L'aire du Sud-Ouest

C'est dans cette zone, la moins fertile de tout le continent, que s'est épanouie la seule civilisation nord-américaine dépendant exclusivement du maïs. La région est bordée au nord par les Etats actuels de l'Utha et du Colorado ; elle n'a pas de limite au sud, si ce n'est la frontière avec le Mexique. Les températures oscillent entre 17 et 32°C et les précipitations sont partout inférieures à 500 mm/an.
Pendant trois ou quatre mille ans, les populations du sud-ouest ont vécu en accord avec la culture du désert ; les hommes ramassaient les graines, les racines et les fruits, piégeaient du petit gibier. Vers 2 000 av. J.-C., un maïs d'une variété primitive était apparemment cultivé et un millénaire plus tard, haricots et courges venaient confirmer ce penchant pour l'agriculture.
Aire du Sud-Ouest

Les Mogollons

L’habitat type est semi enterré, composé d’une superstructure en rondins et de terre. La maison est généralement rectangulaire, les fondations creusées dans le sol à 1 m de profondeur. De solides rondins, fixés verticalement dans la fosse, soutenaient les chevrons ; des rondins plus petits, enfoncés dans la terre constituaient le mur. Les villages comprenaient quelques maisons construites dans une zone facilement défendable.

Les Hohokams

Le groupe Hohokam est originaire de l’Arizona ; il ne diffère pas beaucoup des Mogollons (vêtement, habitat). Leur mode de vie est entièrement axé sur l’agriculture grâce à leurs connaissances de l’irrigation. Pour cela, ils exploitaient les ressources de la Gilda river et de ses affluents.
Cette culture donna naissance à quelques villes et à de nombreux villages. Des contacts eurent lieu avec les populations méso-américaines comme l’atteste la présence de terrains de jeu de balle, d’aras et de tumulus.

Les Anasazis ou Puebblos

Ils vivent essentiellement dans les canyons des cours d’eau qui creusent le plateau désertique. La culture de petites quantités de maïs et de courges, ainsi que leur type particulier d’habitat les distinguent des précédents.
Habitation des Pueblo
La maison de base est une grande pièce rectangulaire, construite à partir de pierres disponibles, entassées dans un mortier d'adobe. Des chevrons en pin soutenaient la toiture. A l'origine, chaque pièce accueillait une famille ; ces pièces rectangulaires pouvaient être assemblées pour loger ensemble des groupes apparentés ou clans. Dans certains endroits, les pièces pouvaient être superposées comme à Pueblo Bonito.
Le terme espagnol de pueblo (petite ville) caractérise le dernier type de construction anasazi. Ces grands ensembles avaient pratiquement disparus lorsque les Espagnols arrivent, en 1539, dans la région, le franciscain Marcos de Niza (Nice) et Esteban, le Maure du voyage de Cabeza de Vaca


A partir du XVIIème siècle, la présence espagnole se fait plus pressante, notamment par l’intermédiaire des missions. L’attitude des franciscains qui sanctionnaient les Indiens qui ne se rendaient pas à l’office eut pour conséquence la grande révolte de 1680 où plus de 400 Espagnols furent massacrés. Pendant douze ans, le Nouveau Mexique est resté vide de tout colon et moine blanc. Lorsque la colonisation reprend, le clergé, composé essentiellement de jésuites, se montre plus tolérant. Les Pueblos du Rio Grande purent ainsi, sous des dehors chrétiens, conserver leurs propres observances sacrées.
La vie familiale des Pueblos de l’ouest est régie par les règles matrilinéaires ; chaque individu appartient au clan de sa mère ; le mariage à l’intérieur du même clan est proscrit ; il relève de l’inceste. Les maisons et les champs sont la propriété des femmes. La résidence est uxorilocale, mais très souvent l’homme part vivre chez sa mère pour s’acquitter des obligations religieuses propres à son clan.
La lignée revêt une importance moindre pour les Pueblos de l’est. Les clan sont moins influents et remplacés par des associations qui jouent un rôle similaire, mais dont les bases ne reposent pas sur la parenté. La monogamie est de règle, tant chez les païens que chez les chrétiens.
La religion repose sur une multitude de puissances, dotées chacune de pouvoirs particuliers. Les Pueblos paient pour que leurs prières se réalisent et si un incident survient, c’est parce qu’ils n’ont pas agi selon les formules prescrites. Chaque lignée, chaque clan possède ses propres devoirs, rituels, privilèges et restrictions.
Les êtres surnaturels les mieux connus sont les kachimas ; ils sont représentés par un corps humain pourvu d’une tête surréaliste. Tous les garçons sont initiés entre 5 et 9 ans au culte des kachimas. Cette initiation est douloureuse, car le postulant est fouetté par un kachima pour lui inculquer le respect dû aux aînés. A l’âge de 14 ans, le garçon reçoit une nouvelle série de coup de fouets et devient officiellement membre du groupe religieux de son parrain ; il apprend du même coup que les kachimas sont des hommes déguisés.
Chaque groupe possède ses propres masques qui recouvrent entièrement la tête. Trois fois par an, les kachimas dansent dans le pueblo pour rendre les gens heureux et leur promettre des pluies abondantes. Les danses constituent le point culminant des cérémonies.
La danse du serpent est célébrée à la fin de l'été ; elle est destinée à faire tomber la pluie. La cérémonie s'étale sur neuf jours. Les hommes partent en brousse à la recherche de serpents dont des crotales. Tous les serpents attrapés sont gardés dans un local spécifique, la riva du serpent. Le neuvième jour, au coucher du soleil, les prêtres serpents se saisissent d'un serpent, le tiennent en son milieu dans leur bouche et dansent avec lui. Puis, d'une secousse de la tête, ils le jettent à terre ; un apprenti-prêtre le saisit et le place au centre d'un cercle de farine de maïs où les serpents restent jusqu'à la fin de la cérémonie, c'est-à-dire jusqu'à ce que tous les serpents aient dansé. Puis chaque prêtre-serpent vient vers ce cercle, attrape le plus grand nombre de reptiles et court vers la vallée où il les libère. Il passe la nuit sur la mesa et absorbe des émétiques puissants pour purifier son corps

Les Pimas

Paysage de la Vallée de Feu
Ils vivent sur les plateaux du bassin de la Gilda river et de ses affluents, là où les précipitations annuelles sont inférieures à 200 mm, mais où le limon apporté par les cours d'eau permet deux récoltes annuelles de maïs (juin et octobre). C'est la contrée des anciens Hohokans.
Les vêtements étaient réduits à leur plus simple expression : cache-sexe et jupe d'écorce.
Les Pimas menaient une vie sédentaire dans des villages permanents. L'habitat est constitué de huttes en terre sans ouverture sommitale, les murs sont constitués de poteaux verticaux reliés par un adobe. Ils utilisaient les anciens canaux d'irrigation des Hohokans, mais la cueillette jouait un rôle important : l'aliment le plus important qu'ils tiraient du monde végétal est la graine de prosopis et le cœur comestible de l'agave.

Les Pimas pêchaient et chassaient, au risque d’être massacrés par les Apaches lorsqu’ils allaient sur leurs terres. Des observances rituelles très strictes étaient nécessaires pour s’assurer de bonnes chasses ultérieures. Il fallait apaiser l’esprit des victimes, quelles qu’elles soient : celui qui avait tué un animal à la chasse ou un ennemi à la guerre devait observer un jeûne de seize jours dans un lieu isolé afin d’être purifié et de ne plus représenter un danger pour son entourage.
Les Pimas étaient patrilinéaires ; chaque village était dirigé par un gardien de la fumée, dont la principale activité consistait à s’assurer de la bonne marche des cérémonies. La principale expression de leur art résidait dans la vannerie.

Les Yomans.

Ils occupent la région de Colorado river ; ce ne sont pas des nomades à proprement parler, bien qu'ils se déplacent avec leurs maisons. La filiation est patrilinéaire et les chefs possèdent quelques pouvoirs.
Les Huvasupais vivent dans le Cataract canyon où ils travaillent la terre et récoltent les légumes (maïs - haricot - courge) de juin à septembre ; à l'automne, ils quittent le canyon pour vivre, pendant l'hiver, de chasse et de cueillette sur le plateau.
Mohaves et Yumas vivent dans les plaines inondables du Colorado. Les vêtements sont inexistants, la température variant de 40 à 48°C. Pendant la saison froide, ils utilisent des couvertures de peau de lapin.
Grand Canyon

Mohaves et Yumas considéraient la guerre comme essentielle à leur équilibre. Les expéditions guerrières étaient organisées par un homme qui avait rêvé de l’étoile du matin. Les jeunes filles capturées étaient adoptées ou vendues comme esclave ; ils ne faisaient aucun prisonnier mâle. Tous ceux qui avaient manipulé un scalp devaient se purifier par des rîtes très stricts.
Lors des funérailles, biens, maison et corps du défunt étaient brûlés ensemble.

Les Apaches

Le nom « apache » signifie ennemi pour les Zunis. Ils sont, avec les Navajos, les derniers arrivants dans la région. Quant à eux, ils se nomment « le peuple » en dialecte Na-déné, dénonçant ainsi leur appartenance aux tribus du Nord.
Ces populations de langue athabascan semblent avoir fait partie des derniers immigrants venus d'Asie ; au Xème siècle, des bandes quittent le territoire subarctique et s'établissent dans les grandes forêts plus méridionales. Certaines continuent leur progression au delà des grandes plaines et s'associent aux Kiowas pour chasser le bison.
Ils s'installent au Nouveau Mexique et au Texas peu avant la découverte de l'Amérique. Ils se divisent en Apaches de l'Est (Jicarillas et Mescaleros) et en Apaches de l'Ouest (Arivaipas, Chiricahuas, etc.)
La nature toute entière était exploitée par ces tribus nomades turbulentes pour survivre ; seul le poisson était tabou. Les Apaches s'adaptaient facilement à leur environnement et incorporaient les habitudes des populations autochtones. Leur alimentation de base était composée de viande et de haricots de prosopis.
Les règles de la vie sociale étaient très strictes. Un homme épousait les plus jeunes soeurs de sa première femme et la veuve, le frère de son mari décédé. Les hommes avaient interdiction de parler à leurs belles soeurs.
Les Apaches se regroupaient en bandes pour effectuer des raids. Les chevaux ont constitué un des principaux objectifs de ces raids ; ils étaient à la fois un moyen de déplacement et un garde manger : la viande de cheval était couramment consommée.
La guerre entre Apaches et Américains commence réellement en 1860 lorsque les colons tentent de s'emparer du chef chiracahua Cochise ; elle prendra fin en 1886 lorsque Jéronimo se rendra.
Huttes Apaches


Les Navajos.

Indiens Navajo
Les Espagnols les découvrent en 1629 près du pueblo tewa, à Nabajo d'où leur nom de Navajo ou Navaho. Ils vivent de chasse et de cueillette et ont éliminé les autochtones de la région. Installés à proximité du Rio Grande, ils effectuaient de nombreuses incursions en Nouvelle Espagne.
Lorsque les tribus indiennes, chassées par l'avance espagnole, s'installent dans la région contrôlée par les Navajos, ces derniers les assimilent par les mariages inter-tribaux. Les nouveaux venus apportent des techniques et des idées nouvelles qui vont être exploités de telle sorte que le mythe de naissance des navajos se transforme et fait remonter la naissance de la tribu au début de leur présence dans le Sud-Ouest.
Les Navajos adoptent le système matriarcal cher aux populations agricoles.
La maison navajo est le hogan à structure conique faite de rondins ; le sol est creusé sur 30 cm pour laisser courir une banquette tout le long des parois extérieures. Un orifice est pratiqué dans le toit pour laisser échapper la fumée. L'ameublement est des plus sommaires : couvertures, qui pendant longtemps ont été recherchées pour la qualité de leur tissage et leur beauté, ainsi que des peaux de moutons.