Les Aztèques


Tête guerrier Mexica

Plan

  1. Le Mexique avant les Aztèques
  2. L'installation des Aztèques dans la vallée de Mexico
  3. La religion
  4. Tenochtitlan, capitale de l'empire aztèque
  5. L'organisation sociale et politique
  6. La situation économique
  7. Les arts et lettres
  8. Situation à la veille de l'arrivée des Espagnols.

Pierre à sacrifice gladiatoire


Peuple conquérant, les Aztèques se sont rendus maître de la plaine de Mexico puis ont conquis d'autres populations de la région. Leur position hégémonique dans la région était récente; ceci explique que de nombreux indigènes aient aidés les Espagnols dans leur lutte contre les Aztèques ; ils voulaient retrouver leur indépendance perdue..
Après avoir présenté le Mexique avant les Aztèques, il convient d'étudier l'installation de ce groupe nomade dans la région de Mexico, son organisation politique et sociale centrée autour de la guerre et de la religion les hommes doivent nourrir les dieux pour assurer la marche du monde.

Le Mexique avant les Aztèques

Quatre grande périodes précèdent l'arrivée des Aztèques au Mexique :

L'installation des Aztèques dans la vallée de Mexico.

Une tribu chichimèque se met en marche vers le sud, conduite par ses prêtres ; ils transportent leur dieu Huitzilopochtli qui guide leur migration. Ils sont considérés par toutes les populations qu'ils rencontrent comme des sauvages ; ils sont chassés de toutes les terres où ils veulent s'établir malgré un esprit d'adaptation, d'ingéniosité et de courage peu commun. En deux cents ans, ils se rendent maîtres du Mexique.
Vers 1325, ils sont arrivés dans la vallée de Mexico et la prophétie de Huitzilopochtli s'accomplit : leur migration doit s'arrêter le jour où ils verront un aigle se tenant sur un cactus et dévorant un serpent. Cette vision leur apparaît dans un groupe d'îlots inhospitaliers perdus au milieu des marécages de la lagune de Texcoco. Ils s'y fixent et se nourrissent de ce que fournit le lac.

Ils se louent d'abord comme mercenaires auprès du souverain tépanèque d'Atzcapotzalco qui leur accorde sa protection. Mais très rapidement, les Tépanèques craignent avec raison pour leur sécurité ; ils sont défaits par les Aztèques. L'ordre aztèque s'installe dans la région.
Dès 1425, le tlacatecuhtli (souverain) Itzacoatl commence la conquête des rives de la lagune et met sur pied la confédération aztèque, base de l'Empire. Vers le milieu du XVème siècle, les armées confédérées atteignent le golfe du Mexique ; à la fin du siècle, elles ont dépassé l'isthme de Tehuantepec et les confins de Michoacan. Enfin, vers 1500, les Aztèques bordent le Rio Panuco au Nord, ont pénétré dans le Chiapas au Sud pour atteindre l'actuel Guatemala.

La religion

L'ordre aztèque repose sur la notion de peuple élu de Huitzilopochtli, créés pour le nourrir et faire vivre le monde. La nourriture nécessaire et indispensable est « l'eau précieuse », le sang. Les hommes sont contraints de recommencer éternellement le sacrifice divin pour que le monde vive.
La caractéristique de la religion aztèque est constituée par cet extraordinaire fleuve de sang dans lequel baigne tout le Mexique. Toutes les formes de sacrifice sont pratiquées (pendaison, crémation, etc.) mais les plus fréquentes sont l'arrachement du cœur sur la pierre de sacrifice. Ces sacrifices semblent avoir été acceptés par les futures victimes car le genre de vie qui les attendait dans l'autre monde dépendait de la manière dont ils avaient trépassé ; la mort la plus glorieuse était celle reçue au combat ou lors des sacrifices. Ils devenaient alors compagnons de l'Aigle, du Soleil. Il en résulte que les Aztèques n'avaient aucune idée de responsabilité personnelle, de respect d'une loi morale, de récompense ou de châtiment
La religion aztèque se caractérise par un polythéisme illimité. Les principaux dieux sont

Huitzilopochtli c'est le jeune Soleil du printemps, le dieu de la guerre ; sa forme animale est l'aigle. Il est souvent représenté sous la forme d'un oiseau-mouche ou d'un guerrier portant armure et un casque à plumes de colibri. Durant le quinzième mois de l'année, de nombreuses cérémonies se déroulent en son honneur : les prisonniers de guerre et les esclaves qui lui sont consacrés étaient plongés dans un ruisseau sacré, puis immolés sur la pierre sacrificatoire du temple principal. Il a besoin d'une nourriture quotidienne, le sang et le cœur des humains. Son grand prêtre est, avec celui du dieu Tlaloc, le chef du clergé aztèque.

Tezcatlipoca, le Soleil d'été, le mûrisseur des moissons, le dieu de la musique et de la danse. C'est l'ancienne divinité toltèque qui a chassé le prêtre-roi Quetzalcoatl de sa principauté de Tula. Sa forme animale est le jaguar. A l'époque aztèque, Tezcatlipoca est au faîte de la hiérarchie divine. Il est celui qui voit tout, qui sait tout. Il est souvent représenté avec un miroir à ses pieds.

Tlaloc est le dieu de la pluie. Ses traits ressemblent curieusement à ceux de Chac, dieu maya de la pluie. Tlaloc avait été la principale divinité des tribus agricoles du Mexique central, jusqu'aux invasions des tribus nomades du Nord. Le syncrétisme aztèque a placé Tlaloc au sommet du panthéon. Son temple est au même niveau que celui d'Huitzilopchtli, sur la grande pyramide de Technotitlan. Quant à son grand prêtre il possède une autorité, un titre et un rang égaux à ceux du grand prêtre du dieu Soleil. Il est fort redouté : il peut aussi bien envoyer la pluie que la sécheresse ou la famine ; c'est la divinité principale des premiers occupants.

Quetzalcoatl désigne le Serpent à plumes. On en trouve des représentations à Teotihuacan (IIIème - VIIIème siècles) : c'est le dieu de la végétation, la divinité de la terre et de l'eau. Il est souvent associé à Tlaloc. Avec l'émigration des tribus du Nord, le culte de Quetzalcoatl subit des changements fondamentaux : il devient le dieu de Vénus, l'étoile du matin. Son temple était le centre de la vie rituelle à Tula. A l'époque aztèque, il est le chef des prêtres, l'inventeur du calendrier et des livre. Il ne veut pas de vies humaines, mais des serpents, des oiseaux et des papillons. Lorsqu'il est chassé de Tula par Tezcatlipoca, il s'embarque sur un radeau et disparaît à l'est, promettant de revenir ; de là vient la croyance de son retour l'année Un Roseau. Quetzalcoatl est souvent représenté sous les traits d'un homme barbu : Cortès et ses compagnons abordèrent les côtes du Mexique en 1519, l'année du Roseau. Les conquistadores étaient barbus...N'étaient-ils pas Quetzalcoatl avec leurs chevaux, leurs armures et leurs barres de feu ?

Le syncrétisme religieux est parfaitement développé. Si Huitzilopochtli est bien la divinité du clan des Aztèques, les autres grandes divinités du panthéon sont originaires des populations méso-américaines tombées sous la dominatin aztèque. Ils se sont appropriés les divinités de ces puples, des dieux essentiellement agraires. D'autre part, tous les dieux présentent des caractéristiques solaires ou sidérales ; ce sont des forces de la nature, réparties suivant les treize points de l'espace selon trois plans : le plan terrestre, le plan du zénith, le plan du nadir, chacun possède quatre directions et un centre.
Les Aztèques expliquent le monde par des mythes : les cinq mondes, la création du soleil, etc.
Enfin, dans la nature s'agite une quantité de petits dieux, de lutins et d'esprits.

Tenochtitlan, la capitale de l'Empire aztèque.

Plan de Mexico

Lorsque Cortès arrive à Mexico, en 1519, il est émerveillé par la ville. Les architectes avaient réussi à tirer des prodiges de la lagune. Pour se procurer de la terre à cultiver, ils avaient construits de petits radeaux sur lesquels était entassée la boue prise au fond du lac. Ces radeaux se fixent peu à peu au sol avec l'assèchement de la lagune. Celle-ci était irriguée par un grand nombre de canaux qui servaient de voie de communication.
Mexico est une ville maginfique constituée par un ensemble de palais, de temples, de jardins. La ville de Technotitlan comptait près de 500 000 habitants. Le plan de la ville est inspiré par le soleil et les points cardinaux. Là où les deux principales voies se coupent à angle droit se trouvait le centre administratif et religieux de la ville : temples au sommet de pyramides à terrasses avec fossés et levées de terre, palais, places, etc. Les habitations individuelles étaient constituées le plus souvent de cabanes en branchages, à une seule pièce, avec grenier attenant. Quelques rares maisons étaient en pierre.

La ville est divisée en vingt quartiers, chacun affecté à un clan. Chaque clan dispose de ses terres, de sa maison commune, de ses divinités particulières, de ses cérémonies religieuses, de son administration propre. A sa tête, un conseil de vieillards décide de tout, attribue les terres, juge les affaires graves et élit les fonctionnaires. Le principal fonctionnaire est le calpullec, toujours pris dans la même famille ; il surveille la répartition de terres, l'état des greniers collectifs, veille à la culture des champs, notamment ceux destinés au paiement de l'impôt, commande les contingents militaires, rend la justice et défend son clan devant l'autorité supérieure. Les capulli sont regroupés par cinq dans une sorte de fratrie. Ces fratries étaient au nombre de quatre correspondant aux points cardinaux et fournissant chacune son chef militaire, un des quatre grands dignitaires qui entourait le roi. L'espace est entièrement organisé.

L'organisation sociale et politique.

La cellule familiale de base est le clan. Les chefs de famille se réunissent en assemblée et élisent le chef de clan qui est toujours pris dans la même famille. Les terres appartiennent collectivement au clan. L'Assemblée du clan attribue les parcelles à chaque homme marié qui dispose de l'usufruit, mais il est tenu de cultiver les parcelles qui lui sont attribuées. L'organisation est à la fois démocratique et égalitaire.
L'assemblée des chefs de clan décide pour la tribu (les Aztèques qui se désignent par le terme de Mexica). Ils élisent un chef suprême, le tlacatecuhtli, toujours pris dans la famille d'Acamapichtli et dont les pouvoirs sont quasi monarchiques.
Tout homme destiné à faire la guerre afin de procurer les victimes nécessaires aux sacrifices humains. Lorsque le guerrier a fait quatre prisonniers, il passe à la classe supérieur des Tequiva. Il peut alors devenir fonctionnaire (tecuhtli) ou seigneur. Il est récompensé au moyen de terres que les paysans cultivent à son profit et au moyen de tissus, de vêtements et de vivres donnés par le tlacatecuhtli ; ils proviennent de l'impôt des citoyens et du tribut des citées vaincues. La noblesse n'est pas encore héréditaire ; le courage est source de dignité.
A partir de la seconde moitié du XVème siècle se constitue un véritable Empire ; l'état de la société se modifie. Le tlacatecuhtli n'est plus élu par l'assemblée des chefs de clan, mais par un collège électoral de conseillers, de dignitaires et de prêtres dont une partie qu'il a désignée ; l'autre partie se recrutant par cooptation. Le pouvoir vient d'en haut. Une aristocratie se crée et devient héréditaire. Les fils de tecuhtli bénéficient d'une éducation supérieure particulière au sein de couvents spécialisés. Ils transmettent à leurs enfants le terres que le gouvernement leur a données en usufruit en guise de traitement.
Un domaine privé se constitue au détriment du domaine public ; ces grandes propriétés sont cultivées par des sortes de serfs, cultivateurs d'origine incertaine à qui le tecuhtli attribue une tenure en échange de redevances et de corvées. La fortune terrienne s'ajoute à une certaine fortune mobilière.
Au sein de cette société essentiellement militaire et religieuse s'est constituée une classe mercantile. Une corporation de marchands, disposant du monopole du commerce extérieur, se met en place. Ces commerçants exportent des produits fabriqués avec les matières premières livrées comme tribut ; ils importent les produits de luxe. On est marchand (pocheta) de père en fils ; mais le pocheta ne peut devenir tecuhtli. Ces marchands sont non seulement des trafiquants chargés de parcourir l'Empire en rapportant des matières précieuses, mais aussi des espions qui observent pour le compte du tlacatecuhtli tout ce qui se passe dans les provinces. A l'étranger, ils représentent l'avant-garde de la conquête militaire aztèque, car très souvent ils renseignent sur l'état des société étrangères et provoquent des troubles dans les citées qui sont l'objet de visées de la part des souverains de Tenochtitlan.

La situation économique.

Les Aztèques connaissent le cuivre ; ils savent le travailler et en faire des outils : pointes de lances naturellement, mais aussi faucilles, et autres outils nécessaires à l'agriculture et à la construction.
Les conditions climatiques (pluies d'été faibles et irrégulières) ne sont pas favorables à une agriculture d'autosubsistance. L'exploitant individuel doit dominer une nature hostile et les onéreux travaux d'irrigation ne sont possibles que dans des sociétés organisées.
L'économie, précaire lors de l'établissement dans la lagune, est devenue plus florissante notamment en raison des tributs payés par les cités vaincues ou alliées. Celles-ci devaient fournir les aliments de base de la nourriture aztèque ; alimentation reposant sur le complexe maïs - haricots - courges - piments. La viande est assez rare (dindon, chien et oiseaux) ; les eaux fournissent le poisson.
La création d'une importante classe de marchands a pour origine le besoin de se procurer des ressources complémentaires ; mais le système engendre, de lui même, une fuite en avant. Compte tenu de l'immensité du pays (de nombreux espaces vides), de l'absence de moyen de communication (les Aztèques ne connaissent pas la roue et il n'y a pas d'animal de bât), chaque expédition tourne rapidement à l'entreprise militaire : les caravanes sont souvent attaquées et les commerçants doivent se défendre.

Les arts et lettres.

Les Aztèques sont les héritiers d'un long passé ; ils accordent une importance extrême à l'astronomie. Le calendrier embrasse un cycle de trois années.
Leur écriture pictographique est en pleine évolution au moment de la conquête. Si de nombreux documents ont été détruits, certains ont pu être conservés.
Les arts plastiques présentent un caractère originaire et inimitable.

L'architecture aztèque descend en droite ligne de celle de Tula. Mais le syncrétisme culturel et religieux des Aztèques se manifeste dans la construction du grand temple : au sommet de la même pyramide s'élèvent les deux sanctuaires de Huitzilipochtli et de Tlaloc ; quant au sanctuaire de Quetzalcoatl, il est de forme cylindrique et se conforme au modèle huaxtèque.
La statuaire et la sculpture possèdent une puissance extraordinaire ; la plupart des oeuvres se rattachent au symbolisme religieux et cosmique. D'autres sculptures sont destinées à commémorer des événements historiques.
Les Aztèques ont réussi des travaux d'orfèvrerie d'une finesse remarquable ; ils ont ciselé des pierres dures pour en faire des bijoux représentant des divinités. Les ouvrages de plumes, dont les conquérants ont tous célébré à l'envi les merveilleuses couleurs, ont malheureusement disparues.

Situation à la veille de l'arrivée des Espagnols.

Cet Empire est récent et il s'est rapidement constitué, ce qui a nuit à sa solidité. Les vaincus n'attendent qu'une occasion pour se soulever, pour éliminer cette puissance dangereuse.
Mais le ver est aussi à l'intérieur. La société aztèque repose sur un sentiment égalitaire extrêmement poussé. Chaque Aztèque peut s'élever, dans la société, en fonction de ses mérites guerriers. La constitution d'une aristocratie héréditaire bouche toute possibilité d'accéder aux charges et bénéfices. D'autre part, le commerçant commence à suppléer le guerrier.
Il est donc fort probable qu'une crise morale et religieuse couvait. Monctezuma cherche à faire abandonner le caractère sanguinaire de la religion et il l'oriente vers Quetzalcoatl, le Serpent à plumes qui refuse les sacrifices.
La chute de la société aztèque résulte de l'inadéquation entre des principes audépart égalitaires qui en font une société ouverte et la pratique qui en résulte et qui se caractérise par une société figée, fermée. La pratique est contraire à l'idéologie de départ, ce qui crée une crise morale qui fragilise la société aztèque.