Le Nil sans lequel l’Egypte n’existe pas.

Hérodote, dans sa présentation de l’Egypte, écrivait : « la partie de l’Egypte où abordent les vaisseaux des Grecs est une terre d’alluvions, un don du fleuve, de même que les régions qui s’étendent à trois jours de navigation en amont du lac »[1], ce que l’on traduit communément par « l’Egypte est un don du Nil ».

Le plus long fleuve d’Afrique marque la nature de son empreinte : en avril/mai, lorsque le Nil blanc arrive à Khartoum chargée des eaux équatoriales, il rencontre le Nil bleu qui descend du plateau éthiopien en charriant un limon noirâtre. La jonction de ces eaux augmentées juste avant la 5ème cataracte de l’Atbara provoque la crue bienfaitrice qui inonde la vallée du Nil et y dépose un limon riche et fertile.
La crue est si importante qu’elle détermine le calendrier ; c’est en fonction d’elle que se fête la nouvelle année. Le lever héliaque de Sothis correspond à l’arrivée de la crue à Thèbes[2]

carte du Nil
Trois saisons de quatre mois vont se succéder :

·        Pendant les mois d’Akhet (inondation) les eaux recouvrent le pays. Ces eaux venues du Sud pénètrent en Egypte début juillet ; elles atteignent l’embouchure un mois plus tard. Seuls submergent quelques tertres avec les habitations ; c’est la répétition de l’origine du monde selon la cosmogonie égyptienne : un tertre émerge du chaos originel.

·        De novembre à février, lorsque les eaux commencent à se retirer, c’est Peret ou la germination. Pendant ces quatre mois, le fellah va travailler la terre : labours et semailles.

·        Enfin Chenou (mars à juin) correspond à la moisson ou récolte ; c’est la période de sécheresse.

Le Nil près d'Assouan
Le Nil près d'Assouan
Le Nil pendant la saison Peret
Le Nil pendant la saison Peret

Chaque mois était divisé en trois périodes de dix jours ; l’année comptant douze mois de trente jours, les Egyptiens ont mis en place cinq jours épagomènes pour arriver aux 365 jours de l’année solaire. Ces cinq jours qui portent les noms des divinités de l’ennéade (Osiris, Seth, Isis, Nephtys et Horus) sont considérés comme des jours néfastes.

Le défaut du calendrier égyptien réside dans le fait qu’il n’y a pas d’années bissextiles ; le calendrier prend donc tous les quatre ans, un jour de retard par rapport au mouvement du soleil. En fait cela a très peu d’importance car :

·        les événements étaient datés en fonction de l’accession au trône du souverain ; à chaque couronnement correspondant le début d’une ère nouvelle. Une inscription de Thoutmosis III retrouvée dans l’île de Sehel, au sud de la première cataracte indique : « L’an 50, premier mois de la saison de la Récolte, jour 22, sous la Majesté du roi de Haute et de Basse-Égypte, Men-khéper-rê, doué de vie ».

·        Toute la vie quotidienne des Egyptiens tournait autour des activités agricoles ; ce qui importait, c’était la crue du Nil et les Egyptiens surveillaient Sothis pour savoir quand elle allait arriver.

L’Egypte se situe à proximité du Tropique du Cancer ; elle bénéficie de conditions d’ensoleillement très favorables. De part et d’autre du Nil, les zones se sont modifiées au cours des siècles : il y a eu un assèchement progressif du Sahara et le nomadisme qui s’y pratiquait à l’époque néolithique a complètement disparu. La ligne des oasis libyques est un vestige de ces conditions climatique. Le Sahara permettait à une population nomade d’y vivre.

L’Egypte bénéficie aussi de la prédominance de vents dominants du nord, régularisant la température, mais surtout facilitant la navigation sur le Nil, car ce fleuve est avant tout une artère de communication qui relie des pays aussi différents que la Basse et la Haute Egypte et, au-delà de la première cataracte, la Nubie.

Renouvellement des minéraux de la terre par le limon fertilisation, eau et chaleur, tous les ingrédients sont réunis pour permettre une agriculture sédentaire : tout pousse. Les Egyptiens ont cherché à se prémunir des caprices du fleuve en mettant en place un système d’irrigation des terres à base de canaux et de retenues d’eau.

Nilometre à Eléphantine
Le Nilomètre à Eléphantine

Toute l’économie repose sur une agriculture dépendant des crues du Nil ; ce système a conduit à une organisation spécifique de la société ; une minorité a été chargée de concevoir et de coordonner les systèmes d’irrigation. Des instruments de mesure ont donc été mis en place pour connaître le plus rapidement possible le niveau de la crue afin de prendre les dispositions adaptées à la situation.

La société égyptienne s’inscrit dans la continuité des civilisations préhistoriques antérieures. Dans ces sociétés de chasseurs-cueilleurs, le chef de chasse était un personnage respecté et influent ; il est fort probable que cette influence a duré tant que la chasse a constitué le moyen principal de se procurer de la nourriture.

A partir du IVème millénaire, la vallée du Nil est occupée par des civilisations sédentaires : Nagada, Badarien… qui se caractérisent par un habitat groupé et une hiérarchisation sociale tripartite (maître de chasse, artisans-potiers, paysans). L’outillage métallique est extrêmement rare et réservé à des besoins cultuels.

Cet environnement a nourri l’imaginaire égyptien. La crue du Nil et les terres émergées ont donné naissance au mythe de la création du monde tel qu’il est décrit dans l’Ennéade. A l’origine des temps, il n’y avait que l’eau primordiale, obscure et froide (le chaos). De ce Noun est apparu un tertre ; c’est le début de la création. Cette cosmogonie reprend la vision de la plaine du Nil au moment de la crue, lorsque tout est inondé. La vie, n’existe que sur les tertres où les hommes se sont réfugiés. Et, comme la crue est annuelle, l’Egyptien a un sentiment de perpétuel recommencement. Tout système doit aboutir à la perfection de la première fois et recommencer un cycle. Il faut garder à l’esprit ces deux éléments (chaos originel et cycle) pour comprendre le fonctionnement de la religion égyptienne.

Happy, le génie du NIl
Happy, le Génie du Nil qui ouvre les portes de la crue


[1].- Hérodote : L’Enquête, Livre 2, Euterpe (5), traduction A. Barguet – collection de la Pléiade, Gallimard, Paris, 19664.

[2].- Cette correspondance est valable pour le Nouvel Empire essentiellement