Une des premières traces d'Egyptomanie est un tableau de Poussin : Moïse sauvé des eaux. Dans ce tableau qui représente la campagne romaine un sphinx, une pyramide (le tombeau de Celsius) et des palmiers lui donnent un air exotique qui se veut égyptien.

| Au XVIIIème siècle, les mentalités évoluent notamment avec les débats sur l'origine des espèces, des religions. Les représentations fantaisistes de l'Egypte se multiplient ; il n'y a plus aucune référence à l'époque romaine comme le montre le tableau d'Hubert Robert (1733-1808) : Ronde de jeunes filles autour d'un obélisque C'est dans cette même veine que s'inscrit la présence de la déesse Isis sur le Champ de Mers à l'occasion de l'anniversaire de la chute de la royauté ; Isis, nourricière, donnait à manger au monde. Enfin, au XVIIIème siècle, les rites maçonniques s'approprient l'Egypte et Cagliostro introduit, en France, le rite dit memphite |
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Robert Hubert (1733-1808) : Jeunes filles dansant autour d'un obélisque. |
La grande question qui se pose en fait est celle de la fidélité de la chose vue parce qu'il y a une question d'éducation et de goût. L'œil de l'honnête homme du XIXème siècle est nourri d'art gréco-romain. Il faut qu'il fasse un apprentissage de la vision et des représentations égyptiennes. Le second point que l'on trouve dans toutes ces représentation est que l'œuvre d'un artiste n'a pas pour objet de refléter la réalité, mais de montrer ce qu'il sent, ce qu'il pense voir à travers le prisme déformant de sa personnalité, de sa culture. Il y a donc une part de fantaisie dans chaque représentation.
| Le sphinx de Guize tel qu'il est représenté par Vivant Denon ne correspond pas à la réalité. Son visage n'est pas celui de Khephren et il a le menton levé dans l'attitude des statues hellénistiques. Le décor est orientalisant avec la caravane de chameaux . | ![]() |
Le Sphinx de Guize décrit par Vivant-Denon dans "Voyage dans la Basse et Haute Egypte" |
Des artistes comme Guignet se passionnent pour l'Egypte sans y être allé. Il peint le songe de Joseph et Cambyse reçu par Psamménique (1841)

Théophile Gautier s'inspire des lettres écrites par Champollion pendant la campagne de fouilles franco-toscane pour écrire son Roman de la Momie. Puis des peintres vont s'inspirer du roman de Gautier pour réaliser des tableaux. On voit bien par quelles arcanes passent les représentations de l'Egypte.
C'est dans ce cadre que sir Edward Poynter peint Israël en Egypte. Ce tableau servira de source d'inspiration pour le second Dix Commandements de Cécil B. de Mille. La scène ci-dessous montre le travail des Hébreux lors de la construction de Per-Ramsès. Dans les Dix Commandements, Cécil B de Mille a repris cette scène pour relater la rencontre entre le prince Moïse et sa mère biologique qu'il ne connaît pas encore.

A partir de 1830, les voyages en Egypte se développent et relèguent l'Egyptomanie au second plan. Les voyageurs sont immédiatement pris par l'Egypte contemporaine et les tableaux orientalistes, voire orientalisant sont nombreux. Ce qui intéresse, c'est l'exotisme, un autre monde.
![]() Leon Belly : Pèlerinage à La Mecque - 1861 |
![]() Frederick John Lewis : La réception. |
![]() Le Grand Sphinx |
![]() Arabes devant les Pyramides de Gizeh. |
![]() Arrivée du Simoun |

A côté de ce type, de nombreux tableaux veulent apporter une vision historisante relevant essentiellement des Saintes écritures (Moïse ou Joseph), mais aussi des thèmes plus classiques comme Cléopâtre ou Cambyse.
Les scènes de genre se multiplient ; les artistes s'efforcent de présenter la vie quotidienne en Egypte, soi-disant aux temps antiques comme la Prêtresse d'Isis, la Cléopâtre de Rochebreuse (1890) ou d'Alexandre Cabanel

Enfin Gauguin s'est inspiré d'une peinture de tombe de la Vallée des Rois pour réaliser Te Matete, le marché.
