L'invention de l'écriture est l'aboutissement d'une longue évolution liée au développement du Proche-Orient pendant tout le Néolithique. : la complexité croissante de la gestion des terroirs agricoles éloignés du centre de décision et les problèmes d'échanges à plus ou moins longue distance ont exigé un outil nouveau.
Pendant longtemps, les calculi étaient des instruments de comptabilité qui permettaient de transcrire la pensée par l'intermédiaire d'un objet matériel. La nouveauté consiste dans l'apparition de bulles d'argile de forme sphérique ; creuses, elles contiennent un certain nombre de calculis, répondant ainsi à des besoins précis de gestion comptable : le ou les sceaux identifient l'expéditeur tandis que l'enveloppe porte l'indication d'un volume de marchandises. Au point d'arrivée, il est possible de contrôler cette quantité en la confrontant avec celle portée sur la surface externe de la bulle sous forme d'encoches.
Le système se transforme progressivement : au lieu de transmettre seulement un objet, l'argile est utilisée comme support d'un signe inscrit représentant cet objet. La tablette d'argile est née de cette pratique.
Vers 3200-300, les tablettes ne comportent plus des encoches mais des pictogrammes, c'est-à-dire des dessins très facilement compréhensibles, figurant des objets, des végétaux, des éléments de la nature. Le système pictographique tient plus de l'aide mémoire que de la transmission d'un message parce que le lecteur, pour en comprendre la signification exacte, doit être au courant de sa signification.
Cette situation évolue très rapidement et le système va permettre de passer d'une écriture des choses à une écriture des mots. Cette évolution conduit à un système plus complexe mais aussi plus efficace.
Une première étape voit la transformation du pictogramme en idéogramme pour des raisons purement techniques. En effet, sur la tablette d'argile amollie, il était plus facile d'opérer par impression que de dessiner des contours. Si le pictogramme a disparu au début du IIIème millénaire, l'idéogramme restera en usage jusqu'à la fin de l'histoire de l'écriture cunéiforme.
Au cours du premier tiers du IIIème millénaire, une étape décisive assure à cette écriture son expansion et son rôle lorsque le signe graphique au lieu de signifier un objet (pictogramme) ou l'idée de l'objet (idéogramme) désigne son nom. La découverte du phonétisme permettait donc d'exprimer des notions qui jusque là ne pouvaient être transmises par l'écriture. Le système cunéiforme ne s'est jamais transformé totalement en un système phonétique.
Le cachet est né au Néolithique : il a fréquemment la forme d'un gros bouton dont une des faces, plate, comporte un motif gravé. Si on applique la face gravée sur une matière malléable, l'argile par exemple, on obtenait en relief la réplique du motif. Le sceau permet de sceller les marchandises, de certifier l'authenticité d'un message. Il possède aussi une fonction juridique qui équivaut à une signature. C'est enfin un signe du pouvoir.
Dès la fin de l'époque de Nagada III (vers 3150 av. J.-C.) l'écriture hiéroglyphique apparaît d'abord sous forme de notation courte de quelques signes constituant un code graphique fixant déjà des énoncés linguistiques. D'emblée la double utilisation de ces signes, pour leur valeur image (idéogramme) et pour leur valeur son (phonogramme), est attestée.
Dans le premier quart du IIIème millénaire, sur le modèle des inscriptions royales, l'aire de l'écrit s'étend à l'attestation de la propriété funéraire des individus. L'apparition de textes continus à la fin de la IIIème dynastie (vers 2 600) marque une nouvelle étape, liée sans doute au développement d'un milieu de l'écrit, avec l'apparition de cette catégorie intellectuelle des scribes de l'Ancien Empire.
Avec l'écriture une nouvelle classe sociale se développe petit à petit. Au début, lorsque l'écriture ne comportait qu'un nombre limité d'idéogrammes, seules des personnes appartenant à un même milieu et connaissant la signification de ces signes ont dominé le problème de l'écrit. On constate, par les statues qui nous sont parvenues, que ces scribes étaient surtout, pour ne pas dire exclusivement, des membres de la famille royale ou de son entourage très proche.
Puis peu à peu, en même temps que l'écriture se complexifie, le nombre des scribes augmente et leur recrutement s'élargit. Les besoins de l'écrit se font sentir dans deux directions :
Scribe accroupi - Musée du Caire |
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| Très rapidement le scribe va devenir un moyen pour les Egyptiens de s'élever dans la hiérarchie sociale et d'intégrer la classe des fonctionnaires, intermédiaire entre le Pharaon et la masse des fellahs. L'école des fonctionnaires est souvent décrite comme l'endroit où l'on enseigne l'écriture. Dès le Moyen Empire, toute une littérature montre la différence qui existe entre le paysan et le scribe : " Le paysan travaille les bras enfoncés dans la glaise, ses vêtements sont souillés et il mange son pain sans s'être lavé les doigts " ; " le scribe se porte bien, il n'est ni battu, ni soumis aux corvées et le pharaon veille sur eux " Dans sa quête permanente de l'immortalité, un scribe indique à son fils que le meilleur moyen d'atteindre cet objectif est de devenir scribe " Or si tu fais ces choses, tu es habile en écriture. Quant à ces scribes instruits (qui ont existé) depuis les successeurs des dieux, ceux-(là mêmes) qui annonçaient les choses à venir, leurs noms sont devenus immortels à jamais, quoiqu'ils fussent partis, ayant complété leur temps (de vie), et tous leurs parents étant oubliés. " |
Ces deux points montrent l'importance que l'on accordait en Egypte à l'écriture et les bienfaits que l'on pouvait obtenir en maîtrisant cette science nouvelle. Mais dans les écoles de scribes, l'enseignement portait aussi sur la justice, la sagesse, la bonne conduite. Deux préceptes étaient particulièrement mis en exergue : se montrer juste envers les plus faibles et obéir à ses supérieurs. Le métier était fait de docilité.
Dans l'Ancien Empire, les fonctionnaires instruisaient eux-mêmes leurs élèves et leur servaient d'assistants ; les écoles apparurent au Moyen Empire. La plus réputée était l'école des princes, responsable de l'éducation des fils de pharaon et de sa famille, de ceux des plus hauts fonctionnaires et d'enfants munis de recommandations. Au Nouvel Empire, viendront s'y adjoindre les fils des chefs des territoires conquis.
A côté de cette fonction administrative, les prêtres utilisaient l'écriture pour consigner les grands faits de pharaon et rendre hommage aux divinités. Comme dans les tombeaux, ce qui est mentionné prend valeur réelle ; l'écriture va essentiellement servir dans le domaine funéraire : les murs des tombes se couvrent d'inscriptions, notamment en ce qui concerne les offrandes ; celles-ci sont non seulement présentées sur la table d'offrande mais aussi nommées. Ainsi, ces offrandes dureront indéfiniment. Les inscriptions prennent une telle importance que les murs de la pyramide de Pépi sont recouverts de textes concernant l'au-delà, donnant ainsi naissance aux Textes des Pyramides.
L'Égypte est une civilisation de l'écrit.