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Plan | ![]() |
Il s'agit là des premières populations que Colomb a rencontrées dans les îles ou sur les côtes de l'Orénoque. Ces populations sont au stade néolithique ; elles ne connaissent pas l'usage des métaux. Ces Amérindiens connus sous la dénomination d'Arawak, de Karibs, de Tupi ou de Gê n'ont cessé d'alimenter des stéréotypes dont celui du cannibalisme. Tous sont originaires des bassins de l'Amazone et de l'Orénoque.
Ces populations n'ont pas laissé de témoignages écrits ; seule l'archéologie et l'ethnohistoire permettent de connaître l'histoire de ces populations précolombiennes ; quant aux documents espagnols qui les mentionnent, ils doivent être passés au crible de la critique en raison du contexte politique qui prévalait lors de leur découverte. Colomb voulant montrer qu'il avait bien atteint les Indes en fait des descriptions souvent analogues à celles que l'on trouve dans le livre de Marco Polo, le Devissement du Monde. Ces populations ont très rapidement disparu à la fois en raison des maladies apportées par les conquérants, de leur réduction en esclavage et de leur opposition à toute conversion. Il ne reste plus que quelques Karibs à la Dominique.
Le peuplement des Antilles par les Arawaks et les Karibs.
Le peuplement méso-indien
Les matériaux trouvés sur les sites archéologiques du Vénézuela et de Trinidad remonteraient à près de 10 000 ans avant notre ère. Les outils (pointes de flèche, fragments de silex, ossements de mammifères) indiquent que ces populations pratiquaient la chasse et la cueillette ; elles vivaient en petites bandes et suivaient les migrations d'animaux.
Clerc pense que ces populations de chasseurs-cueilleurs deviennent pêcheurs vers 5 000 av. J.-C. en raison de la vague de sécheresse qui s'abat sur la région et de la raréfaction du gibier qui en aurait résulté. Au cours des siècles, ces populations apprennent à fabriquer des embarcations et à naviguer. Ils se répandent aussi dans les Antilles. Les fouilles archéologiques de l'aire circumcaraïbe contiennent des éléments culturels et technologiques donnant l'impression d'une origine mésolithique archaïque. Tous les sites possèdent des caractéristiques d'habitat de pêcheurs et ne possèdent pas de céramique. Les premiers habitants des Antilles seraient donc des Méso-Indiens originaires du Venezuela.
Le peuplement arawak.
Les populations de la forêt amazonienne domestiquent le manioc, pratiquent une agriculture itinérante sur brûlis qui s'accompagne d'une série d'innovations techniques et sociales, notamment avec la sédentarisation et la céramique.
Une fois adaptés à leur nouveau milieu, ces Néo-Indiens font preuve de la même vitalité que leurs prédécesseurs. Vers 2 000 av. J.-C., les Arawaks étaient regroupés au centre du bassin de l'Amazone. A partir de là, ils se dispersent dans toutes les directions, notamment vers les basses terres chaudes et humides de l'Amérique tropicale. Ils atteignent les rivages de l'Océan au début de l'ère chrétienne et partent immédiatement à la conquête des îles, où ils se substituent peu à peu aux populations Méso-Indiennes.
Ils les repoussent vers l'intérieur des îles, se réservant les bonnes terres agricoles ; les populations déjà installées qui vivaient de cueillette et de pêche entrent en conflit avec les nouveaux venus. Les Arawaks éliminent les mâles, conservant les enfants et les femmes qu'ils s'approprient. Ils atteignent Boriquen (Porto-Rico) vers 300 apr. J.-C. Ils se subdivisent alors en Taïno qui occupent les îles Vierges, Boriquen et l'est de Ayti et en sub-Taïno à l'ouest d'Ayti, à la Jamaïque et Cuba.
Les sites archéologiques des Grandes et des Petites Antilles ont livré un important matériau de céramiques qui permet de dater les différents sites. La céramique saladoïde que l'on rencontre dans l'ensemble de l'aire circumcaraïbe provient du complexe de Saladero situé sur le Moyen Orénoque qui daterait de 1 000 av. J.-C. Elles e retrouve sur la côte vers 200 av. J.-C.
| Nom des sites types | Porto Rico | Haïti | Martinique | Guadeloupe |
| Horizon I | Hacienda Grande | |||
| Saladoïde insulaire 0 - 350 apr. J.-C. |
Cuevas | Vivé I Fond Brûlé |
Morel | |
| Horizon II 300 - 500 |
Vivé II | |||
| Saladoïde modifié 500 - 700 |
Punta Ostiones | Macady | Lorrain Diamant |
Morel II |
| Horizon III 600 - 700 |
Meillac(Sub-Taïno) | Paquemar | Morel III | |
| Horizon IV 600 - 800 |
Taïno | Carier | Macouba Macabou |
Anse à l'eau |
| Horizon V 800 - 1500 |
Taïno | Carier | Paquemar | Morel IV |
D'autre part, dans les sites archéologiques des Petites Antilles, de nombreuses pierres à trois pointes ont été découvertes en même temps que des haches de forme triangulaire, des ornements en pierre ou en coquillage, des fusaioles pour filer le coton et des restes alimentaires.
La migration des Karibs.
A partir de 1 000 apr. J.-C., les populations Karibs qui vivent aussi dans la forêt amazonienne, ont atteint la mer et se lancent à la conquête des îles. Comme leurs prédécesseurs, ils passent d'îles en îles et atteignent les Grandes Antilles au début du XVème siècle. Dans le journal de voyage de Colomb, il est souvent fait état de ces Caraïbes qui pratiquent le cannibalisme. Dans le journal de bord de Colomb, Las Casas note, le 28 novembre 1492, alors que l'expédition longe les côtes cubaines : « Tous ces gens rencontrés jusqu'aujourd'hui ont une immense crainte des Caniba ou Canima, et ils disent qu'ils vivent dans l'île de Bohio, laquelle doit être grande à ce qu'il lui paraît et il pense que ces Caniba viennent prendre ceux d'ici sur leurs terres et en leurs maisons parce qu'ils sont très poltrons et ne se connaissent pas en armes ».
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Il y a très peu de différences culturelles entre les deux groupes : Arawaks et Karibs appartiennent à la même aire anthropogéographique, l'ensemble forestier de l'Amazonie brésilienne. Les conceptions culturelles et les pratiques quotidiennes - civilisation du manioc amer - possèdent de nombreux points communs ; la différence principale réside dans l'emploi de langues différentes ce qui conduit à une situation particulière dans la société caraïbe : elle se caractérise donc par une diglassie car les femmes parlent une langue différente de celle des hommes ; lors de la conquête des îles, les Karibs tuent les hommes et gardent les femmes qui parlent Arawak. |
Une définition des Karibs est-elle possible ?
Le mot karib signifie homme fort, homme guerrier. Les chroniqueurs du continent sud-américain mentionnent que l'homme blanc est souvent appelé karib parce qu'il fait la guerre et dispose d'armes puissantes. Et si ces Amérindiens se présentent comme des Karibs, c'est bien pour montrer qu'ils sont des guerriers et n'ont rien perdu de leurs valeurs guerrières. Du Tertre, dans son Histoire générale des Antilles, indique que les Amérindiens de la Guadeloupe et de la Dominique se présentent comme des Calinagos pour se différencier des Galibis de la terre ferme. Le terme Calinagos fait référence au mythe de Kalinago, le héros éponyme des Caraïbes.
L'association Karib/cannibale a été fort importante tant dans l'imaginaire collectif que dans les conséquences relatives à l'exploitation des îles. Les cannibales pouvaient être directement réduits en esclavage, tout comme les sodomites et ceux qui reniaient la foi chrétienne après avoir été convertis. Déclarer qu'un groupe est cannibale c'est pouvoir le mettre directement en esclavage.
| Le Père Breton, dans son histoire de la Guadeloupe, mentionne la haine inexpiable des Karibs envers les Arawaks. Les guerres particulièrement nombreuses sur le continent sud-américain auraient contraint les Karibs à quitter la terre ferme pour se réfugier dans les îles où ils ont chassé des Arawaks anciennement installés. Cette différenciation très simpliste entre les bons Arawaks et les méchants Karibs ne résiste pas à l'étude des textes. Le vendredi 12 octobre 1492, le jour de son arrivée aux Bahamas, on peut lire dans le Journal de bord de Colomb : « J'en ai vu quelques uns qui avaient des marques sur le corps ; ils m'ont fait comprendre que sur d'autres îles voisines, des hommes venaient ici qui voulaient s'emparer d'eux et qu'ils s'en défendaient ». Or Colomb est loin de la zone traditionnelle des Karibs : ceux-ci viennent tout juste d'atteindre Boriquen. Si les Indiens craignent la venue d'autres hommes qui viennent les prendre, il s'agit très probablement d'Arawaks qui vivent dans les îles avoisinantes et non de Karibs. D'autre part les moyens de navigation, les canoës, permettent certes d'embarquer une quarantaine de personnes, mais la navigation est hauturière et s'effectue d'île en île. Dans les Antilles, toutes les îles sont visibles les unes par rapport aux autres. Partir de Porto-Rico pour atteindre San Salvador exige de s'éloigner des côtes et de naviguer en pleine mer. Ceci montre bien qu'il est difficile de faire la différence entre Karibs et Arawaks d'autant que les moeurs de ces deux communautés sont très proches. | ![]() |
La société et les moeurs des habitants des îles.
Colomb indique que les îles qu'il a visitées lors de son second voyage sont sujettes aux incursions de cannibales dont un ou deux mettent très souvent en déroute une troupe d'Indiens. Ces Karibs mènent des guerres continuelles contre des Indiens de moeurs très douces. La légende propagée par Colomb et les premiers découvreurs veut que deux groupes distincts soient en présence : des Arawaks doux et craintifs dans les Grandes Antilles et des Karibs, féroces, cruels et cannibales qui occupent les Petites Antilles. Or ce n'est pas si simple.
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Ces Amérindiens sont avant tout des agriculteurs, pratiquant une culture sédentaire du manioc amer. Ce manioc est très souvent cité dans les mythes et légendes amérindiennes. Les conditions de survie biologique des Arawaks et des Karibs sont les mêmes ; seules les structures et la conception du monde pourraient les différencier. Les conditions biologiques et économiques de la forêt amazonienne, dont ils sont originaires, les ont contraints à se rassembler en groupes relativement nombreux, séparés les uns des autres par de larges espaces forestiers, ce qui leur permet de disposer de vastes zones de chasse, de pêche et de culture dont l'exploitation est parfaitement définie. De cet isolement naissent frictions et incursions de groupes voisins, incursions appelées guerre. |
| C'est donc avec un bagage culturel commun - la civilisation du manioc amer - qu'Arawaks et Karibs ont entrepris, à des périodes différentes, la même migration à travers les Antilles. Les racines de manioc se conservent dans la terre, celle-ci faisant office de garde manger. Ces racines sont récoltées au fur et à mesure des besoins. Ce système de garde manger a pour conséquence une absence d'accumulation de la production de la part des individus ou d'un groupe social car sans effet sur le groupe social. L'outillage ne se transforme pas car il n'y a aucun intérêt à augmenter la production. Il en résulte un pouvoir politique réduit à l'extrême. Les chefs de guerre ne disposent du pouvoir que pendant les expéditions ; ils rentrent dans le rang dès que celles-ci sont terminées. Enfin, la culture sur abattis-brûlis et l'épuisement assez rapide des sols conditionne un habitat fait de constructions légères et facilement renouvelables au gré des déplacements. Le mythe religieux général est celui d'un combat cosmique qui oppose génies protecteurs (héros, civilisateurs) et les mauvais génies (démons) ; ce combat s'achève par un anéantissement général de l'univers suivi d'une renaissance. Le principe qui domine est celui de la lutte quotidienne de l'ancêtre fondateur et de ses intercesseurs considérés comme bénéfiques contre les mauvais esprits capables de se métamorphoser en animal épouvantable, de tourmenter leurs victimes en songe ou en prenant place dans le corps où l'âme de leur victime. Pour se concilier les forces de la nature, ils s'imposent des sacrifices, font des offrandes et des libations à leurs ancêtres ou recourent au service d'un grand-prêtre (homme médecine). Ces forces sont omniprésentes et peuvent agir de leur propre initiative ou par pur arbitraire. |
![]() Pierre triangulaire votive des Caraïbes |
La différence qui se situe sur le plan religieux oscille entre les deux extrêmes suivants :
La guerre entre Arawaks et Karibs semble avoir été ritualisée, régie par des règles strictes où les comportements du vainqueur et du vaincus sont précisés. Cela se traduit par l'acceptation passive du vaincu, de son état de prisonnier et de sa mise à mort. La consommation rituelle du vaincu, donc le cannibalisme, trouve sa place dans cette conception de la guerre ritualisée ; le cannibalisme n'est pas de l'anthropophagie alimentaire. Si l'anthropophagie alimentaire avait été pratiquée, ce qui signifie une consommation de chair humaine à grande échelle, on devrait pouvoir identifier de nombreux ossements humains sur les sites d'habitation. Or les ossements trouvés ont été essentiellement ceux d'animaux. Il fallait que certaines populations soient considérées comme anthropophages pour pouvoir les réduire sans délais en esclavage.
Colomb rencontra les Tupi-Guarani lors de son troisième voyage, sur les côte de l'Orénoque. Les Tupi-Guarani étaient dispersés sur les côtes d'Amériques du sud, du Venezuela au Rio de la Plata.
Les techniques agricoles constituent la base économique de toutes les sociétés amazoniennes. Le sol y est pauvre en dépit de son apparence luxuriante; l'agriculture sur brûlis ne donne pas des rendements élevés dans les conditions où elle est pratiquée. L'immensité de l'espace ouvert a permis par la dispersion des groupes, de ne pas dépasser un optimum démographique.
Les populations de l'île de Marajo dans l'embouchure de l'Amazone ont atteint leur plein développement au XIIème siècle. La civilisation de Marajo s'est étiolée jusqu'à disparaître entièrement à l'arrivée des premiers Européens. On suppose que cette population était originaire des vallées andines (Equateur ou Colombie) et qu'elle s'y est transplantée par migrations successives. Mais cette civilisation complexe n'a pas survécu dans un environnement hostile, faute de s'être adaptée.
Les indiens de l'Amazonie vivent groupés dans des villages constitués de grandes maisons communautaires; Ils vivent des produits de leurs plantation, de la pêche et de la chasse. Ils étaient estimés à plus de deux millions au début du XVIème siècle.
Agriculture sur brûlis, chasse, cueillette en forêt, pêche dans les rivières constituent les activités économiques de base.
La technique sur brûlis consiste à abattre des arbres au commencement de la saison sèche et à mettre le feu aux troncs et aux souches avant le début des pluies. On plante ensuite sur la couche de cendre qui recouvre et enrichit le sol défriché.
La principale plante amazonienne cultivée est le manioc dont deux espèces sont domestiquées :
Le maïs est une culture secondaire dans a plus grande partie de la forêt tropicale, sauf chez les Tupi-Guarani. Sa culture gagne en importance à mesure que l'on s'approche des Andes. Les Indiens de l'Amazonie sont surtout des cultivateurs de tubercules (manioc, patates douces, ignames) qui s'accommodent de l'alternance saisonnière de la chaleur sèche et des pluies abondantes. Les tubercules de manioc peuvent demeurer longtemps en terre après qu'ils ont atteint leur maturité et n'être récoltés qu'au fur et à mesure des besoins.
La production et l'utilisation d'un surplus est différente selon que l'on se trouve chez les utilisateurs de tubercules ou de céréales; l'organisation sociale et politique diffère.
Le défrichage de nouveaux terrains est rendu nécessaire par la rapide croissance d'une végétation secondaires de ronces et d'épineux plus difficile à nettoyer que la forêt.
Aux tubercules, les indiens mêlent des haricots, des courges et des calebasses, des arachides, des piments et des fruits (ananas, papaye et avocat). Le tabac est la plante cérémonielle indigène; on le fume et l'on boit le jus de ses feuilles.
Le bois et les fibres des palmiers fournissent les matériaux de construction des maisons et de pirogues. Ils servent aussi pour la fabrication des armes, des textiles et des récipients de vannerie.
L'apport conjugué de l'agriculture, de la cueillette, de la chasse et de la pêche assure l'équilibre économique des société amazoniennes. La sarbacane est une arme de chasse, jamais de guerre. Les Indiens utilisent le curare, un poison extrêmement violent. Silencieuse et de longue portée (jusqu'à 40 m), la sarbacane est très efficace dans la chasse aux animaux arboricoles qui sont instantanément paralysés ou tués par le curare. L'arc sert également à la pêche.
La cueillette fournit les matières premières à l'artisanat indigène. Les habitants des forêts amazoniennes font de la vannerie, du tissage, de la poterie. L'outillage agricole est très réduit, la terre n'étant pas retournée; il suffit de haches pour abattre les arbres et d'un bâton à fouir pour enfoncer les plants dans le sol.
Organisation sociale et religieuse.
Le village est souvent une unité économique et politique autonome. L'ensemble de ce que l'on appelle la tribu est fait de groupes territoriaux liés les uns aux autres par les intermarriages et rassemblés périodiquement pour des cérémonies célébrées en commun. Les villages groupaient pouvaient grouper jusqu'à trois mille personnes. Le conseil politique de la communauté comprend des représentants aînés de chaque lignage et des hommes prestigieux dont le statut avait été acquis par des prouesses guerrières.
La signification politique et religieuse de la guerre est mal connue : elle n'est ni accident, ni entreprise de conquête en vue de s'assurer la possession de nouvelles terres ; elle est un élément de la structure sociale grâce auquel s'accomplissent les rites anthropophagiques, ou s'acquièrent des trophées humains et s'obtiennent des épouses. Les Tupi de la côte brésilienne, les Karib des Guyanes et des Antilles sont parmi les plus belliqueux.
Les croyances et pratiques magico-religieuses des tribus amazoniennes sont dominées par une institution appelé chamanisme qui s'est propagée de l'Alaska à la Terre de Feu par les migrations venues d'Asie. Le chaman est un individu doué de pouvoirs surnaturels qui entre en communication avec un ou plusieurs esprits qui le protègent ou l'aident à vaincre d'autres esprits malfaisants. Sa position intermédiaire entre le monde des hommes et celui des esprits lui donne une place redoutable en enviée au sein de la société. Il encourt de grands risques en cas d'échec : ruine de son prestige, sanctions surnaturelles inspirées par des adversaires plus puissants, vire mise à mort si ses actes sont jugés nuisibles à la communauté. La fonction principale du chaman est de guérir les maladies en extrayant magiquement du corps du patient l'objet pathogène introduit par un mauvais esprit ou un chaman malfaisant. Chez les Guarani, il cumule pouvoir religieux et pouvoir politique.
Les société de tubercules ne produisent pas de surplus car la soudure peut se faire sans aucun problème en raison du mode de conservation dans la terre. Ces sociétés se caractérisent par une absence de pouvoir ; elles sont, ce que Pierre Clastres, nomme des Sociétés sans Etat.
Les sociétés productrices de céréales ont besoin de produire des surplus pour pouvoir passer des périodes de soudure parfois difficiles en raison d'une mauvaise récolte. Le surplus permet d'éponger un déficit. Mais ce surplus appartient au groupe qui l'a produit ; ce groupe a tendance à imposer son hégémonie sur les autres membres de la collectivité qui ne font pas partie du groupe. Il en est de même à l'intérieur du groupe où certains producteurs peuvent parvenir à une position dominante en raison des surplus accumulés. Ces sociétés sont à chefferie, parfois à pouvoir diluées, mais une autorité centrale dirige et organise la vie communautaire.
Les provinces culturelles amazoniennes.
Les Guyanes.
La région des Guyanes était en majorité peuplée de tribus appartenant aux familles linguistiques arawak et karib. L'artisanat est particulièrement développé. On relève une double opposition entre populations de la côte et populations des massifs de l'intérieur, entre sociétés à clans ou lignages. Ce dernier type semble avoir dominé chez les Karib et s'être transplanté vers les Petites Antilles d'où ils chassèrent les Arawaks installés avant eux.
Le Nord-Ouest amazonien
L'aire des bassins des fleuves Vaupès et Caqueta est caractérisée par une organisation de parenté fondée sur des patrilignages localisés dont chacun constitue une communauté territoriale et occupe une unique grande maison.
La Montana
Le versant oriental des Andes appartient culturellement à la forêt. Les structures sociales traditionnelles y sont mal connues. Elles ont été très tôt désagrégées par l'activité missionnaire qui procéda à des démantèlements de villages dont les habitants furent obligés de se fixer sur le territoire des missions.
Tupi et Guarani
Les Tupi de la côte brésilienne ont été complètement anéantis. Les tribus Tupi-Guarani ont essaimé dans toute l'Amazonie, poussées dans leurs migrations par des motifs religieux, voire messianiques ; elles ne sont toutefois pas passées sur la rive gauche de l'Amazone, sauf en Guyane.
Le complexe culturel Tupi-Guarani se caractérise par son organisation patrilinéaire et patrilocale, le groupement en gros villages fortifiés au plan quadrangulaire, une religion messianique, l'importance de la vendetta et du cannibalisme rituel.
Le Haut Xingu
Le plateau du Mato Grosso a été une zone refuge pour de nombreuses ethnies. Les communication par voie fluviale à l'intérieur de ce bassin de drainage ne sont aisées que pour les habiles piroguiers que sont les Indiens. La forêt offre de nombreuses ressources comestibles, la pêche est abondante.
Les Indiens ont développé, sur la base d'échanges économiques, rituels, matrimoniaux, une culture uniforme qui se manifeste dans le plan des villages, le style des objets. L'indépendance économique est due à la spécialisation artisanale de chaque tribu et le caractère pacifique des relations entre les ethnies intégrées à cette zone s'oppose au caractère belliqueux des relations de toutes avec les groupes périphériques.
Les Ge du plateau central brésilien.
Leur culture matérielle est si pauvre que pendant longtemps ils ont été assimilés aux populations dites de chasseurs-cueilleurs. Ils cultivent le sol, possèdent les deux espèces de manioc, le maïs et les patates douces qui constituent par part prépondérante dans leur alimentation.
Leur structure sociale est très compliquée : une ou plusieurs paires de moitiés antagonistes et complémentaires, aux fonctions cérémonielles ou économiques ou exogamiques se combinent à des organisations familiales patrilocales ou matrilocales.
La disposition des villages est caractéristique : circulaire ou semi-circulaire. Sur la place centrale, une maison des hommes où se rassemblent les associations masculines, est déterminée par référence à deux points cardinaux opposés.
Un bas niveau technique ne s'accompagne pas nécessairement d'une grande simplicité de l'organisation sociale.
Bibliographie.
Breton : Les Caraïbes 1635 - 1656 - Paris - Ficker 1929
Clerc : Recherches archéologiques en Guadeloupe : l'archéologie précolombienne aux Antilles françaises in Parallèles Martinique Guadeloupe 3°et 4° trimestres 1970 pp. 69-97
Colomb Ch : Journal de Voyage - Maspéro La Découverte - 1979
Le Breton : Relation historique sur l'île caraïbe de Saint Vincent in Annales des Antilles N°25 - 1982
Montbrun Ch. : Les Petites Antilles avant Colomb - Karthala - 1984
Petitjean-Roger H. : Contribution à l'étude de la préhistoire des Petites Antilles - Thèse EPHE 1975.
Stelhe : Quelques mises au point historiques relatives à l'introduction des végétaux économiques aux Antilles françaises in Bulletin de la société d'histoire de la Guadeloupe N° 5 et 6 - 1966.
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