Elles sont de trois ordres :
L'apaisement des conflits internationaux (guerre de Cent ans, lutte entre les maisons de Castille et d'Aragon, etc.) et le rétablissement de l'ordre public (fin de la guerre des deux roses en Angleterre, de la lutte des Armagnacs et Bourguigons en France) constituèrent des circonstances favorables à une reprise générale de la vie économique. La courbe démographique recommence à croître, donnant ainsi aux activités une pulsion nouvelle. Mais les troubles politiques du XIVème siècle ont apporté des bouleversements durables à l'économie d'avant guerre.
Les anciens foyers de production ont décliné et de nouveaux se sont éveillés ; les routes des échanges se dont déplacées. La plus grande partie des marchandises provenant d'Orient n'empruntent plus les cols des Alpes pour atteindre les villes de foire d'Allemagne ou de Champagne. La nouvelle route est maritime et relie Gènes et Venise à Londres et Bruges par le détroit de Gibraltar. De la les marchandises partent vers les villes hanséatiques (Brême, Hambourg, Riga, etc.). Les villes de foire continentales périclitent alors que les ports de l'Atlantique (Séville, Lisbonne, Anvers) prospèrent.
L'emploi des bombardes (artillerie) pendant la guerre de Cent ans a encouragé la production et la transformation des minerais. On ne se contente plus d'utiliser les filons superficiels, mais on exploite aussi le sous-sol au moyen de mines articulées autour d'un puits vertical d'où partent des galeries horizontales. Cette exploitation du sous-sol est rendue possible en raison des progrès techniques qui permettent une ventilation des galerie et l'évacuation de l'eau grâce au système de la bielle-manivelle qui transforme un mouvement rotatif continu en un mouvement rectiligne alternatif. La production de minerais de fer, de cuivre, d'argent est multipliée par cinq dans la seconde moitié du XVème siècle.
Les techniques bancaire et commerciales se modifient :
Causes techniques et scientifiques.
Elles sont de trois ordres : géographiques, nautiques et navales.
La révolution géographique
Depuis le Vème siècle après J.-C., tous les savants savent que la terre est ronde. Bède le Vénérable (mort en 736) écrit dans son traité De la nature des choses « Que la terre est semblable à un globe » ; cet acquis n'a jamais subi la moindre contestation de la part de l'Eglise.
Les Arabes transmettent aux Européens les travaux de l'antiquité hellénistique : Hérodote, Eratosthène, Hipparque de Nicée, Strabon et Ptolémée (IIème siècle ap. J.-C.) qui a fait une synthèse de tous les travaux antérieurs. Sa Géographie est une vaste compilation destinée à l'établissement d'une carte du monde connu. Les cartes qui accompagnent l'édition de sa géographie au XVème siècle répandent l'idée que des côtes d'Europe, en faisant voile vers l'ouest, on atteindrait facilement l'Asie.
Les géographes arabes (Edresi - XIIème siècle - et Ibn Battuta - XIVème siècle) fournissent d'importantes indications sur l'Afrique, la péninsule arabique et l'Inde. D'autre part, à la suite des croisades, les Occidentaux entreprennent de grandes expéditions en Asie dont la plus connue est celle de Marco Polo en raison de son Livre des Merveilles dans lequel il décrit les richesses des pays traversés. La plupart des voyageurs de l'époque ont laissé leurs relations de voyages, et c'est grâce à la compilation de tous ces périple que des traités de géographie voient le jour.
Mais les connaissances sont erronées. Certains géographes, comme l'italien Toscanelli (1471) démontrent que les données sont fausses. Ceci est dû au manque de précision des instruments de mesure permettant de faire des relevés. L'Europe et l'Asie sont démesurément allongés vers l'est par rapport au méridien de référence (méridien des Canaries) ; la distance Asie-Europe par l'ouest s'en trouve donc fortementr accrue. Il est donc normal que la route vers l'ouest, pour rejoindre Cathay (Chine) et Cipangu (Japon) soit considérée comme plus facile.
La carte permet d'abord la conquête intellectuelle du monde avant d'accompagner et de guider son exploration ; les voyageurs, loin de partir vers l'inconnu, ont voulu vérifier dans les faits l'existence de mondes que la spéculation intellectuelle avait d'abord suscité pour dilater l'univers des mappemondes. L'entreprise de la découverte trouve dans la carte un objet conventionnel fondé sur des principes scientifiques et susceptible d'améliorations.
Cette révolution des connaissances géographiques se poursuit au XVIème siècle avec la mise au point du système de projection de Mercator qui permet de représenter sur une surface plane le globe terrestre. Cette découverte facilitera grandement la navigation. Mais en même temps que les connaissances géographiques augmentent, des découvertes techniques importantes révolutionnent l'art de naviguer.
Ces instruments de navigation permettent de s'affranchir de la côte et de pouvoir naviguer en pleine mer. Les nouveaux instruments permettent de partir le dos à la terre, ailleurs qu'en Méditerranée. (La Méditerranée est une mer fermée ; après quelques jours de navigation en gardant le même cap, on est certain de trouver une terre connue).
Les navigateurs peuvent s'orienter en pleine mer grâce à deux instruments : la boussole et l'astrolabe.
· la boussole est une invention chinoise apporté par les Arabes au XIIIème siècle ; un Italien a eu l'idée de monter l'aiguille aimantée sur un pivot et de loger le tout dans une boite. La boussole permet s'orienter et de garder un cap.
· Sous Jean II du Portugal (1455-1495), les mathématiciens du cap Saint-Vincent découvrent le moyen de calculer la latitude d'un lieu quelconque grâce à l'astrolabe. On mesure l'angle de l'étoile polaire avec l'horizon et l'on se reporte à des tables astronomiques.
Malheureusement les instruments de mesure du temps sont encore trop rudimentaires pour calculer correctement la longitude. Le seul moyen employé est le sablier de Vingt-quatre heure qui permet de déterminer approximativement le fuseau dans lequel on se trouve. Sur un long voyage, il était possible de se tromper de 20° (400 lieues).
Avec des cartes sommaires, une boussole et la possibilité de faire un point approximatif, les marins disposaient de quelques moyens fiables pour naviguer en haute mer.
Les nouvelles techniques navales : un nouveau type de bateau.
Les portugais inventent un nouveau type de bâtiment, plus trapu que la galère et plus fin que la nef : la caravelle, munie d'un gréement double (voiles carrées pour les allures au vent arrière, voiles latines pour naviguer vent debout). Le navire possède trois mâts, ce qui permet, avec les nombreuses combinaisons des gréements, de pouvoir se jouer des vents et de conserver le cap ; tous est dans la manière de manoeuvrer du capitaine.
La coque est construite « à carvel » avec des bois ajustés, bord à bord et d'impeccables calfatages, ce qui assure un glissement dans l'eau bien supérieur à ce que procurait la construction « à clin » c'est-à-dire en bois chevauchant.
L'utilisation du gouvernail d'étambot facilite la direction sans efforts du navire et lui permet d'emporter des cargaisons plus importantes. Cela signifie non seulement que les bénéfices tirés de chaque voyage seront plus importants, mais aussi que les expéditions pourront être de plus en plus lointaines à condition d'emporter suffisamment de vivres ou de pouvoir se ravitailler dans les comptoirs.
Une meilleure connaissance de la géographie générale et des routes maritimes au fur et à mesure des avancées, la mise à disposition d'instruments de navigation plus fiables et l'emploi de navires adaptés à la navigation hauturière constituent les conditions techniques qui permettent de se lancer dans l'aventure du grand large.
Les navigateurs portugais et espagnols, formés très souvent par les Génois, vont mettre à profit les courants marins et les vents dominants pour longer les côtes d'Afrique et chercher le passage vers les Indes.
Les grandes découvertes portugaises. L'aventure maritime portugaise commence dès que la Reconquista est terminée (1270) ; dès 1310, les Canaries sont atteintes par Lanzaretto Molocello, un génois au service de Lisbonne. Le but des expéditions portugaises est triple :
L'exploration atlantique et le doublement de l'Afrique
Ces voyages s'accompagnent de la mise en valeur des terres nouvelles, notamment des archipels et des terres africaines reconnues. Aux Açores, les Portugais développent la culture du blé, à Madère celle de la vigne et de la canne à sucre. Dès 1472, un convoi de sucre part pour la Flandre. Le sucre de canne est un produit particulièrement recherché comme les épices. Le seul moyen de sucré les aliments est le miel dont les quantités produites sont relativement faibles. C'est donc un produit particulièrement onéreux. La production du sucre a été une des causes essentielles des grandes explorations, puis de la mise en valeur de l'Amérique lorsque l'on s'est aperçu qu'il y avait moins d'or que l'on ne pensait. L'or des Amériques sera l'or roux, le sucre.
Le commerce avec les comptoirs de Guinée relève de la compagnie de Lagos. Celle-ci pratique un commerce triangulaire qui préfigure l'exploitation coloniale du XVIIème et du XVIIIème siècles.
La route maritime des Indes
En 1487, un an après que Barthémély Diaz ait doublé le cap de Bonne Espérance, le roi Jean II envoie Pedro da Couilha et Alphonse Paiva recueillir des renseignements sur l'Abyssinie (royaume du Prêtre Jean) et sur la route des Indes. Ils arrivent au Caire et, par la Mer Rouge, atteignent Aden où ils se séparent. Couilha est embarqué sur un boutre arabe, va en Inde à Canonor, Calicut et Goa puis retourne au Caire en passant par Sofala et Aden. Il fait parvenir à Lisbonne les renseignements obtenus sur la côte orientale africaine, la navigation dans l'Océan indien et la côte des Malabar. Apprenant le décès de Paiva, il reprend à son compte sa mission et se rend en Abyssinie d'où il ne peut sortir. IL s'y marie et y termine son existence. Grâce aux renseignements fournis, le roi du Portugal, Emmanuel le Fortuné, peut préparer une grande expédition.
Cette expédition est confiée à Vasco de Gama. Il quitte les bords du Tage le 8 juillet 14987 avec quatre navires. En novembre 1497, il double le sud du continent africain et se procure, à Mélina, des pilotes qui le mènent sur la côte de Malabar. Le 18 mai 1498, il est à Calicut et entre en relation avec le Zamorinde (souverain local). Les Arabes se rendent compte du danger que représente l'expédition pour leurs intérêts commerciaux. Vasco de Gama doit fuir vers Canonor où il peut avitailler ses navires et les charges d'épices et autres marchandises. Il retourne vers le Portugal et arrive à Lisbonne en septembre 1499.
L'acharnement portugais a payé : la route des Indes et des épices était ouverte. Mais au moment où cette victoire est obtenue, une grande partie de l'attention est détournée vers les terres nouvelles de l'ouest.
Les grandes découvertes espagnoles
Les voyages de Christophe Colomb
Christophe Colomb est Génois - ce qui ne signifie pas qu'il soit né à Gênes, mais plus probablement dans une cité sous domination génoise comme Calvi par exemple. Il fréquente les écoles où il s'initie à la cartographie. Il est à Lisbonne en 1476 et serait alors âgé de vingt-cinq ans. Il effectue des voyages dans l'Atlantique Nord, fait escale à Thulé (Islande) et 1477. Il complète son expérience pratique en effectuant plusieurs voyages vers les côtes de Guinée.
En 1484, il présente au roi Jean II du Portugal un projet pour se rendre à Cipangu par la mer océane. Sa proposition repose sur une idée vraie, la sphéricité de la terre, associée à une idée fausse : Cathay serait proche de l'Europe par l'ouest. Le continent eurasiatique faisant, d'après Ptolémé 225°, et Cipangu étant distant de Cathay de 30°, cela met Cipangu à 105° des côtes occidentales de l'Europe. Jean II fait examiner le projet par une commission qui le rejettent ; les savants portugais ne sont pas d'accord avec ses calculs. D'autre part la recherche d'une nouvelle route des épices par l'ouest imposait au roi Jean II d'abandonner tous ses efforts fait pour trouver la route du sud et de l'est. A la même période Bartholomé Diaz était parti pour doubler le sud du continent africain.
Colomb se rend donc à la cour des souverains catholiques d'Espagne, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon. Ces derniers sont occupés par la réalisation de l'unité espagnole et par la conquête du royaume de Grenade. Fin politique, Colomb introduit dans son projet un volet religieux : la conversion du grand Khan et une alliance contre les Turcs. Trois mois après la prise de Grenade, un accord est signé (traité de Santa Fé avril 1492) entre les souverains et le navigateur génois : Colomb aura le titre d'Amiral de la mer océane, ce qui fait de lui un Grand du royaume, la vice royauté pour lui est ses descendants des terres qu'il découvrira, le huitième des profits réalisés. L'expédition est montée grâce à l'aide des frères Pinzon qui avaient formé un projet analogue.
Le 3 août 1492, la petite flotte (Santa Maria, Nina, Pinta) appareille du port de Palos ; l'expédition fait relâche aux Canaries puis fait voile vers l'ouest. Le 12 octobre, un mois après avoir quitté les Canaries, la terre est en vue. Colomb prend possession au nom des Rois Catholiques de l'île de San Salvador (Guanahani dans les Bahamas). Il longe la côte de Cuba, découvre Hispaniola. Les rapports avec les indigènes sont excellents, mais point d'or ni dépices. Aucune de ces îles n'est Cipangu. Il est de retour à Séville début mars 1493 où il a droit à un triomphe. Le pape, par la bulle inter caetera du 4 mai 1493, déclare limiter le champ d'action des Espagnols « au terres fermes et îles découvertes ou à découvrir vers l'Inde ou tout autre part, au-delà du méridien passant à cent lieues ouest des Açores ».
Le 25 septembre 1493, Colomb mène une nouvelle expédition avec dix-sept navires. Il ne s'agit plus d'exploration, mais de colonisation. Il reconnaît les petites Antilles (dont la Guadeloupe), la Jamaïque et poursuit la connaissance de Cuba. Il rentre en 1496, mais toujours pas d'or, ni d'épices. Entre temps, Jean II, par le traité de Tordesillas (1494) a fait reporter de 270 lieues plus à l'ouest la ligne tracée par le pape espagnol Alexandre VI Borgia dans la bulle Inter caetera.
Colomb effectue un troisième voyage (1498) où il découvre l'embouchure de l'Orénoque. Il rentre à Hispaniola où il est démis de ses fonctions et rentre enchaîné en Espagne (1500). I réussit à se justifier et repart pour un quatrième voyage (1502). Ce voyage l'amène sur les côtes de l'Amérique centrale où il croit reconnaître des descriptions de Marco Polo. L'or y est plus abondant (civilisations mayas et aztèques). Il meurt en 1506, persuadé d'avoir découvert une nouvelle route des Indes.
L'Amérique.
En 1500, le navigateur florentin Amérigo Vespucci dirige une exploration à l'ouest de l'Orénoque. Le récit qu'il publie connaît un immense succès. La même année, le portugais Alvarès Cabral se laisse pousser par l'alizé vers le sud-ouest et aborde un rivage inconnu où il trouve des bois de teinture rouge (brazil, couleur de braise). Il reprend sa destination primitive pour rejoindre l'Inde par l'est.
En 1504 et 1505, Amerigo Vespucci prétend que l'on se trouve en présence d'un « nouveau monde ». Son idée est adoptée en 1507 par un géographe lorrain Waldseemüller qui propose le nom d'Amérique pour le nouveau continent. La preuve matérielle sera donnée en 1513, lorsque Balboa atteint les rivages du Pacifique après avoir traversé l'isthme méso-américain.
Les Européens ont découvert un nouveau continent. Or cette découverte, au lieu de résoudre le problème de l'or et des épices, pose des problèmes pour la conversion des indigènes et surtout l'exploitation économique des nouvelles terres. La découverte de Colomb a jeté un nouveau continent en travers de l'Europe et de l'Asie.
Le voyage de Magellan
Ce voyage dure de 1519 à 1522. Magellan est un gentilhomme portugais au service de la couronne d'Espagne. En 1520, il atteint l'actuel « détroit de Magellan ». Il est tué aux Philippines en 1521 par les indigènes. La flotte est ramenée en Espagne par son second, Sébastien del Cano. Le premier tour du monde a été effectué en 1522, apportant la preuve matérielle que la terre est ronde.
Le partage du monde
Pour le partage des terres, Portugais et Espagnols s'adressent au Pape. Alexandre VI Borgia signe le traité de Tordesillas en 1494. Le monde est partagé par le 47° degré de longitude ouest.
Après le voyage de Magellan, le traité de Saragosse (1529) fixe la seconde ligne de partage dans le Pacifique au 133° de longitude Est, avec une enclave espagnole pour les Philippines.
Avec ces traités, Espagnols et Portugais considèrent tous ceux qui découvrent des terres comme des corsaires. La Hollande, la France et l'Angleterre protestent. L'Espagne n'abandonnera ses prérogatives qu'en 1684 par la trêve de Ratisbonne signée avec la France.
1492 est l'aboutissement d'une série logique de choix et de refus, de possibilités et d'impossibilités géographiques, techniques, économiques et historiques. La découverte est due à la rencontre exceptionnelle du génie et de la nécessité historique. Elle a surtout été rendue possible par la symbiose dans laquelle vivaient les lettrés musulmans, chrétiens et juifs de la péninsule ibérique. Cette conjonction a permis une excellente connaissance des textes géographique de l'Antiquité. L'autre grand foyer de connaissance géographique est situé en Allemagne (Nuremberg) et c'est de cette région que sortira une autre « découverte », la Religion prétendue réformée et la naissance du capitalisme moderne.
Les découvertes ne procèdent pas du hasard ; elles reposent sur une volonté politique. Le basculement de la Méditerranée vers l'Atlantique a été voulu par les Génois qui se sont mis au services des rois portugais afin de lutter contre la suprématie vénitienne en Méditerranée. Pour réussir, il fallait trouver la nouvelle route vers les Indes. C'est ce qui a motivé les premières explorations.
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