Après une longue période préhistorique qui s'achève à la fin du IVème millénaire, l'Egypte entre dans l'histoire avec l'apparition des premiers Etats. A partir de 3 500 av. J.-C., le processus s'accélère : les éléments culturels de la vallée du Nil s'uniformisent avec l'émergence de pouvoirs politiques locaux centrés notamment autour des villes de This ou Thinis dans la Vallée et de plusieurs cités dans le Delta. Dans un premier temps, les cités cherchent à obtenir une hégémonie locale, puis elles constituent deux grandes confédérations qui finiront par s'affronter. Dans le Proche Orient, à la même période, émergent les Cités-Etats de Sumer, d'Ur…
Selon Manéthon, le roi Narmer ou Menès, originaire de Thinis est vainqueur des populations du Delta ; il réunit, pour la première fois, l'ensemble des populations de la Vallée et du Delta. L'Egypte, en tant qu'entité politique, est née. La palette dite de Narmer en porte le témoignage. Il s'en suit une période de mise en forme politique, administrative et idéologique correspond aux Ière et IIème dynasties.
Dès cette époque, les structures politico-sociales de l'Ancien Empire se mettent en place. Le roi, incarnation d'Horus, possède un caractère divin ; une cour l'entoure et il gouverne avec l'aide de nombreux fonctionnaires. La double administration (Delta et Vallée) subsistera à l'Ancien Empire, mais elle est encore plus marquée ; le roi dirige le pays sans l'aide du vizir.
L'Ancien Empire (2680-2180)
Cette période qui comprend les IIIème, IVème, Vème et VIème dynasties memphites n'est connue que dans ses grandes lignes, mais sa civilisation atteint un degré de perfection jusque là inconnu et qui nous est parvenu à travers ses monuments.
Ce puissant empire vit replié sur lui-même dans la paix bien que quelques inscriptions mentionnent des expéditions en Nubie et dans la presqu'île du Sinaï ; ce sont essentiellement des razzias contre les Nubiens ou les Bédouins qui ne troublent en rien la quiétude des fellahs égyptiens. De l'unification de l'Egypte jusqu'à la fin de l'Ancien Empire, le peuple égyptien connaît un millénaire de paix ininterrompu.
La société égyptienne apparaît comme une grande famille groupée autour du dieu vivant qu'est le souverain. Celui-ci est le maître du pays et de ses habitants ; si ces derniers ont leur vie tournée vers lui, lui-même se doit de faire régner la justice. Il est le dieu bon, entouré d'amis uniques qui sont les membres de sa famille ; c'est avec leur aide qu'il administre le pays. La complexité de l'administration oblige le roi à déléguer une partie de son pouvoir à un collaborateur, un de ses fils ou petit-fils, le vizir. Une autre partie du pouvoir est aussi déléguée à des administrateurs locaux, les nomarques.
Après sa mort, le souverain jouit d'une nouvelle vie auprès de son père Rê et de ses ancêtres. Il connaît une destinée solaire post-mortem qui n'appartient qu'à lui. A partir du règne de Djoser, il se fait ensevelir sous des pyramides de pierres et octroie à certains de ses courtisans une sépulture jouxtant son monument funéraire afin qu'ils continuent à le servir dans l'au-delà.
La nécropole memphite une ville organisée autour des pyramides royales entourées par les pyramides de reine. Les mastabas des courtisans sont alignés et forment de véritables rues ; ces courtisans reçoivent une part d'éternité par la magie de la contagion (Frazer 1). A proximité de la pyramide se trouve le temple funéraire royal. Tous ces monuments renseignent sur la vie quotidienne des Egyptiens car la vie dans l'au-delà est un décalque de la vie sur terre.
Sous la VIème dynastie, avec le long règne de Pépi II, cette belle unité va éclater. Les nomarques s'éloignent de la cour et se font ensevelir dans leur nomes ; ils se détachent du pouvoir central ; quant au clergé, il échappe lui aussi à l'autorité centrale en raison des nombreuses chartes d'immunité et de donations dont il a bénéficié.
La première période intermédiaire
L'Ancien Empire s'achève par une révolution sociale sans précédent : le pouvoir royal est amoindri et une révolution populaire d'une violence inouïe éclate contre la noblesse et le roi. Il est fort probable que le facteur déclenchant de cette révolte ait été une succession d'années de sécheresse ce qui était interprété par la population comme une défaveur divine à l'encontre du souverain.
Cette révolution sociale apparaît surtout à travers les textes littéraires contemporains : " La confusion règne dans le pays… Il n'y a plus de droit et le Mal siège dans la chambre du conseil " (Paroles d'Ankhou). " Le pays est en pleine sédition et le laboureur porte un bouclier… Les lois de la salle de Justice sont dispersées, les portes et les murailles incendiées, les pauvres sont riches et les riches sont dépouillés, les esclaves deviennent maîtres d'esclaves, les fils de nobles sont jetés à la rue, les enfants de prince sont écrasés contre les murs, le roi est enlevé par les pauvres et la pyramide est vide de ce qu'elle enfermait. Des hommes de rien ont renversé la royauté ; ils ont osé se révolter contre l'uræus défenseur de Rê " (Admonitions d'un sage égyptien).
Cette révolution ouvre une époque d'anarchie et brise toutes les structures sociales de l'Ancien Empire. Ses conséquences pour la population sont incommensurables : le privilège de l'immortalité solaire, jusque là réservé au seul souverain et à ceux que sa volonté royale avait choisis, est désormais donné à tous les Egyptiens à quelque classe qu'il appartienne. Les effets de cette démocratisation des croyances funéraires se feront sentir pendant tout le reste de l'histoire de l'Egypte.
Cette période d'anarchie est suivie par une invasion des Asiatiques : " Partout des Bédouins remplacèrent les Egyptiens ; le pays est désert, les nomes sont dévastés. Il n'y a plus de protection pour le Delta : le vil Asiatique occupe les ateliers du Delta et la Basse-Egypte pleure " (Admonitions d'un sage Egyptien)
L'exagération de Manéthon qui mentionne soixante dix rois pour soixante dix jours traduit néanmoins la précarité de cette période ou chaque chef de bande pouvait se donner le titre de roi avant d'être assassiné par un autre usurpateur. Quant aux nomarques, devenus indépendants dans leur province, ils cherchent à consolider leur position.
Plusieurs nomarques réussirent à s'affranchir des villes voisines, puis à les dominer afin de constituer des principautés indépendantes. Certains d'entre eux se proclament roi de Haute et Basse Egypte : la IXème dynastie héracléopolitaine domine la Moyenne Egypte. Ouakhrê Khéti III (Xème dynastie héracléopolitaine) chasse les Asiatiques du Delta
Pendant ce temps, la Haute Egypte passe sous la domination des Antef, nomarques de Thèbes. Montouhotep II refait l'unité de l'Egypte et inaugure réellement le Moyen Empire (vers 2050 av. J.-C.)
Le Moyen Empire (2060-1780)
Le Moyen Empire commence avec l'unification de l'Egypte par Montouhotep II au profit d'une dynastie de princes thébains, les Antef. Cette période est moins pacifique que l'Ancien Empire : pour se défendre contre les Bédouins qui ont déferlé sur le Delta, les souverains construisent des lignes de fortification face au Sinaï où les expéditions militaires se poursuivent notamment pour protéger l'exploitation des mines de cuivre et de turquoise. La Haute Nubie (entre Ière et IIème cataracte) est annexée et les relations commerciales avec la Phénicie et le Pount se multiplient.
A l'intérieur, les rois mettent en valeur le Fayoum près duquel ils installent leurs résidences. Le roi, s'il reste " fils de Rê " et incarnation d'Horus, devient avant tout légiste : la loi qui émane du pouvoir royal prend le pas sur la volonté personnelle du monarque. La cour n'est plus exclusivement composée des membres de la famille royale, mais par des fonctionnaires venus de tous les horizons. L'hérédité des nomarques est remise en cause ; le nomarque redevient un fonctionnaire rattaché au pouvoir central.
Les souverains se font toujours ensevelir sous des pyramides construites auprès de leur résidence, mais les nomarques et les particuliers se font inhumer dans des hypogées répartis à travers toute l'Egypte. Avec la révolution de la première période intermédiaire, les doctrines osiriennes de l'immortalité ont triomphé de l'exclusivisme solaire des rois de l'Ancien Empire : l'au-delà est devenu un monde ouvert à chacun. Tout homme prend dorénavant en charge sa propre immortalité.
La XIIème dynastie qui représente à elle seule le Moyen Empire restera aux yeux des Egyptiens ce que fut, pour la Grèce, le siècle de Périclès.
La seconde période intermédiaire
Le Moyen Empire s'achève avec l'invasion de populations asiatiques nommées communément Hyksos. Le pouvoir est partagé entre le souverain, représentant les chefs des pays étrangers (Héqa Khasout), qui règne sur le Delta et les différents nomarques qui s'affranchissent de la tutelle étrangère.
En ce qui concerne ces envahisseurs, leur origine, leur histoire, l'étendue de leur empire, nous en sommes réduits à des hypothèses. Une de celles-ci propose que les Hyksos représentent un agrégat de tribus hétérogènes formé de tribus venus du sud du Caucase encadré par des indo-européens et drainant avec eux les sémites de Syrie et de Canaan. Selon d'autres historiens, il semblerait que les Hyksos représentent un groupe de populations sémitiques établies en pays de Canaan et en Syrie ayant déferlé sur le Delta en profitant de l'affaiblissement du pouvoir central égyptien.
Ces " barbares " s'installent d'abord dans le Delta où ils fondent Avaris (vers 1750) Plusieurs dynasties vont régner concomitamment sur diverses portions du Delta (XIVème, XVème et XVIème dynasties). Les princes de Thèbes entreprennent une guerre de libération nationale contre les Hyksos pendant plus d'un siècle. Vers 1570, Ahmosis prend Avaris et chasse définitivement les Hyksos d'Egypte. Il fonde la XVIIIème dynastie.
Le Nouvel Empire (1560-1090)
L'Egypte parvient à l'apogée de sa puissance sous le Nouvel Empire : sortant de son isolationnisme millénaire, elle devient un Etat impérialiste et guerrier. La Nubie est une riche colonie gouvernée par un vice-roi ; les principautés du couloir syro-palestinien sont des protectorats surveillés par des hauts fonctionnaires égyptiens. L'Egypte orchestre le concert des nations du Proche-Orient : les rois asiatiques recherchent l'alliance de Pharaon et lui paient tribut. Le roi conserve toujours son caractère divin, mais son pouvoir est tempéré par des textes de loi et par la hiérarchie de fonctionnaires qui constituent l'administration dont le souverain est la pointe et le peuple la base. Le pharaon règne pour le bien de l'Etat et de la communauté. Les nomarques et les hauts fonctionnaires ne sont plus choisis au sein d'une noblesse héréditaire ; c'est selon le mérite que le roi désigne ses serviteurs. Les croyances funéraires n'ont guère changé depuis le Moyen Empire, mais les rois abandonnent la pyramide comme forme de tombes et se font construire des hypogées dans la montagne thébaine. L'architecture se tourne de plus en plus vers le colossal. Cette période qui comprend les XVIIIème, XIXème et XXème dynasties s'achève par l'épuisement des forces vives du pays devant les invasions menées par les Peuples de la Mer. Quant au pouvoir, il est partagé entre le souverain et le Grand Prêtre d'Amon. La troisième période intermédiaire (1090-750)
Pendant plus de quatre siècles, le pays, va être livré aux mains de souverains faibles qui partageront le pouvoir avec une série de plus en plus nombreuse de dynastes à peu près indépendants. La politique étrangère ignore les vastes entreprises.
Vers la fin du VIIème siècle, l'anarchie était devenue si grave qu'un roi nubien, Piânkhi intervient en Egypte. Il s'empara d'abord de la Thébaïde, puis du reste du pays (730). Sous le règne de ses successeurs se produisent les malheureux conflits avec l'Assyrie qui aboutissent au sac de Thèbes. La dynastie éthiopienne est remplacée par une dynastie nationale qui réussit à libérer l'Egypte de l'étranger et à lui redonner un peu de son antique grandeur.
Pendant cette période ce sont les dynasties tanite (XXIème), libyenne (XXIIème, XIIIème et XXIVème) et nubienne (XXVème) qui gouvernent l'Egypte. Il s'agit essentiellement de souverains égyptianisés d'origine étrangère.
La Basse époque
La XXVIème dynastie s'efforce d'effacer les règnes des souverains étrangers qui ont conduit à la prise de Thèbes par les Assyriens (661). L'Egypte cherche à s'insérer dans le concert des nations et les souverains saïtes facilitent l'installation de colonies grecques dans le Delta. Ces colonies seront ultérieurement regroupées à Naucratis.
La montée de la puissance des Mèdes au Proche-Orient conduit les souverains égyptiens à pratiquer une politique pro-grecque et à participer à des coalitions contre la nouvelle puissance perse. C'est pour sanctionner cette politique que le roi Cyrus veut conquérir l'Egypte, mais il meurt avant d'avoir exécuté son projet. Son fils Cambyse est vainqueur à Péluse (525) et devient maître de l'Egypte. C'est le début d'une domination perse séculaire et l'histoire de l'Egypte oscille entre domination étrangère et souverains indigènes qui s'efforcent de contrôler l'ensemble du pays, Delta et Vallée.
C'est parce que l'Egypte est contrôlée par un satrape (2) qu'Alexandre le Grand envahit le pays, fonde Alexandrie, se rend dans l'oasis de Siwa pour consulter l'oracle d'Ammon et recevoir confirmation de sa destinée exceptionnelle.
L'Egypte gréco-romaine
A la mort du conquérant macédonien, ses généraux se partagent son empire. Ptolémée Soter s'attribue l'Egypte et s'empare du corps d'Alexandre qu'il fait ensevelir à Alexandrie. L'Egypte est sous contrôle d'une dynastie étrangère, mais celle-ci s'efforce de gouverner le pays selon les critères et les coutumes ancestrales.
Pendant près de trois siècles l'Egypte est donc gouvernée par les Lagides. La situation en Méditerranée orientale devient particulièrement complexe : Rome, est en proie à la guerre civile qui oppose les partisans de Pompée à ceux de César. Au même moment, Cléopâtre VII et son frère Ptolémée XIV se livrent à une lutte d'influence pour le pouvoir. Chaque camp cherche à bénéficier de la protection romaine. Après la bataille de Pharsale, Pompée vaincu se réfugie en Egypte où il est assassiné sur ordre des conseillers de Ptolémée XIV. César se rend à Alexandrie pour venger Pompée. Pour s'assurer du blé égyptien, il soutient les prétentions de Cléopâtre VII. Après les ides de mars 44 Marc-Antoine, fidèle lieutenant de César s'entend avec Cléopâtre contre Octave. Rome ou Alexandrie quelle sera la capitale de la Méditerranée et du monde connu ? Le sort est tranché à Actium (31) avec la victoire d'Octave et d'Agrippa sur les forces de Marc-Antoine et de Cléopâtre.
L'Egypte, sous domination romaine, est directement rattachée à l'empereur ; elle n'est pas une province comme les autres pays conquis. Le blé égyptien est trop précieux à César car c'est avec lui (et le cirque) qu'il achète la paix sociale.
A la mort de Théodose (395), l'Egypte passe sous le contrôle de Constantinople puis de Byzance. Elle fera l'objet de convoitises de la part des Parthes et autres populations du Proche Orient qui cherchent constamment à s'approprier les riches terres de la vallée du Nil dès que le pouvoir montre quelques faiblesses.
L'Egypte sera une des premières conquêtes des Arabes de Médine. Alexandrie tombe en 642 et l'Egypte devient peu à peu musulmane.
1.- Dans le Rameau d'Or, Frazer explique que la magie agit selon deux principes :