Les ressources naturelles.

Les richesses agricoles

L’agriculture est la grande, l’inépuisable, la miraculeuse ressource du pays. Pour peu que la crue atteigne un niveau moyen, la récompense est là, d’une prodigieuse générosité. Les céréales fournissent l’essentiel de la production agricole et aux champs s’ajoutent les jardins avec les plantes légumineuses et les arbres fruitiers.

L’élevage du bœuf et de l’âne, du mouton, de la chèvre et des volailles complète les ressources agricoles. Quant à la chasse et la pêche, elles augmentent encore les ressources alimentaires.

Le long des berges du Nil, on trouve l’acacia, le persea et le sycomore. Des plantes aquatiques, notamment roseaux, papyrus et lotus poussent dans les marais le long des cours d’eau ou des canaux. Dans la zone désertique, la steppe à graminée a laissé la place à une zone totalement inhospitalière où il devient impossible de vivre et de produire des plantes.

acacia nilotica
Acacia nilotica
persea ou avocatier
Persea ou avocatier
Sycomore
Le sycomore

Les richesses minérales.

Les pierres tendres

Les pierres tendres fournies par les carrières d’Egypte étaient essentiellement le calcaire, le grès et l’albâtre.

LE CALCAIRE

Les carrières de calcaire étaient nombreuses; une des mieux exploitées était celle de Toura située à une dizaine de kilomètres au sud du Caire actuel. Elles étaient creusées dans la falaise même et l’on y accédait par une large ouverture rectangulaire ouverte sur le flanc de la colline. A l’intérieur, de solides piliers soutenaient les couches supérieures. Il existait aussi des carrières à ciel ouvert: Beni Hassan en Moyenne Egypte, Silsileh en Haute Egypte.
Ce calcaire blanc, lumineux, a très souvent été utilisé dans la statuaire et nombre d’œuvres ont été taillées dans ce matériau abondant et facile à travailler. La pierre calcaire se prête aussi à la sculpture en taille héroïque : en témoigne le grand Sphinx de Gizeh.
Vase en calacaire (époque Nagada2)
Vase en calcaire de l'époque Nagada 2 (musée du Louvre)

LE GRES

Les carrières de grès sont situées au Sud, entre Edfou et Kom Ombo, dans le Gebel Silsileh. En Nubie, le grès est de moins bonne qualité (temple d’Aménophis III à Soleb).
Grès; tête de Montouhotep II
Tête en grès représentant Montouhotep II (musée du Vatican)

L'ALBATRE

Au sud de Beni Hassan, près de Tell el-Amarna, plusieurs carrières d’albâtre ont été exploitées. L’albâtre de Hatnoub était particulièrement tendre, translucide et facile à extraire.

Dès les débuts de l’époque historique, les artisans taillaient dans l’albâtre de longs vases aux proportions harmonieuses. Les tables d’offrandes des sanctuaires étaient souvent sculptées dans ce matériau ainsi que les vases canopes qui contenaient les viscères du défunt momifié.

Statue de Ramsès II en albâtre
Statue de Ramsès II en albâtre (musée du Louvre)

Les pierres dures

Le sol d’Egypte présentait également une grande diversité de pierres dures : granit, schiste, basalte, diorite, quartzite. Dans les hautes collines rocheuses bordant les vallées désertiques entre le Nil et la mer Rouge, on trouvait la diorite, le gneiss, le porphyre, le marbre cristallin.

LE GRANIT

Les carrières de granit les plus anciennement exploitées furent celles d’Assouan; elles offraient une très belle pierre, de coloration grise ou rose.
Le granit se retrouve dans l’agencement intérieur des grandes pyramides de Gizeh avec les énormes blocs obstruant le corridor d’accès à la chambre du sarcophage. Le granit assurait la durée des temples, des maisons des divinités; les statues taillées dans le granit sont très nombreuses
Serviteur d'Aménophis III en granit
Statue en granit représentant un serviteur d'Aménophis III (musée du Louvre)

LE BASALTE

Il était fourni en abondance par le sol d’Egypte. D’importantes carrières se trouvaient en Basse Egypte: Abou Zabal, Khanka, ou encore à Kerdasa. Le gisement du sud se trouvait à Gebelein.
Statue de la déesse Sekhmet en basalte
Statue en basalte représentant la déesse Sekhmet (musée du Vatican)

LE QUARTZITE

C’est une pierre extrêmement dure. Les carrières ont été exploitées au Gebel Ahmar. L’extraction se faisait par percussion. La chambre funéraire d’Amenemhat III à Hawarah est bâtie en quartzite.
Statue en quartzite représentant Pataouy
Statue en quartzite représentant Pataouy

LE SCHISTE

Les carrières de schiste vert se trouvent dans le Ouaddi Hammamat C’est dans ce matériau qu’ont été réalisées de nombreuses palettes pré-dynastiques. La statuaire utilisa aussi ce matériau: statues de Mykérinos, de Thoutmosis III, de Ramsès II…
Ce matériau ne fut jamais employé dans la construction.
Statue en schiste de Pépi Ier
Statue en schiste vert de Pépi Ier présentant des vases de libation (Brooklyn museum)

Les pierres nobles et précieuses

Dans ce domaine, la richesse de l’Egypte est remarquable.
Le Sinaï possède des quartz aurifères, du cuivre, des pierres fines et précieuses comme la turquoise, l’émeraude et la malachite. Les principaux sites sont Maghara et Serabit el Khadim. Dès les premières dynasties, les Egyptiens se rendent au Sinaï; les expéditions comprennent chacune 700 à 800 hommes dirigés par des officiers du trésor royal. Les ouvriers sont des hommes libres ayant signé un contrat de travail particulier.
Des territoires montagneux du désert arabique (ouaddi Hammamat) et de Nubie, on ramenait la cornaline, l’améthyste et la jaspe.
La pierre bleue, le lapis-lazuli, était importé d’Afghanistan&; il parvenait à la suite de longs voyages caravaniers jusqu’en Egypte.
Autel miniature décoré avec un scarabé en lapis-lazuli
Autel miniature avec un scarabé en lapis-lazuli

Les métaux

L'OR

L’or était fourni en abondance par les mines du Sinaï, du désert arabique et de Nubie. Le minerai était lavé et concassé sur place, l’or était rapporté en poudre dans des bourses de cuir. Les gisements d’or de Nubie attirèrent très tôt la convoitise des Egyptiens : des expéditions ont été organisées dès le règne du roi Djet. L’or avait une valeur religieuse : L’or est la chair des dieux il est la manifestation rayonnante du Soleil divin ; l’or était une récompense extrêmement prisée : la remise de mouches d’or soulignait la faveur royale.
Pendentif en or
Pendentif en or représentant un pharaon.

L'ARGENT

L’argent faisait défaut en Egypte et dans les pays limitrophes. On le trouvait seulement au pays de Pount et en Nubie, sous forme d’électrum, alliage natif d’or et d’argent. L’argent est employé dans la joaillerie, surtout à partir de la XIIème dynastie. Il était considéré comme l’élément constitutif des os divins.
Divine adoratrice Karomama
Statuette en bronze, or et argent de la divine adoratrice Karomama (musée du Louvre)

LE CUIVRE

Les terres égyptiennes ne manquaient point de cuivre; son usage est attesté dès le Vème millénaire. On exploitait à Magharah (Sinaï) les mines de cuivre: un graffito du roi Djoser a été retrouvé à proximité de la mine. Le minerai extrait est traité sur place. Dans la statuaire, le cuivre était surtout utilisé pour souligner l’orbite des yeux des personnages. A partir de la XVIIIème dynastie, les artisans fabriquent des figurines en cuivre représentant les dieux et les hauts fonctionnaires selon la technique de la cire perdue. La valeur mythique du cuivre est importante : il est le symbole d’une radiance qui rappelle celle de l’or. Le cuivre est le matériau des éléments de l’univers céleste.
Le bronze apparaît sporadiquement en Egypte au cours de la IVème dynastie et devient d’un usage constant à partir de la XIIème dynastie. Le bronze était utilisé dans la fabrication des armes; il prend son essor à partir de la XVIIIème dynastie, à l’époque des grandes conquêtes.

Statuette du dieu Amon en cuivre et argent
Statuette du dieu Amon en bronze et argent (musée du Louvre)

LE FER

Le fer météorique fut utilisé le premier; il demeure d’un emploi rituel. Durant la période ramesside, du fer pur est importé du Kizzouwatna (entre Anti Taurus et Méditerranée). Ce minerai y était raffiné et des ateliers d’armes royaux y étaient établis.

Le bois

L’Egypte même n’était pas riche en essences diverses; les bois durs étaient importés d’Asie et d’Afrique. Parmi les arbres du pays, seuls les palmiers servaient de matériau de construction; ils étaient taillés pour former des poutres grossières destinées à supporter le toit des maisons. Acacias et sycomores se prêtaient à la fabrication des cercueils les plus simples. Avec l’acacia on armait aussi de grands chalands et on fabriquait des armes légères. Avec le sycomore, on construisait les portes des maisons; le bois était abondamment utilisé dans la statuaire.
L’Egypte ne possédait pas de conifères ; il fallait importer les cèdres du mont Liban par Byblos, le grand port phénicien. Du cœur de l’Afrique venait le précieux bois noir, l’ébène et le bois de santal. Des objets précieux, des statuettes royales étaient sculptées dans l’ébène : statuaire d’Aménophis III et de la reine Tyi.
Tête en ébène d'un serviteure de  Neferkarê
Tête en ébène d'un serviteur de Neferkarê (musée du Caire)

L'ivoire

Très tôt, l’ivoire fut employé par les artisans égyptiens; la matière était douce, lisse, facile à travailler. Dès les débuts de la période pré dynastique, des statuettes d’hommes ou d’animaux étaient sculptés dans l’ivoire. On a également trouvé des peignes, des manches de couteaux (Gebel el Arak). De très nombreuses statuettes d’ivoire ont été retrouvées, dès les premières dynasties, dans les cénotaphes royaux d’Abydos.
La massue blanche de pharaon, faite d’ivoire, assurera le geste rituel de consécration des prisonniers. Quant à l’ébénisterie, elle utilisera souvent l’ivoire en incrustation.
Tête de massue dite du roi Scorpion
Tête en ivoire de la massue dite du roi Scorpion (Ashmolean museum à Oxford)
L’Egypte possédait de nombreuses ressources; cette diversité la rendait indépendante de toute source d’approvisionnement.
L’hégémonie de l’Egypte, sous le Nouvel Empire, provient de ses multiples richesses (agricoles et minérales) que sont venus compléter les tributs des populations vaincues.