Si l'Egypte existe, elle le doit au Nil ; Hérodote écrivait déjà en 450 avant notre ère : " la partie de l'Egypte où abordent les vaisseaux des Grecs est une terre d'alluvions, un don du fleuve, de même que les régions qui s'étendent à trois jours de navigation en amont du lac " (1), ce que l'on traduit par " l'Egypte est un don du Nil ".
En dehors de la plaine qui borde le fleuve, le pays est aride ; les terres cultivées ne couvrent que 4% de la superficie du pays. Ces terres, d'Assouan au Caire, constituent une vaste oasis s'étirant sur plus de 1 200 kilomètres, un long ruban dont la largeur varie entre quelques centaines de mètres et une dizaine de kilomètres.
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Vues du Nil dans la vallée : la largeur de la zone cultivable est variable. |
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Le Nil a définit pendant des milliers d'années le rythme annuel des saisons et des travaux. Le fleuve apportait dans ses eaux un riche limon provenant des hauts plateaux d'Abyssinie qu'il déposait dans la plaine sous forme de terre noire. " Sa terre est noire et friable car elle est faite du limon et des alluvions apportés d'Ethiopie par le fleuve " (2) ; c'est elle que le paysan égyptien cultivait.
La construction du barrage d'Assouan, dans les années 1970, a permis de réguler les crues du Nil, mais divers problèmes, non moins inquiétants, se posent depuis :
En Egypte, le fleuve rythme :
Les saisons
Le Nil a défini pendant des milliers d'années le rythme annuel.
Le défaut de ce système est qu'il n'y avait pas d'années bissextile ; le calendrier prenait tous les quatre ans un jour de retard par rapport au mouvement du soleil. En fait, cela n'avait pas d'importance car
L'alimentation
Pour tirer le meilleur parti de la crue du Nil, les Egyptiens créèrent un système sophistiqué d'irrigation à base de canaux, de champs en terrasses et de retenues d'eau.
Le Nil apportait dans ses eaux un limon riche en sels minéraux qui, en se déposant, fertilisait la terre noire, kemet, par opposition à la terre rouge du désert.
La récolte dépendait exclusivement de la crue estivale ; si celle-ci était propice, les céréales étaient abondantes et des réserves pouvaient être constituées pour les périodes de disette ; trop ou pas assez d'eau et c'était la famine assurée. La crue du Nil avait donc une importance capitale ; c'était l'événement qui avait la plus grande portée sur la vie quotidienne des Egyptiens. La hauteur de la crue était mesurée, notée et transmise au pouvoir central : une vingtaine de nilomètres étaient répartis le long du fleuve.

Parlant de l'apport du Nil à l'agriculture, Hérodote écrivait : " ils n'ont pas la peine d'ouvrir des sillons à la charrue et de sarcler ; ils ignorent tout des autres travaux que la moisson demande ailleurs. Quand le fleuve est venu de lui-même arroser les champs et, sa tâche faîte, s'est retiré, chacun ensemence sa terre et y lâche ses porcs ; en piétinant, les bêtes enfoncent les grains et l'homme n'a plus qu'à attendre le temps de la moisson " (3).
La circulation.
| Le Nil constitue la voie de transport principale du pays. Les embarcations sont nombreuses et diverses, depuis les flotteurs fait de bottes liées de tiges de papyrus jusqu'aux grandes embarcations pour transporter les matériaux de pierre en passant par les felouques. | ![]() |
| Felouques sur le Nil à hauteur de Thèbes |
Le fleuve des dieux.
Le Nil est un présent des Dieux et Pharaon avait le devoir de veiller à ce que les divinités fluviales restent bienveillantes.
| Hapy est à la fois le dieu du Nil, l'esprit du fleuve et l'eau des crues divinisés. La caverne d'Hapy est un lieu, près de la première cataracte où le dieu déclenchait la montée du flot bienfaisant sur la Haute Égypte. Dans le bas-relief représentant Hapy, on le voit faire couler l'eau de ses vases ; il est dans une caverne représentée par le corps du serpent lové tout autour de la divinité. Cette forme donnée au serpent évoque un cycle, le cycle de l'eau qui part de la source (vases), traverse les pays (Nil), arrive à l'embouchure (Delta) pour se jeter dans la mer et retourner vers la source. | ![]() |
| Hapy dans sa caverne - relief du temple d'Isis dans l'île de Philae |
Cette conception se retrouve dans le religion funéraire égyptienne : c'est sur une barque que le Dieu soleil traverse de nuit les eaux souterraines pour se rendre à l'Est. On déposait donc dans les tombes des souverains des bateaux pour qu'ils puissent circuler dans les eaux souterraines.

Enfin, lors des processions, les divinités sont transportées dans des barques : fête d'Opet à Karnak et Louxor sous le Nouvel Empire.
Quant à la définition de l'Egypte donnée par Hérodote, elle repose sur le Nil. Il explique que l'oracle d'Amon a été consulté pour savoir quelle était la situation des habitants d'Apis et de Maréa, aux confins de l'Egypte et de la Libye. L'oracle a répondu que " l'Egypte est toute la terre arrosée par le Nil et sont Egyptiens tous les peuples qui habitent au-dessous d'Eléphantine et boivent l'eau de ce fleuve " (4). Dans ce texte apparaît une notion fondamentale de l'esprit égyptien : le point cardinal de l'orientation n'est pas le Nord, mais le Sud, l'endroit d'où arrive la crue du Nil. Comme Eléphantine est située à hauteur de la première cataracte, les villes situées entre Eléphantine et l'embouchure du fleuve font donc partie de l'Egypte. La définition du territoire relève du fleuve.
(1) Hérodote : L'Enquête, Livre 2, Euterpe (5), traduction A. Barguet - collection de la Pléiade, Gallimard, Paris 1964.
(2) Hérodote : L'Enquête, Livre 2, Euterpe (12), traduction A. Barguet - collection de la Pléiade, Gallimard, Paris 1964.
(3) Hérodote : L'Enquête, Livre 2, Euterpe (14), traduction A. Barguet - collection de la Pléiade, Gallimard, Paris 1964.
(4) Hérodote : L'Enquête, Livre 2, Euterpe (18), traduction A. Barguet - collection de la Pléiade, Gallimard, Paris 1964.