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L’Empire inca (Tahuantinsuyu) a été fondé en deux siècles ; il a été anéanti en quelques jours par 200 Espagnols. Le souverain, l’Inca, est la clef de voûte de l’Empire, ce qui explique à la fois sa puissance et sa fragilité : l’empire s’est effondré lorsque Pizzare s’est emparé d’Atahualpa à Cajamarca en 1531
La civilisation inca n’est pas apparue de manière spontanée ; elle fait suite à une longue série de sociétés ; elle a su tirer le plus grand profit de cette région particulièrement inhospitalière.
Une terre structurée par une longue présence humaine.
La nature est particulièrement dominatrice : tout est obstacle et hostilité à l’homme.
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le relief est constitué par une alternance de plateaux désolés et de sommets sauvages. Les Andes, montagne jeune, constituent une véritable muraille avec des hauts plateaux qui se situent à plus de 4 000 m d'altitude. Cette terre vit repliée sur elle-même entre, à l'ouest, l'océan vert de la forêt amazonienne et, à l'est, la bordure Pacifique. D'autre part, les Andes sont constituées par deux cordillères parallèles, reliées l'une à l'autre par des chaînons transversaux créant des zones cloisonnées souvent immense sur ce plateau inter-andin (la zone du lac Titicaca a plus de 900 km de long). Le paysage de cette région est la pouna, une immensité herbeuse, désertique qui s'étend à perte de vue et qui est parsemée de roches volcaniques et de fissures. C'est une terre de pâture. |

La présence des Incas ne représente que la phase ultime d’une vieille tradition de présence humaine sur plusieurs millénaires :
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Les origines des « Incas » sont mystérieuses et relèvent de la mythologie ; deux mythes sont en présence et se complètent :
Le règne d’Ayar Manco ou de Manco Capac inaugure la phase légendaire, parce qu’aucun document ne traite de cette période. L’Empire inca a été historiquement fondé par Pachacoutec, le Réformateur, à prendre dans le sens étymologique premier : celui qui réforme de nouveau et qui fait table rase du passé. Pendant toute cette période, seules quelques conquêtes limité sont effectuées.
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Au début du XVème siècle, la confédération voisine des Chancas se lance dans une série de conquêtes. Le vieux roi Viracocha est contrait de quitter Cuzco ; son fils Usco, qui est désigné pour être son successeur fuit avec lui. Son second fils Cousi Youpanqui organise la défense. Il est vainqueur à Carmeca (1438) et soumet les Chancas en s'emparant de leur idole. Viracocha destitue son fils Usco et nomme Cousi Youpanqui pour lui succéder sous le nom de Pachacoutec, le « réformateur du monde ». Celui-ci agrandit le domaine en direction du nord jusqu'à Cajamarca. Sous le règne de son fils, Toupac Youpanqui, les armées incas s'avancent vers le nord jusqu'à Quito et descendent le long de la côte, vers le Chili, jusqu'au rio Maule qui constitue la frontière méridionale de l'Empire. Houayna Capac succède à Toupac Youpanqui, consolide l'action de ses prédécesseurs, envoie des expéditions vers les Basses Terres amazoniennes, mais devant l'immensité de l'empire décide de le diviser entre ses deux fils, Huascar et Atahualpa. Ce partage porte en lui les germes de la guerre civile à un moment où les Espagnols commencent à s'installer sur le continent. A la mort de Houayna Capac, Huascar et Atahualpa se livrent une guerre sans merci ; Atahualpa est vainqueur, mais les hommes de Pizzare arrivent et se saisissent de l'Inca à Cajamarca moins d'un an après sa victoire sur son frère. La capture d'Atahualpa constitue l'acte de décès de l'Empire inca. |
L'organisation de l'Empire.
Les différentes conquêtes effectuées dans une période extrêmement courte, moins de deux siècles, ont amené les souverains à une organisation poussée de l’Empire. Ils bénéficiaient d’un système particulièrement élaboré que l’on a pu qualifier de socialiste. Les Incas ont imposé aux peuples conquis leurs institutions afin de parvenir à les unifier politiquement.
La vie administrative
Les Incas ont regroupé la population en entités reposant sur la famille ; ces unités constituaient des regroupements de cinq, dix, cinquante, cent, etc. unités sous la responsabilité d’un chef. Celui-ci était en rapport constant avec l’échelon supérieur et subordonné. Il dirigeait jusque dans ses moindres détails la vie des groupes subordonnés.
De la même manière, à chaque classe d’âge était affecté un ensemble de tâches précises. Mais comme naissances et décès modifiaient cette division administrative, des recensement avaient périodiquement lieu; les groupes trop importants voyaient leurs effectifs répartis dans les groupes déficitaires.
Pour réaliser ces recensement, les fonctionnaires utilisaient le quipous (cordelettes nouées permettant de désigner tout ce qui est chiffrable). Le quipou se compose d’un cordon central sur lequel sont attachées des cordelettes de diverses couleurs, soit parallèles, soit partant d’un point commun. Le quipou exprime à la fois des chiffres (noeud) et des significations (couleurs). Chaque quipou possède une signification générale. A chaque niveau hiérarchique, les renseignements étaient regroupés et transmis à l’échelon supérieur. Les renseignement atteignaient ainsi la capitale.
Afin de maîtriser les données, il était interdit aux Indiens de circuler en dehors de leur circonscription sans autorisation spéciale. Les Indiens devaient cultiver la terre qui leur était assignée. Ils n’en étaient pas propriétaire, mais les usufruitiers temporaires. La superficie était égale pour chaque couple, elle variait par le nombre d’enfants à charge.
La population était contrainte de fournir des produits, soit sous forme de denrées alimentaires, soit sous forme de produits finis. Ces produits étaient entassés dans des dépôts d’Etat. Ces richesses servaient aussi bien à l’entretien de la cour, aux besoins de l’armée qui y trouvait les stocks nécessaires et lui évitait de vivre sur la population, que comme fonds d’intervention lors de catastrophes naturelles. La majorité des surplus retournait à la collectivité sous forme de don de l’Inca. Mais ce système avait un coût prohibitif car l’excès de prévoyance engendre le gaspillage. Les pertes des denrées (mauvaise conservation) étaient nombreuses.
Tout ce système n'a pu être mis en place que grâce à un système de communication particulièrement développé. Une infrastructure routière relie les villes de l'Empire du nord au sud ; ces routes sont droites, avec des marches taillées dans le roc si nécessaire, afin de franchir les dénivelés importants. Leur soubassement est fait de galets, d'argile et de feuilles de maïs mélangés. Cette infrastructure à vocation militaire comprend deux pénétrantes reliant le nord au sud, l'une sur les hauts plateaux, l'autre le long de la côte ; elles sont reliées par des rocades ce qui permet une rapide concentration des troupes. Les coupure sont franchies par des ponts de liane, ponts pouvant le cas échéant être brûlés pour retarder l'avance ennemie. Tout au long de ces routes se trouvent des tampou, bâtiments destinés à abriter les voyageurs, à leur assurer le gîte et le couvert. Ces tampou servent souvent de magasin d'Etat. Ils sont approvisionnés par les autres magasins grâce à une noria dont l'élément essentiel est le lama qui peut transporter une charge de 40 kg par jour sur une vingtaine de kilomètres. |
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Les moyens de pression sur les populations conquises.
Le système des mitmaes consiste à transférer les population de leur région d’origine vers des zones éloignées, à mesure de l’avancée de conquérants. C’est un moyen d’éviter toute révolte : on remplace des populations éventuellement hostiles par des populations acquises. Il y a de ce fait un double contrôle des populations. Les populations rebelles ne peuvent plus agir car elles se retrouvent dans un milieu hostile qu’elles ne connaissent pas ; quant aux populations acquises, elles servent éventuellement de noyau de résistance sur lequel les forces armées peuvent compter.
Le runasimi est la langue quechua imposée à tous les peuples conquis. A cet effet, les enfants des élites locales sont envoyés à Cuzco pour y être éduqués ; l’enseignement est donné en runasimi. C’est au sein de ces élèves que l’Inca choisit les hauts fonctionnaires de l’administration centrale et locale.
Enfin, au point de vue religieux, bien que chaque population puisse continuer à honorer ses anciens dieux, ceux-ci étant considérés comme inférieur au dieu suprême, le Soleil.
La société inca.
La société inca est très hiérarchisée. Au sommet se trouve l’Inca suprême, de lui dépendent les hauts fonctionnaires qui sont des descendants des incas décédés. Les fonctionnaires locaux constituent une classe intermédiaire qui cherche à se rapprocher du pouvoir. Quant à la grande masse de la population elle n’a qu’un but, entretenir la classe dirigeante. La société inca est organisée de manière dualiste :
L'Inca
L’Inca suprême est au sommet de la hiérarchie. Il est le descendant direct d’Inti, le dieu Soleil. L’insigne de son pouvoir est la mascapaïcha, une tresse multicolore enroulée plusieurs fois autour de la tête, et d’où pend sur le front, le lautou, une frange rouge à glands rouges fixés à de petits tubes d’or. Chaque Inca posséde un emblème particulier qui est représenté sur son bouclier. Son nom est toujours laudatif : Cousi Youpanqui est dénommé Pachacutec, le réformateur du monde. Personne ne doit le regarder ; tous y compris son épouse, baissent les yeux devant lui.
L’Inca suprême épouse sa sœur aînée, la Coya, et entretient un nombre illimité de concubines. Atahualpa en aurait eu plus de deux cents. Chaque nouvel Inca fonde son propre ayllu lors de son avènement. Cet ayllu doit ensuite assurer les services dus au défunt et garder sa momie. L’Inca est l’héritier du trône et non des biens qui demeurent la possession de l’ayllu du souverain défunt. Cette constitution d’un ayllu personnel est une des causes essentielles des conquêtes menées pour le compte du souverain ; les nouveaux territoires lui permettent de se constituer un ayllu.
Aucune règle précise ne fixe le choix du successeur ; le souverain garde de ce fait une totale liberté de choix. L’Inca change parfois de successeur en cours de règne comme Viracocha qui avait d’abord choisi Usco, puis Cousi Youpanqui. Le successeur désigné partage le pouvoir avec le souverain régnant
Les grands événements du règne sont constitués par les cérémonies :
Le caractère sacré de l’Inca est renforcé la transgression d’un interdit : l’inceste.
Les fonctionnaires
Trois catégories de personnes font partie de cette élite :
Les enfants des ayllus impériaux et les fils de chef reçoivent une éducation spécifique sur quatre années ; cette formation comprend l’étude du runasimi, de la religion, des quipous et de l’histoire. Ils sont soumis à un examen final où ils doivent faire preuve de leur bonne condition physique, de leur adresse et de leur volonté. Les meilleurs candidats sont reçus par l’Inca qui leur remet diadème et pectoraux ; auprès quoi, ils peuvent avoir les oreilles percées afin de porter de lourds pendentifs, ce qui leur valait d’être surnommé « orejones ».
L'Inca suprême récompense les orejones qui ont témoigné d'un mérite particulier en leur donnant soit une femme, soit des biens matériels qui deviennent alors des biens personnels. A mérite individuel, récompense personnelle. Quant aux femmes données par l'Inca, elles ont la primauté sur toutes les autres et ne peuvent être répudiées ; elles sont considérées comme le bien le plus précieux et sont transmissibles par héritage. |
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La masse de la population
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Elle est composée par l'ensemble des paysans, ouvriers et artisans. Tout est planifié, tout est réglé pour eux à travers la structure administrative impériale. |
La société inca se caractérise par une socialisation poussée à l’extrême : l’individu n’est rien et s’efface devant la communauté. Il y a un fort sentiment d’appartenance à un groupe : l’homme appartient à son ayllu ; un groupe d’ayllu forme une tribu ; et au sommet de la pyramide, l’Empire est divisé en quatre zones.
Armée et religion.
Le système militaire
Les monarques ont entrepris des conquêtes pour se libérer des menaces que faisaient porter sur eux leurs puissants voisins, pour défendre et consolider leur position, pour se constituer un domaine propre (ayllu) afin que ceux de son lignage puissent l’honorer après son décès.
La guerre n’intervient que si la diplomatie a échouée. Afin de mettre toutes les chances de leur côté, les émissaires présentent les avantages d’une soumission librement consentie et de leur intégration dans le système inca.
En cas d’échec, et avant que ne commencent les opérations militaires a lieu une phase d’espionnage afin de connaître les effectifs, les centres de ravitaillement et la solidité des alliances de l’adversaire. Tout est mis en œuvre pour s’assurer les meilleures conditions d’une victoire facile. Ensuite peut avoir lieu la partie rituelle avec les devins ; eux seuls déterminent si la guerre doit être déclenchée.
L’armée impériale est puissante ; elle est constituée de contingents nationaux, ce qui présente à la fois des avantages, car chacun combat dans une structure qu’il connaît, mais aussi des inconvénients car on sait, en cas de problème, quel est le contingent qui a été défaillant. A Urcocollac, les habitants de Cuzco ont été défaillants ; ce sont les Chancas qui ont donné la victoire à Capac Youpanqui. Un sentiment de supériorité pouvait en découler et inciter ces populations à la révolte.
La discipline est très stricte : les soldats n’ont pas le droit de molester les habitants, d’endommager les récoltes ou de se servir ; le système des tambo, ces auberges greniers installées le long des voies de communications, a pour objet depourvoir aux besoins de la troupe.
Les hommes sont appelés sous les drapeaux pour un temps déterminé ; lorsque la guerre se prolonge, ils sont relevés par d’autres soldats provenant de la même région, du même groupe ethnique ; cette disposition permet des relèves efficaces et impose aux personnes libérées de retourner dans leur région d’origine pour cultiver les parcelles qui leur sont attribuées et celles laissées par ceux qui sont partis aux armées.
La tactique est simple, les armes en bronze, donc peu résistantes. A partir de Pachacoutec, le chef des armées cherche à discerner le point névralgique de l’adversaire (idole, chef, etc.) afin de s’en emparer le plus rapidement possible. Lorsqu’il est parvenu à ses fins, l’adversaire est démoralisé : on ne peut combattre sans chef ou sans idole. C’est ce qui explique en partie l’absence de résistance des Incas à partir du moment où Atahualpa sera pris par Pizzaro à Cajamarca.
Les troupes qui ont pris part au combat participent au triomphe du chef. Ils précédent les prisonniers qui ont les mains liés derrière le dos. L'Inca marche sur les prisonniers allongés sur le sol en guise de soumission. Le traitement des prisonniers semble avoir été humain. De nombreux chefs sont restés en fonction et ont été contraint de participer à la mise en exploitation et à l'administration de leur province en échange d'une vie sauve. |
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La religion
La différenciation entre l’élite et la masse a été telle que les membres de l’élite ont été considérés par la masse comme des représentants de divinités. La conception religieuse de l’élite n’est pas celle de la masse.
Dans la Cordillère des Andes tout est vivant, tout possède une âme. La solitude n’existe pas : les esprits sont omniprésentes. Cette situation vis-à-vis des entités surnaturelles conduit l’homme à une certaine passivité face aux événements. Tout acte personnel possède une influence sur la collectivité à laquelle appartient l’individu. Les Incas respectent les croyances des peuples soumis à la seule condition que le Soleil-Inti soit considéré comme la puissance supérieure.
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Le culte des morts est particulièrement développé dans l'ensemble de la population. Dans les classes supérieures, cela se traduit par la momification des défunts, indispensable pour les souverains. |
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Le système inca est un théocratie militaire égalitariste. Le rôle de l’Etat est omniprésent. Il contrôle tout, décide de tout. L’initiative privée n’existe pas. Les mentalités ont certainement évolué dans ce sens ; il est donc tout à fait normal qu’une fois l’Inca prisonnier et tué, l’Empire ne puisse durer et s’écroule. Tout est organisé autour de l’Inca représentant du Dieu soleil sur terre.

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