La politique étrangère de la France sous la monarchie constitutionnelle.
Dans histoire de
la politique étrangère de la France, la Monarchie
constitutionnelle présente une physionomie singulière
et, malgré la différence de deux régimes,
Restauration et Monarchie de Juillet, elle montre une unité,
une ligne générale unique. Entre les deux régimes
qui l’encadrent, le Premier Empire et le Second, elle se
présente comme une période pacifique : les seules
opérations militaires que l’on ait faites de 1815 à
1848 sont peu de chose, ce sont des expéditions en quelque
sorte d’origine coloniale, telles que l’expédition
d’Algérie, ou bien des démonstrations militaires
comme il s’en est fait en Grèce, fort peu de choses du
point de vue des opérations.
Cette volonté
pacifique de la France depuis 1815 s’explique évidemment
par la lassitude qu’ont laissée à l’opinion
et au pays vingt-cinq ans de guerres révolutionnaires et
impériales. Elle s’explique également parce que
la France est occupée de fonder son régime intérieur,
de créer le gouvernement parlementaire, et d’en
apprendre le maniement, et les questions de politique intérieure
passent avant les questions de politique extérieure ;
celles-ci sont d’ailleurs très souvent vues seulement en
fonction de la politique des partis. Il faut remarquer d’ailleurs
que ce sont des questions de politique pure et non pas des questions
économiques qui sont au premier plan des préoccupations
de l’opinion à cette époque ; les questions
économiques ne tiennent encore qu’une place tout à
fait secondaire dans la politique du temps.
Une autre raison
qui nous explique à la fois ce caractère pacifique et
l’unité de cette politique, c’est le personnel qui
est au gouvernement et dans le Parlement pendant cette période.
Au lendemain de l’Empire arrive au pouvoir le personnel de
l’émigration, ou bien le personnel qui a fait d
l’opposition à la politique impériale, imbu, par
conséquente, de tout autres théories que celles de
l’Empereur. Puis, lorsque l’émigration s’élimine
progressivement du personnel politique, elle est remplacée par
la bourgeoisie qui s’est constituée dans le courant de
l’Empire et qui s’attache essentiellement à la
fois aux questions politiques et à ses intérêts
économiques, lesquels la détournent d’une
entreprise d’expansion belliqueuse ; cette bourgeoisie qui
gouverne la France, surtout après 1830, est imprégnée
de théories pacifiques, conservatrices, et ne songe pas à
se lancer dans de grandes entreprises au dehors.
Cependant, il faut
noter qu’en face de ce personnel politique qui est au
gouvernement, s’est constitué peu à peu au début
de la Restauration et s’est développé ensuite un
programme de parti national, national à la fois en politique
française, revendiquant, par exemple, la rive gauche du Rhin,
et national en politique européenne, puisqu’il veut
mettre la France au service de l’idée nationale, de
l’idée de nationalité, en Europe ; j’ai
eu l’occasion, l’an dernier, de montrer la formation de
cette doctrine et les volontés d’intervention de ce
parti. Seulement ce parti n’exerce pas sur la politique
extérieure de la France d’influence importante parce
que, dès l’origine, le programme du parti national s’est
trouvé mêlé au programme du parti
révolutionnaire. L’origine de ce parti est à
chercher dans les rangs des bonapartistes, en lutte, même en
lutte violente et conspiratrice, contre le gouvernement de la
Restauration, et, de ce fait, le programme national a été
en quelque sorte compromis, aux yeux du gouvernement, par son
origine. Pendant toute la Restauration, ce Parti national, formé
d’éléments bonapartistes et républicains,
reste tout à fait en dehors des sphères
gouvernementales ; il est même en lutte violente contre le
gouvernement. Il a un moment de succès et on peut penser qu’il
va imposer sa doctrine avec la Révolution de 1830. Pendant la
Monarchie de Juillet, le programme d’expansion à la mode
girondine, mettant le gouvernement de la France au service de la
liberté des peuples d’Europe, semble devoir triompher ;
il se répand dans les rangs de la gauche, mais il est resté
toujours en dehors des sphères gouvernementales.
Telle est la
physionomie générale de cette période.
Table des matières
Liquidation de l'Empire et formation de la nouvelle Europe
Résultats acquis au moment de l'arrivée du roi
La paix française et le traité de Paris
Les conceptions de Louis XVIII et de Talleyrand en matière politique étrangère
Les négociations en vue du traité proprement dit
Les stipulations du traité
La paix européenne – le Congrès de Vienne
Les vues de Talleyrand relatives au traité et la position de la France
Talleyrand à Vienne
Le dénouement de la crise
Les Cent-Jours et l'acte final du Congrès
La réaction des grandes puissances au débarquement de Napoléon
Approfondissement des négociations pour une paix générale
L'acte final du Congrès
Les conséquences des Cent-Jours et la politique du duc de Richelieu de 1815 à 1818
Le second traité de Paris
La seconde restauration ; une situation totalement différente
Les exigences alliées
Les embarras de la politique de Richelieu
La personnalité du duc de Richelieu
L'application du second traité de Paris
Les idées de Richelieu en matière de politique étrangère
Liquidation et libération
La liquidation des créances
La libération du territoire
La France et la Sainte Alliance : la guerre d'Espagne
Conditions et incertitudes de la politique française
Le personnel politique du ministère des Affaires étrangères
Les avancées libérales en Allemagne et sa répercussion
La France devant les révolutions et les Congrès
L'attitude des puissances devant les mouvements révolutionnaires
Les congrès de Troppau et de Laybach
L'expédition d'Espagne
Le nouveau personnel politique après la chute du ministère Richelieu
Le congrès de Vérone
L'expédition proprement dite
Les conséquences de l'expédition.
La France et l'indépendance de la Grèce
Inertie et indifférence de Villèle
La position de la France
Les raisons de l'inertie
Réveil de la politique française
Le rôle de l'opinion publique
La France diplomatiquement hors-jeu
Le retour de la France dans le jeun diplomatique
L'action
L'affaire de Navarin
L'évacuation du corps expéditionnaire égyptien
La résolution de la question grecque
La politique française depuis la chute de Villèle
La politique de La Ferronnays
Les principes de politique étrangère de La Ferronnays
Le contentieux franco-autrichien
Pour une politique de compensation sur le Rhin
Les débuts de Polignac et la fin de l'affaire grecque
Le prince de Polignac : craintes et préventions
Le Mémoire de Polignac
La fin de l'affaire grecque
L'affaire d'Alger et la chute de la monarchie
L'affaire d'Alger
La chute de la monarchie
La Révolution de 1830 et l'Europe
La Révolution et l'Europe face à face
Caractéristiques de la Révolution de 1830
L'attitude des grandes puissances européennes
Les principes de politique étrangère de la Monarchie de Juillet
La révolution belge et le principe de non intervention
La révolution belge
La solution de la question belge
Complications internationales
Une situation révolutionnaire en Europe
La position de la France face à ces mouvements révolutionnaires
La candidature du duc de Nemours au trône de Belgique
La politique de Casimir Perier
Les principes de politique étrangère
La question italienne et la question belge
La politique d'intervention française
La politique extérieure française entre 1832 et 1839
Conditions de la politique étrangère après 1832
La perception de la Monarchie de Juillet par les principales puissances
Les acteurs politiques de la politique étrangère française
La politique de l'alliance anglaise
Points de convergence entre la France et l'Angleterre
La politique de libre-échange prélude à l'Entente cordiale
La question d'Orient rapproche la France et l'Angleterre
Une Entente cordiale simplifiée
Oscillations de la politique française de 1836 à 1839
Le rapprochement franco-autrichien
Refroidissement des relations avec l'Angleterre
Les ouvertures vers les puissances de l'Est
L'échec de Thiers en Espagne
La politique du ministère Molé
La crise orientale de 1839-1841
Les données du problème
L'intérêt anglais : la recherche de la meilleure route des Indes
La volonté d'indépendance du pacha d'Égypte
La défaite turque
La politique du maréchal Soult
Une identité de vue entre l'Angleterre, l'Autriche et la France.
La position des grandes puissances
La conférence de Vienne
La France adopte une position intransigeante en faveur de Mohamed-Ali
La politique de Thiers et l'isolement de la France
L'aspect européen de la question d'Orient
L'aspect local de la question d'Orient
Le traité austro-anglo-prusso-russe sur la question d'Orient
La crise européenne
La riposte du gouvernement français
L'offensive diplomatique française et les hésitations du cabinet anglais.
Vers un affrontement ?
Le règlement
Le règlement oriental de la question
Le gouvernement français reprend progressivement la main.
Le règlement définitif de la question d'Egypte
La politique de Guizot et l'Entente cordiale
Reconstitution des conditions de l'Alliance
Vers une normalisation des relations franco-anglaises
Les principes de la politique de Guizot
L'Entente cordiale
Le nouveau cadre des relations franco-anglaises
Le fonctionnement de l'Entente cordiale
Le bon fonctionnement de l'Entente cordiale malgré les difficultés
La rupture
L'état d'esprit et les idées de Palmerston
L'affaire des mariages espagnols, un échec de Palmerston
Les attaques de Palmerston contre la politique du gouvernement de Guizot.
Les dernières années de la politique étrangère de Louis-Philippe.
Bouleversement des conditions diplomatiques
La place de la France dans le domaine international
Une nouvelle donne entre les différents pays
Politique défensive et précautions
L'échec des attaques de Palmerston contre la France.
L'affaire de Cracovie
La question grecque
L'acharnement de Palmerston
Nouvelle orientation politique
La montée des mouvements libéraux en Europe centrale
La réaction de la France
La crise européenne