongement de la conquête de l'empire Inca ; elle montre la continuité du mouvement des conquistadores. IL en est de même pour l'Amérique septentrionale puisque l'initiateur des expédition n'est autre que Cortès. Quant aux hauts plateaux de Colombie, les entreprises partent de la Castille d'Or (Panama).
Le pionnier de la conquête du Chili est Diego Almagro, le compagnon de Pizarro. Après la décision de Charles Quint de lui attribuer le sud du Pérou, il ne lui restait plus qu'à conquérir son royaume. Il s'y emploie avec cinq cent soixante dix Espagnols et quinze mille Indiens. Négligeant les conseils des chefs péruviens qui lui préconisaient de suivre la côte, il se lance directement dans la Cordillère. Cent cinquante Espagnols et dix mille Indiens meurent de froid, mais Almagro atteint malgré tout Coquimbo et l'embouchure du fleuve Aconcaga.
Lorsqu'Almagro atteint le rio Rappel où les Incas avaient été défaits un siècle plus tôt, il se heurte à la résistance des Promaucas, et, faute de troupes suffisantes, Almagro est contraint au repli. Le retour sur Cuzco est sinistre ; malgré la prouesse sportive, l'expédition est un échec : Almagro revient à Cuzco les mains vides ; ceci explique son attitude vis-à-vis des frères Pizarro...
Almagro éliminé, la Nouvelle Tolède revient à Pedro de Valdivia qui avait aidé Pizarro à se débarrasser de son compagnon. Instruit par l'expérience d'Almagro, Valdivia prépare son entreprise. Il part avec cent cinquante Espagnols, un important contingent d'Indiens, mais aussi des techniciens pour bâtir, planter et produire. Valdivia veut coloniser les terre qui lui sont confiées.
Il crée plusieurs villes : Valparaison, Saint Jacques du Nouveau pays où il installe un conseil municipal qui le nomme gouverneur et capitaine général du Chili. Il organise son territoire selon le principe que la meilleure mine c'est le blé, le vin et le bétail. Blé, vigne, poussent, le bétail augmente. Il rentre en 1544 se mettre à la disposition de l'envoyé spécial de Charles Quint, ce qui lui permet de vaincre la révolte des encomienderos. En témoignage de gratitude, Valdivia est confirmé dans ses fonctions de gouverneur de la Nouvelle Tolède.
De retour à Santiago, Valdivia organise les finances, l'administration et la police. La conquête se poursuit et les Procumas sont mis au pas. Valdivia atteint les rives du rio Bio-Bio, limite naturelle entre Chili moyen et Chili méridional. Au-delà du rio Bio-Bio, les Andes s'abaissent et les vallées s'élargissent. Cette rivière marque aussi la frontière de l'Araucanie que les Incas n'ont jamais franchi.
Devant la menace espagnole, les Araucans se regroupent sous le commandement d'Agavila et livrent bataille à proximité du rio Bio-Bio ; ils sont défaits et se replient dans les épaisses forêts. Valdivia poursuit son avance et fonde une ville à la quelle il donne son nom.
Un vieil Araucan, Colocolo, galvanise son peuple contre les Espagnols et nomme un nouveau chef de guerre Caupolican. La résistance s'organise dans le plus grand secret alors que Valdivia poursuit l'exploration de nouvelles terres. Il fait construire des fortins, y laisse une garnison dans l'espoir de pouvoir ainsi contrôler le pays. Mais il est victime d'un guet-apens (1553). C'est le signal du soulèvement général des Araucans.
Le vice-roi du Péro, Andrès de Mendoza, décide d'en finir avec la résistance araucane ; il envoie son propre fils, Garcia Hurtado de Mendoza qui débarque à Sérena avec trois cent cinquante hommes. Il monte une manaouvre audacieuse pour prendre les Araucans à revers : il embarque un fort contingent espagnol à Coquimbo et débarque à conception. La surpise est totale ; les Araucans cèden du terrain et le gros des forces espagnoles traversent le rio Bio-Bio. Les Araucans sont défaits une première fois à Lagunilla, mais la bataille décisive a lieu dans la plaine de Melinapa où Mendoza fondera la place forte de Canete. Ercillo y Zuniga, l'auteur de l'Araucan a participé à cette expédition. La répression est féroce.
Pendant trois siècles, l'histoire du Chili méridional sera fait d'une succession de révoltes à chaque fois durement réprimées.
Les conquérants du Mississippi
Cortès est le premier conquérant à aborder les régions septentrionales de l'Amérique. Parti d'Acapulco, il suit la côte du Pacifique jusqu'au fond du golfe de Californie. Il fonde quelques établissements qui n'ont qu'une durée éphémère (Santa Cruz, Guaymas).
Panfilo de Narvaez, l'irréductible adversaire de Cort_s pronloge cet élan vers le Nord. Il débarque en Floride, dans la baie de Pampa, avec quatre cents soldats et quatre-vingt chevaux. Il prend avec lui trois cents soldats et s'enfonce dans la jungle. Il ne trouve aucune trace d'or ; contraint de rebrousser chemin, il ne retrouve pas trace des navires qu'il avait laissés : ceux-ci sont repartis sans l'attendre. Narvaez ordonne la confection de radeaux et prend la mer sur ces frêles esquifs. Une tempête jette les radeaux sur la côtes, mais Narvaez périt noyé.
Nunez Cabeza de Vaca, qui fait partie de l'expédition, est un des rares survivants. Il est fait prisonnier par les Indiens, mais réussit à endormir leur méfiance. Il entreprend un long périple à pied qui va durer huit années, pendant lesquelles il parcourt le continent d'est en ouest. A son retour au Mexique, il raconte son voyage et laisse entendre qu'il a découvert les « sept cités ».
Fernando Soto, le héros du Darien, lieutenant de Pizarro, monte une expédition : dix bateaux, mille hommes, trois cent cinquante chevaux. Après avoir fait escale à La Havane, l'expédition débarque en Floride. Il remonte vers le nord, traverse l'Alabama et le Tennessee, livre combat aux Indiens, travers le Mississippi et les grandes plaines de l'Oklahoma. Mais Soto meurt de fièvre et d'épuisement. Sa troupe continue, erre dans les immenses plaines de l'ouest américain, aborde le pied des Rocheuses, puis retourne vers le Mississippi qu'elle redescend jusqu'à son embouchure. Lorsque les survivants arrivent au poste de Panaco, ils ne sont plus qu'une poignée. Leur expédition, un exploit sportif, de cité point.
Pendant ce temps, Franscisco Coronado part en reconnaissance vers le nord et atteint Cibola avec un petit détachement. Il monte une expédition de mille hommes, avec bétail et matériel pour s'implanter en Arizona et au Nouveau %Mexique. Les villages indiens, constitués de vastes enceintes entourées de tours de guet, ressemblent aux cités tant recherchées. Les conquistadores soumettent les Pueblos dont le niveau de civilisation est à mi chemin entre les sociétés de chasseurs-cueilleurs et les Méso-américains. Mais Coronado sillonne sans succès la région à la recherche de l'or. Celui-ci est bien présent, mais enfoui dans le sol et ne sera découvert qu'au XIXème siècle.
Pendant son absence, les Indiens de la province de Jalisco dont il était le gouverneur, se révoltent. Le pays est mis à feu et à sang. Pedro de Alvarado, l'homme de Mexico, du Guatemala et du Riobamba projette de monter une expédition vers la Chine et les îles à épices à partir de la Nouvelle Espagne. Il intervient dans la province de Jalisco contre les guerriers Zacatecos. C'est son dernier combat.
L'aventure espagnole en Amérique du Nord prend fin avec le geste chevaleresque d'Alvarado. Jamais les Espagnols n'ont dépensé autant d'effort pour de si piètres résultats. Le bilan des expéditions dans le Nord du continent est négatif. La réalité de cette Amérique a échappé aux conquistadores. Ils n'avaient pas à faire à des Etats organisés, mais à des groupes de tribus. L'Amérique du Nord, découverte par les sujets de Charles Quint, leur échappe. Ce seront les retardataires anglo-saxons qui s'y établiront...
La conquête de l'Amérique centrale est effectué à partir des bases installées en Nouvelle Espagne et en Castille d'Or. Les mouvements des Conquistadores convergent vers le centre de l'isthme, ne laissant aucune possibilité aux Indiens d'échapper à la domination espagnole.
Gonzalo Pizarro monte une expédition (1541-1543) en direction des basses terres à partir de Cuzco ; il suit la Napo sur son cours jusqu'à son confluent avec le Maranon. Il fait construire un brigantin qu'il confie à Francisco de Orellana. Celui-ci se lance sur le fleuve, descend le Maranon, le rio des Amazones jusqu'au delta et parvient à Hispañola. En huit mois de navigation fluviale, il a joint le Pérou à l'Atlantique.
L'Eldorado et la route des épices vont aussi être cherchés à partir des côtes du Venezuela et de Colombie. Jimenez de Quesada, maître de la justice de la province de Santa Marta, est désigné pour conduire l'expédition qui remonte la Magdalena (1536). Il dispose de sept cents Espagnols, de tris mille Indiens et cent chevaux. L'expédition se distingue des autres par la personnalité de son chef : Quesada est austère, d'une piété minutieuse ; il incarne le saint laïque. Sur le haut plateau colombien, il entre en contact avec les Chibchas.
Les Chibchas sont installés sur les hauts plateaux de Bogota depuis des siècles ; leur civilisation était florissante et un pouvoir centralisateur commençait à poindre. Les tribus, commandées par des zipa, étaient regroupés au sein d'une confédération dont la pyramide était le zipa de Bogota. Les princes chibchas cumulaient le pouvoir politiqueet l'autorité sacerdotale.
Comme au Pérou, la division des chefs indigènes favorise l'action des conquérants. Jimenez de Quesada soumet successivement les rois colombiens. Bogota est prise et l'or des temples pillé.
Quelques temps après son arrivée à Bogota, Quesada est rejoint par deux expéditions (1537) :
Belalcazar abandonne la partie et rentre à Quito ; Federman cède son détachement à Quesada moyennant dix mille pesos d'or. Quesada rentre et donne à sa conquête le nom de Nouvelle Grenade.
La Guyane sera le tombeau de Diego de Ordaz (1531), le vainqueur du Popocatepetl, de Pedro de Ursua (1559) qui sera criblé de flèches devant Manaos. L'Espagne renonce à la Guyane, seule fissure dans le bloc hispano-américain, Brésil excepté.
Le rio de la Plata et la route du Pérou.
La baie du rio de la Plata constitue l'embouchure de Parana et de l'Uruguay, fleuves qui pénètrent dans le contient sud américain lorsque celui-ci se retrécit. Très vite les conquérants ont compris que la Plata pouvait offrir une route vers le Pérou plus courte que celle de Panama ou du détroit de Magellan.
Pedro de Mendoza, à la tête d'une importante expédition, aborde le rio de la Pata,fonde une ville, Nuestra Sénora Santa Maria del Buen Aire, la future Buenos Aires (1536). Son successeur Ayolas crée la ville d'Ascuncion au confluent du Paraguay et du Pilcomayor. Martinez de Irala qui le remplace en 1537 centralise l'administration de la colonie à Ascuncion, ne laissant à Buenos Aires que le minimum nécessaire pour assurer les liaisons avec l'ancien monde.
Cabeza de Vaca arrive à Ascuncion porteur d'une lettre de commandement qui l'autorise à chercher une route menant ver le Pérou. Pour atteindre Cuzco, il fut traverser le Chaco, les hauts plateaux boliviens et se frayer un cheminà travers les tribus errantes d'Amazonie et du Chaco. La tâche est difficile : une nature rebelle et des indigènes batailleurs. Irala évince Cabeza de Vaca et le renvoie en Espagne.
Il entreprend la traversée vers Cuzco qu'il atteint en 1550. Mais Irala est réprimandé par le vice-roi du Pérou, Pedro de la Gusca. Pendant l'absence d'Irala, la colonie d'Ascuncion était livrée aux luttes des factions opposant les partisans d'Irala et de Cabeza de Vaca ; Irala remet tout le monde au pas et gouverne pendant dix années la colonie. Ce n'est que peu avant son décès qu'il est confirmé dans son poste de gouverneur de la Nouvelle Estramadure.
La conquête du rio de la Plata est une oeuvre de longue haleine ; elle ne s'achèvera qu'au milieu du XVIIème siècle. En 1580, Juan de Garay relève les ruines de Buenos Aires et trace les plans en damier d'une ville moderne. Quatre cents ans plus tard, Buenos Aires est la ville la plus importante d'Amérique latine...
La conquête s'explique par le fait que chaque entreprise rebondit par le souvenir que les survivants en rapportent et lorsque la volonté cède au découragement, une nouvelle découverte vient, fort à propos relancer la machine.
Les conquêtes continentales ont été le fait d'entreprises individuelles ce qui a eu pour effet d'établir un système quasi féodal comme l'encomienda. Il faudra l'intervention de l'Etat, souvent au prix de luettes ardentes, pour que les Indiens soient mieux traités.
La conquête a mieux réussi là où existaient déjà des empires organisés. Lorsque l'Etat existe, les conquistadores peuvent se saisir des représentants du pouvoir et soumettre assez facilement les populations. Ils sont d'ailleurs très souvent aidés par les dissensions intérieures de ces empires
La conquête a été beaucoup plus compliquée lorsque ces mêmes conquistadores ont du affronter des sociétés sans Etat. L'absence d'un interlocuteur est un handicap pour prendre le contrôle des populations indigènes. Ces sociétés sans Etat, que ce soit en Amérique du Nord (sociétés indiennes de la forêts ou des grandes plaines) ou d'Amérique du sud (populations amazoniennes, du Chaco ou du bouclier guyanais) résisteront jusqu'à l'avancée du front pionnier qui occupe la totalité de l'espace disponible.
Les résultats politiques sont sans commune mesure avec les faibles moyens mis en œuvre. La supériorité technique - armement, chevaux - ne suffit pas à tout expliquer. L'habileté du chef est un facteur décisif. Cortès et Pizarro ont été de fins politiques, alliant à la fois force et diplomatie. Ils ont toujours fait preuve d'initiative et de décision. Ils ont su utiliser tous les moyens à leur disposition, y compris les moyens psychologiques, notamment les prophéties annonçant le retour des héros mythiques.
Quant aux Indiens, lorsqu'ils ont pris conscience de ce qui est en jeu, leur liberté et leur survie comme peuple, et qu'ils engagent la bataille décisive, c'est toujours trop tard.
Les « Indes, îles et terres fermes de la mer Océane » ne constituent pas une colonie de l'Espagne, mais un ensemble de nouveaux royaumes, égaux, en principe, aux royaumes péninsulaires. L'empire des Habsbourg d'Espagne n'est pas fondé sur l'inégalité du pacte colonial.
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