Compte tenu des témoignages qui nous sont parvenus, témoignages essentiellement archéologiques, parfois épigraphiques, il convient de toujours se poser la question du contexte, de la qualité des personnages concernés et de leur place dans la société. Il s'agit de déterminer si les témoignages recueillis concernent l'ensemble de la population ou s'ils ne sont que l'expression d'une minorité. Pendant la période amarnienne, seuls les proches du souverain Akhenaton étaient concernés par les problèmes de la nouvelle religion. Dans le quartier des artisans d'Akhetaton, les ouvriers continuaient à honorer les anciennes divinités y compris Amon. La nouvelle religion du disque ne concernait donc que l'entourage royal et les grands prêtres.
L'étude porte sur l'évolution de la société égyptienne : Comment l'Egyptien ressent-il le monde dans le quel il vit ? Quelles sont les conditions nécessaires et indispensables pour se sentir Egyptien ? Qu'est-ce qui le différencie des autres populations ? Quels sont les rapports qui lient les Egyptiens entre eux, avec la nature. Derrière ces questions se profilent des rapports de parenté, de hiérarchie sociale, d'organisation du travail, de répartition des tâches et de la place de la femme dans la société. En un mot, quelles sont les structures socio-économiques de l'Egypte antique ? Quant aux rapports de l'homme avec la nature, ils concernent les techniques de travail, l'outillage et les matières premières, le commerce et les transports.
Cette vision de l'histoire impose de placer l'homme au centre des observations ; l'objet de l'étude est l'homme dans son environnement. Il s'agit donc dans un premier temps d'étudier l'homme face à lui-même et face à la société qui l'entoure.
Le principal écueil dans ce domaine réside dans une observation des éléments et des comportements à travers le prisme déformant de nos connaissances actuelles ; cette manière de procéder conduit à des anachronismes. Il faut continuellement se replacer dans le contexte des connaissances de l'homme à l'époque où il vivait ; en l'occurrence pour l'Egypte antique, il s'agit de préciser si c'est pendant l'Ancien ou le Nouvel Empire, avant la seconde période intermédiaire ou au cours de la Basse époque. Il faut toujours se poser la question de savoir : quel était l'état des connaissances de l'hommes dans le domaine qui nous intéresse, quels étaient les moyens qui se trouvaient à leur disposition. Les Egyptiens ne connaissaient pas le théorème de Pythagore (la somme des carrés des deux côtes de l'angle est égal au carré de l'hypoténuse : a² + b² = c²), mais ils savaient construire de manière empirique un angle droit grâce au rapport 3, 4 et 5 qui constitue un cas particulier du théorème de Pythagore.
Il en est de même pour la construction des pyramides. Celles-ci n'ont pas été conçues selon des connaissances mathématiques théoriques, mais selon des pratiques empiriques comme le montrent à la fois la pyramide à degré de Djoser et la pyramide rhomboïdale de Snéfrou. La perfection n'est atteinte qu'après divers essais. Il faut donc se méfier des effets d'annonce cherchant à prouver une pensée inconcevable à l'époque. Dans ce domaine, les anachronismes sont fréquents et induisent en erreur.
Dans le domaine intellectuel, nous avons trop souvent tendance à réfuter certaines conceptions parce qu'elles nous apparaissent irrationnelles ; nous sommes, en Occident, les enfants de Descartes et cette forme de pensée s'est imposée à nous, alors que d'autres populations vivent dans un système différent et notre rationalité fait défaut. Ces populations vivent très bien sans être cartésienne.
La religion a pour but d'expliquer l'inexplicable. La science a permis de reculer les limites de l'incompréhensible, de l'inexplicable. Que savait-on en Egypte de la rotondité de la terre, de l'espace, du monde souterrain. Que la terre soit ronde, les anciens Grecs le supposaient, mais cela n'a été démontré qu'avec le voyage de Magellan (1522). Tout est toujours ramené à l'état des connaissances. L'explication ne peut se faire qu'à partir de ce que l'on connaît, ressent ou perçoit. Il est difficile d'imaginer quelque chose qui ne repose pas sur un savoir.
La connaissance évoluant, la pensée se modifie et si, au début de l'histoire, seul pharaon accède à l'immortalité à travers sa momie, son temple funéraire et sa tombe, ce nouvel Osiris partage peu à peu ce désir d'immortalité avec d'autres hommes, au début ses proches, puis tous les hommes ayant les capacités de se payer les rites funéraires nécessaires.
Pour comprendre cette société ancienne, il sera donc fait appel aux divers questionnements de l'anthropologie, que ce soit dans le domaine des rapports de l'homme avec son environnement, des structures politiques qui gèrent les sociétés (État, administration), des rapports multiples qui se tissent entre les sociétés et les États, de l'organisation économique des sociétés (agriculture, commerce, artisanat, techniques), des rapports sociaux qui prévalent à un moment ou un autre (classes sociales, rapports d'exploitation, situation des femmes), des aspects culturels (vie intellectuelle et artistique, imaginaire ou processus de connaissance, réflexion philosophique).