Formation historique de la population égyptienne
La situation de l'Egypte, au carrefour de la Méditerranéenne, de l'Afrique et du Proche-Orient, rend la question d'autant plus floue que des présupposés, comme l'Afro centrisme, reposent sur certaines interprétations et induisent une conception particulière de l'histoire.
La population égyptienne est historiquement homogène : sur un substrat de population paléolithique qui se rattache au type Cro-Magnon d'Afrique du Nord, diverses populations sont venues s'assimiler et se fondre dans ce creuset initial pour former la composante égyptienne.
La population qui a vécu en Egypte pendant la période néolithique était déjà très mêlée ; elle était en majorité dolichocéphale et appartenait à la fois au type méditerranéen et négroïde. Puis, quelques populations brachycéphales, venues d'Asie, font leur apparition.
Les Egyptiens ont conscience de former une nation quelle que soit leur origine " ethnique ". Dans plusieurs tombes royales du Nouvel Empire, un tableau groupe les représentants des quatre composantes de la nation égyptienne. Un des plus connu se trouve dans la tombe de Séthi Ier
Têtes d'ennemis formant la base d'une statue - IIIème dynastie
Deux des faces de ce bloc d'albâtre portent respectivement l'image de deux têtes humaines sculptées côte à côte en fort relief. Leurs caractéristiques sont suffisantes pour qu'on y reconnaisse des types ethniques figurés durant toute la période pharaonique. La barbe épaisse, le nez aquilin et les pomettes sailla,ntes définissent les Peuples du proche Orient;
Le visage rond et la barbiche sont typiques des Libyens. Il n'y manque que l'image d'un Nubien pour retrouver ici tous les ennemis traditionnels du pharaon.
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" En premier lieu, les hommes, romet, qui ne sont autres que les Egyptiens reconnaissables à leur tête ronde, leur petite barbe carrée et leur pagne court ;
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" Ils ont pour compagnons les Asiatiques, Aamou, vêtus d'un pagne de laine orné de glands. Leur profil aquilin très différent du profil égyptien, leur barbe fournie, leur abondante chevelure, les apparentent aux gens du To-méhou, subjugués par Narmer ; |
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" Les Nèhèsyou habitaient le Sud de l'Égypte. Ils présentent toutes les caractéristiques de la race noire : la couleur, la face horizontale, les cheveux crépus. Ils portent un pagne long et des bandeaux à travers du corps ; |
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" Les Timihou, fixés à l'Ouest de l'Égypte, sont assez proches des Asiatiques par le profil et la barbe, mais différents d'eux par la longue tresse qu'ils laissent pendre d'un côté et les plumes d'autruche plantées dans leurs cheveux. Par-dessus leur pagne ils mettent une sorte de jaquette courte, ouverte, à une manche. |
" Ainsi les Égyptiens se reconnaissaient sans peine au milieu des peuples de l'Est, de l'Ouest et du Midi, qui apparaissaient déjà sur des bas-reliefs de la Vème dynastie sous des traits très peu différents. "(1)
Ramsès II massacrant les ennemis (Nubien, Libyen et Asiatique) de l'Egypte - Tombe de Ramsès II
Depuis quelques années, certains tentent de faire de l'Afrique noire la source unique de la civilisation égyptienne, tant sur le plan ethnique que culturel. Poussant plus loin leur ré-interprétation de l'histoire, ces auteurs affirment en outre qu'à travers l'Égypte, puis la Grèce, ce sont les fondements mêmes de la civilisation occidentale qu'il faut relier à des origines africaines noires (2).
Cette question de l'afro centrisme de la population égyptienne relève de quatre questions qui s'emboîtent les unes dans les autres comme des poupées russes. En effet, à partir de la couleur de peau des anciens Egyptiens, découle un questionnement dont les réponses implicites visent à faire des Egyptiens noirs le centre de toutes les civilisations occidentales.
Ces questions induisent les affirmations suivantes :
- Les anciens Egyptiens étaient des noirs ;
- La civilisation des anciens Egyptiens était supérieure à toutes les autres civilisations antiques ;
- La culture égyptienne a influencé les cultures africaines et européennes modernes ;
- Il y a une vaste conspiration pour ne pas prendre en compte ces éléments et pour rabaisser les Noirs.
Seule la première de ces affirmations fera l'objet d'un commentaire historique et sociologique. Les points soulevés par cette question permettent d'éluder les suivantes et évitent d'entrer dans une polémique raciale.
On ne sait pas si les Egyptiens étaient " noirs ou blancs ", mais ce qui est certain, c'est qu'ils se considéraient plus foncé que les Asiatiques et les Libyens et plus clairs que les Nubiens. Il est fort peu probable que la population actuelle de l'Egypte soit plus foncée ou plus claire que dans l'Antiquité.
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Les évolutions de la science et les dernières découvertes en ce qui concerne la génétique indiquent que la couleur de la peau ne dépend pas d'un gène quelconque. Rien, du point de vue scientifique, ne peut donc autoriser à assigner un homme génétiquement à l'une ou l'autre de ces deux catégories (blanc ou noir).
La seconde réponse est plus sociologique. Dans la mentalité européenne le marquant déterminant de populations qui sont considérées comme noires relève de la situation géographique. Les anciens Egyptiens qui vivent au nord du Tropique du Cancer sont donc considérés comme des Blancs, à la différence des Nubiens considérés comme Noirs car ils vivent au-delà du Tropique.
D'autre part le terme de race ou d'ethnie est avant tout un concept social qui varie selon la société d'appartenance. Il est donc totalement anachronique de croire que les Egyptiens appartiennent à une race ou à une autre selon des critères contemporains, alors que la société égyptienne reposait sur des modèles différenciés. Pour s'en convaincre, il suffit de voir comment les Egyptiens se représentaient et comment ils concevaient les étrangers. Si les Nubiens étaient considérés comme étrangers, et ils le sont par les Egyptiens dans maintes représentations, cela signifie avant tout que les Egyptiens se sentaient différents de ces derniers. Ceci n'est pas une question de couleur de peau, mais de culture, de civilisation. |
| Plaques de faience de la tombe de Ramsès III présentant des Libyens. |
Enfin, sur le plan linguistique, l'Egyptien appartient au groupe Afro-asiatique ou sémito-chamitique qui comprend cinq grands ensembles qui sont à cheval sur le Proche-Orient et l'Afrique (du Nord et de l'Est).
Tableau de répartition des populations Chamito-Sémitiques
Il convient donc d'étudier, dans toute la mesure du possible, la civilisation égyptienne selon ses propres critères et pour elle-même. Cela signifie qu'il faut se débarrasser de nos présupposés contemporains et d'essayer de comprendre la civilisation égyptienne à travers ses propres critères. Ce qui est certain, c'est que les Egyptiens se concevaient différents des Nubiens, des Libyens et des Asiatiques ? L'homme se perçoit par rapport aux autres et sur ce point, l'Egyptien n'est assurément pas un Nubien ; la couleur de la peau est reléguée sur un plan secondaire et importe peu quant à la perception qu'avait l'Egyptien de lui-même.
1.- Montet Pierre : L'Egypte éternelle - Marabout Université
2.- Les terminologies employées de nos jours en ce qui concerne les questions d'identité ou de race sont volontairement confuses de manière à déboucher sur des positions politiques.
Afrocentrisme, égyptocentrisme et nationalisme noir sont des notions essentiellement conflictuelles.
- Les partisans de l'égyptocentrisme lient les ancêtres des anciens Egyptiens ainsi que l'héritage de la civilisation pharaonique aux noirs américains.
- L'afrocentrisme repose sur la croyance que les ancêtres africains des populations noires constituent un élément fixe de leur vie.
- Quant au nationalisme noir, c'est une idéologie qui a vu le jour à la fin du XVIIIème siècle et qui proposait la création d'un Etat moderne réunissant les populations d'origine africaine ; sa conclusion est l'Etat du Liberia
Trois notions qui sous-tendent une philosophie politique et une conception politique de la place des Noirs dans l'évolution de l'Humanité.