La dualité égyptienne.

Afin de bien comprendre la manière dont les Egyptiens concevaient leur environnement, il faut partir de la dualité, clef essentielle du système de pensée égyptien.

Le monde créé par le démiurge a été représenté sur le socle de la statue de du pharaon Khephren qui, en tant que souverain, est la personnification de l’Egypte ; il foule à ses pieds neuf arcs, c’est-à-dire la totalité des adversaires de l’Egypte. Le nombre neuf correspond à 3 x 3, soit la totalité des pluriels. L’expression « neuf arcs » désigne donc la totalité des adversaires possibles de l’Egypte, les arcs symbolisant l'ennemi représenté par son arme de combat. Ce symbole vient des temps pré dynastiques où les chasseurs de la vallée du Nil s'affrontaient avec leurs armes de chasse. Le monde comprend donc l’Egypte et les autres, dans le sens de tout ce qui n’est pas Egyptien.

D’un côté donc l’Egypte, de l’autre les pays étrangers. Compte tenu de sa position géographique, l’Egypte est bordée au sud par la Nubie, à l’ouest par la Libye et au nord et  à l’est par le Proche-Orient. L’Egypte est en contact avec les étrangers sur ses quatre points cardinaux ; ceux-ci sont d’ailleurs représentés par des populations spécifiques.

Statue de Khephren - Musée du Caire
C'est sur le socle de cette statue que les Neuf Arcs sont représnentés pour la première fois.

Si l’on place l’Egypte au centre du monde connu, la différenciation se fait entre pays limitrophes et pays éloignés. Ces derniers sont essentiellement constitués par le Proche Orient ancien. Plusieurs grands empires se sont succédés dans cette région, depuis les premières cités comme Ur, Akkad jusqu’à Babylone en passant par les empires du Mitanni et du Hatti. Plus proche de la zone d’influence égyptienne, le couloir syro-palestinien constitue un glacis pour l’Egypte face à ces grands empires.

Parmi les régions limitrophes, il faut compter le Sinaï, le désert libyque et la Nubie.

Le Proche-Orient au II° millénaire

A l’est de l’Egypte et de la mer Rouge, la péninsule désertique et montagneuse du Sinaï fut, dès l’origine, une dépendance de l’Egypte. Elle recèle d’importantes richesses minières (cuivre, quartz aurifères, turquoises, malachite, émeraudes, pierres précieuses). La route la plus classique combine voie de terre et de mer : les caravanes partent de Koptos sur le Nil et suivent la piste du ouaddi Hammamat jusqu’à la mer Rouge où elles embarquent sur des felouques pour effectuer la traversée. Le grand nombre et l’ancienneté de ces expéditions, longues et coûteuses, souligne l’importance accordée par les Egyptiens à cette implantation dans le Sinaï.

Au nord de l’Egypte se trouve le désert du Negeb, au-delà duquel s’étend le pays de Canaan sillonné par les caravanes venant d’Arabie, de Mésopotamie et du couloir syro-palestinien. Quelques rares ports se trouvent sur la côte méditerranéenne : Gaza, Ascalon, Jaffa. Dès le début, l’Egypte a dû assurer la police des pistes et protéger les caravanes marchandes.

A l’ouest du Delta vivaient des tribus d’éleveurs arboriculteurs. Ces populations, aux maigres ressources ont, très tôt, été attirées par les richesses de la vallée du Nil. Les Tjehénou, dont les hommes se paraient d’un double baudrier et d’un cache sexe oblong, menaient de constantes guérillas dans la zone indivise située entre le delta et les steppes occidentales. L’Egypte a dû souvent se défendre contre ses voisins offensifs, aussi une ligne d’oasis a été mise en valeur afin de contrôler les mouvements de ces populations. Cette population nomade se distinguait des autres ethnies africaines par leurs yeux bleus et leur chevelure blonde.

Au sud de l’Egypte, la Nubie est située entre la Ière et la IVème cataracte. Cette zone se limite essentiellement aux terres cultivables situées le long du Nil. Entre la Ière et la IIème cataracte, c’est la Basse Nubie, relativement ouverte et fertile. Entre la IIème et IVème cataracte, c’est la Haute Nubie ou pays de Koush. D’un caractère africain particulièrement marqué, la Nubie a connu, dès la haute préhistoire, un développement en rapport avec les autres cultures sahariennes. Avec les périodes historiques, la Nubie subit les contrecoups de la politique égyptienne. Si des opérations à caractère purement commercial sont menées dès l’Ancien Empire, la Basse Nubie est, au Moyen Empire, soumise au pouvoir du Maître des Deux Terres. Avec le Nouvel Empire, la Nubie est conquise jusqu’à la IVème cataracte, Napata contrôlant la frontière sud de l’Empire et l’importation des produits venant d’Afrique. A la Basse Epoque, les souverains koushite règneront un moment sur l’Egypte (XXVème dynastie) avant de se retirer à Napata et donner naissance au début de l’ère chrétienne à la civilisation copte.

Quant à l’Egypte elle-même elle est composée de la Haute et Basse Egypte, de la vallée et du delta. Là encore il y a dualité :

Cette dualité marqua profondément la vie politique. Pharaon est traditionnellement le «maître des deux terres». Le royaume de Haute Egypte a pour emblème divin le vautour (déesse Nekhbeth) et son souverain porte une mitre blanche; le royaume de Basse Egypte a pour emblème le serpent Ouadjet et le monarque porte une couronne rouge. Avec l’unification des deux royaumes, pharaon porte le pschent, correspondant aux deux couronnes assemblées.

Couronnes égyptiennes
La dualité se marque aussi dans les attributs du pharaon; le pschent est fait de la réunion de la couronne blanche de Haute Egygpte et de la couronne rouge de Basse Egypte.