L'aire des Plaines

Elles s'étendent sur plus de 3 000 km, de l'Alberta au Texas et leur uniformité n'est rompue que par quelques basses collines et par les rivières (simples filets d'eau ou torrent). La frontière vers l'ouest longe le pied des Rocheuses et à l'est, les vastes plaines des Woodlands.

La chasse aux bisons

Les bisons sont de grands voyageurs et les troupeaux pouvaient se déplacer sur de grandes étendues. C'est un animal qui peut mesurer jusqu'à 1,80 m à l'épaule et qui est riche en protéines ; il se laisse chasser facilement : les bisons pouvaient être effrayés et culbutés en masse par dessus des escarpements.
La chasse aux bisons exigeait un effort énorme lorsqu'il n'y avait pas encore de cheval. Les Indiens nomadisaient en suivant les troupeaux de bisons. Il fallait s'approcher d'eux pour pouvoir les tirer à 25 ou 30 m. Les hommes se réunissaient en février pour chasser lorsque les peaux destinées aux vêtements étaient les plus belles et en automne, lorsqu'après avoir pâturé tout l'été, la viande était la meilleure.
La chasse est étroitement supervisée par la société. Toute personne qui a semé une agitation prématurée parmi le troupeau voyait souvent son tipi brûler.
La population humaine des Grandes plaines s'élevait approximativement à 130 000 individus au moment de la découverte de l'Amérique.

La venue du chien-médecine (le cheval).

Vers 1540 apparaissent les premiers chevaux avec l’expédition de Coronado. Lorsque les Espagnols colonisent au début du XVIIème siècle les terres bordant le Rio Grande, il interdisent aux Indiens de se servir de chevaux. Mais une partie s’échappe et les Indiens effectuent des raids pour se les approprier. Vers 1640, les Apaches sont pourvus de montures et le cheval gagne peu à peu l’ensemble des Grandes plaines. Dès 1700, les Commanches se font connaître pour leur cavalerie légère.
Les chevaux donnaient l’occasion aux Indiens de se constituer des surplus de viande et de peaux qu’ils pouvaient troquer, dans certains villages des Woodlands, contre des produits manufacturés. En cent cinquante ans, le mode de vie a complètement changé : les Indiens peuvent désormais cerner les troupeaux et les suivre. Partout où le vison choisissait dorénavant d’errer, il était suivi, à la même vitesse par l’homme.
Les chevaux furent la clé d’une nouvelle vie ; leur possession devint une question de prestige et l’aptitude à les voler aux autres tribus une question d’honneur et matière à vengeance.

La vie dans les tribus caractéristiques de la culture des plaines.

Neuf groupes sont considérés comme représentatifs de la nouvelle culture des plaines : Blackfeet, Atsinas, Assiniboins, Teton Dakota, Crows, Arapahos, Cheyennes, Kiowas et Commanches. Dans cette nouvelle culture, la distance ne signifie plus rien pour qui possède des chevaux : les Blackfeet du Montana ont effectué des raids jusque dans l’Etat mexicain de Durango.
La nouvelle culture des plaines se caractérise par l’exploitation maximale du cheval et du bison, l’utilisation d’une tente en peau - le tipi - et l’institution d’une société masculine possédant sa propre discipline.
Le vêtement.

Le vêtement de base est le cache sexe et les mocassins ; les plus riches portent des jambières qui atteignent le haut des cuisses. Elles sont décorées et ornées à l'occasion des grandes fêtes. La robe de bison est l'élément vestimentaire essentiel des femmes ; les coupes diffèrent selon les tribus. Les plus belles sont décorées de perles, de coquilles, de dentales, de dents d'orignal. Le couvre-chef est en général inexistant. Les plumes fixées dans les cheveux des hommes ont leur importance : leur nombre, leur position, leur taille, leur couleur indiquent les exploit et les capacités de ceux qui les portent.
Pour avoir droit au bandeau de perles, il faut avoir fait acte de bravoure lors des guerres et des raids. Les plumes à embouts noirs de la queue du jeune aigle royal sont attachées à des boucles ; derrière la tête, un long morceau de peau ou d'étoffe peut soutenir plusieurs rangées de plumes. Cette coiffure de guerre fait aussi office de protection magique.
Jeune femme commanche

Coiffure sioux
Très souvent le guerrier devait piéger l'aigle royal ; après lui avoir pris les plumes de la queue, il devait le relâche indemne.
Etant donné la taille et la force de ses serres, un véritable combat opposait l'Indien à l'oiseau de proie.

La quête des visions

Les jeunes hommes recherchaient une protection spirituelle par la quête des visions. Le jeune Indien s’isolait, jeûnait en attendant les révélations des Esprits. Le contenu de ces visions ne les surprenait pas étant donné leur conditionnement culturel et l’aptitude de la mémoire à transformer les rêves en visions reconnaissables.
Les jeunes filles ne recherchaient point les visions ; pendant leur puberté, elles apprenaient les tâches féminines au contact des femmes plus âgées ; elles étaient choyées jusqu'à leur mariage. Leur travail consistait dans la cuisson des aliments, la préparation du pemmican (mélange de viande pillée et séchée et de cerises sauvages), la cueillette des baies, l’arrachage des racines. Elles préparaient les peaux pour les tipis, les vêtements et les mocassins.

La préparation des peaux.

Les peaux étaient tendues à terre ou sur un cadre ; toute trace de chair était enlevée à l’aide d’un grattoir en pierre, puis la peau égalisée en épaisseur. Pour assouplir la peau, il fallait la frotter avec un mélange spécifique puis la mettre à tremper dans l’eau. Les poils étaient alors ôtés avec un grattoir particulièrement effilé.
Onze à vingt peaux de bisons étaient nécessaires pour couvrir un tipi ; pour réaliser ces peaux et construire les tipis, l’entraide des femmes était indispensable.

Le mariage.

La règle interdisait tout mariage au sein d’un même clan. Les jeunes gens faisaient la cour aux filles lorsqu’elles allaient chercher de l’eau ou cueillir des baies. La meilleure façon d’acquérir la faveur des parents de la fille était de leur offrir des chevaux ; ceux-ci donnaient en échange une dot considérable. La polygamie était générale. Plus les performances de l’homme à la chasse étaient élevées, plus ses femmes devaient être nombreuses pour apprêter les peaux destinées aux commerçants.
Idéalement, l’homme épousait les soeurs de sa femme lorsqu’elles atteignaient l’âge du mariage. La chasteté était une vertu appréciée et la tradition voulait que l’on coupa le nez de la femme adultère.
Les hommes qui ne se sentaient pas à la hauteur du rôle de guerrier étaient revêtus de vêtements féminins et accomplissaient les tâches féminines ; ils étaient nommés berdaches.

La guerre

Les jeunes gens s'entraînaient très tôt à la guerre, mais pour les premières expéditions, ils n'avaient souvent qu'un rôle secondaire (cuisinier). La gloire personnelle, la capture de chevaux, la vengeance constituaient les causes principales de la guerre. La capture des chevaux devint un acte d'autant plus prestigieux que le voleur se montrait capable d'en offrir un grand nombre aux malchanceux. Dans tous les cas, la guerre était un flirt avec la mort. Les blessures, les prises de fusils et de scalps étaient autant d'exploits qui conduisaient à être estimé et respecté.
Souvent, un homme seul était à l'origine d'une expédition. Il constituait un groupe de guerrier qui partait avec l'approbation des aînés. Le but était de surprendre l'ennemi, que ce soit pour voler des chevaux ou prendre des scalps. En général, ils évitaient des pertes, à l'exception des Crazy Dogs (Chiens fous) qui avaient annoncé leur volonté de mourir.
Les prisonniers étaient soit torturés, soit adoptés. Au retour d'un raid, les Indiens revêtaient leurs parures et s'enduisaient de peinture avant de retourner dans leur village. L'une des caractéristiques de la vie des plaines était l'appartenance des hommes à une société qui comprenait différents échelons. Chaque société possèdait ses règles, ses devoirs, ses insignes, etc.
Guerrier Assiniboin

L'organisation socio-politique.

La vie politique n’était pas structurée ; les tribus pouvaient se regrouper en confédérations comme les Tetons (Titowas) qui comprenaient les Oglalas, les Hunkpapas, les Sihasapas, les Sans-Arcs, les Minicoujuos et les Two Kettles. Le terme de Lakota signifie « alliés ». Le « gouvernement des Cheyennes » était constitué par un conseil de 44 membres représentants dix bandes différentes.
Les problèmes posés par l’approvisionnement en nourriture pour ces populations nomades nécessitait une grande dispersion, donc une vie en bandes regroupant quelques familles ou les partisan d’un chef particulier.
Les fonctions de chef de guerre et de chef de paix étaient séparées.
Les personnes âgées étaient respectées et les grands parents jouaient un rôle important dans l’éducation des enfants. Quant aux personnes à mobilité réduite, ils constituaient un handicap pour ces sociétés nomades ; les infirmes pouvaient être abandonnés ou tués par un de leur fils sans que cet acte leur soit reproché.

Sioux : exposition du défunt à l'ensemble du village avant qu'il ne soit brûlé La mort donnait lieu à de grandes démonstrations d'affliction. Les funérailles étaient rapides car le âmes des défunts recherchaient de la compagnie pour leur dernier voyage.

Le sacré.

Jeune Sioux effectuant la danse du Soleil A l'automne, lorsque les tribus se regroupaient pour la chasse aux bisons, ils pratiquaient la danse du soleil où ils rendaient grâce au Grand Esprit. La cérémonie était organisée par une veuve de guerre. Un tronc d'arbre sacré constituaite l'élément central du lieu de culte. Il se trouvait au centre d'une structure circulaire et à son sommet se trouvait un poupée, représentant les Hommes. La cérémonie durait huit jours pendant lesquels les participants adoraient le soleil.
Le concept de sac-médecine (paquets d’objets vénérés) symbolisait le pouvoir surnaturel. Ces sacs appartenaient soit à des bandes, soit à des individus. La garde ou la possession de ces sacs nécessitait une initiation.

Les tribus de village

Les tribus limitrophes des Grandes Plaines (Mandarans, Hidatsas, Arikaras) possédaient une double culture, celle de la Grande Plaine et des Woodlands. La variole qui avait sévi au début du XVIIème siècle les a réduit à une poignée ; ils ont complètement disparu.

Le chemin menant à Little Bighorn.

Orientée vers la chasse et la guerre, la culture des Plaines a lutté pendant trente années pour subsister, mais elle a finalement été vaincue.
Les guerres indiennes ont eu pour but de débarrasser les territoires de maraudeurs indiens, de les écarter des vastes régions afin de les destiner aux migrants Blancs. Cette politique a conduit à une succession de traités où les Indiens ont été cantonnés dans des réserves de plus en plus réduites. Ces traités reposaient sur un double malentendu : Indiens et hommes blancs agissaient selon leur culture, ce qui rendait un conflit inévitable. La guerre a cessé officiellement le 16 janvier 1891 ; les Indiens étaient définitivement vaincus, parqués dans des réserves et une politique d’assimilation allait être pratiquée, niant toute spécificité indienne.