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Introduction
Nous devons étudier cette année l'histoire du Royaume-Uni de 1815 à 1848. Qu'est-ce qui fait l'importance de l'histoire du Royaume-Uni au cours de cette période.
Il s'agit d'un pays qui a mené la civilisation à bien des égards au cours de cette période.
1 - Le Royaume Uni nous apparaît aujourd'hui comme le pays où la révolution industrielle est née. Cette révolution a gagné le monde, mais par imitation seulement. Le Royaume-Uni a été en somme le premier pays à connaître la grande industrie, comme le montre bien le livre de Paul Mantoux, La Révolution industrielle en Angleterre au XVIIIème siècle (1906). Ce livre, maintenant classique, a, d'ailleurs, créé le terme de révolution industrielle
Cette révolution industrielle s'est accompagnée d'une agriculture progressiste et une agronomie moderne a été créée. La viande de boucherie est une invention anglaise.
La civilisation industrielle s'est accompagnée également de la naissance des grandes villes ; civilisation industrielle est synonyme de civilisation urbaine ; on y devine déjà les scènes de la vie future
2.- Le problème démographique de la Révolution industrielle a été aperçu : l'Angleterre est le pays de Malthus ; le pauvre est travailleur ; certes Malthus a eu tort, mais l'adaptation a été très dure. L'émigration n'est pas très importante : la révolution industrielle a relevé le défi de la révolution démographique, pas tout à fait cependant, car elle n'a pu « éponger » la population de l'Irlande où la révolution industrielle ne s'est pas produite.
3.- La révolution industrielle a favorisé le développement des classes moyennes. L’Angleterre n'a pas connu de révolutions politiques, bien que ce soit un pays de paupérisme. L’Irlande, toujours mise à part, le Royaume-Uni a réussi à s'adapter aux changements sociaux intervenus à la faveur de cette révolution. L'évolution s'est faite sans qu'il y ait eu de révolution semblable aux révolutions continentales.
4.- Enfin, la révolution industrielle pose un problème politique. Le Royaume-Uni a été l'Arcadie des conservateurs libéraux, le régime est à la fois aristocratique et libéral. Tocqueville dira que l'Angleterre ne connaît ni l'anarchie, ni le despotisme. La fierté, qui a alors gagné les Anglais, a duré fort longtemps et n'a pas encore disparu. Aujourd'hui, le prestige de la Couronne est assuré, l'Angleterre est un pays où le régime parlementaire ne subit pas de crises profondes, la Constitution n'est pas sérieusement discutée.
De même qu'il est aristocratique et libéral, le régime est civil. La Manche sépare l'Angleterre du continent. L’Angleterre a vaincu Napoléon à Trafalgar et à Waterloo. L’Angleterre n'avait pas une grande armée, mais elle avait sa marine, et surtout elle avait beaucoup d'argent. Elle a payé les frais de guerre de ses alliés, d'où la dette et les impôts. Carthage a vaincu Rome. La paix revenue, le commerce redevient prospère et permet de payer de lourds impôts et d'assurer le service de la dette publique.
Certes, Michelet avait raison, l'Angleterre est une île mais elle est aussi la mère des Parlements. Le régime aristocratique est issu de la révolution de 1688. La loi est souveraine, faite par la Couronne avec le concours du Parlement. Voltaire et Montesquieu avaient une grande admiration pour l'Angleterre, un pays où il n'y a ni absolutisme, ni révolutions. La Constitution se base, en somme, sur les règles coutumières.
Mais, à cela, il y a une contrepartie.
Palmerston répondit à la reine Victoria lui demandant ce qu'était un fonctionnaire : « On appelle ainsi, Madame, sur le continent »...
Dans le Royaume-Uni, il n'y a pas d'administration, il n'y a pas de bureaux, pas de police et pratiquement pas d'armée. Partout, ce sont des amateurs qui administrent (sauf dans la marine dans une certaine mesure), que ce soit dans le Parlement ou dans les comtés. Pour le maintien de l'ordre, on ne peut compter que sur la docilité spontanée des populations.
Or les Anglais sont comme les autres, et les Irlandais, pas tout à fait comme les autres...
Dans la période que nous étudions, cela ne s'est pas très bien passé. Partout ce n'est qu'incompétence, corruption, anarchie. Et c'est bien pour cela que les hommes de notre Révolution ne voulaient pas imiter l'Angleterre.
Et cependant, c'est sur elle que la Révolution française et la révolution industrielle sont tombées simultanément. Partagés entre la défiance d'un gouvernement faible et corrompu et la nécessité de faire quelque chose, les Anglais, très divisés, ont fini par élaborer une sorte de compromis. Face aux antinomies de Malthus et de Marx, la nation britannique a élaboré un compromis que représentent Canning, Peel et le syndicalisme.
Pourquoi cette évolution ? Est-elle due à la valeur propre de la Constitution ? On l'a dit après, et ce n'est pas entièrement faux. La faiblesse de l’État oblige à laisser faire, même quand on ne le voudrait pas. Mais elle est aussi, sans aucun doute la conséquence de l'ascension économique, bien que Élie Halévy1 et après lui Paul Vaucher2 en voient l'origine dans la religion. Liberté politique et pays protestant vont de pair, dira-t-on plus tard. Mais il y avait l'Irlande catholique, le « squelette dans le placard » selon l'expression de Chastenet3. Tous étaient divisés, et à la différence des pays catholiques, il y avait tout de même quelque chose entre l’Église établie et le néant religieux, il y avait les non-conformistes. D'ailleurs l’Église établie était très souple. Les haines religieuses étaient très vivaces, mais elles se produisaient entre Églises et ici encore la classe moyenne s'est dégagée et elle a imposé ses mœurs à l'aristocratie. La liberté religieuse s'est accompagnée de la haine de l'irréligion.
Mais l'historien anglais Woodward4 conteste : les Anglais étaient-ils religieux parce qu'ils étaient très tranquilles, ou bien est-ce l'inverse ?
Il est à noter aussi que le Royaume Uni est un pays fédératif à sa manière ; ce n'est pas un pays où l'autorité est centralisée. Ce qui vaut pour le gouvernement vaut aussi pour l'opposition. Il n'y a pas de tradition militaire comme dans les États continentaux. Il y a des exutoires dans l'anarchie ou la légalité, les deux étant mitigés, en dehors de la force physique.
Nota : Je conseille en outre la lecture de Weber Max L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme ; ce livre permet de comprendre l'esprit du puritanisme britannique qui coïncide avec le règne de Victoria. Avant elle, la société britannique était particulièrement licencieuse. La grande-duchesse Catherine, sœur du Tsar Alexandre dresse à son frère un portrait du Prince-Régent en 1814 particulièrement édifiant : « Le régent, si beau est un homme usé visiblement par la débauche et plutôt dégoutant : ses manières réputées de Lovelace sont un composé de prétentions que l'habitude de la mauvaise compagnie lui fait souvent changer contre celles d'un vilain libertin. Son amabilité tant vantée est le ton le plus licencieux, je dirais même ordurier, que j'ai de ma vie ouï ; vous savez que je suis loin d'être pecque ou prude, mais je vous jure qu'avec lui et ses frères il m'est souvent arrivé non seulement de me roidir sur mes grands chevaux, mais de ne savoir que faire de mes yeux ni de ms oreilles : une façon sans pudeur de regarder là où jamais les yeux ne vont, qu'il faut être je ne sais comment fait pour soutenir. Marie mourrait ici ». (Marie est la duchesse de Weimar, sœur de la grande-duchesse et d'Alexandre) - Extrait de la correspondance échangé entre le Tsar Alexandre et la grande-duchesse Catherine publié par le grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch à Saint-Pétersbourg en 1910 à la Manufacture des Papiers de l’État, reproduit dans la Revue des Études napoléoniennes 1912 tome 1 p. 110
1.- Halévy Elie : Histoire du peuple anglais – Paris – 1913 – Hachette (réédition 1973)
2.- Vaucher Paul : L'évolution sociale et religieuse de l'Angleterre au XIXème siècle – Paris – 1954 – Centre de Documentation universitaire
3.- Chastenet Jacques : Le siècle de Victoria – Paris – 1947 - Fayard
4.- Woodward Llewellyn : The age of reform (1815-1870) in Oxford History of England – 1938 – Oxford University Press.


